ENSEIGNEMENT PONTIFICAL

ALLOCUTIONS

Adresse au Sacré Collège lors de la cérémonie de son Sacre Pontifical 3 mars 1878

Adresse du Cardinal Di Pietro au Saint Père, au nom du Sacré Collège 

Après que nos votes, inspirés de Dieu, ont fait retomber leur choix sur Votre sainteté et donné à l'Eglise un nouveau pasteur, nous sommes passés de l'affliction à l'espérance. Aux larmes versées sur la mort du grand Pontife Pie IX, si universellement regretté par tous les catholiques, et si aimé par nous tous, ont succédé la joie et l'espérance dans l'Eglise de Jésus-Christ. Oui, bienheureux Père, en gouvernant le diocèse qui Vous était confié par la divine Providence, et en prenant part aux graves affaires du Saint-Siège, Vous avez donné de telles preuves de Votre piété, de Votre zèle apostolique, de Vos nombreuses vertus, de Votre haute intelligence, de Votre prudence, du vif intérêt que Vous portez à la gloire et à l'honneur du Sacré Collège, que nous fûmes facilement persuadés que, élu Souverain Pontife, Vous feriez ce que l'Apôtre disait de lui-même aux Thessaloniciens : Non in sermone tantum, sed in virtute, et in Spiritu Sancto, et in plenitudine multa.
Nous n'eûmes pas à attendre longtemps, car la volonté divine ne tarda pas à se manifester et, comme au roi David, Dieu Vous dit : Tu pasces populum meum Israël et Tu eris dux super Israël. Il est doux de voir à quel point l'assentiment général a répondu à cette disposition divine, et combien tous se sont unis pour vénérer Votre Personne Sacrée, de la même manière que les tribus d'Israël se sont prosternées à Hébron devant le nouveau pasteur que Dieu leur accordait. Aussi, en ce jour solennel de Votre couronnement, pouvons-nous, comme les anciens du peuple choisi, répéter, en témoignage d'affection et d'obéissance, ces paroles des livres saints : Ecce nos os tuum et caro tua erimus. Veuille le ciel que, comme le Livre des Rois dit de David : Quadraginta annis regnavit, l'histoire ecclésiastique puisse parler aussi aux âges futurs de la longévité de Léon XIII. Ce sont les voeux que je dépose à Vos pieds sacrés au nom du Sacré-Collège. Daignez les accepter avec bonté, en nous donnant Votre bénédiction apostolique.


Adresse du Pape Léon XIII au Sacré Collège 

Les nobles et affectueuses paroles que son Eminence Révérèndissime vient de m'adresser au nom de tout le Sacré Collége ont vivement touché notre coeur déjà si immensément ému par l'événement imprévu de Notre élévation au Suprême Pontificat, survenue contre Notre propre mérite. 

Le poids des Clés Suprêmes qui vient d'être imposé à Nos épaules, déjà si formidable par lui-même, devient encore plus difficile à porter, eu égard à Notre faiblesse qui en demeure tout anéantie.

La cérémonie qui vient de s'accomplir avec une si grande solennité, Nous a fait comprendre encore davantage la majesté et l'élévation du Siège sur lequel nous sommes élevé et a augmenté dans Notre âme l'idée de la grandeur de ce sublime Trône de la terre.

Et puisque Votre Eminence a voulu, Monsieur le Cardinal, citer David, Nous rappellerons cette autre parole du saint Roi : Que suis-je, Seigneur, mon Dieu, pour que vous m'ayez conduit jusque-là ? Quis ego sum, Domine Deus, quia adduxisti me huc usque ? 

Et cependant au milieu de tant de légitimes sujets de crainte et de découragement, Nous sommes consolé de voir tous les catholiques unanimement unis se serrer autour de ce Siège apostolique, lui donnant ainsi un public témoignage de leur obéissance et de leur amour.

Nous trouvons des motifs de consolation dans l'union et l'attachement de tous les membres de ce Sacré-Collége qui Nous sont si chers, et dans la certitude que leur puissant concours ne Nous fera pas défaut dans l'accomplissement du redoutable ministère auquel leurs suffrages Nous ont appelé.

Nous sommes surtout réconforté par Notre confiance en Dieu très-miséricordieux, qui a bien voulu Nous élever à une si haute dignité. Nous ne cesserons d'implorer son assistance avec toute la ferveur de Notre âme, en désirant que vous l'imploriez aussi, vous souvenant de la parole de l'Apôtre :  Tout notre secours vient de Dieu, Omnis sufficientia notra a Deo est

Persuadé que Dieu a choisi les faibles pour confondre les puissants, infirma mundi eligit ut confundat fortia, vivons avec la Confiance qu'il soutiendra Notre faiblesse, exaltera Notre humilité pour manifester sa puissance et faire resplendir sa force.

Nous remercions de tout Notre coeur Votre Eminence des sentiments affectueux et des souhaits sincères qu'elle Nous a exprimés au nom du Sacré-Collège et que Nous acceptons avec reconnaissance.

Nous terminons en vous donnant du fond de Notre coeur l'apostolique bénédiction. Benedictio Dei...

Léon XIII,  Pape

Discours prononcé en réponse à l'adresse des universités catholiques de France 4 mars 1878

Adresse des universités catholiques de France présentée par Mgr Sauvé


Très Saint-Père,
Les représentants des universités catholiques de France s'estiment trop heureux et trop honorés d'être admis à baiser les pieds de Votre Sainteté et à Lui exprimer, en leur nom et au nom de tous ceux dont ils sont les interprètes, les sentiments de vénération profonde, d'obéissance filiale et de dévouement inaltérable dont ils sont pénétrés pour Votre auguste personne, et pour le Siège apostolique. Ils saluent avec amour en Votre Sainteté le ferme et vaillant successeur de Pie IX, le doux vicaire de Jésus-Christ, le fondement indestructible, la tête vigilante et le centre infaillible de l'Eglise.
Reconnaissant avec joie que les univertés catholiques ne peuvent être canoniquement instituées que par un acte de l'autorité pontificale, ils se feront toujours gloire
de suivre les voies prescrites ou indiquées par le Saint Siège, assurés qu'avec le Pape, et sous sa suprême direction, ils marcheront dans la lumière, ambulabunt in lumine tuo, et qu 'ils grandiront en science et en foi, en se montrant de plus en plus soumis à tous les enseignements de la chaire apostolique.
Très Saint-Père, 
Nous désirons ne pas quitter Votre Sainteté, sans qu'elle ait daigné nous bénir : Non dimittam te donec benedixeris mihi. Veuillez donc tirer de votre coeur une bénédiction spéciale pour nous et pour tous ceux que nous représentons ; et puisse cette bénédiction nous ouvrir, Dieu aidant, une source de grâces et de faveurs célestes.

Réponse du Pape Léon XIII aux représentants des universités catholiques de France

Je suis profondément ému des sentiments que vous venez d'exprimer au nom de votre excellent évêque [Mgr Freppel, évêque d'Angers], dont je connais dès longtemps le mérite et les vertus. Les universités catholiques, dont vous êtes les représentants, sont pour l'Eglise une consolation et une espérance. Comment ne pas admirer la générosité des catholiques français qui, en si peu de temps, ont pu fonder des oeuvres si merveilleuses ? Entre toutes, l'université de Lille se distingue par la rapidité avec laquelle ont été recueillies les sommes considérables nécessaires à l'organisation de ses cinq facultés. Celles d'Angers, de Paris, de Lyon, de Toulouse marchent dans la même voie et promettent des résultats également heureux. 
C'est ainsi que la France, en dépit de ses malheurs, reste toujours digne d'elle-même, et montre qu'elle n'a pas oublié sa vocation. Personne, plus que le Vicaire de Jésus-Christ, n'a de motifs pour compatir aux douleurs de la France, car c'est en elle que le Saint-Siège a toujours trouvé l'un de ses plus vaillants soutiens. 
Aujourd'hui, hélas ! elle a perdu une partie de sa puissance ; affaiblie par la division des partis, elle est empêchée de donner libre essor à ses nobles instincts. Et pourtant que n'a-t-elle pas fait pour le Saint-Siège, même après ses désastres ? Elle lui avait déjà donné les rejetons de ses plus illustres familles, la petite armée du Pape étant en grande partie composée des enfants de la France ; et, du moment qu'il n'a plus été possible, pour eux, de servir la cause du Pape avec l'épée, la France a témoigné de mille autres manières son attachement au Saint-Siège ; ce sont les offrandes de la France qui forment toujours une part considérable du Denier de Saint-Pierre. 
Une si grande générosité ne saurait rester sans récompense. Dieu bénira une nation capable de si nobles sacrifices, et l'histoire écrira encore de belles pages sur les Gesta Dei per Francos. Nous trouvons un gage de cet heureux avenir dans les universités qu'en ce moment vous représentez devant moi. C'est par elles que se répandront dans les intelligences les saines doctrines qui sont les premiers éléments de la prospérité sociale. Choisis par l'épiscopat, les professeurs, unissant la pureté de la foi à la profondeur de la science, formeront des générations de chrétiens capables de défendre leurs croyances et d'y faire honneur. Les familles ne sauraient tarder à reconnaître la supériorité de ces enseignements, et les universités catholiques, bien que leur existence dépende en fait de la seule charité des fidèles, soutiendront avec avantage la concurrence des autres établissements pourvus de ressources matérielles bien supérieures et soutenues par le gouvernement. C'est là ce que j'ai vu en Belgique, alors que j'y représentais le Saint-Siège, en qualité de nonce. L'université libre de Louvain avait, à elle seule, plus d'élèves que toutes les autres universités réunies. Ce même succès est réservé aux universités catholiques de France. Je le leur souhaite, et pour le leur assurer, j'invoque du Dieu tout-puissant, sur leurs oeuvres, de toute la plénitude de mes pouvoirs, les plus abondantes bénédictions.
Benedictio Dei omnipotenti...                             

Discours aux curés de Rome, 5 mars 1878


C'est pour Nous une chose très-agréable, monsieur le Cardinal, de voir aujourd'hui en Notre présence la réunion des curés de Rome, et avec eux, tous les prédicateurs du Carême qui approche. Accablé, surtout dans ces premiers jours de Notre pontificat, par des pensées et des soucis continuels, le temps Nous manque pour recueillir un peu de temps Notre esprit afin de vous adresser quelques paroles à vous, excellents curés, qui êtes appelés à prendre une part des sollicitudes pastorales de l'évêque de Rome, et à vous aussi qui êtes chargés de. la prédication.
Cependant Nous n'avons pas voulu laisser échapper l'occasion présente de vous communiquer quelqu'une de Nos pensées. Nous vous dirons donc en premier lieu que, si tous les fidèles du monde sont l'objet de nos sollicitudes paternelles, il l'est d'une façon spéciale, ce cher troupeau de Rome au milieu duquel Nous vivons et qui Nous est cher à tant de titres. C'est un de Nos voeux les plus fervents et des plus ardents désirs de Notre coeur que le peuple de Rome conserve pure et entière la foi ancienne, que ses moeurs fleurissent et échappent à la corruption, que l'on voie grandir son attachement à ce Siège apostolique et sa docile obéissance aux lois et aux enseignements qu'il en reçoit. Nous savons trop bien que, de toutes parts, dans le monde, les ennemis de l'Eglise s'efforcent par tous les moyens d'arracher de l'esprit et du coeur des fidèles ces inestimables trésors ; mais Nous savons aussi qu'ils ont pris spécialement pour point de mire cette sainte cité, qui est le centre du catholicisme, et que tous les moyens sont mis en jeu pour la conduire à l'incrédulité et à l'immoralité.

Par conséquent, il est nécessaire que vous tous, Nos très-chers curés, vous soyez bien pénétrés des conditions exceptionnelles des temps où nous vivons et des dangers plus graves auxquels sont exposés de préférence la foi et la saine morale du peuple romain ; il est nécessaire qu'à mesure que croissent les périls et que redoublent les efforts des ennemis votre zèle à tous croisse de même et redouble. Si le ministère des curés fut toujours et partout laborieux et difficile, il est certain qu'au temps où nous sommes et dans l'intérieur de ces murs vous avez besoin de faire appel d'une manière plus spéciale à toute votre énergie pour ne point faillir au but si élevé de votre mission ; il y faut, de plus, et comme condition indispensable, un esprit de plein et entier sacrifice, qui au-dessus de toute considération de commodité ou d'intérêt vous fasse toujours mettre la gloire de Dieu et le profit des âmes. Soyez assurés que, si vous êtes animés de cet esprit, vous qui êtes les ouvriers de la vigne mystique, vos fatigues apostoliques seront couronnées de fruits précieux et abondants.

Le clergé de Rome a toujours, donné de magnifiques exemples d'abnégation et de zèle qui l'ont rendu le modèle et l'admiration des autres ; aussi Nous promettons-Nous de vos travaux les .plus heureux et les plus consolants résultats, persuadé que ceux-ci seront d'autant plus grands que vos soins seront plus assidus, votre sacrifice plus généreux et plus entier, votre zèle plus éclairé, votre conduite plus irréprochable.

Il Nous est maintenant agréable de Nous adresser à vous, hérauts de l'Évangile, qui demain devrez commencer à répandre parmi les fidèles la bonne semence de la parole divine. Rappelez-vous que cette parole annoncée autrefois par les apôtres, sous l'inspiration de l'Esprit du Seigneur, dont ils étaient remplis, a eu la force d'arracher du monde les mauvaises herbes des fausses doctrines, d'illuminer les esprits et de rallumer dans les coeurs l'amour sincère du bien et du beau ; elle a suffi à convertir le monde et à le gagner tout entier à Jésus-Christ. Maintenant aussi cette parole peut retirer le monde de l'abîme vers lequel il court, le laver de ses souillures et le soumettre de nouveau à Jésus-Christ. 

Il est donc indispensable que les orateurs sacrés, marchant sur les traces des apôtres, appuyés sur la  vertu divine plus que sur leurs propres forces et sur les attraits de l'éloquence, prêchent aux fidèles Jésus-Christ, les mystères de sa vie et de sa mort, sa doctrine et ses célestes enseignements, l'Eglise et ses sublimes prérogatives, la divine autorité de son chef visible, sa grandeur et son influence bienfaisante pour la véritable félicité des peuples ; il faut qu'ils combattent, par des raisons simples et solides les erreurs les plus pernicieuses et les plus répandues de nos jours, en cherchant à pénétrer jusqu'au fond des coeurs pour les envelopper dans la vérité et la vertu.

Mais, pour que tout advienne selon Nos voeux et Nos désirs, Nous appelons, sur les pasteurs des âmes et les hérauts de l'Evangile l'abondance des lumières célestes et le secours efficace de la grâce divine. Nous voulons que vous trouviez un gage de ces faveurs et une preuve de Notre paternelle bienveillance dans la bénédiction apostolique que, du fond de Notre coeur, Nous accordons à tous les pasteurs des âmes et à leurs troupeaux, à tous les prédicateurs du Carême et à leurs travaux apostoliques.
Léon XIII,  Pape

Allocution au quatrième pélerinage italien, organisé par la Société de la Jeunesse Catholique du 25 mars 1878

Une députation composée de quelques jeunes gens romains du Cercle de Saint-Pierre et des principaux pèlerins, a accompagné M. le commandeur Acquaderni pour la présentation de l'adresse qui a précédé l'audience proprement dite. Cette députation a été reçue par le Saint-Père dans les appartements qu'il occupe provisoirement au deuxième étage du palais apostolique. Après avoir reçu l'adresse et les offrandes que la députation lui présentait au nom de tous les pèlerins. Sa Sainteté a prononcé un discours dont voici la traduction :

Notre âme est remplie de consolation en voyant que tant de fils dévoués se sont levés de tous les points de l'Italie pour venir rendre hommage au Vicaire de Jésus-Christ, et les sentiments affectueux qu'au nom de tous vous nous avez exprimé, nous causent la plus grande satisfaction. Nous savons que cette multitude nous attend dans les Loges de l'étage inférieur, désireuse de nous voir et de recevoir notre bénédiction : mais nous voulons d'abord vous adresser une parole qui par votre intermédiaire pourra arriver à l'oreille de tous.
Oh! qu'il est beau et consolant, dans des temps d'une si grande corruption et si périlleux pour la foi, de voir une si nombreuse troupe de catholiques italiens, mettant de côté tout respect humain, fermant les oreilles à toutes les séductions contraires et à toutes les menaces, venir se grouper autour de ce Siège apostolique et déposer aux pieds de Notre humble personne les sentiments de leur dévotion et de leur filial attachement. Nous en avons béni et Nous en bénissons encore le Seigneur, à la paternelle providence de qui on doit attribuer une oeuvre si admirable, ainsi que ce noble et saint empressement qui s'est manifesté dans le monde catholique tout entier dès les premiers jours de Notre pontificat, pour envoyer à la Chaire de Pierre un hommage de dévouement sincère et d'obéissance. Aussi, prions-nous ardemment le Très Haut de vouloir bien fortifier de plus en plus votre oeuvre par sa grâce.
Nous qui connaissons parfaitement la guerre acharnée que l'ennemi de tout bien a déclarée à vos saintes intentions et à vos louables efforts, Nous vous exhortons de toute la force de notre âme à persévérer constamment dans l'oeuvre que vous avez si bien commencée, c'est-à-dire dans une pleine et entière soumission à l'autorité et aux enseignements du Saint-Siège apostolique, dans une sincère et mutuelle charité, éloignée de toute jalousie et de toute rivalité ; que cette soumission et cette charité enlacent tous vos esprits et tous vos coeurs dans une union intime dont le gage et l'espérance Nous sont donnés par cette unanimité de sentiments et d'affections qui vous a réunis ici de tous les points de l'Italie. 
L'étendard autour duquel est groupé votre noble cohorte est le plus glorieux et le plus beau de tous parce qu'il est l'étendard de l'Eglise catholique : déserter ce drapeau, serait une honte et un tort irréparables. 
Mais la protection de Dieu qui s'étend sur cette nation privilégiée et les promesses que vous Nous faites, Nous donnent la confiance que nous n'aurons pas à déplorer ce malheur. Aussi, pour que vos résolutions soient toujours plus fermes et plus efficaces, cédant à vos désirs avec toute l'effusion de notre coeur, Nous vous donnons notre bénédiction apostolique, par laquelle Nous entendons appeler sur vous et vos oeuvres, sur vos familles, sur toute votre patrie l'abondance des faveurs divines.

Léon XIII, Pape    


Allocution Ubi Primum du 28 mars 1878

aux Cardinaux réunis en premier Consistoire, 

sur son élévation au Souverain Pontificat et exaltant la mémoire du Pape Pie IX 


Vénérables Frères,

Lorsque, le mois dernier, Nous fûmes appelé, par vos suffrages à prendre le gouvernement de l'Eglise universelle et à devenir sur la terre le Vicaire de Jésus-Christ, Prince des Pasteurs, Nous avons senti Notre coeur ému d'un trouble extrême et d'une grande crainte.

D'une part, en effet, Nous étions profondément effrayé, et par le sentiment intime de Notre indignité et par la faiblesse de Nos forces vraiment inégales à un tel fardeau ; cette faiblesse, d'ailleurs, paraissait d'autant plus grande que la renommée de Notre prédécesseur Pie IX, d'immortelle mémoire, s'était répandue dans le monde avec plus d'éclat et de gloire. Car cet insigne Pasteur du troupeau catholique a, en effet, combattu avec une âme toujours invincible pour la vérité et pour la justice ; il a gouverné d'une façon exemplaire et avec de grands labeurs la république chrétienne, et non seulement il a illustré ce Siège apostolique par la splendeur de ses vertus, mais il a encore tellement rempli l'Eglise universelle d'amour et d'admiration pour lui, que, de même qu'il a surpassé tous les Pontifes romains par la durée de son pontificat, de même aussi il a reçu plus qu'aucun autre peut-être, de très grands témoignages d'une vénération et d'un dévouement publics et constants.

D'autre part, Nous avions un grand sujet d'angoisse à la vue de la très pénible condition où, de nos jours, et presque sur toute la terre, se trouvent, non seulement la société civile, mais encore l'Eglise catholique et, en particulier, ce Siège apostolique, qui, dépouillé par la force de sa domination temporelle, se voit réduit à ne plus pouvoir user de sa puissance pleine, libre et indépendante. 

Mais quoique, Vénérables Frères, Nous fussions induit par ces motifs à refuser l'honneur qui Nous était conféré, comment cependant aurions-Nous pu résister à la volonté de Dieu qui Nous était manifestée si clairement par l'union de vos suffrages et par cette très pieuse sollicitude qui, Vous portant à considérer avant tout le bien de l'Eglise catholique, fit que Vous étiez surtout préoccupés d'accomplir le plus tôt possible l'élection du Souverain Pontife ?

C'est pourquoi Nous avons cru de Notre devoir d'accepter la charge du suprême Apostolat, qui Nous était offerte et d'obéir à la volonté divine, plaçant d'ailleurs toute Notre confiance en Dieu et espérant fermement que celui qui Nous conférait cette dignité, accorderait aussi la force à Notre humilité.

Et puisqu'il Nous est donné maintenant, Vénérables Frères, d'adresser, de ce lieu et pour la première fois, la parole à Votre très illustre Collège, Nous déclarons tout d'abord en Votre présence que rien ne Nous sera plus à coeur dans cette charge de Notre servitude apostolique que de diriger, avec l'aide de la grâce divine, tous Nos soins à conserver saintement le dépôt de la foi catholique, à garder fidèlement les droits et les intérêts de l'Eglise et du Siège apostolique, à veiller enfin au salut de tous, prêt à ne fuir, en toutes circonstances, aucun labeur, à ne refuser aucune épreuve et à ne jamais permettre que Nous semblîons faire un plus grand compte de Notre vie que de Nous-même.
En accomplissant ces fonctions de Notre ministère, Nous avons confiance que Votre conseil, que Votre sagesse ne Nous fera pas défaut. Nous souhaitons et Nous demandons ardemment qu'elle ne Nous manque jamais. Nous voulons même que cette parole soit reçue par Vous, non pas seulement comme ayant été dite pour l'accomplissement de Notre devoir, mais que Vous compreniez bien qu'elle est l'expression solennelle de Notre volonté.

Nous avons, en effet, profondement gravé dans l'esprit ce qui est raconté, dans les saintes Ecritures, avoir été fait sur l'ordre de Dieu par Moïse, lequel, effrayé du lourd fardeau que lui imposait le gouvernement de tout le peuple, s'adjoignit soixante-dix des anciens d'Israël, afin qu'ils portassent le fardeau avec lui, et que, par leur concours et leur conseil, ils allégeassent sa charge dans la direction du peuple israélite. Ayant devant Nos yeux cet exemple, Nous qui, quoique indigne, avons été constitué Chef et Recteur de tout le peuple chrétien, Nous ne pouvons faire moins que de requérir de Vous, qui tenez la place des soixante-dix- anciens dlsraël dans l'Eglise de Dieu, assistance pour Nos travaux et soulagement pour Notre esprit.

Nous savons, en outre, comme le déclarent les paroles sacrées de l'Ecriture, salutem esse ubi multa consilia sunt ; Nous savons, comme l'enseigne le Concile de Trente, que le gouvernement de l'Eglise universelle s'appuie sur le conseil des cardinaux placés auprès du Pontife romain ; Nous savons enfin, de saint Bernard, que les cardinaux sont appelés collatéraux et conseillers du Souverain Pontife ; aussi, Nous qui, pendant prés de vingt-cinq ans, avons participé à l'honneur de Votre Collège, Nous apportons sur ce siège suprême, non seulement des sentiments pleins d'affection et de dévouement envers Vous, mais aussi la ferme intention d'avoir comme compagnons et auxiliaires de Nos travaux et de Nos délibérations dans l'expédition des affaires de l'Eglise, ceux que Nous avons eus, autrefois, pour collègues dans Notre dignité.

En attendant, il Nous est très agréable et très opportun de partager avec Vous, Vénérables Frères, le fruit de consolation que Nous avons goûté dans le Seigneur, au sujet d'une oeuvre heureusement accomplie à la gloire de Notre religion. Ce qui, en effet, avait été entrepris par Notre prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, dans son zèle insigne pour les intérêts catholiques, et ce qui avait été décidé, sur l'avis de ceux d'entre Vous qui font partie de la Sacrée Congrégation de la Propagande, savoir que, par le rétablissement de la hiérarchie épiscopale dans l'illustre royaume d'Ecosse, cette Eglise fut rappelée à une gloire nouvelle, il Nous a été donné, avec l'aide de Dieu, d'accomplir heureusement cette oeuvre et de la conduire à son terme par les Lettres apostoliques que Nous avons ordonné de publier, sous la date du quatrième jour du mois courant de cette année.

Assurément, Nous Nous sommes réjoui, Vénérables Frères, de ce qu'il Nous a été donné en cela de satisfaire les voeux très ardents de nos chers fils en Jésus-Christ, le clergé et les fidèles de l'Ecosse, qui nourrissent des sentiments très dévoués envers l'Eglise catholique et le Siège de Pierre , ainsi qu'ils Nous l'ont prouvé par des témoignages nombreux et très éclatants. Nous avons donc la ferme confiance que l'oeuvre accomplie par le Siège apostolique sera couronnée d'heureux fruits, et que, par l'intercession des célestes patrons de l'Ecosse, on verra de plus en plus chaque jour dans ce pays les montagnes recevoir la paix pour le peuple, et les collines la justice.

Au reste, Vénérables Frères, Nous ne doutons nullement que, unis à Nous par Vos efforts, Vous travaillerez avec allégresse pour la sauvegarde et l'intégrité de la religion, pour la défense de ce siège apostolique, pour l'accroissement de la gloire divine, persuadés que notre récompense sera commune au ciel si notre labeur a été commun, dans les oeuvres qui ont le bien de l'Eglise pour objet.

Suppliez donc par Vos humbles prières le Seigneur riche en miséricorde, en invoquant aussi la très efficace intercession de sa Mère Immaculée, de saint Joseph, céleste patron de l'Eglise, et des saints apôtres Pierre et Paul, afin que, constamment et plein de bonté, il Nous assiste, qu'il dirige Nos conseils et Nos actes, qu'il dispose heureusement, les-temps de Notre ministère, et qu'enfin, domptant les flots, il conduise au port désiré de la tranquillité et de la paix la nef de Pierre qu'il Nous a donnée à gouverner au milieu d'une mer furieuse.


Léon XIII, Pape


En réponse aux sentiments de bienveillance spéciale ainsi exprimés par Sa Sainteté, l'éminentissime cardinal di Pietro, sous-doyendu Sacré-Collège,a prononcé en son nom et au nom de ses éminentissimes collègues, le discours latin dont voici la traduction :
Votre Sainteté a bien voulu, dans l'allocution qu'Elle vient de lire, exprimer ses sentiments de gratitude pour notre collège, en raison des suffrages qui, par une admirable disposition de la divine Providence, vous ont si justement élevé au Siège suprême du pontificat romain. Vous avez, en outre, dégné joindre à ce témoignage les paroles les plus aimables pour réclamer de nous, en ces temps si difficiles, le secours d'une vaillante coopération. 

Mais, en vérité, si les suffrages de notre Sénat sacré se sont réunis sur vous seul sans hésitation et par le plus grand accord des esprits, afin de vous faire monter sur le trône des souverains Pontifes en qualité de Vicaire de Jésus-Christ, nous nous réjouissons de pouvoir attribuer cela aux paroles du prince des Apôtres lorsqu'il dit : Dieu, qui connaît les coeurs, nous a fourni lui-même son témoignage en vous donnant et à nous le Saint-Esprit.
C'est pourquoi, sans la moindre controverse, Dieu vous a désigné par Son Saint-Esprit comme Pasteur de l'univers tout entier, et il a voulu (ainsi que le disait saint Bernard à son très cher Pape Eugène) que vous fussiez placé comme en un haut observatoire d'où, gardien vigilant, vous considériez toutes choses, étant placé à la tête de toutes choses, afin d'arracher et de détruire, de disperser et de dissiper, d'édifier et de planter. Grand labeur assurément ! Car cette surveillance amène le travail, et non le repos. Il n'est pas de repos, en effet, quand on est pressé par l'active sollicitude de toutes les églises.
Or, cette fin réclame la vivacité d'un esprit prompt et une constante sollicitude telle, en un mot qu'il la faut chez celui qui entre dans un héritage qui, s'il apparaît extérieurement très beau et très grand,consiste cependant, on le sait, dans la croix de Jésus-Christ et dans d'innombrables travaux. Pour nous, très Saint-Père, nous étions absolument certains, et vous venez de confirmer cette certitude, que vous aviez grandement à coeur et que vous vouliez accroître encore l'honneur et la dignité de notre Sacré Collège. De notre côté, fortifiés par de si grandes et de si nobles promesses, nous vous assurons de la complète obéissance qui nous fera, d'un esprit prompt,vous porter aide et secours. Peut-être ce respectueux concours allégera-t-il la gravité du poids si grand que vous avez daigné assumer pour céder aux desseins de Dieu et vous rendre à nos prières. 

Mais nous savons à n'en pouvoir douter que ces promesses, en vous apportant quelque allégement, ne diminueront en rien les graves sollicitudes que vous cause le troupeau qui vous est confié et ne détruiront pas votre crainte. Cependant Votre Sainteté, qui, étant riche de si précieuses vertus de tout genre, suit par là même avec plus de sincérité la voie de l'humilité chrétienne, effrayée d'un si rude labeur, élèvera ses yeux vers le ciel et se confiera à la promesse divine en vertu de laquelle chacun recevra une récompense proportionnée à son propre travail. Cette pensée fortifiera votre coeur abattu, et, reprenant confiance, vous répéterez les paroles de saint Bernard : Si la grandeur de la tâche effraye, la récompense encourage.

Toutefois, outre cette récompense que vous avez, très Saint Père, le droit d'attendre dans le royaume céleste, daignez agréer aussi le voeu que nous formons et en vertu duquel vous recevrez, même sur cette terre, une grande récompense, qui sera de voir pendant votre pontificat d'innombrables nations de toutes les parties du monde venant se ranger progressivement dans l'Eglise catholique et accourir avec soumission à cette chaire pacifique de Pierre et à votre trône pontifical, de manière à pouvoir dire avec saint Ambroise : Non pas avec les noeuds de la perfidie, mais avec les liens de la foi.


S. Em. le cardinal Borromeo s'étant démis de sa diaconie des Saints Vite et Modeste, a opté pour le titre de Sainte Praxède, passant de l'ordre des diacres à celui des prêtres. Le Saint-Père, ayant ensuite conféré dans les formes ordinaires la charge de camerlingue de la sainte Eglise romaine à l'Eme cardinal Camille di Pietro, a désigné comme il suit :


L'Eglise épiscopate de Philadelphie,in partibus infidelium, pour le R, P. Dominique Lancia, des ducs de Brolo, de la congrégation de Saint-Benoit du Mont-Cassin, prêtre de Palerme, professeur de théologie dogmatique et morale, ancien prieur du monastère de Saint-Placide, près Messine, auxiliaire de Mgr Celesis, archevêque de Palerme.
L'Eglise épiscopale de Carre, in partibus inf., pour le R. Antoine Grusca, prêtre de Vienne, ancien camérier secret surnuméraire, professeur de théologie à l'université de Vienne, chanoine de cette métropole, aumônier de l'armée impériale et royale d'Autriche, docteur en théologie.


Ont été ensuite publiées les églises suivantes pourvues par bref ;

L'Eglise de Glasgow,en Ecosse, récemment érigée en archevêché, pour Mgr Charles Eyre, transféré d'Anazarba, in part. inf.
L'Eglise de Saint-André d'Edimbourg,en Ecosse, réetmment érigée en métropole,pour Mgr Jean Strain, transféré d'Abila, in part. inf.
L'Eglie archiépiscopale de Hiéropolis, in part. inf. pour Mgr Paul Goethals, de la compagnie de Jésus, vicaire apostolique du Bengale occidental, transféré d'Evaria, in part. inf.
L'Eglise épiscopale de Curium in part, inf., pour Mgr Jean Joseph Conroy, évêque démissionnaire d'Albany, en Amérique.
L'Eglise d'Aberdeen, en Ecosse, récemment érigée en cathédrale, pour Mgr Jean Mac-Donald, transféréde Nicopolis, in part. inf.
L'Eglise épiscopale de Tempe, in part, inf., pour le R. Joseph Masi, prêtre de Mezzojuso, dans l'archidiocèse de Palerme, député évêque ordinand, du rite grec, en Sicile.

L'Eglise de Dunkeld, en Ecosse, récemment érigée en cathédrale, pour le R. Georges Rigg.

L'Eglise de Gallowey, en Ecosse, récemment érigée en cathédrale, pour le R. Jean Mac Lachlan.
L'Eglise d'Argyll et des îles, en Ecosse, récemment érigéeen cathédrale, pourle R. Enée Mac-Donald.
L'Eglise cathédrale de Vïncennes, aux Etats Unis, pour le R. François Chatard, ancien camérier secret surnuméraire et recteur à Rome du collège des Etats-Unis de l'Amérique septentrionale.
L'Eglise cathédrale de Richmond, pour le R. Jean-Joseph Keane, prêtre du diocèse de Baltimore et administrateur du vicariat apostolique de la Caroline septentrionale.
L'Eglise épiscopale d'Eucarpie,in part. inf., pour le R. Edouard Gasnier, vicaire apostolique du Siam occidental..
L'Eglise épiscopale de Tanasie, in part, inf., pour le R. Giordano Ballsieper, vicaire apostolique du Bengale oriental.


Ensuite la demande du sacré pallium a été faite pour les sièges archiépiscopaux de Glasgow et de Saint-André d'Edimbourg.

Allocution au pélerinage polonais du 7 avril 1878

Vous êtes venus ici, mes très chers fils, pour rendre honneur, dans mon humble personne, au Vicaire de Jésus-Christ. Mon coeur a été rempli de joie lorsque j'eus appris qu'au nombre des députalions qui viendraient me présenter leurs hommages à l'occasion de mon exaltation au Siège apostolique, se trouverait aussi une députation polonaise. 

Et en vérité, pouvais-je ne pas me réjouir puisque ce qui vous amène ici, c'est la foi et l'amour envers ce Siège de Pierre ? Votre nation a donné des preuves de sa persévérante fidélité à l'Eglise et à sa doctrine. Vous avez défendu de tout temps l'Eglise et la foi avec une vertu héroïque, non-seulement par les armes, mais encore dans la sphère de la plus haute vertu chrétienne qui a élevé tant d'enfants de la terre polonaise jusqu'à la gloire des saints du Seigneur. La Pologne nous rappelle une grande gloire et une grande splendeur ; et, en suivant, les traditions de son passé, aujourd'hui encore elle est inébranlablement fidèle, malgré les malheurs qui l'accablent, à défendre l'autorité et la hiérarchie de l'Eglise, et à donner à son Chef des preuves si manifestes de dévouement. 

Aussi étais-je sûr qu'au nombre des députations qui allaient venir à mon trône, il y aurait aussi une députation des Polonais, qui sont très proches de mon coeur  (che sono appresso assai al mio cuore).
J'ai toujours pris une part sincère à vos souffrances et je suivais, avec édification, d'un oeil attentif, la patience avec laquelle vous supportez vos malheurs et les persécutions qui vous frappent. Dites à vos compagnons et à tous vos compatriotes combien j'aime votre nation de tout mon coeur, combien j'estime ses mérites et sa fidélité. Persévérez dans les principes que vous professez ; élevez chrétiennement vos enfants, cela vous assurera la bénédiction divine. 

C'est pourquoi, mes chers fils, je vous accorde, de toute la plénitude de mon coeur, ma bénédiction apostolique. Je la donne à vous, à tous ceux qui, là, attendent l'audience ; je la donne à vos familles, à tous les fidèles polonais, à toute votre patrie, et je suis sûr que cette bénédiction vous affermira dans la foi et dans votre amour pour ce Saint-Siège. 

Benedictio Dei omnipotenti, etc.

Adresse des catholiques de Cracovie au Pape Léon XIII mars 1878

mars 1878


Saint-Père,

Les Polonais, politiquement divisés [la Pologne est sous domination de la Russie, de la Prusse et de la Russie; ces trois puissance persécutaient les catholiques] mais unis par la foi et l'amour de l'Eglise catholique et du Saint-Siège, pénétrés de reconnaissance pour les bienfaits dont ce Saint-Siège a comblé leurs pères, et surtout pour la protection et l'amour particuliers dont les entourait Pie IX de sainte mémoire, en tombant aux pieds de Votre Sainteté, déclarent que s'ils ont aimé avec ardeur le défunt Pape ils aiment encore plus la papauté, étant dévoués de tout leur coeur et de toute leur âme au successeur de Pierre, au Vicaire du Christ.

De même qu'ils honoraient dans Pie IX le pasteur des âmes et le  docteur infaillible, de même ils l'honorent en vous, Saint Père, et vous promettent la même foi, la même soumission, la même obéissance, non-seulement parce qu'elles sont prescrites par la religion, mais encore parce qu'ils ont la conviction qu'ils ne conserveront l'unité nationale dans la division de leur patrie et l'espoir de voir cette patrie rétablie que tant qu'ils seront unis de foi et d'amour avec le Saint-Siège romain et votre souveraineté. 

Nous le promettons, Saint-Père, au nom de tous les fils de la Pologne, sous quelque gouvernement qu'ils soient, en priant Dieu de vous accorder dans ces temps si durs pour l'Eglise la sagesse nécessaire pour la gouverner et la force pour vaincre ses ennemis. 

Quant à nous, nous rappelant les paroles devotre saint prédécesseur, nous attendrons dans la patience et la prudence le temps de la miséricorde, persuadés que votre bénédiction et votre prière seront toujours avec nous.

Agréez, Saint-Père, les voeux chaleureux que, au nom de tous les Polonais unis par le sang, la foi, l'amour, vous offrent humblement les fils d'un pays jadis libre et puissant, maintenant déchu jusqu'au jour de la miséricorde et de la justice, mais qui sont forts de l'espérance que, pourvu qu'ils cherchent le royaume du Ciel, le reste leur sera donné par srucroit.


Allocution aux cardinaux à l'occasion de la fête de Pâques 20 avril 1878


Le samedi saint, 20 avril, à onze heures et demie, le Saint-Père, étant dans la salle du Trône, a reçu, selon l'usage, les souhaits du Sacré-Collége, à l'occasion des fêtes de Pâques. S. Em. Mgr le cardinal di Pietro, doyen du Sacré-Collége et camerlingue de la sainte Eglise romaine, a donné lecture à Sa Sainteté de l'adresse suivante :

En me présentant au nom du Sacré Collège devant votre trône, très Saint Père, pour accomplir l'agréable devoir de vous présenter, pour la première fois, ses hommages à l'occasion de l'heureux anniversaire célébré par la sainte Eglise de la glorieuse résurrection de Jésus-Christ, permettez moi, très Saint-Père, d'appliquer tout d'abord à notre Rédempteur qui a voulu pour nous se soumettre à la mort les paroles d'un saint docteur : Si mori corpore potuit corde non potuit.

Nous voyons une preuve de la tendre affection que le divin Fondateur porte à son Eglise dans la continuation merveilleuse de la succession de son apostolat et dans sa promesse fidèlement tenue : non derelinquam vos orphanos

Tandis que le monde était plongé dans le deuil, tandis que tous les bons chrétiens versaient d'abondantes larmes sur la grande perte de Pie IX, de tous côtés et même des contrées les plus lointaines il nous venait non-seulement des témoignages d'affliction, mais aussi des appréhensions relatives à un long veuvage du Pontificat romain.

Aux voix railleuses qui en prédisaient presque sûrement la fin, parce qu'elles ne tenaient plus compte des paroles divines : Ego vobiscum sum usque ad consummationem saeculi, d'autres se joignaient qui, considérant la papauté comme une ennemie, prétendaient qu'il fallait lui faire une guerre sans merci jusqu'à ce qu'elle fût morte et bien morte ; ces paroles voulaient dire qu'il fallait l'écraser jusqu'à ce qu'on fût bien certain que sa résurrection était impossible ; expressions tellement cruelles que j'aime mieux croire qu'elles ne venaient pas du coeur de ceux qui les pronon çaient.

S'il a été possible de prévoir la mort du grand Pontife Pie IX, l'événement ne pouvait et ne devait pas répondre aux désirs contraires aux divines promesses et en réalité le Pontificat, post tres dies surrexit et est hicUn soldat voulut d'un coup de sa lance cruelle s'assurer que Jésus-Christ était bien mort ; mais de cet acte d'assurance impie il devait résulter cette eau salutaire et ce sang qui d'une mort précieuse devaient faire mystérieusement surgir la vie du genre humain. Lancea latus ejus aperuit, continuo exivit sanguis et aqua, unde vite ostium panditum, comme dit saint Augustin.

Qu'ils viennent donc ceux qui croyaient possible ou prétendaient certaine la destruction du pontificat par la mort de ce Pontife qui avait su l'exercer et le défendre si bien ; et, baisant la main de LéonXIII, du Pontife fort, savant et magnanime, qui succède à Pie IX, et à qui nous souhaitons de vivre comme lui de longues années qu'ils voient que, ubi fixa sunt membra morientis, il existe toujours, selon la parole du même saint docteur, stable et indestructible, cathedra Magistri docentis

Que cela soit un motif de revenir à la foi pour ceux qui espéraient voir détruit le siège de Pierre ; et vous, très Saint-Père, vous aurez la consolation de reconnaître la sincérité de leur conversion, de façon à pouvoir étendre aussi sur eux cette bénédiction apostolique que nous implorons maintenant de vous, unis que nous sommes tous par l'affection qui nous avons pour Dieu et pour vous, qui êtes son Vicaire sur la terre ; affection que ne pourra jamais diminuer, comme l'écrivait saint Paul aux Romains : Neque mors, neque vita, neque instanita, neque futura, neque altitudo, neque profundum, neque creatura alia.

À cette adresse, Sa Sainteté Léon XIII a daigné répondre par l'allocution suivante :

Monsieur le cardinal, les sentiments que vous avez bien voulu exprimer au nom du Sacré-Collége dans cette heureuse reccontre de la Pâque sainte Nous sont souverainement agréables. 

Certainement,la résurrection de Jésus-Christ, qui, une fois sorti de la nuit du tombeau, ne meurt plus jamais, rappelle à notre esprit la force et la vie immortelles du pontificat romain ; force et vie qu'il reçoit des promesses et de la la continuelle assistance de son divin fondateur.

Ses ennemis, qui le combattent avec dessein de le détruire, devraient au moins voir dans l'histoire la preuve de l'inanité de leurs efforts ; car même au milieu de ses angoisses et de ses difficultés les plus pénibles, on a toujours vu, contre toute attente humaine, le pontificat sortir de la lutte plus beau et plus vigoureux. Récemment encore, comme vous venez de le dire monsieur le cardinal, quand le monde catholique était rempli de crainte à cause de la mort de notre regretté prédécesseur et à cause des incertitudes de l'avenir. Dieu très clément, qui, dans les secrets de sa sagesse, fait servir à ses fins très hautes les moyens les plus faibles, a daigné, sans aucun mérite de notre part, enlever tout obstacle et pourvoir au veuvage de l'Eglise dans l'humilité de notre personne.

Cependant Nous ne Nous faisons pour cela aucune illusion : la guerre, entreprise dès l'origine contre la papauté continue implacable sur toute la terre, et elle emploie les armes les plus indignes et les plus déloyales. 

Mais Nous, les yeux fixés au ciel, confiant dans le secours divin, Nous sommes préparé à la soutenir pour défendre les droits sacrés de l'Eglise et du pontificat romain, et aussi pour faire éprouver en abondance, si cela Nous est donné, aux enfants ingrats qui combattent ce pontificat, les bienfaits et les influences salutaires de cette divine institution.

Hélas ! Dieu veuille, que ces enfants, reconnaissant enfin à tant de signes évidents la divinité de l'Eglise et du Pontificat, cessent de les combattre et lui rendent l'hommage de leur esprit et de leur coeur. Alors, avec une joie immense de notre âme, Nous les embrasserons repentants et éclairés, et Nous pourrons espérer de voir rendue à l'Eglise cette paix qui est l'objet de nos désirs et de nos voeux les plus ardents. 

C'est avec ces sentiments que Nous vous remercions, M. le cardinal, vous et le Sacré-Collége, des félicitations que vous Nous avez adressées. Par un pieux échange de tendresse, Nous souhaitons que ces jours de Pâques apportent à chacun de vous de chères et abondantes consolations, et à cette fin Nous accompagnons ces souhaits de notre bénédiction.


Article de l'Osservatore Romano du 15 mai 1878


A peine élevé à la chaire de saint Pierre, Notre Saint-Père le Pape Léon XIII, pénétré de la gravité de son ministère apostolique, tourna bien vite son intelligence vers les moyens d'en faciliter l'accomplissement. Et parmi ces moyens il mit au premier rang le bon choix des évêques, desquels dépend en grande partie le gouvernement droit et utile des diocèses. [...] Sa Sainteté, animée du zèle le plus ardent pour le salut spirituel des fidèles, a jugé opportun de mettre à profit le conseil de quelques cardinaux afin d'aviser au meilleur mode de garantir autant que possible le bon choix des ordinaires diocésains, choix devenu plus importent en raison de la perversité des temps que nous traversons. 

Nous apprenons donc que, se souvenant des sages dispositions adoptées sur ce point par ses prédécesseurs, notamment par Benoit XIV, le Saint-Père, sans rien innover toutefois au système en vigueur jusqu'à présent pour l'élection ou la confirmation des prélats étrangers, a institué une commission de cinq éminentissimes cardinaux chargés de recueillir, dans le mode qu'ils jugeront opportun, les informations les plus exactes sur les ecclésiastiques les plus distingués et les plus aptes à soutenir le poids de l'épiscopat en Italie ; en sorte que Sa Sainteté, utilisant comme elle le jugera dans sa haute sagesse ces informations, puisse pourvoir les archevêchés et évêchés vacants en Italie de sujets qui réunissent en eux-mêmes les qualités voulues par les saints canons. 

En vertu d'un billet de la sedrétairerie d'Etat daté d'hier, ont été désignés pour former la commission les Emes cardinaux Bilio, Panebianco, Perrieri, Franchi et Giannelli. Un autre billet a nommé Mgr Latoni, auditeur de Sa Sainteté, aux fonc tions de secrétaire.

Discours  aux sociétés catholiques de Rome réunies sous le vocable de Federazione Piana, Ascension 1878 (30 mai)

Adresse du comte Alexandre Cardelli président de la fédération

Très Saint-Père,
Le centre des unions catholiques, le seul vers lequel elles se tournent pour maintenir leur vie, c'est la Chaire de Pierre, sur laquelle vous êtes si dignement assis. Il est donc juste que la fédération Pie des sociétés catholiques à Rome offre à Votre Sainteté l'hommage de son affection et de son dévouement.
En ce jour où le Fils incarné de Dieu, ayant vaincu l'enfer et soumis le monde à la croix, s'élevait en triomphe jusqu'à la droite de son divin Père ; en ce jour où l'impiété et la folie rendent des honneurs à celui qui, par son impudence et ses blasphèmes contre l'Eglise du Christ, conquit une honteuse célébrité [les rationalistes célébraient le centenaire de la mort de Voltaire], c'est pour nous un grand bonheur de nous réunir autour de vous, le grand et seul maître de vérité. A vos pieds, très Saint-Père, nous protestons contre les maximes d'une exécrable et menteuse philosophie dont on a vu, hélas ! se répandre au loin la triste semence.
Dans la pauvreté de nos forces nous avons travaillé et nous travaillons à tenir haut l'étendard de notre foi et à paralyser les efforts des ennemis de l'Eglise de Jésus-Christ ; mais le secret de notre courage, c'est votre voix, Très Saint-Père, c'est la bénédiction qui vient de vous. Bénissez-nous donc, Très Saint-Père, et nous, fortifiés par votre bénédiction, nous marcherons dans la voie qui nous rappelle un  autre nom glorieux et si justement regretté. 


Discours du Pape Léon XIII


Notre coeur éprouve une vive satisfaction à voir dans cette enceinte un si grand nombre de nos fils qui, unis entre eux non-seulement par les liens de la charité commune, mais encore par ceux d'associations pieuses, déploient leur activité pour l'honneur de Dieu, les intérêts de l'Eglise et le bien des âmes. 
Il Nous est donc agréable d'accueillir vos sentiments de dévotion fidèle et d'attachement inaltérable à notre personne, surtout en ce jour consacré à l'Ascension de Jésus-Christ au ciel. Mais, hélas ! ce jour si beau où l'Eglise, entourée de tous ses enfants, devrait se livrer à de saintes allégresses pour le glorieux triomphe de son Epoux divin, ce jour est profané par les honneurs publics qui, chez une nation catholique, sont rendus à Voltaire, au plus cruel ennemi de Jésus-Christ et de son Eglise.
On ne peut nier, fils très chers, que fêter des hommes comme Voltaire, insulteurs de la foi et de son Divin auteur, des hommes sans morale et sans dignité, révèle la profondeur de bassesse où en est venu notre âge, et comment il court rapidement à sa ruine. Le pays qui donna le jour à Voltaire est en ce moment le théâtre de ces honneurs. Mais à la louange de cette nation, il convient de dire maintenant que de toutes les parties de son territoire s'est levée une voix puissante de désapprobation et d'indignation ; sous l'impulsion de ses évêques et de la presse catholique, on fait partout, avec une noble émulation, des actes d'amende honorable et de réparation.
Cependant cette oeuvre réparatrice n'appartient pas seulement aux catholiques de France, mais à tous, parce que dans les honneurs rendus à Voltaire sont offensées la foi, la conscience, la piété de tous les chrétiens. Les doctrines et les enseignements de Voltaire ne devinrent pas le funeste héritage de la seule France ; ils se répandirent partout, et partout produisirent les fruits les plus amers d'incrédulité. Il convient donc à tous les catholiques de protester par leurs actes et par leurs paroles contre tant d'impudence. Cela convient principalement à vous, Romains. Votre Rome est le centre de la divine religion du Christ, contre laquelle fit une si rude guerre Voltaire, ce coryphée, ce précur
seur de l'incrédulité moderne. Votre Rome est le siège du vicaire de Celui contre lequel cet impie lança ses plus horribles blasphèmes.

Il était donc bien juste, fils très chers, que votre religion offensée vous excitât à repousser courageusement l'outrage ; et vous l'avez repoussé en secondant le mouvement de votre coeur, vous le repoussez en ce moment devant Nous, et vous le repousserez toujours par la confession franche et ouverte de votre foi au milieu d'un monde incrédule, par l'exercice constant des bonnes oeuvres auxquelles vous êtes louablement voués. Avec notre autorité de Pontife, avec notre amour de Père, Nous vous invitons à persévérer et Nous vous encourageons à accroître chaque jour, par tous les moyens qui sont en vos mains, la gloire de Dieu et le salut de vos frères, même en présence des graves difficultés que suscite l'ennemi. Vous rendrez de la sorte un service signalé même à la société civile, qui n'a pas à craindre de plus grand péril que celui de s'éloigner de Jésus-Christ et de ses divins enseignements.
Notre aide, notre conseil ne vous manqueront pas, chers fils, et comme gage de notre bienveillance et de notre affection Nous donnons notre bénédiction apostolique à vous et à tous les membres de vos sociétés. Que cette bénédiction fortifie votre foi, qu'elle vous soutienne dans la pratique des oeuvres chrétiennes et qu'elle rende prospères vos institutions.
Benedictio Dei, etc.

Allocution au pélerinage Allemand, 23 mai 1878

Il Nous est très agréable de vous voir et de vous parler, très chers fils, qui êtes venus à Rome des lointaines régions de l'Allemagne, pour vénérer le vicaire de Jésus-Christ et pour protester des sentiments de votre filial respect et de votre pleine obéissance envers Nous.

En vériié, de vos paroles mêmes et de votre présence il sort comme une splendeur de foi et un zèle de la religion qui remplit notre esprit de joie et nos ennemis d'étonnement, en même temps que votre patrie y trouve la promesse de temps meilleurs.

Nous sommes, en effet, venus en des temps mauvais, et l'apre guerre qui est faite presque partout à l'Eglise et à son chef visible, met en péril le salut éternel des chrétiens. En regrettant vivement et en déplorant cette inique condition des choses et des temps, nous vous félicitons de coeur, très chers fils, et Nous adressons à Dieu les plus grandes actions de grâces de ce qu'il vous a assistés de sa présence quand vous combattiez pour la religion et pour votre vieille foi, de ce qu'il a soutenu vos forces et fortifié vos âmes pour la lutte. En même temps, Nous vous exhortons, vous et vos compagnons, à vous confier au Seigneur et à ne point vous laisser vaincre ou ébranler par la violence ou par la longue durée des maux que vous souffrez ; car vous devez être fermement persuadés que ces calamités mêmes tourneront, par la grâce divine et contre l'espoir des hommes, à la gloire et aux progrès de l'Eglise. C'est ce qui est arrivé pour vous, et Nous Nous plaisons à Nous en réjouir ; car il est connu de tous combien la vigueur de votre foi a crû en vous par la lutte même ; combien grande a été la constance des esprits, quelle a été la ferveur de la charité, combien grande l'obéissance envers l'autorité de l'Eglise et ses lois ; enfin combien grands le respect et l'amour envers le Pontife romain.
Persévérez donc, très chers fils, et gardez intacte, jusqu'au dernier souffle de votre vie, la foi, enracinée dans vos esprits, que vous avez jusqu'ici proffessée constamment et publiquement ; veillez avec soin à l'éducation de la jeunesse chrétienne et tenez-la écartée des pâturages empoisonnés, à savoir de la fréquentation de ces écoles dans lesquelles la foi et les moeurs sont mises en péril. En un mot, suivez en toutes choses cette règle de la vie qui convient surtout aux fidèles et vaillants disciples de Jésus-Christ soucieux de la religion. Persévérez, sans vous lasser jamais de vos labeurs : le secours du Saint-Siège ne vous manquera pas ; Nous vous entourerons de la même affection dont usait notre prédécesseur, de sainte mémoire, Pie IX, Nous vous soutiendrons de notre autorité et de nos conseils,
Fasse Dieu, touché de votre fermeté et des oeuvres de votre foi, que l'Eglise retrouve enfin des temps tranquilles ; 
puisse-t-il arriver aussi ce résultat désiré qui fera que ceux-là mêmes qui sont aujourd'hui hostiles à l'Eglise, sentiront sa force malgré eux, reconnaîtront sa divinité et jouiront de ses bienfaits.
Afin que ces vceux s'accomplissent, Nous vous donnons de tout coeur, à vous et à toute l'Allemagne, notre bénédiction apostolique, en priant ardemment le Seigneur de répandre sur tous avec bienveillance les richesses des dons célestes.


Allocution aux anciens officiers de l’armée Pontificale, 6 juin 1878


Plusieurs fois, en ces années passées, Nous eûmes la satisfaction de voir dans cette même salle les officiers de l'armée pontificale s'approcher du trône de Notre regretté et glorieux prédécesseur Pie IX, afin de déposer à ses pieds l'hommage de leur dévouement et de leur fidèlité inaltérable pour la défense du Saint-Siége.
La divine Providence dans ses conseils secrets, a disposé que Nous ayons aujourd'hui Nous-même à accueillir ici tant d'illustres défenseurs de ce siége apostolique, et à entendre, par la bouche du ministre, leur digne général [le général Kanzler], les protestations nouvelles de leur sincère attachement à l'Eglise, à la chaire de saint Pierre et à Notre humble personne.
Nous ne pouvons assez exprimer en paroles la très vive satisfaction que Nous ressentons en ce moment, et Nous remercions de tout coeur le Seigneur qui, au milieu de tant d'exemples de félonie et tandis qu'on viole si facilement de nos jours les serments les plus saints, vous a donné la force de conserver dans, vos coeurs le sentiment si vif de l'honneur et du devoir, au point de mériter en tant de rencontres les bénédiction scatholiques, l'admiration et l'estime de nos ennemis eux-mêmes. 

Nous sommes heureux aussi de vous adresser aujourd'hui notre parole de louange et de vous encourager à rester fermes dans vos desseins, à vous maintenir fidèles au drapeau glorieux que vous avez levé. Et il est bien juste que je dise ce drapeau glorieux, parce qu'il n'y a pas de cause plus belle et plus sainte que celle de défendre les droits sacrés l'Eglise et de son auguste Chef ; il n'y a pas de gloire militaire plus splendide que de porter haut l'honneur de ce drapeau sacré. En défendant la papauté, vous défendez une des plus providentielles institutions divines ; en défendant la papauté, vous vous faites l'appui et le soutien de cette position souveraine que la divine Providence a accordée au Chef de l'Eglise pour l'indépendance de son autorité ; en défendant la Papauté, vous l'aidez à répandre dans le monde ses effets bien-faisants et salutaires.

Ah ! plaise au Ciel que les gouverneurs des peuples, avertis par les derniers événements et par les récents attentats [l'empereur d'Allemagne avait été atteint par plusieurs balles lors d'une tentative d'assassinat, le 4 juin - le second de l'année], se persuadent enfin de cette influence bienfaisante de l'Eglise et de la Papauté pour l'avantage et le bien-être des nations, et que, rendant au chef de la catholicité sa pleine liberté et son indépendance, ils préparent de meilleures destinées à leurs sujets.

Mais hélas ! la guerre contre l'Eglise dure encore sans pitié ; à l'Eglise on nie cette liberté et cette indépendance auxquelles, comme société parfaite, elle a tout droit ; à l'Eglise, qui est une institution divine, les lois humaines et l'Etat veulent imposer la dépendance et la servitude. 

En de telles conditions nous devons adorer profondément les conseils de Dieu, et en même temps nous fortifier par la pensée que sa miséricorde veille tendrement au bien de son Eglise, et que son secours est peut-être plus proche au moment où il semble plus éloigné. 

En attendant, à vous, glorieux champions du droit et de la justice, Nous dirons pour finir : Persévérez,demeurez fidèles à vos devoirs ; qu'aucun acte de votre vie ne ternisse votre honorable carrière. S'il plaît à Dieu d'abréger les jours de l'épreuve, en nous accordant des temps meilleurs, vous vous trouverez à votre poste, prêts à défendre les droits sacrés de l'Eglise ; s'il en dispose autrement, vous aurez la consolation d'avoir partagé avec Nous l'infortune et le revers. 

Avec ces sentiments, Nous vous bénissons, vous et tous vos subordonnés, et Nous sommes certains que cette bénédiction vous fortifiera et vous affermira dans la piéié et dans la fidélité qui vous honorent si hautemement.

Benedictio Dei, etc.  


Allocution aux élèves du séminaire Romain et du séminaire Pie, 13 juin 1878

Nous ne trouvons pas de paroles assez fortes, très chers jeunes élèves, pour vous exprimer toute la joie et la consolation que Nous éprouvons à vous voir en notre présence, car Nous avons toujours eu fort à coeur la jeunesse des écoles, particulièrement celle qui forme l'espérance de l'Eglise et qui est élevée dans les vertus, les lettres et les sciences chrétiennes ; et pendant plus de trente ans, Nous avions coutume de fréquenter les adolescents du séminaire de Pérouse et de Nous mêler volontiers à eux ; aussi souhaitions-Nous ardemment, depuis que la divine Providence Nous a fait monter sur la chaire de Pierre, de vous voir auprès de Nous et de, vous exhorter par nos paroles paternelles, vous qui êtes la pépinière de l'Eglise et la semence choisie du sacerdoce. Vous qui appartenez aux deux séminaires Romain et Pie, fondés l'un l'autre par les soins des Papes, et jouissant de la sollicitude pontificale, vous êtes venus ici sous le haut patronage de votre cardinal protecteur et conduits par vos supérieurs et par vos maîtres, afin de Nous donner un témoignage de votre respect filial envers Nous et le Saint-Siège apostolique. Or, chacun de ces deux séminaires Nous est, pour divers motifs fort sympathique.

En ce qui concerne le séminaire Romain, Nous ne pouvons pas assurément ne pas vous entourer de notre affection paternelle, généreuse lignée de ces hommes éminents qui à toute époque sont sortis de votre sein et ont illustré la Ville éternelle, vous joyeuse espérance et rejetons toujours renaissant du clergé romain. A cela s'ajoute le souvenir de choses passées qui nous rattachent à vous. Nous aimons, en effet, à Nous rappeler que plusieurs membres de notre famille, particulièrement au siècle dernier, ont fait leur éducation dans votre établissement et nos larmes sont prêtes à couler au souvenir de notre cher frère Ferdinand, jeune homme d'un excellent naturel qui, étant élève de votre séminaire sous le pontificat de Pie VIII, Nous fut enlevé par une mort cruelle à peine à l'âge de quinze ans, et dont les ossements reposent dans votre église, à la chapelle de la très sainte Vierge, sous l'autel même, comme une inscription en fait foi. Nous Nous rappelons aussi avec plaisir ces temps heureux où, étant encore dans la première fleur de la-jeunesse, Nous prenions part à cette noble lutte entre l'Athénée grégorien et l'Athénée romain, et où l'on rivalisait d'intelligence et d'études ; Nous Nous rendions fréquemment dans les salles du séminaire pour Nous livrer à ces combats solennels et publics, auxquels des élèves choisis participaient avec courage et allégresse.

Vous ne Nous êtes pas moins chers, vous élèves du séminaire Pie, que notre prédécesseur de sainte mémoire Pie IX, par un dessein assurément providentiel, a conduits à Rome de toutes les provinces des Etats pontificaux, afin que, parfaitement formés à la piété et aux sciences, au centre même de l'Eglise catholique, vous retourniez dans votre patrie pour répandre partout la semence des saines doctrines et l'odeur des vertus sacerdotales.

Cette oeuvre excellente qui pourvoit aux nécessités présentes des diverses églises, et qui est de nature à augmenter en elles le bien et la dignité, transmettra à la postérité le nom de Pie IX rehaussé d'une plus grande gloire. Et bien que la fondation de cet établissement ne soit pas très ancienne, presque tous les diocèses lui doivent déjà d'insignes bienfaits et en ont recueilli les fruits les plus salutaires.

Animé donc envers chacun de ces séminaires d'une bienveillance particulière, Nous Nous adressons à vous tous, excellents élèves, souhaitant vivement et demandant avec instance que votre éducation, devenue complète au séminaire et perfectionnée sur tous les points, puisse être donnée en exemple, car c'est là ce qu'exigent la haute dignité des ministres sacrés, le nom et l'honneur du clergé romain, la condition des temps actuels, dans lesquels le débordement des erreurs et le fléau pestilentiel de la corruption nous envahissent de plus en plus. 

Il faut donc s'efforcer, en premier lieu, de former de bonne heure à la piété les âmes de chaque élève, les habituer à la vertu et les engager, dès l'adolescence, dans cette voie d'études qui doit les rendre propres aux saintes fonctions du sacerdoce. Ainsi donc comme il convient que les ministres de l'Eglise possèdent autant de talents littéraires et autant de science large et profonde sur les matières sacrées et profanes qu'on en peut rencontrer ailleurs, il importe, au plus haut degré que les élèves du séminaire étudient les modèles et les oeuvres des meilleurs écrivains, cultivent leur intelligence par l'étude des humanités et se rendent habiles dans l'art de parler et d'écrire.

Il est en outre nécessaire que vous vous adonniez assidûment à la philosophie, sur laquelle les autres sciences s'appuient et de laquelle elles reçoivent leur véritable programme. Etudiez-la selon l'excellente méthode et les principes très sûrs qui ont été adoptés par les maîtres les plus célèbres de la sagesse chrétienne, principalement par le Docteur angélique, et qu'ils ont laissés à la postérité comme des modèles. 

Enfin, puisez avec tant d'abondance aux sources des enseignements théologiques et de la science du droit que, pour la démonstration des vérités de la foi catholique, pour la défense des droits de l'Eglise et pour la lutte opportune contre les erreurs, vous ayez de la sorte des armes invincibles. 

Or, Nous avons confiance que tout cela vous l'acquerrez heureusement, en raison de la docilité de votre esprit et de votre respect tout particulier envers l'autorité Pontificale et Nous avons d'autant plus confiance que Nous savons, très éminent cardinal, combien vous qui, par votre pouvoir vicarial, présidez à l'un et l'autre séminaire, vous développez et favorisez la meilleure instruction de la jeunesse. Pour les directeurs et les maîtres, Nous exhortons chacun d'eux, autant qu'il est en Nous, à réunir leurs forces et leurs conseils afin d'amener à une heureuse fin l'éducation de cette jeunesse d'élite pour la protection de la défense de la religion, pour la gloire du clergé de Rome et pour l'accroissement des lettres et des sciences. 

Telles sont, bien-aimés jeunes gens, les choses que Nous voulions vous dire brièvement. Et maintenant, comme présage des trésors divins et comme gage de notre amour paternel pour vous, Nous vous accordons à tous et à chacun,directeurs, maîtres et élèves du fond et avec l'affection de notre coeur, la bénédiction apostolique. 


Allocution à la députation des membres de l'Académie des Arcades, 11 juillet 1878

Nous accueillons avec une joie particulière l'acte d'hommage des membres de l'Académie des Arcades et les sentiments de soumission filiale qu'ils nous ont exprimés dans les vers élégants que vient de lire le custode général. 

Nous recevons aussi avec reconnaissance ces deux photographies qui rappellent la démonstration solennelle que vous avez faite le mois passé alors que, réunis en assemblée extraordinaire au Bosco Parasio, vous Nous avez acclamé souverain Pasteur de l'Académie des Arcades ; cette démonstration a vivement touché notre coeur. Nous avons été non moins sensible aux témoignages de respect et d'affection que Nous ont donnés les autres Académies de cette auguste cité, et d'autres Instituts scientifiques et littéraires, dans les premiers mois de notre pontificat.

Mais, en vous exprimant ces sentiments de satisfaction, Nous avons moins en vue notre humble personne que la cause de l'Eglise et l'honneur de ce siège apostolique, où Nous avons été placé par un conseil de Dieu. La guerre faite aujourd'hui à l'Eglise et au Pontife romain est menée, vous le savez, au nom de la science et du progrès, dont l'Eglise et les Pontifes romains seraient, comme on voudrait le faire croire, les implacables ennemis. Mais la raison et l'histoire de tant de siècles donnent à ces calomnieuses assertions un solennel démenti. Si l'épanouissement des sciences, des lettres et des arts au milieu des nations est un signe et une preuve de culture des peuples, Nous ne saurions vraiment pas qui pourrait, mieux que l'Eglise, prétendre avoir bien mérité de la civilisation et de la culture des peuples. C'est un fait que les Pontifes Romains ont toujours pris sous leur protection les sciences et les lettres ; à l'ombre de l'Eglise, elles ont pris leur développement puissant et leur vigueur ; aux pensées sublimes de la religion et de la foi, dont les grands génies se sont toujours inspirés, elles ont dû cette empreinte noble et divine que l'on cherche en vain dans les oeuvres de l'incrédulité et du naturalisme ; cette empreinte qui, unie à l'élégance des formes, perfectionne les esprits, les porte à la vertu, à l'espérance et à l'amour des biens célestes.

Tous les établissements artistiques et littéraires dont cette cité des Pontifes a toujours été l'asile honoré, et l'Académie même des Arcades, qui, existant depuis de si longues années, a fixé son siège entre les deux collines sanctifiées par le martyre et la tombe du premier des Pontifes, saint Pierre, et compte parmi ses pasteurs une longue série de Papes, sont encore une preuve de la faveur accordée par l'Eglise aux sciences et aux lettres, et des bienfaits que la religion a répandus sur elles. 

Poursuivez, vaillants académiciens, vos nobles travaux, et tenez toujours haut l'honneur des lettres humaines, marchant avec sécurité sur les traces des grands maîtres et de l'école classique. Depuis quelques années, sous la direction et par les soins habiles et intelligents du custode actuel, l'Académie des Arcades a fait de grands pas dans la voie du progrès véritable et augmenté la belle renommée dont elle jouissait déjà à juste titre. Des auspices aussi favorables nous promettent de nouveau de très heureux résultats, qui seront à votre honneur, à l'avantage de la société et à la gloire de l'Eglise.

A ce propos. Nous Nous souvenons de l'expédient auquel recourut Julien l'Apostat lorsqu'il voulut humilier les chrétiens et les rendre méprisables aux jeux de la société païenne : il leur interdit l'étude et la culture des lettres. Ne laissez donc pas cette arme aux mains des ennemis ; mais, par l'étude assidue des sciences et des lettres, exercez-vous à la manier valeureusement et de façon à remporter une victoire complète.

Trouvez pour cela une nouvelle force dans la bénédiction apostolique que Nous vous accordons avec une particulière affection, à vous et à tous les académiciens. 


Discours aux évêques nommés en Consistoire, 15 juillet 1878

(traduction du résumé non officiel pubié par le Paese de Pérouse)

Il nous est agréable, Nos très chers Fils, de vous voir aujourd'hui en notre présence, pour recevoir la divine mission de l'épiscopat. Notre coeur surabonde de joie dans le Seigneur et nous lui rendons dans l'humilité de notre personne les plus vives actions de grâces pour Nous avoir ainsi consolé par cette nouvelle phalange d'évêques, au milieu des angoisses qui oppressent notre coeur paternel. 
Béni soit le Seigneur qui pourvoit sa sainte Eglise de serviteurs fidèles et prudents. Hélas! le monde fait une guerre acharnée à l'épouse de Jésus-Christ ! Des doctrines perverses, de mauvais exemples corrompent les esprits et les coeurs d'un nombre incalculable de mauvais chrétiens qui ne voient plus dans l'Eglise, cette mère de la véritable civilisation, qu'un ennemi à combattre et à poursuivre par tous les moyens possibles. 
Mais quoi ! Faudra-t-il donc vous effrayer, nos très chers fils ? Non, allez au nom de Dieu au milieu des peuples que le Vicaire de Jésus-Christ désigne à vos sollicitudes pastorales. Allez au milieu des nations, nouveaux apôtres de l'Evangile ; recevez au nom de Dieu la glorieuse charge de continuer parmi les peuples l'enseignement chrétien qui leur fut d'abord donné par les douze apôtres de Jésus-Christ.
Allez, très chers fils, au nom de Dieu ! Vous rencontrerez des difficultés, vous aurez à combattre contre les mauvaises volontés. N'importe, ayez courage. Rappelez-vous que vous êtes évêques de cette Eglise qui ab ipso vires animumque bello.
Que les difficultés soient pour vous autant d'occasions précieuses pour montrer à l'Eglise votre ferme volonté d'accomplir
la sublime mission de l'apostolat. Le Seigneur, au nom duquel je vous envoie au milieu des peuples, vous donnera toute la force nécessaire pour résister aux ennemis de son Evangile et pour demeurer intrépides jusqu'à la mort dans les glorieux combats des enfants de Dieu. 
Et pour que votre coeur soit dès maintenant réconforté par la grâce divine que j'implore de Dieu abondante et féconde, recevez, très chers fils, notre bénédiction apostolique que du plus profond de notre coeur paternel nous répandons sur vous et sur les troupeaux confiés. 

Benedictio Dei, etc.


Sa Sainteté Léon XIII a daigné pourvoir aux besoins de l'Eglise, en désignant :
Les Eglises suburbicaires unies d'Ostie et Velletri pour S. Em, le.cardinal di Pietro, doyen du Sacré-Collége, transféré de Porto et Santa Rufîna.
Les Eglises suburbicaires unies de Porto et Santa Rufina, pour S. Em. le cardinal Sacconi, transféré de Palestrina.
L'Eglise suburbicaire de Palestrina, pour S. Em. le cardinal De Luca, démissionnaire du titre des Quatre-Saints-Couronnés.
La vice-chancellerie de la S. E. R. et la Charge des lettres apostoliques, pour S. Em. le cardinal De Luca, auquel est assigné en commande l'Eglise de Saint-Laurent in Damaso.
L'Eglise patriarcale de Constantinople in partibus infidelium, pour Mgr Jacques-Grégoire, des comtes Gallo.
L'Eglise métropolitaine de Rennes, pour Mgr Charles-Philippe Place,transféré du diocèse de Marseille, qu'il retient en administration provisoire.
L'Eglise archiépiscopale de Serace in partibus infidelium, pour Mgr Roch Cocchia, des mineurs capucins, délégué apostolique de S. Domingo, Haïti et.Vénézuéla, transféré de Orose, in partibus infidelium.
L'Eglise archiépiscopale d'Adrianople in partibus infidelium, pour Mgr Jean-Baptiste Paolucci, député comme administrateur, soit dans le spirituel, soit dans le temporel du siège et diocèse de Perouze, que retient Sa Sainteté transféré des sièges unis de Sutri et Nepi, qui lui sont laissés eu administration provisoire.
L'Eglise métropolitaine de Naples, pour R. P. D. Guillaume Sanfelice, de Naples, de la congrégation bénédictine, du Mont-Cassin.
L'Eglise métropolitaine de Munich et Frisingue, pour R. P. Antoine Steichele, du diocèse d'Augsbourg.
Les Eglises cathédrales unies d'Aquin, Poutecorro, et Sora, pour Mgr Ignace Persico, des mineurs capucins, évêque de Bolina, in parlibus, député coadjuteur avec future succession de Mgr Paul de Niquesa, évêque de ces églises cathédrales.
L'Eglise cathédrale de Montevideo, de nouvelle création, pour Mgr Hyacinthe Vera, transféré de Megara in partibus.
L'Eglise cathédrale d'Aquapendente pour Mgr Goncetto-Focaccetii, administrateur apostolique de ce siège, transféré de Montefiascone, qu'il retient en administration provisoire.
L'Eglise cathédrale de Barcellone, pour Mgr Joseph-Marie de Urquinaona y Bidot, transféré des Canaries.
L'Eglise episeopale de Samo, in partibus infidelium, pour Mgr Nicolas de Martino, évêque renonciataire de Venosa.
L'Eglise cathédralede Marseille, pour Mgr Jean-Ludovic Robert, transféré de Constantine, qu'il retient en administration provisoire.
L'Eglise cathédrale de Montefiascone, pour Mgr Louis Rotelli, de Pérouse.
Les Eglises cathédrales unies de Nepi et Sutri, pour R. D. Joseph-Marie Costantini, d'Aquapendente.
L'Eglise cathédrale d'Ivrée, pour le R. D. David Riccardi, de Biella.
L'Eglise cathédrale de Beauvais, pour Mgr François-Edouard Hasley, curé de Saint-Ouen, à Rouen.
L'Eglise, cathédrale de Bayonne, pour Mgr Arthur-Xavier Ducellier, de Bayeux.
L'Eglise cathédrale de Spire, pour R. D. Joseph-Georges Ehrler.
L'Eglise cathédrale de Zamora, dans le Mexique, pour R. D. Joseph-Marie Cazares y Martinez.
L'Eglise cathédrale de Santa Croce de la Sierra, dans la Bolivie, pour R. D. Jean-Joseph Baldivia
L'Eglise épiscopale d'Evaria in partibus infidelium, pour le R. D. Jean-Pierre Boyer, du diocèse d'Autun.
L'Eglise épiscopale d'Hermopolis in partibus infidelium, pour Mgr Charles-François-Bonaventure Theuret, de l'archidiocèse de Besançon.

Il a été, en outre, pourvu par bref aux Eglise suivantes :
L'Eglise épiscopale d'Avara in partibus infidelium, pour Mgr Guillaume-Henri Elder, transféré de Natchez et député coadjuteur avec futur succession de Mgr Joseph Sadoc Almany, archevêque de San-Francisco, en Californie.
L'Eglise cathédrale de Galveston, à la Nouvelle-Orléans, pour Mgr Pierre Dufal, évêque de Delcon, in partibus infidelium, député coadjuteur avec futur succession de Mgr Claude-Marie Dubuis, évêque de cette cathédrale.
L'Eglise épiscopale de Canée. in partibus pour Mgr Charles-Jean Seghers, transféré de Vancouver, et député coadjuteur
avec future succession de Mgr François-Norbert Blanchet, archevêque d'Orégon-City.
L'Eglise cathédrale de Kerry, pour le R. D. Daniel Mac-Carthy.
L'Eglise cathédrale de St-Hiacinthe, dans le Canada, province de Québec, pour le R. D. Dominique Racine.
LEglise épiscopale de Mellipotamo iu partibus infidelinm, pour le R.D. Antoine Butler, de la compagnie de Jésus, député vicaire apostolique de la Guyane anglaise.
L'Eglise apostolique de Zela in partibus infidelium, pour le R. D. Pierre Foucard, des missions étrangères de Paris, dép
uté préfet apostolique du Kouang-si, en Chine.
L'Eglise épiscopale de Tremito, in partibus infidelium, pour le R. D. Ferdinand Hamen, de la congrégation belge de l'Immaculé Coeur de Marie, député vicaire apostolique du Kan-Sou, en Chine.
L'Eglise episeopale de Diana, in partibus infidelium, pour le R. D. Félix Biet de la société des missions étrangères de Paris, député vicaire apostolique du Thibet.


Ensuite l'Eme et Rme M. le cardinal di Pielro a fait la demande du palium pour l'Eglise d'Ostie.
La demande a été faite pour les églises métropolitaines de Siennes, Naples, Munich, et Frisingue.
Finalement le serment d'usage a été prêté par l'Eme sommiste et par les Emes nouveaux évèques suburbicaires.
Sa Sainteté, par billet, de Mgr son auditeur, a daigné disposer que Mgr Charles Laurenzi, évèque d'Amata, continue à administrer le diocèse de Pérouse, jusqu'à ce que cette administration soit prise par son successeur, Mgr Jean-Baptiste Palucci, archevêque d'Andrinople
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Adresse aux professeurs de l'Université Romaine
8 août 1878

Il nous a été de tout temps agréable de Nous trouver entourés d'homme distingués par la vertu et le savoir, se consacrant à développer l'instruction et à former la jeunesse studieuse. Votre présence ici, chers et honorés professeurs de l'université romaine, Nous fait donc le plus grand plaisir, car Nous savons que si votre amour de la science est bien grand, votre dévotion envers l'Eglise ne l'est pas moins, comme aussi votre fidèle et constant attachement filial au Siège Apostolique. Nous en avons pour témoignage la conduite que vous avez tenus au milieu des séductions de toute sorte, et la belle couronne que vous nous faites aujourd'hui même, et les nobles paroles que vous venez de Nous adresser par l'organde de votre doyen. En même temps que Nous vous exprimons notre agréement et notre haute satisfaction, Nous ajouterons que c'est avec bonheur que Nous venons de vous entendre rappeler la protection efficace que les Souverains Pontifes ont toujours accordée à l'université romaine : vous avrez confirmé de la sorte, contrairement à des accusations calomnieuses et surranées, cette vérité incontestable, que le Pontificat romain, bien loin de combattre la science et d'en empêcher les progrès, la favorise au contraire et cherche à la répandre.

Vous avez rappelé, monsieur le doyen, les bienfaits dont nos prédécesseurs ont comblé l'Athénée romain, et vous avez bien fait. Mais qu'il Nous soit permis, à Nous, de Nous élever plus haut et de jeter un coup d'oeil rapide sur les autres université de l'Italie et de l'Europe, et cela dans le but de confirmer encore mieux la vérité que nous venons d'énoncer. Il nous est facile de voir que cs universités, grâce aux soins des Pontifes Romains, qui les ont protégées par tous les moyens, ont toujours été une noble arène des intelligences les plus élevées et les plus robustes, aussi bien que le pacifique et splendide domicile de la science, comme aussi le foyer qui maintint vive et ardente parmi ces nations la flamme du savoir humain et céleste. Et ceci dura constamment tant que ces universités ne devinrent pas un centre d'agitation politique et ne se placèrent pas sur la voie fatale de la guerre à a foi catholique.

L'histoire a enregitré en caractères d'or les faveurs insignes des Pontifes de Rome envers ces établissements. Qu'il Nous suffise de rappeler la célèbre université de la Sorbonne de Paris, qui a été spécialement comblée d'honneurs par l'immortel Innocent III, par Martin IV, par Honorius IV ; la très ancienne université de Bologne enrichie de précieux privilèges par Innocent IV et par d'autres ; celle de Salamanque confirmée et agrandie par Alexandre IV ; celle de Padoue, érigée canoniquement par Urbain IV, et qui a été spécialement protégée par Urbain V ; celle de Pérouse, que Bartolus et Baldus ont rendue célèbre, et qui a joui des faveurs de plusieurs Pontifes, de Clément V entre autres, qui la dénomma étude générale, et plusieurs autres qu'il serait trop long d'énumérer.

 En vérité il n'en pouvait être autrement, car l'Eglise, appelée par ST Paul : Columna et firmamentum veritatis [Colonne et firmament de la vérité], vouée par le Christ à la mission d'apporter et de maintenir cette vérité parmi les peuples, devait couvrir de ses ailes ces centres du savoir humain dans lesquels ont exerce l'office très noble de l'enseignement, les protéger et veiller sur eux avec une sollicitude maternelle.

Il était donc naturel, excellents professeurs, que les Pontife Romains, lorsque les conditions des cette ville le permirent, lorsque les discordes intestines en furent éloignées et qu'il n'y eut plus de ces tumultes populaires qui, ainsi que vous le rappeliez tout à l'heure, les contraignaient à l'exil, il était naturel, dis-je, que les Pontifes Romains missent tous leurs soins paternels à fonder, confirmer, coordonner l'université romaine, et qu'ils le fissent de façon à ce que cette université n'eut rien à envier à aucune autre pour le développement complet de ces facultés, pour l'excellence et la célébrité de ses enseignants, et pour la pureté et la solidité de la doctrine. D'une si belle plante, on a déjà vpu cueillir les fruits précieux ; et si les temps étaient moin néfastes pour la sainte eglise et pour le pontificat romain, on en recueillerait encore d'abondants même aujourd'hui. Bien certainement, pour maintenir à la hauteur qu'il convient le prestige et l'honneur de l'archigymnase romain, bien certainement Nous-mêmes saurions oser quelque chose, et vous, Nous en sommes certain, sauriez Nous suivre avec la vigueur et la souplesse de vos talents. On a rappelé deux noms immortels : Innocent III et Léon X ; devant ces noms, notre âme s'incline avec respect, et il Nous revient spontanément sur les lèvres le mot latin : Tu longe sequere et vestigia pronus adora. Toutefois, dans la mesure de nos forces et vu les conditions difficiles où Nous Nous trouvons, Nous prendrons soin et veillerons à ne pas laisser complètement inactifs les dons de l'intelligence qui vous distinguent et auxquel il convient de se montrer à la lumière, pour la gloire et l'honneur du Pontificat Romain.

Avec ces sentiments, et comme gage de Notre affection paternelle, recevez, éminent professeurs, la bénédiction apostolique que Nous vous donnons du plus profond de notre coeur.


Adresse aux membres du chapitre de la basilique libérienne, Ste Marie Majeure, 11 août 1878

Adresse du Cardinal Hohenlohe, archiprêtre de la basilique libérienne 


Très Saint-Père,
Un acte de la clémence souveraine de Votre Béatitude m'ayant nommé archiprêtre du temple qui est le premier entre tous consacré à la très sainte Vierge Marie, j'ai l'honneur de présenter à Votre Sainteté, au nom de tout le chapitre et clergé libérien, l'expression de nos sentiments de profond respect, de soumission et d'une
fidélité inaltérable. 

Si dès les premiers jours de votre exaltation à la plus sublime dignité de la terre, nous nous sommes réjouis et avons remercié la Providence de ce qu'elle nous avait donné un tel Pontife, notre bonheur et notre contentement se sont accrus depuis, grâce à vos vertus personnelles, à votre sagesse, à votre prudence dans le gouvernement de la Sainte Eglise. Si d'ans la perte récente que vous et avec vous l'Eglise venez de faire [mort du Cardinal Franchi, Secrétaire d'Etat, le 31 juillet précédent] , nous nous sommes associés à votre douleur, maintenant nous prions et prierons encore Marie très sainte, spécialement devant cette image que nos ancêtres appelaient avec grande raison salus populi romani, nous prierons, dis-jée, Marie pour qu'elle veuille obtenir pour vous, Très Saint-Père, les plus abondantes consolations, le triomphe du Saint-Siège, le redressement universel des droits sacrés de l'Eglise, et qu'elle accorde à Votre Sainteté une longue vie pour le bien de la Chrétienté, et pour notre consolation à tous. 

Prosternés aux pieds de votre trône, et renouvelant l'assurance de notre fidélité inébranlable, nous implorons humblement la bénédiction apostolique.

Réponse du Pape Léon XIII


Elle est bien vive la satisfaction que Nous éprouvons de recevoir aujourd'hui le chapitre de la basilique libérienne et d'entendre d'expression des sentiments de dévotion et d'une affection toute filiale que vous venez, monsieur le cardinal, de Nous exprimer en votre nom et au nom de tout le chapitre. 

Si pour de nombreuses et graves raispons Nous sommes unis par de doux liens aux basiliques vaticane et de LaIran, Nous Ssommes heureux de pouvoir vous dire que la basilique libérienne n'est pas moins chère à notre coeur. Elle tire sa première origine de la volonté expresse de Marie très sainte, manifestée par un prodige éclatant : elle a été construite par un de nos glorieux prédécesseurs, saint Libère, et consacrée d'une façon toute particulière à l''honneur et au culte de la bienheureuse Mère de Dieu, qui l'avait choisie et désignée comme temple de ses gloires. 

Elle à l'enviable sort de posséder et garder le berceau sacré de Jésus, trésor inestimable et précieux dépôt qui nous rappelle le mystère de la charité infinie de Dieu envers les homme, l'incarnation du Verbe.

Pour ces motifs, la basilique libérienne Nous tient extrémement à coeur ainsi que le chapitre qui en a soin, et Nous avons voulu vous donner récemment un gage de l'intérêt très vif que Nous portons pour l'une et pour l'autre, en nommant monsieur le cardinal votre archiprêtre, car Nous savions qu'il professe une dévotion toute particulière à la Vierge très sainte, ce qui Nous est une garantie qu'il mettra tout en oeuvre pour accroître le lustre et la dignité de son église. 

Et dans cette entreprise si digne, Nous en sommes certain, il sera secondé par tous les membres du chapitre, qui, formant une sainte union avec lui et entre eux, se montreront animés de zèle pour propager de plus en plus la gloire de Dieu, le culte de la Vierge bienheureuse et le bien des âmes. 

Et ici il est opportun de rappeler les conditions spéciales qui surgissent aujourd'hui pour cette partie de Rome qui s'étend sur le mont Esquilin. Là, la population qui s'augmente tous les jours et le manque d'autres églises voisines réclament spécialement de votre part une plus grande assistance et un esprit de sacrifice de plus en plus généreux. Vous aurez là un vaste champ qui s'ouvre au ministère sacerdotal, et Nous ne doutons nullement que vous saurez le parcourir, animés d'une sainte ferveur. 

Dieu et la Vierge sainte-béniront largement vos fatigues et les rendront fécondes en fruits précieux et abondants. 

C'est dans cette douce espérance que Nous donnons à tout le chapitre la bénédiction apostolique, implorant sur chacun de vous l'abondance des faveurs célestes.

Benedictio Dei, ...

Adresse aux membres d'une députation de catholiques romains, 16 août 1878

Hier, dans l'après-midi, le Saint-Père admettait en sa présence, dans la salle du Consistoire, une nombreuse députation du Transtevère. Ce quartier où le dévouement à la personne des Papes est proverbial, envoyait six cents de ses habitants faire acte de soumission et de fidélité à Léon XIII. Ces fils dévoués apportaient à leur père de riches dons : une mitre, une mozette, une étole, une paire de mules, le tout enrichi de pierres précieuses et d'un magnifique travail.
Le chevalier Pierre Gentili, président du comité catholique du Rione Borgo, lut une touchante adresse, à laquelle le Saint-Père fit une admirable réponse, dont voici la traduction :

C'est avec une bien vive satisfaction et une émotion profonde que Nous Nous trouvons pour la première fois, aujourd'hui, au milieu d'une si belle couyonne de Romains qui Nous entourent avec empressement, dans le désir de rendre hommage à notre personne et de confirmer les protestations da dévouement, d'obéissance et de soumission à l'autorité suprême dont Nous sommet revêtu. Les doux et solides liens d'atfection qui unissent le peuple de Rome à son Pontife et les rattachent l'un à l'autre comme un fils au plus tendre des pères, et un sujet au plus bienfaisant des princes : ces liens, disje, ne se sont pas relâchés, grâce à Dieu ! et ne se relâcheront jamais, si grands que soient les artifices et les séductions qu'on veuille employer dans ce but. 

Nous en avons une preuve splendide aujourd'hui même, car vous donnez un gage de cette vérité en vous rassemblant en aussi grand nombre devant Nous ; vous le donnez encore par les paroles affectueuses que vous venez de Nous adresser et par les dons très nobles que vous Nous présentez et qui sont le fruit de vos offrandes communes.

En même temps que Nous accueillons volontiers ces témoignages de révérence et d'amour, et que Nous voulons en exprimer à vous tous, soit présents, soit absents, les sentiments de Notre gratitude, Nous sommes heureux de pouvoir vous assurer, très chers fils, que si, à cause des circonstances du temps, Nous ne pouvons pas Nous trouver souvent au milieu du peuple romain, toutefois notre coeur est toujou avec vous et Nous engage à Nous occuper sans cesse de votre véritable bien-être. Pour vous, mes chers enfants, vous ne pourriez Nous donner une preuve plus grande de dévotion et d'affection que de vous montrer constamment dociles aux enseignements de la foi catholique et persévérants à suivre les exemples de piété que vos pères vous ont laissés, et jaloux de garder cette piété dans le sein de vos familles pour la transmettre comme un précieux héritage à vos arrière-neveux.

Il Nous à donc été très agréable de vous entendre protester tout à l'heure que vous êtes bien décidés à mettre tout en oeuvre pour que vos enfants reçoivent une instruction religieuse telle que les temps l'exigent, et que vous avez horreur de ces écoles impies où leur foi et leur innocence courraient les risques les plus certains.

Il faut, sans aucun doute, déplorer grandement que, dans cette Rome qui est à Nous, qui est le centre du catholicisme et le siège auguste du Vicaire de Jésus-Christ, il soit impunément permis aux sectes hétérodoxes d'ériger des temples, d'ouvrir des écoles et de propager dans le peuple des publications corruptrices ; et qu'il ne Nous soit pas donné d'opposer, comme Nous le voudrions, un remède à l'impiété qui Nous envahit. Mais c'est à vous, très chers fils, qu'il appartient de rendre vains les efforts des impies, en vous faisant une loi inviolable de vous tenir vous-mêmes et vos enfants entièrement éloignés de la contagion des hérésies. 

Et quoi ? voudriez-vous, Romains, fréquenter les temples des novateurs en désertant les églises catholiques, pleines de sainteté, de majesté et de splendeur, ces églises qui vous ont accueillis dès vos premières années ? Est-ce qu'elles font défaut à Rome, les écoles catholiques,où vos enfants peuvent recevoir l'instruction sans craindre nulle offense à leur foi et nulle flétrissure à leurs moeurs ? Grâce à la sollicitude paternelle du Pontife, à la généreuse charité des fidèles, au zèle d'ecclésiastiques et de laïques de bonne volonté, il n'y a pas un coin de Rome où ces écoles n'aient été ouvertes (et d'autres s'ouvriront encore) en nombre suffisant pour pourvoir à tous tes besoins.

Nous savons bien que les ennemis de notre foi, profitant de la grande détresse qui afflige maintenant les populations, mettent en oeuvre toutes les séductions et répendent même l'or à profusion pour peupler leurs écoles et leurs temples. Mais non, Nous ne voulons pas faire outrage à votre conscience et à votre religion, en vous supposant capables de la lâcheté insigne qui consisterait à sacrifier votre salut éternel et celui de vos enfants à la considération d'un intérêt matériel. Le pain acheté à ce prix est un poison qui décompose et tue les âmes et appelle sur les familles la malédiction de Dieu.

Rappelez-vous avec un saint orgueil ce qu'ont fait vos pères : sommés de trahir leur foi, ils ont préféré renoncer non-seulement aux biens de la terre, mais même à la vie. Suivez les mêmes inspirations et imitez de si nobles exemples. Que votre constance et vos saintes déterminations soient fortifiées et rendues inébranlables par la bénédiction apostolique que Nous vous donnons du plus profond de notre coeur, en invoquant sur vous et sur vos familles l'abondance des faveurs célestes.

Benedictio Dei, ...

Discours aux pélerins piémontais, 27 septembre 1878

Notre coeur se remplit de sainte consolataion dans les rencontres où il Nous est donné de voir nos enfants témoigner solennellement et publiquement de leur Foi ; et cette consolation, très chers fils, Nous est apporté aujourd'hui par vous, qui êtes venus de vos contrées à Rome afin de fortifier votre Foi auprès du tombeau des glorieux princes des Apôtres, et de rendre en notre humble personne un hommage de révérence et de filiale soumission au Chef surpême de la religion catholique, au Vicaire de Jésus-Christ.

Par un miséricordieux conseil de Dieu, cet esprit de foi qui dès les premiers siècles animait les croyants et les conduisait à la Ville Eternelle, centre du monde catholique, puiser aux mêmes sources des eaux plus abondantes de vie, se reproduit merveilleusement en ces temps malheureux, et attire aux pieds du Pasteur suprême de l'Eglise des foules de pélerins. Grâces soient rendues à la Providence qui daigne Nous offrir un tel réconfort au milieu des soins difficiles et des amertumes du ministère apostolique. Et en vérité, Nous Nous réjouissons de ce que, dans ce nouveau mouvements des fidèles vers Rome, le premier pélerinage Nous vienne d'Italie, de cette terre destinée par un priviliège du Ciel, à garder dans son sein le siège du Vicaire de Jésus-Christ et à expérimenter plus que toute autre la divine vertu de l'Eglise et du Pontificat romain.

Nous connaissons bien, très chers fils, les artifices et les violences que l'on emploie pour arracher aux peuples d'Italie leur trèsor le plus préieux, la Foi, et pour les éloigner de l'obéissance et de l'amour envers le Siège apostolique. Mais Nous connaissons bien aussi, et c'est Notre joie, que vous n'êtes point disposés à vous laisser ravir ce trèsor, que pour le conserver vous combattez depuis longtemps, sans crainte, à visage découvert, les colères et les railleries de vos adversaires. Vous avez voulu, aujourd'hui même, par votre présence et par vos paroles, Nous offrir une preuve lumineuse de votre dévotion à l'Eglise et de votre fidèle attachement au Souverain Pontife. Nous vous exprimons donc notre satisfaction, et Nous avons confiance qu'en signe de votre Foi et comme gage de votre amour, vous persisterez à l'avenir dans votre noble conduite : d'autant plus, mes très chrers fils, que la condition qui a été faite au Pontife Romain tend à s'aggraver et doit par conséquent inspirer aux fidèles, inquiets du sort de leur Père, les moyens les plus justes et les plus légitimes de l'améliorer. 

Dans ce dessein d'une si haute importance pour la société et pour l'Eglise, que Dieu vous fortifie et que vous fortifie aussi la bénédiction apostolique. A vous tous qui êtes présents et aux absents que vous avez rappelés, nous donnons cette bénédiction avec toute l'effusion de Notre coeur.

Benedictio Dei, ...

Discours aux pélerins espagnols, 17 octobre 1878

Adresse de S. G. l’évêque de Huesca devant le Saint-Père :
Très Saint-Père,
Les paroles vénérées par lesquelles Votre Sainteté annonçait au monde que le pouvoir spirituel qui lui a été confié par Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, pour le bien de l'Eglise et de la société civile elle-même, est aujourd'hui si violemment attaqué, que le gouvernement de la sainte Eglise est devenu très difficile, ont ému profondément notre cœur, en le remplissant de douleur. Enfants de l'Espagne, de cette nation toujours dévouée au Saint-Siège romain, auquel elle a donné tant et de si illustres défenseurs, et qui a le bonheur de compter parmi ses saints : Dominique de Guzman, Ignace de Loyola et Thérèse de Jésus, nous ne pouvons pas rester indifférents aux amertumes de Votre Sainteté, lesquelles, comme il a été déjà dit, ne sont pas moins considérables que celles dont les fils dénaturés ont abreuvé votre saint et pieux prédécesseur.
Les catholiques espagnols acceptent et adorent les desseins impénétrables do la divine Providence, qui a permis les maux très grands dont l'Eglise de Dieu et son vénérable Pontife souffrent depuis beaucoup d'années. Mais nous ne pouvons nous défendre de remarquer et déplorer l'inconcevable aveuglement des gouvernements qui ont abandonné le Saint-Siège apostolique au milieu de tant et de si terribles tribulations, et de regretter qu'ils n'aient pas compris qu'en encourageant de la sorte de si nombreuses trahisons, plus scandaleuses encore à cause de leurs conséquences, ils mettent en péril l'existence de tous les trônes et même les bases de la société civile.
C'est pourquoi, en acceptant ou tolérant la violation des droits sacrés et indiscutables du Saint-Siège romain, ils se privent de la base sur laquelle s'appuient tous les autres droits. Heureusement pour nous, notre affliction est beaucoup soulagée par ce fait que nous pouvons nous prosterner devant le tombeau du premier Pape, l'apôtre saint Pierre, et considérer que la chaire fondée par lui, et sur laquelle se sont assis sans interruption tous ses successeurs, se trouve aujourd'hui occupée par le pontife zélé et savant, qui fait resplendir à nos yeux les premiers rayons des plus consolantes espérances. Le passé et le présent, très Saint-Père, nous inspirent une ferme confiance dans un avenir plus heureux. Certes, toute l'histoire de l'Eglise, dans la longue période de dix-neuf siècles, nous témoigne de son immortalité, car, toujours vivante et toujours victorieuse, ses jours de grands malheurs n'ont été constamment que le prélude de ses victoires les plus éclatantes. Les empires et les dynasties ont disparu, et ils sont presque innombrables les trônes que, de nos jours même, nous avons vus tomber. Les hérésies elles-mêmes, que chaque siècle a vu naître, ont disparu sans laisser derrière elles aucun vestige, en dehors des ruines et des maux qu'elles ont causés. Aucune institution humaine n'a pu résister à l'action dissolvante du temps ; l'Eglise romaine seule a vu s'épuiser peu à peu, au pied de ses murailles, les efforts des persécutions les plus effroyables, les vagues furieuses des hérésies, toutes les erreurs et toutes les ambitions ; preuve irrécusable de la stabilité que Dieu Lui-même a donnée à l'Eglise, à laquelle Il a promis une assistance perpétuelle, afin que jamais les portes de l'enfer ne puissent prévaloir contre elle.
C'est pourquoi la sainte Eglise peut répéter aujourd'hui, comme dans les jours de ses plus grandes douleurs, ces belles paroles de David : "Plusieurs fois ils m'ont assailli dans les jours de ma jeunesse, mais jamais ils n'ont pu me dompter." Or, nous avons l'espoir qu'il en sera ainsi pour les temps que nous traversons, temps de tant d'incrédulité, de si générales apostasies, de persécutions implacables ; car nous avons confiance dans la miséricorde du Dieu bon, qui n'abandonnera pas Son Vicaire sur la terre, et nous comptons sur les vertus, sur le zèle et sur la prudence de Votre Sainteté.
Telle est notre conviction, très Saint-Père ; elle est aussi la conviction de tout le monde, au moment où nous avons l'honneur et le bonheur ineffable de nous prosterner aux pieds de Votre Sainteté. Telle est la signification de ce pèlerinage espagnol que, à l'immense satisfaction de mon âme, je présente à Votre Sainteté, comme un témoignage irrécusable et éloquent de foi, de dévouement indomptable, d'obéissance sans conditions et d'adhésion sans limites, comme une marque du mouvement catholique que l'on remarque dans toutes les nations, mouvement qui tend à nous délivrer de cette atmosphère empoisonnée qui s'étend partout et qui tarit dans les cœurs la sève vitale de la religion et de la vérité.
C'est pourquoi les pèlerins ici présents, qui représentent la plupart des provinces de notre chère patrie, sans craindre les périls du sort, ont traversé les mers, et se sont résignés à rester séquestrés pendant trois jours dans un vaisseau à cause d'une mesure tout à fait inattendue, pour venir aujourd'hui saluer leur bien-aimé père et témoigner que dans l'auguste prisonnier du Vatican ils contemplent le chef de la catholicité qui règne sur les cœurs de ses sujets, devant lequel ils protestent publiquement et solennellement, sans craindre rien ni personne, de leur obéissance et de leur amour.
Daigne Votre Sainteté accueillir avec bienveillance cette sincère et cordiale manifestation de nos sentiments et nous accorder la bénédiction apostolique que nous implorons, humblement prosternés à vos pieds.


Réponse du Pape Léon XIII

Béni soit le Seigneur qui Nous console au milieu de nos tribulations et amertumes ! Benedictus Deus qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. Très chers fils, vous avez affronté les fatigues et les ennuis d'un long voyage pour venir vénérer les tombeaux des apôtres et affirmer votre dévotion au Vicaire de Jésus-Christ. Votre présence, vos paroles ardentes d’amour et de respect, le tribut de votre piété filiale, émeuvent profondément notre cœur et le remplissent de la plus douce consolation. Et cette consolation est d'autant plus grande que Nous sommes très certain qu'elle Nous vient d'un peuple plein de foi, d'une nation généreuse et noble, dont les traditions et l'histoire portent l’empreintes des traces si nombreuses et si profondes d'un inviolable dévouement à la religion catholique.

Vos souverains, ô Espagnols, qui tinrent toujours pour glorieux le titre de rois catholiques, vos évêques dont, à notre satisfaction, quelques-uns sont ici présents, qui, dévoués au Saint-Siège et jaloux de ses prérogatives, se distinguèrent à toutes époques par les vertus et la doctrine ; et surtout les légions innombrables des saints qui brillèrent parmi vous, parlent hautement de la piété et de la foi du peuple espagnol. Plusieurs ordres religieux (comme l'a rappelé tout à l'heure monseigneur [l’évêque de Huesca]), qui à l'aide des puissants moyens dont l'Eglise disposait, et par les œuvres de la plus admirable charité, contribuèrent tant au vrai bien de la société chrétienne et civile, au dedans et au dehors de l'Espagne, doivent à votre patrie leurs fondateurs.
Et maintenant Nous avons une preuve nouvelle de la piété traditionnelle des Espagnols dans votre nombreux pèlerinage, que, par un excellent conseil, vous avez voulu placer sous la protection de sainte Thérèse de Jésus, et intituler : Romeria de Santa Teresa.
Cette femme sublime, votre concitoyenne, surnommée avec raison le Séraphin du Carmel, douée d'une âme noble et généreuse, privilégiée d'une haute intelligence, sut concevoir, à la gloire de Dieu, les plus vastes desseins et les traduire en œuvres merveilleuses avec une fermeté et un courage invincibles, au milieu des plus graves difficultés et de la guerre la plus acharnée de ses ennemis.
De même, aujourd'hui, continue la lutte entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal ; lutte qui semble encore plus vive à cause des artifices et de la puissance des adversaires conjurés contre Jésus-Christ et contre son Église, dont ils méconnaissent l'origine surhumaine et la mission divine pour le bonheur du monde.
Il ne faut cependant pas, fils très chers, nous décourager en face des oppositions et des fatigues que nous avons à soutenir ; au contraire, à l'exemple de votre sainte héroïne, enflammés du feu de la charité, soutenus par l'espérance du secours divin, combattez vaillamment, et surtout restez fermes dans la profession ouverte et franche de cette toi, laquelle, vivant et opérant par la charité, a toujours vaincu le monde et a toujours été le plus beau et le plus glorieux héritage de la noble Espagne. La constance de vos pères dans la foi catholique a rendu vains, en des temps moins éloignés, les efforts de l'hérésie que l'on tentait d'introduire dans vos provinces : Nous ne doutons pas que, abhorrant vous aussi, selon le conseil de l'Apôtre, toute nouveauté profane, vous vous montriez les fils non dégénérés de vos aïeux.
Cette unité de la foi et de la religion contribuera aussi à votre bien-être temporel et à votre prospérité en resserrant merveilleusement le lien des âmes, en attirant sur les familles la paix et la concorde, en augmentant le vrai bien et la gloire de la nation entière. Que ces paroles rapides, vous suffisent, mes chers enfants ; notre sollicitude paternelle Nous les met sur les lèvres pour la conservation et le progrès de la foi dans votre royaume ; qu'elles vous soient un gage du vif intérêt et de l’ardent amour que Nous portons à l'Espagne, sur laquelle Nous implorons de grand cœur du Dispensateur de tout bien l'abondance des grâces célestes. En attendant, recevez, mes chers enfants, la bénédiction apostolique, que de l'intime de notre âme Nous répandons sur vous, sur vos familles et sur toute la nation espagnole.

Benedictio Dei, ...

Allocution aux professeurs de l'Université Grégorienne, 27 novembre 1878

Le mercredi, 27 novembre, Notre Saint-Père le Pape daigna donner audience aux professeurs des trois facultés de théologie, de droit canon et de philosophie de l'université pontificale grégorienne, qui, chassés des bâtiments qui leur appartenaient au collège romain, continuent leurs cours au collège hongrois-germanique. Les professeurs étant rassemblés dans la salle du Trône, vers les onze heures, le Saint-Père parut, entouré des cardinaux Ledochowski, Bartolini et Parocchi, et de plusieurs prélats de la cour pontificale. Au nom de tous les professeurs, le R. P. Cardella provincial lut une adresse en latin, dans laquelle étaient éloquemment exprimés les sentiments d'affection et de dévouement dont tous étaient animés à l'égard du souverain Pontife. S. S. Léon XIII y répondit par le discours suivant, prononcé en latin :

C'est assurément, pour tout homme adonné à l'étude, une chose agréable et pleine de charme que le souvenir du temps passé, pendant lequel son esprit, désireux de s'instruire, s'exerçait dans l'arène de la littérature et des sciences : il est doux de se rappeler le berceau de son éducation première, et ces hommes distingués qui se sont appliqués de bonne heure avec zèle à imprégner votre âme des meilleures doctrines.

C'est pourquoi vos excellentes paroles et votre présence Nous ont causé une joie profonde en Nous reportant au temps où Nous comptions' parmi les élèves du Collège romain. Nous aimons à Nous rappeler et la tranquillité si heureuse de cet âge, et la sagesse éminente, ainsi que la généreuse libéralité avec lesquelles Léon XII, Notre prédécesseur, s'appliqua à restaurer les études, après avoir en ce temps-là rendu à la Société de Jésus la direction du Collège romain ; Nous aimons à Nous rappeler le grand nombre d'élèves, les exercices publics, les soutenances solennelles, et ces maîtres éminents et vaillants, les Jean Guri, Jean Perrone, François Manera, Antoine Ferrarini, André Carafa, Jean-Baptiste Pianciani et les autres, dont Nous avons connu l'autorité et la bienvei1lance. Nous déclarons donc bien volontiers et publiquement que Notre cœur est demeuré depuis lors uni à ces hommes que Nous venons de nommer et à votre institut, par des liens si puissants, que rien n'a jamais pu et ne pourra jamais ni les rompre ni les relâcher.

Notre joie n'a pas été moindre, en voyant avec quelle entière docilité de vos esprits et quelle soumission de votre volonté vous avez répondu aux désirs que Nous avons plusieurs fois exprimés relativement à la méthode d'enseignement et au plan d'étude des Sciences sacrées et philosophiques.
Personne de vous n'ignore assurément de quelle nécessité il est aujourd'hui d'imprégner d'une saine et solide science les jeunes gens, surtout ceux qui s'élèvent comme l'espoir de l'Eglise, tant pour réfuter les erreurs répandues partout, et qui, non-seulement battent en brèche les vérités surnaturelles, mais qui renversent par le fondement même les vérités naturelles, que pour opposer à la science qui se dit témérairement seule digne de ce nom, et qui, également ennemie de la foi et de la raison, a presque conquis déjà la prépondérance dans les écoles, une autre, science appuyée sur de solides principes, enseignée d'après une juste et droite méthode, et conforme, comme il convient, à la foi et à la révélation.

Mais la science vraiment digne de ce nom n'est pas autre, que Nous sachions, que celle qui nous est venue des Pères de l'Eglise, et qui a été ramassée en corps parfait de doctrine par les docteurs scolastiques, surtout par leur prince le divin Thomas d'Aquin, et qui, préconisée par les conciles œcuméniques et les Souverains Pontifes, a été pendant plusieurs siècles la loi et la règle de l'enseignement dans les universités catholiques et les gymnases. Voulant, pour l'accroissement et l'éclat des études, rendre à cette science son ancienne dignité, Nous n'avons pu manquer de tourner nos soins vers l'Athénée grégorien ; car bien que Nous déplorions vivement qu'il ait été expulsé de son établissement, et que le nombre de ses élèves ait diminué par le malheur des temps, cependant, sa réputation et son importance sont encore telles qu'il peut beaucoup contribuer à l'heureuse restauration et au progrès des études.

Nous ne doutons pas, d'ailleurs, que, selon votre promesse, vous n'apportiez à cette tâche tout votre zèle et toute votre habileté. C'est, en effet, ce qu'exigent et l'attachement tout particulier que vous professez pour l'autorité pontificale, en raison de votre institution, et les constitutions mêmes de Société, qui pourvoient à ce que les études théologiques et philosophiques soient enseignées selon la doctrine et la méthode du divin Thomas d'Aquin. C'est, enfin, ce que demandent de vous le caractère et la condition de l'Athénée Grégorien, destiné à recevoir des élèves des diverses nations, qui puissent ensuite facilement répandre sur le monde les sources salutaires de la sagesse divine et humaine, où leur esprit se sera heureusement abreuvé.

Dans cet espoir, Nous prions instamment le Dieu très bon, Père des lumières, de qui vient toute sagesse, d'éclairer de sa divine lumière vos esprits et de vous fournir les forces et le courage pour les combats de la vérité.

Comme gage de ces bienfaits et en témoignage de Notre particulière bienveillance envers vous, Nous vous donnons affectueusement à vous et à toute la Société, et à tous les élèves de vos classes, la bénédiction apostolique.

Allocution à la Société romaine pour les intérêts catholiques, 9 décembre 1878

Le Saint-Père a accordé une audience à la Société romaine pour les intérêts catholiques. A l'adresse qui lui était présentée par le prince Camille Rospigliosi, le Pape à répondu par l'allocution suivante  :

Nous éprouvons aujourd'hui une douce consolation à Nous voir au milieu d'une si nombreuse assistance de fils désireux de voir leur Père, de lui témoigner leur respectueuse affection et de recevoir les secours de sa paternelle bénédiction.

Ce sentiment de satisfaction est en Nous d'autant plus vif que Nous savons de quel esprit d’efficace et sincère charité vous êtes animés, et quels sont les fruits précieux obtenus jusqu'ici par votre Société des intérêts catholiques.

Assurément, il est impossible que ce ne soit pas pour Notre cœur un grand appui, en ces temps où l'on fait une guerre si rude et continuelle contre l'Eglise et ses institutions bienfaisantes, de voir nos fils préoccupés du besoin et sentant le péril, travailler à élever une digue contre les envahissements de l'impiété, et unis entre eux par une si belle ligue, s'inspirer du courage que donne la foi et faire appel aux ressources que la charité produit toujours en abondance, pour veiller à défendre l'honneur de Dieu et à maintenir le culte ; en même temps qu'ils s'efforcent d'empêcher ou de réparer les dommages si grands infligés à la société, aux familles et aux individus par une guerre si inconsidérée.

Oui, c'est un spectacle consolant de pouvoir admirer cette élite si remarquable de fervents catholiques, jeunes-gens pour la plupart, et qui par leurs œuvres, par leurs générosités et par leur exemple, s'appliquent à procurer aux tout petits enfants une éducation et une instruction chrétiennes, à préserver la jeunesse de la corruption de l'esprit et du cœur, à propager la bonne presse, à rappeler et à maintenir les pratiques de la religion dans les classes des artisans et des ouvriers.

Telle est votre œuvre ; tel est le but auquel, dans les diverses sections qui la partagent, tend constamment votre société. Et Nous, Nous bénissons Dieu qui l’a inspirée, et, dans l'humilité de Notre âme, Nous, 1e prions ardemment de donner à cette Société un développement et un accroissement de plus en plus grands, et de faire que de plus en plus elle réponde aux fins élevées qu'elle s'est proposées dans son institution.

Or, très chers fils, c'est notre devoir à tous de continuer avec un zèle et une énergie de plus en plus vifs l'œuvre commencée. Vous le savez, les temps de nos jours sont de plus en plus menaçants ; la guerre à Dieu, à l'Eglise, à la Société civile elle-même devient de plus en plus violente, et, par conséquent, les besoins se font de plus en plus pressants.

Il est donc nécessaire que vous vous montriez dignes de la noble cause à laquelle vous êtes voués ; il est nécessaire que, bannissant toute inertie, vous apportiez à cette œuvre toute votre activité, en vous tenant toutefois pleinement soumis à l'autorité de l'Eglise et de ses pasteurs, comme il appartient à des sujets et à des fils dévoués. Il est nécessaire que vous vous mainteniez toujours unis entre vous, et que ces liens se resserrent de plus en plus. Il est nécessaire que vos forces deviennent de jour en jour plus puissantes, et que vous leur donniez une telle vie, une telle forme et une telle organisation, que vous puissiez tous accourir comme un seul homme toutes les fois que cela sera réclamé par la nécessité.

Nous avons, en plusieurs circonstances, exprimé ces sentiments, et Nous avons chaudement recommandé l'union, persuadé que de cette union naît la force et que l'union et la force assurent la victoire. Ces mêmes sentiments, Nous les répétons encore une fois devant vous, et Nous ne doutons pas que, par votre docilité filiale, vous seconderez pleinement nos désirs.

En attendant, pour vous fortifier, pour encourager vos œuvres et comme gage de notre particulière bienveillance, Nous vous donnons à tous et à toutes vos familles, du fond de notre cœur, la bénédiction apostolique.

Benedictio, etc.

Allocution à la pieuse Union des dames romaines catholiques12 décembre 1878

En vous voyant aujourd'hui réunies en si grand nombre autour de Nous, Nous éprouvons, très chères filles, un sentiment de consolation si doux qu'il amène naturellement sur nos lèvres les belles paroles de l'Apôtre : Multa mihi gloriatio pro vobis, repletus sum consolatione (II Cor. VII, 4), car Nous connaissons bien les œuvres nombreuses et saintes dont vous vous occupez depuis longtemps si dignement. Nous connaissons parfaitement les pieuses industries auxquelles vous vous livrez pour maintenir parmi le peuple de Rome la piété envers Dieu et l'amour de la religion catholique. Nous sommes instruit des tracas que vous vous donnez pour que les petites filles apprennent les rudiments de la foi, pour que la jeunesse reçoive dans les écoles une éducation toute chrétienne et soit éloignée de tout ce qui peut pervertir les âmes innocentes et corrompre les jeunes cœurs. Nous savons enfin que bravant toute sorte d'obstacles, foulant aux pieds tout respect humain, vous vous êtes armées d'un courage invincible, et qu'avec cette abnégation admirable qui est le fruit de la charité, vous ne vous épargnez ni les fatigues ni les sacrifices.

Connaissant donc votre foi, vos fatigues, votre charité, votre patience, Nous rendons grâces au Seigneur à votre sujet, comme faisait l'Apôtre pour les fervents disciples des premiers siècles, et Nous supplions Dieu de vouloir bien, dans Sa miséricorde, Nous continuer la consolation que Nous procurent votre zèle et vos travaux exemplaires. Vous qui vivez, très chères filles, au milieu d'un monde si pervers, vous savez bien à quel point augmente la nécessité d'opposer une digue au débordement d'iniquité qui nous envahit. C'est pourquoi, avec toute l'affection d'un père qui gémit sur la ruine de ses mauvais fils, Nous vous exhortons chaudement à persévérer et, s'il est possible, à redoubler de zèle. Votre œuvre peut rendre d'immenses services à la cause de Dieu et de l'Eglise. La femme formée à l'école de Jésus-Christ et remplie de son esprit, est appelée à exercer l'influence la plus bienfaisante et la plus salutaire sur la famille et sur la société. Son action douce et pleine d'attraits, constante et patiente, arrive à pénétrer et à s'insinuer dans les âmes, même les plus rebelles, et à les dompter.

Comprenez, très chères filles, votre mission et appliquez-vous à la remplir fidèlement. Notre Rome n'a jamais manqué de saintes matrones, de nobles héroïnes qui, par leurs dignes vertus, ont laissé une mémoire glorieuse et impérissable. Même dans les temps difficiles des persécutions, ces saintes matrones, inébranlables dans la profession sincère de leur foi, disposées à donner pour elle-même leur vie, s'efforçaient de convertir leurs époux et venaient en aide aux fidèles persécutés, soit en les tenant cachés dans leurs maisons, soit en les visitant dans les prisons, soit en leur apportant le secours de leurs aumônes.

Ainsi faisaient les Cécile, les Praxède, les Lucine, les Agnès, les Pudentienne, et dans des temps plus reculés les Françoise Romaine. Inspirez-vous toujours d'aussi nobles-modèles et imitez leurs exemples : la religion de Jésus-Christ a toujours la vertu de former de semblables héroïnes.

En attendant, très chères filles, puisse notre bénédiction, que Nous vous accordons du fond de notre cœur, descendre abondante sur vous et sur vos familles et vous servir d'encouragement et de réconfort ; qu'elle descende avec abondance sur vos œuvres, et qu'elle les féconde afin qu'elles portent des fruits nombreux pour la vie éternelle.

Benedictio, etc.

Allocution à la Société catholique de secours mutuels des artistes et ouvriers de Rome, 15 décembre 1878

Dimanche 15 décembre la Société catholique de secours mutuels des artistes et ouvriers de Rome avait l'honneur d'être reçue en audience solennelle par Sa Sainteté Léon XIII. Environ 1 500 personnes, dont la plupart étaient des ouvriers, se trouvaient rangées en ordre dans la magnifique galerie des cartes géographiques, et venaient donner au souverain Pontife une nouvelle attestation de leur profond respect, de leur filial dévouement et de leur inaltérable obéissance.

Ces sentiments étaient éloquemment exprimés dans une adresse lue par le président général du conseil directeur, et à laquelle le Saint-Père a répondu par l'allocution suivante :

Nous avons entendu avec une vraie satisfaction de notre cœur votre affectueuse adresse, et Nous accueillons bien volontiers vos sentiments d'affection, de foi, d'attachement à notre personne. Et cette satisfaction est d'autant plus grande que Nous connaissons mieux votre zèle, votre empressement dans la direction de cette société, dans son développement, dans son but, qui sont la charité réciproque, l'esprit de la vraie religion.

L'Eglise catholique, vous le savez, a toujours béni et pris sous sa protection les sociétés artistiques et ouvrières, lesquelles n'ont cessé de prospérer, et de fleurir à son ombre. Nous avons donc confiance que votre société de Rome, grâce à la bienfaisante influence de l'Eglise, tendre mère, et grâce aussi à nos encouragements et à nos faveurs, acquerra de jour en jour plus de force et de diffusion. Et Nous sommes certain que tous les bons ouvriers et artistes qui vous ont donné leur adhésion, avec la conviction des avantage immenses qui dérivent pour tous les fils de l'Eglise de la ferveur catholique, fermeront l'oreille aux suggestions des méchants et des impies, qu'ils repousseront enfin avec horreur cet esprit de révolte et de désordre à l'aide duquel le démon attaque et bouleverse aujourd'hui la société.

Que Dieu tout-puissant exauce nos désirs ; qu'il vous comble, vous et votre association, de la plénitude de ses dons, en gage desquels Nous vous donnons, du fond de notre cœur, la bénédiction apostolique.

Benedictio, etc.

Allocution en réponse aux hommages du sacré-collège présenté par l’Eme doyen, le cardinal Di Pietro, à l'occasion des fêtes de Noël, 24 décembre 1878

Nous répondons d'un cœur joyeux et avec une affection toute particulière, monsieur le cardinal, aux souhaits de prospérité que vous Nous adressez au nom du Sacré-Collège, en cet anniversaire si fêté de la naissance de Jésus-Christ. Ces sentiments de dévotion et d'amour dont vous vous êtes fait l'interprète, Nous Nous plaisons, Nous aussi, à les exprimer au Sacré-Collège. Qu'il reçoive donc nos vœux sincères pour lui et pour sa commune félicité.

Certes, le mystère dont l'Eglise célèbre en ces jours, par toute la terre et avec tant de solennité, la mémoire, est d'une telle nature, qu'il inspire en Nous la consolation et le courage. Grâce à ce mystère, la voix éloquente de la foi parle au cœur des fidèles et leur dit que le Fils unique de Dieu, par un trait d'incompréhensible charité, apparu ici-bas avec la mission sublime de restaurer le monde en le rappelant, du profond de la corruption où il était tombé, à une vie nouvelle, amitié la grande œuvre de la réparation au jour de sa glorieuse naissance, et l'a achevée par une voie tout admirable, en même temps sage, suave et forte.

Et comme c'est toujours l'esprit de Jésus-Christ qui informe et gouverne l'Eglise, qu'il a fondée pour continuer sa mission divine dans le monde, toutes les fois que dans les siècles passés la société s'est laissé retomber, par sa propre faute, de la dignité où elle avait été élevée, dans la fange et la misère, l'Eglise l'a sauvée par la vertu surhumaine du Rédempteur.

De même, l'âge où nous vivons, âge très triste en vérité, n'a d'autre moyen d'échapper à ses maux qu'en revenant au Christ et en faisant sa paix avec l'Eglise. L'esprit d'orgueil et d'indépendance qui agite à cette heure la société et en bouleverse l'ordre entier n'offre plus de salut que dans l'humble soumission et la docile obéissance chrétienne. La cupidité effrénée des biens et des plaisirs terrestres n'a pas de plus salutaire remède que dans la tempérance, l'abnégation, le sacrifice, qui sont les premiers devoirs des fidèles du Christ. Seul, l'esprit purement chrétien, répandu dans la société humaine, peut la faire jouir de la paix véritable, de cette paix que les anges annoncèrent à la naissance du Christ, de cette paix que vous venez de nous souhaiter, monsieur le cardinal. Car la paix véritable se fonde toute sur l'ordre, et il est impossible de la trouver dans l'homme désordonné, c'est-à-dire dans l'homme dont la raison n'est pas pleinement soumise à Dieu et le sens pleinement soumis à la raison ; il est impossible de la trouver dans la société, si l'autorité et les lois qui la gouvernent ne sont pas pleinement conformes aux principes immuables et éternels de la vérité et de la justice dont l’Eglise est la gardienne.

Mais, sachant que Dieu a fait les nations guérissables et que la Sagesse incréée arrive souvent à ses fins très hautes par des voies mystérieuses et en apparence contraires, Nous ne doutons pas qu'en ce temps aussi et par la vertu bienfaisante de l'Eglise, la terre sera de nouveau pacifiée et renouvelée, et que la ruine extrême où elle a été pour ainsi dire conduite servira à rendre son salut plus admirable et le triomphe de l'Eglise plus glorieux.

Hâtons par nos œuvres ce moment désiré, faisons à cette fin les vœux les plus fervents, les prières les plus ardentes, et déposons ces vœux et ces prières à la crèche du Rédempteur.

En attendant, comme gage de notre paternelle affection, Nous vous donnons, du, fond de notre cœur, à vous, monsieur le cardinal et à tout le Sacré-Collège, la bénédiction apostolique, et que cette bénédiction soit pour tous la source de sainte allégresse, de paix véritable et de félicité présente et future.

Benedictio, etc.

Allocution en réponse à une adresse lue au nom des collèges de la prélature romaine par Mgr Callo patriarche de Constantinople, 25 décembre 1878

C'est avec un grand plaisir que Nous recevons l'expression des souhaits qu'à l'occasion des fêtes de Noël vous Nous exprimez, monseigneur, au nom des évêques assistants au trône pontifical et des divers collèges de la prélature romaine.

Il Nous est agréable de répondre à ces félicitations et de vous faire connaître les vœux sincères que Nous formons pour que les faveurs célestes descendent avec la plus grande abondance sur chacun de vous.

Dans cette heureuse circonstance, c'est d'abord à vous, vénérables frères, qui, revêtus du caractère épiscopal, avez l'honneur de vous tenir plus près de notre trône, que Nous voulons exprimer notre satisfaction pour l'édification que vous donnez à Rome par votre zèle ; et Nous avons la ferme espérance que vous ferez resplendir de plus en plus au milieu de cette ville l'éclat des vertus sacerdotales et des saints exemples ainsi que les bienfaits de votre charité apostolique.

Quant à vous, excellents prélats, Nous aimons à vous dire que Nous attendons les meilleurs, résultats de votre zèle intelligent et actif, dont vous êtes aujourd'hui plus que jamais appelés à donner des preuves. Car, depuis que par une disposition de la divine Providence, le gouvernement de l'Eglise Nous a été confié, Nous souffrions de voir tant de prélats distingués, empêchés par la malice des hommes et le malheur des temps de consacrer leur talent et leur zèle aux grands et honorables devoirs qui, sous le paternel régime temporel du souverain Pontife, leur étaient confiés. Désirant vivement que des forces si considérables ne fussent pas perdues, Nous prîmes dès lors la résolution, que Nous avons plusieurs fois manifestée, de mettre ces forces à profit le plus tôt possible pour le service de l'Elise.

Maintenant que ce projet a reçu sa complète exécution par les nouvelles attributions assignées à chacun de vous et par les nouveaux règlements qui en organisent l'exercice, il vous appartient de répondre par tous vos efforts et avec promptitude à notre appel. Cela vous demandera votre zèle et votre amour pour l'Eglise ; cela exigera de vous l'esprit de votre vocation et la connaissance des conditions de la société présente. Dans les moments difficiles où l'on cherche à opprimer et à avilir l'Eglise, et à jeter le discrédit sur ses ministres sacrés, c'est le devoir de ceux qui furent par Dieu appelés à la servir, de porter haut l'honneur de ses institutions, d'en faire resplendir la sagesse aux yeux du monde et de devenir par leur doctrine, par la pureté de leur vie, et par leur zèle, la vraie lumière du monde et le vrai sel de la terre.

Nous ne doutons pas que vous tous, persuadés des grands avantages qui résulteront des sollicitudes paternelles que Nous avons pour vous, vous entriez pleinement dans nos vues et secondiez en tout nos efforts : la manière docile et prompte avec laquelle vous avez généralement accueilli ces dispositions nouvelles, en Nous encourageant grandement, Nous est d'autre part un gage certain des constants efforts par lesquels vous les mettrez à exécution. Nous devons ajouter que Nous tiendrons grand compte des travaux accomplis par chacun de vous dans les nouvelles charges qui vous ont été attribuées et Nous ne laisserons pas sans récompense les talents et la bonne volonté.

En attendant, comme gage de notre particulière affection, Nous accordons du fond du cœur à nos vénérables frères, assistants au trône pontifical, aux divers collèges de la prélature romaine et à tous les avocats consistoriaux, que Nous voyons avec une grande satisfaction s'être joints à eux, notre bénédiction apostolique.

Benedictio, etc.

Discours au pélerinage italien, 10 janvier 1879

Notre cœur s’emplit aujourd’hui d’une consolation douce et sainte en vous voyant, fils très chers, qui, des diverses villes d’Italie, êtes venus en pèlerinage à Rome, ce siège vénérable du Vicaire de Jésus-Christ. Prosternés d’abord devant la tombe auguste du prince des Apôtres, et rangés à cette heure autour de notre trône, vous donnez un témoignage solennel de votre foi et vous professez publiquement votre volonté de rester toujours unis d’esprit et de cœur à l’Eglise et à son Chef suprême.

Et vraiment il est bien juste que les peuples du beau pays si protégé et privilégié de Dieu se tiennent étroitement unis au Siège Apostolique par l’obéissance le plus sincère, le respect le plus dévoué, l’amour le plus inviolable. Choisie entre toutes les nations pour être le siège de Pierre et pour garder en son sein le trône le plus auguste de la terre, l’Italie a fait, de préférence aux autres, l’expérience des bienfaits de cette religion qui a été sa gloire et sa splendeur, comme aussi des bienfaits du Pontificat Romain qui a rendu son nom célèbre et vénéré dans le monde.

C’est pour cela que, au milieu de notre vive douleur à la vue des embûches à l’aide desquelles on tente d’arracher la foi du cœur des Italiens et de les éloigner du centre de l’unité, Nous éprouvons un indicible réconfort en voyant en même temps que la plus grande partie d’entre eux, connaissant les embûches, n’abandonne pas le devoir et ne déshonore pas la profession catholique. Elle sait les conséquences funestes de la lutte engagée contre Jésus-Christ et l’Eglise, et au milieu des épreuves et des difficultés, elle garde une attitude noble et courageuse, elle se montre digne de tous ceux qui, jadis, sacrifièrent tout à la constance dans la foi, à la révérence et à la fidélité envers de Vicaire de Jésus-Christ.

Fils très chers, vous êtes de ce nombre fortuné ! Ah ! persévérez dans vos saints propos ; restez unis entre vous par le lien de la charité, et soyez prompt à accourir à a défense de la religion partout où le besoin et le devoir vous appelleront.

En ces moments de périls, serrez-vous autour du rocher que n’ébranle pas le souffle des vents, autour de la chaire de vérité qui ne défaille pas devant la fureur des hommes. Et fasse le Ciel que, comme autrefois aux époques néfastes de l’histoire, les peuples se retournèrent pleins de confiance vers l’Eglise et en obtinrent leur salut, de même aujourd’hui, au milieu des incertitudes et des découragements des âmes, les peuples cherchent aussi leur salut dans l’Eglise et se réfugient à son ombre.

Que par son intervention la Reine Immaculée du ciel hâte ce moment : elle fut toujours d’aide du peuple chrétien et la terreur de ses ennemis.

Nous accueillons donc avec une véritable complaisance la pensée que vous a inspirée votre piété filiale envers la grande Mère de Dieu, et Nous bénissons le dessein de célébrer avec un redoublement de pompes le premier jubilé de la promulgation du dogme de son Immaculée Conception.

En bénissant ce pieux dessein, Nous vous bénissons aussi, vous tous qui êtes présents et vos familles ; Nous bénissons tous les catholiques d’Italie, et Nous implorons sur eux, du fond de notre cœur, l’abondance des faveurs célestes.

Benedictio Dei, etc.

Allocution au Sacré Collège des Cardinaux à l'occasion du premier anniversaire de son élection, 20 février 1879

Le 20 février, anniversaire de l'élection pontificale de Sa Sainteté Léon XIII, le collège des cardinaux est allé présenter au Pape ses félicitations. Il avait à sa tête son doyen, S. Em. le cardinal di Pietro, camerlingue de la sainte Eglise romaine, qui a lu, au nom du Sacré-Collège, l'adresse sui vante :

Très Saint Père,

Un an s'est écoulé depuis que la reconnaissance et la vénération faisaient accourir les catholiques à cette tombe qui se fermait au milieu d'un deuil général. Mais en même temps de ferventes prières montaient au Ciel pour que le Pontife défunt eût un successeur qui, par l'éminence de sa piété, de sa ferveur et de sa doctrine, apportât une paix si désirable dans les âmes opprimées par l'angoisse.

Inspirés par Dieu, dont nous avions à choisir le Vicaire sur la terre, nous jetâmes, ô très Saint-Père, nos regards sur vous, et connaissant l'évêque prudent et zélé non moins que l'écrivain élégant et persuasif, nous vous proclamâmes souverain Pontife, et prince digne de gouverner l'Eglise. Dans la courte période qui s'est écoulée depuis ce jour, le monde entier a déjà admiré vos actes et vos belles paroles de paix qui doivent apaiser les craintes universelles, et a écouté avec respect les sages avertissements que vous avez donnés à la société tout entière et qui seraient assurément capables de mettre un terme aux excès de la vie publique qui vont chaque jour en se manifestant davantage, ou sous la ferme de faux principes qui se propagent, ou sous celle de crimes horribles qui se commettent ; sages avertissements qui indiquent l'unique voie qui peut conduire les hommes à leur véritable but.

Le collège des cardinaux se réjouit donc en voyant que du choix qu'il a fait de votre personae comme souverain Pontife résultera immanquablement la continuation de l'ère de gloire pour la religion catholique, car sur votre tête resplendit, outre la tiare sacrée, une triple couronne de vertu, de fermeté et de sagesse.

Ayant, en qualité de doyen, l'honneur de porter la parole au pied de votre trône, je vous exprime à ce titre les vœux sincères de prospérité que le Sacré-Collège unit à ceux de tous les hommes de bien, lesquels accourent vous présenter leurs hommages dans cette heureuse circonstance.

A ces vœux se joignent d'ardents souhaits pour votre longue conservation.

Acceptez-les, très Saint-Père, et accordez-nous avec bienveillance votre paternelle bénédiction.


Voici la réponse du Saint-Père à l'adresse lue par le cardinal di Pietro au nom du Sacré-Collège :

Les vœux et les félicitations que vous Nous adressez au nom du Sacré-Collège, en ce jour anniversaire de notre exaltation au pontificat, Nous sont souverainement agréables, monsieur le cardinal.

En les recevant avec la plus vive gratitude, il Nous est doux d'exprimer en retour au Sacré-Collège notre satisfaction pour les nombreuses preuves d’attachement et de respect qu'il Nous a données dans le cours de cette année et pour l'assistance qu'il Nous a prêtée dans les devoirs du gouvernement de l'Eglise.

Dès le moment où il a plu au Seigneur de Nous élever au siège auguste de saint Pierre, quand notre esprit, ému et hautement pénétré à la pensée du fardeau imposé à notre fragilité, se sentait comme épouvanté, notre réconfort le plus efficace vint de la certitude de trouver dans le Sacré-Collège un appui solide et de l'espérance que la Providence divine, Nous appelant en des temps si orageux à gouverner l'Eglise, ne Nous priverait pas de son pieux secours.

Animés d'une telle confiance, connaissant pleinement les maux de la société présente et intimement convaincu de la puissante vertu curative de l'Eglise, Nous n'eûmes rien de plus à cœur que de montrer au monde la nature bienfaisante et les influences salutaires de cette Eglise, pour réconcilier (riamicare) à elle et les princes et les peuples, comme aussi pour lui rendre la noble condition de liberté qui, par une disposition divine, lui est due.

Si notre parole, accueillie avec révérence et soumission par les fidèles de l'univers, a servi à réveiller chez les uns l'amour envers l'Eglise, et à lui rendre les autres moins hostiles, on le doit à Celui seul qui a fait les nations guérissables, à Celui qui a donné de l'efficacité à notre voix ; on le doit aux trésors inestimables de lumière, de vérité et de beauté dont l'Eglise est enrichie.

Mais en rendant à Dieu nos actions de grâces, Nous savons combien est rude et difficile le chemin que Nous devons parcourir, car le penchant toujours plus pervers au mal qui afflige la société, les projets cruels de beaucoup d'hommes dont l'audace s’accroît en raison de triomphes inespérés, la guerre déloyale qui de toute part se prolonge dans le monde contre l'Eglise et la papauté, annoncent des temps plus sombres et plus terribles. Toutefois, avec l'aide de Dieu, ni les événements contraires, ni les menaces ou les flatteries des ennemis, ne Nous éloigneront jamais de notre devoir, et Nous Nous appliquerons à suivre les traces glorieuses de nos plus illustres prédécesseurs. Toujours prêt à tendre une main amie à tous ceux qui volontairement et repentants reviennent au sein de l'Eglise et cessent de la persécuter, Nous continuerons à combattre ceux qui lui font la guerre, et Nous persévérerons fermes et constants dans la défense de ses droits, de son indépendance et de sa liberté.

Notre confiance est placée en Celui dont, bien qu'indigne, Nous tenons la place sur terre ; en Celui qui donne aux combattants la force et la victoire, et qui a dit ces paroles : Ayez confiance, j’ai vaincu le monde, et qui l'a vaincu par des moyens en apparence humbles et méprisables, et avec une sagesse semblable, aux yeux du monde, à la folie. Nous avons donc confiance, il m'est doux de le répéter, dans le concours sage et éclairé du Sacré-Collège, sûr qu'il ne Nous fera point défaut tant qu'il plaira au Seigneur de prolonger nos jours.

Avec ces sentiments, en retour des félicitations que vous Nous avez adressées et des vœux que vous venez de faire, monsieur le cardinal, pour notre prospérité, et comme gage de notre particulière affection, Nous donnons, du profond de notre cœur, à tout le Sacré-Collège la bénédiction apostolique.

Allocution aux journalistes à propos du pouvoir temporel du Pontife Romain, 22 février 1879


Nous sommes pénétré d'une bien grande joie et d'une douce allégresse de cœur en vous voyant ici, très chers fils, venus en si grand nombre de toutes les contrées de la terre, d'après le vœu et le désir d'un homme éminent, prélat de Notre maison, pour attester publiquement, en votre nom et au nom des rédacteurs de tous les journaux catholiques, à l'inauguration de la seconde année de Notre pontificat, la fidélité et l'amour que vous nourrissez dans l'âme pour Nous. Car la pleine soumission de vos cœurs, ainsi que vous venez de l'attester solennellement par vos paroles et vos actes, et votre entière déférence envers la Chaire de Pierre, votre zèle ardent pour la religion, et le généreux courage avec lequel vous avez entrepris de défendre les droits de la vérité et de la justice, vous font apparaître à Nos yeux comme une phalange de soldats d'élite, habile dans l'art de la guerre, instruite pour les combats et prête au commandement, et même sur un signe du chef, à voler au milieu des rangs les plus épais de l'ennemi et à donner sa vie.

Et Notre joie est d'autant plus grande, que Nous sentons mieux combien le temps présent a besoin de secours de cette sorte et de tels vaillants défenseurs. Car à peine obtenue cette liberté effrénée (qu'il serait plus vrai d'appeler licence) de publier tout ce qu'on veut, les hommes épris des nouveautés du jour se sont empressés de répandre une multitude presque infinie de journaux ayant pour fonction d'attaquer ou de mettre en doute les principes du vrai et du droit, de combattre l'Eglise par la calomnie, d'exciter contre elle la haine et d'inculquer dans les esprits les plus pernicieuses doctrines.

Ils ont bien compris, en effet, l'utilité et l'avantage qu'ils pourraient tirer, pour l'accomplissement de leurs desseins, de la publication de journaux quotidiens qui insinueraient insensiblement et peu à peu dans l'esprit de leurs lecteurs le poison des erreurs et corrompraient les cœurs en excitant les appétits dépravés et en flattant les sens. Et ce résultat a, été si bien obtenu au gré de leurs désirs, qu'on pourrait, sans s'écarter beaucoup de la vérité, attribuer en grande partie au fléau de la presse l'abondance de maux et la triste condition des choses et des temps où nous en sommes arrivés.

Aussi, comme aujourd'hui, en raison de l'usage universellement établi, c'est devenu presque une nécessité de publier des journaux, les écrivains catholiques doivent travailler surtout à tourner au bien de la société civile et à la défense de l'Eglise le moyen dont les ennemis se sont emparés pour la perte de l'une et de l'autre. Car, bien que les écrivains catholiques ne puissent se servir de ces procédés et de ces appâts dont usent souvent leurs adversaires, ils peuvent du moins les égaler facilement par la variété et l'élégance du style, par la sûreté et la promptitude des informations, et même les surpasser par la science des choses utiles, surtout par la vérité que l'esprit désire naturellement connaître et dont la force, la supériorité et la beauté sont telles que, dès qu'elle apparaît à l'esprit, elle arrache sans peine l'assentiment même de ceux qui lui sont contraires. Pour atteindre cette fin désirable, il convient d'user d'un genre de langage digne et mesuré, qui ne blesse pas l'esprit des lecteurs par une amertume excessive ou intempestive de paroles et ne serve pas les intérêts de parti ou des avantages particuliers de préférence au bien général. Nous pensons que vous devez vous appliquer par-dessus tout, selon l'avertissement de l'Apôtre, « à dire tous de même et à n'avoir point de schismes parmi vous ; à vous tenir parfaitement dans le même sentiment et le même esprit, » adhérant avec un ferme assentiment de vos cœurs aux doctrines et aux décisions de l'Eglise catholique.

La nécessité de cette concorde apparaît d'autant plus grande que parmi les hommes mêmes qui sont dans les rangs des catholiques, il n'en manque pas qui, entreprenant de trancher et de définir selon leur propre jugement des controverses publiques de la plus grande importance, relatives à la condition même du siège catholique, paraissent professer des sentiments contraires à la dignité et à la liberté du souverain Pontife. C'est pourquoi, afin de ne laisser aucune occasion d'erreur, il importe au plus haut point de rappeler encore à l'esprit des catholiques cette vérité que le pouvoir suprême de l'Eglise, conféré divinement à Pierre et à ses successeurs, afin de maintenir dans la foi toute la famille chrétienne et de la conduire à la béatitude éternelle du royaume céleste, revendiqué pour s'exercer, de par l'institution divine de Jésus-Christ même, la plus entière liberté. Or, pour le libre exercice de ce pouvoir dans le monde entier, il faut rappeler encore qu'un dessein très providentiel de Dieu a fait, après les périlleuses épreuves du premier âge, que le principat civil fut adjoint à l'Eglise romaine et lui fût conservé pendant de longs siècles à travers les infinies vicissitudes des choses et les ruines des royaumes.

C'est pour ce motif, assurément très grave, et non, comme Nous l'avons dit souvent, par l'ambition de régner ou le désir de dominer, que les souverains Pontifes, toutes les fois qu'ils ont vu troubler ou violer ce principat civil, ont pensé qu'il était du devoir apostolique de conserver sains et saufs, et de défendre, selon leurs forces, les droits sacrés de l'Eglise romaine. Et Nous, suivant l'exemple de nos prédécesseurs, Nous n'avons jamais négligé et jamais Nous ne négligerons d'affirmer ces mêmes droits et de les revendiquer.

C'est pourquoi, fils très chers, vous qui, très fermement attachés à la Chaire de Pierre, vous montrez absolument prêts à défendre la cause du Siège apostolique, soyez unanimes et actifs à défendre sans cesse, par la parole et par les écrits, la nécessité de ce pouvoir sacré pour le libre exercice du pouvoir spirituel ; avec l'histoire pour guide, montrez que ce pouvoir a été constitué et a duré sur la foi d'un droit si légitime que personne, dans les affaires humaines, ne peut prétendre à un droit plus grand ou même égal.

Mais si quelqu'un, pour exciter contre vous la haine des foules, venait à dire que le principat civil de l'Eglise romaine ne peut s'accorder avec la fortune des Italiens et la prospérité des royaumes, répondez au contraire que ni les Pontifes romains, s'ils sont en possession de leur pouvoir, ni l'Eglise catholique, si elle jouit de la liberté, ne donnent rien à craindre pour la sauvegarde et le salut des peuples. Ce n'est pas l'Eglise, en effet, qui excité les foules séditieuses, car elle les contient plutôt et les apaise ; ce n'est pas elle qui fomente les rivalités et les haines, car elle les étouffe par la charité ; ce n'est pas elle qui aiguise l'orgueil ou le désir effréné du pouvoir, car elle les tempère plutôt par la sévérité du jugement suprême et l'exemple du Roi céleste ; ce n'est pas elle qui empiète sur les droits de la société civile, car elle les affermit ; ce n'est pas elle qui convoite le domaine des royaumes, car, s'acquittant religieusement de la charge du ministère apostolique qui lui a été divinement confiée, elle garde intacts ces principes sur lesquels tout ordre se fonde, et grâce auxquels fleurissent la paix, l'honnêteté et toute civilisation.

Pour ce qui concerne les Italiens, les monuments des âges passés disent bien haut que les pasteurs de l'Eglise romaine ont bien mérité de cette illustre ville et des affaires italiennes ; en même temps, ils attestent que l'éclat si noble et si grand dont Rome brille lui est venu de la religion catholique. En effet, ainsi que le disait saint Léon le Grand, Rome devenue la tête du monde par le siège sacré de Saint-Pierre, règne sur les choses divines par la religion plus amplement que sur les choses terrestres par la domination. Ajoutez, ce que tout le monde sait, que les Pontifes romains ont toujours apporté les plus grands soins à favoriser le développement des lettres et des sciences ; qu'ils ont toujours pris les beaux-arts sous leur protection, et que leur gouvernement équitable et paternel a toujours fait le bonheur des peuples qui leur étaient soumis. Dites enfin que les affaires publiques en Italie ne pourront ni prospérer ni jouir d'une longue tranquillité si l'on ne satisfait, selon que tous les droits le réclament, à la dignité du siège romain et à la liberté du souverain Pontife.

Ces choses et d'autres semblables, par lesquelles on travaille pour l'avenir au bien de la société religieuse et civile, ayez à cœur de les répandre dans le public par vos journaux et de les fortifier par le secours des arguments ; que chez vous tous il y ait un même amour, un même esprit, à savoir la défense de la cause de l'Eglise et le combat pour les droits du pontificat romain. Luttant pour la justice, pour la religion et pour la liberté de l'Eglise, vous devez vous attendre à une ample moisson d'épreuves et de travaux, et vous aurez à souffrir des difficultés en grand nombre. Prenez garde de perdre courage, car il appartient aux chrétiens de faire et de souffrir de grandes choses. Dieu, d'ailleurs, assistera ceux qui combattront bien, et leur apportera le secours abondant des grâces célestes.

Mais, afin que ces grâces vous viennent chaque jour de plus en plus fécondes, Nous accordons, avec la plus profonde affection de notre cœur à tous les écrivains des journaux catholiques et à chacun d'eux, comme témoignage de notre bienveillance, envers vous, la bénédiction apostolique.

Benedictio, etc.

Allocutio ad catholicarum ephemeridum scriptoribus, 22 février 1879


Ingenti sane lætitia suavique animi jucunditate hodie perfundimur ex conspectu frequentiaque vestra, filii dilectissimi, qui egregii viri, domus Nostræ Antistitis, votis et desideriis obsequentes, ex omnibus terræ plagis huc convenistis, ut vestro et omnium catholicarum ephemeridum scriptorum nomine, fidem et amorem, quem animo fovetis, Nobis secundum Pontificatus annum auspicantibus, palam obtestaremini. Plenum siquidem, quod modo solemniter verbis et factis professi estis, animorum obsequium et propensissima in Petri cathedram voluntas, ardens religionis studium, et generosa virtus, qua veritatis et justitiæ jura tuenda suscepistis, vos Nobis exhibent veluti lectissimam militum aciem, belli peritam, ad pugnandum instructam, et ad ducis imperium ac nutum paratam vel inter confertissimos hostes convolare, vitamque profundere.

Atque eo vel magis lætamur quod hisce auxiliis et strenuis hujus generis defensoribus tempus egere sentimus. Parta enim effreni illa quidquid libuerit in vulgus edendi libertate, quam verius licentiam dixeris, homines novarum rerum studiosi infinitam prope ephemeridum multitudinem statim disseminandam curaverunt, quæ veri rectique principia impugnare aut in dubium addecere, Christi Ecclesiam calumniis impetere et in invidiam vocare, et perniciosissimas doctrinas mentibus persuadere solemne haberent.

Mature enim intellexerunt quantum utilitatis et commodi ad inita concilia perficienda capere possent ex quotidiana editione ephemeridum, quæ errorum veneno sensim et paulatim animos legentium inficerent, et pravorum appetituum fomentis sensuumque illecebris corda corrumperent. Hæc autem omnia adeo feliciter juxta eorum vota cesserunt, ut a vero non admodum videatur abesse quisquis malorum colluviem et miserrimam, ad quam devenimus, rerum temporumque conditionem in ephemeridum vitium magna ex parte refundat.


Quapropter cum modo, ex more qui universaliter invaluit, edendarum ephemeridum sit veluti inducta necessitas, catholicis scriptoribus in id maxime adlaborandum est, ut in civilis societatis medelam et Ecclesiæ præsidium vertant, quod in utriusque perniciem ab hostibus usurpatur. Quamvis enim catholici scriptores iis artibus et lenociis uti non possint, quibus adversarii frequenter utuntur, eos tamen facile possunt æquare scribendi varietate ac elegantia et diligenti recentiorum factorum narratione ; imo et vincere, utilium rerum notitia, maxime autem veritate, quam animus naturaliter appetit, et cujus tanta est vis, præstantia et pulchritudo, ut cum menti apparuerit, facile vel ab invito assensum extorqueat. — Ad optatum autem exjtum plurimum conferet gravis et temperans dicendi ratio, quæ nimirum neque nimia aut intempestiva sermonis acerbitate legentium animos offendat, neque partium studio aut privatorum commodis, communit, bono posthabito, deserviat. Illud autem præceteris curandum vobis esse intelligimus, ut sicut Apostolus monet idipsum dicatis omnes et non sint in vobis schismata ; sitis autem perfecti in eodem sensu et in eadem sententia (I Cor., I, 10), calholicæ Ecclesiæ doctrinis et placitis firmo animorum assensu adhærentes.

Hujus autem concordiæ necessitas vel ex eo major apparet, quod inter ipsos viros, qui catholicis accensentur, non desunt modo qui publicas etiam gravissimi momenti controversias, ipsam apostolicæ Sedis conditionem respicientes, proprio arbitrio dirimendas et definiendas assumunt, et aliter sentire videntur, quam Romani Pontilicis dignitas et libertas patiatur. — Interest idcirco quam maxime, ne qua errandi reliquatur occasio, rursus in catholicorum mentem reducere, supremam Ecclcsiæ potestatem, quæ Petro ejusque successoribus divinitus collata est, ut universam Christi familiam in fide contineret et ad æternam cœlestis regni beatitudinem addjiceret, ex divina ipsius Christi institutione, plenissimam sibi libertatem vindicare ; ad hanc au tempotestatem libere toto orbe exercendam providissimo Dei consilio factura esse ut, post periculosa primæ ætatis discrimina, civilis principatus roman te Ecclesiæ adjiceretur, eidemque longo sæsulorum tractu, inter infinitas rerum vicissitudines regnorumque ruinas conservaretur. 

— Hac autem ratione, sane gravissima, non regni ambitu, ut sæpius ediximus, non dominandi cupiditate permoti, romani Pontifices quoties civilem hunc principatum turbari et violari senserunt, apostolici muneris esse putarunt sacra romanæ Ecclesiæ jura sarta tecta servare et pro viribus tueri : Nosque ipsi prædecessorum nostrorum exempla secuti, hæc aedem jura asserere et vindicare non prætermisimus, nec unquam prætermittemus.

Quapropter vos, filii dilectissimi, qui Petri Cathedræ maxime addicti ad Sedis Apostolicæ causam defendendam paratissimos vos exibetis, unanimes et alacres, voce ac scriptis sacri imperii necessitatem ad liberum spiritualis potestatis exercitium propugnare ne desinatis ; atque historia duce ostendite, illud imperium tam legitimo jure fuisse constitutum ac perdurasse, ut aliud in humanis rebus majus vel æquale nemo prætendat.


Si quis autem, ut vobis multorum invidiam conciliet, civilem Ecclcsiæ Romanæ principatum cum Italorum fortuna et regnorum prosperitate componi non posse dictitaverit, contra objicite, nihil a Romanis Pontificibus, si imperio potiantur, nihil a catholica Ecclesia, si libertate fruatur, populorum saluti et incolumitati esse timendum. Non enim Ecclesia seditiosas, commovet turbas, sed continet potius et componit; non simultates aut odia fovet, sed caritate restinguit, non imperandi libidinem aut superbiam acuit, sed potius supremi judicii severitate, et cœlestis regis temperat exemplo ; non civilis societatis jura invadit, sed firmat ; non regnorum dominium affectat, sed Apostolici magisterii munere sibi divinitus demandato religiose perfungens, ea principia intégra servat, quibus omnis ordo nititur, et ex quibus pax, honestas et omnis civilis cultus efflorescit.

Ad Italos autem quod attinet præteritorum temporum monumenta loquuntur Romanæ Ecclesiæ Pastores de alma hac Urbe et de Italorum rebus esse optime meritos ; simulque testantur nobile præcipuumque decus, quo Roma fulget, a catholica relligione esse profectum. Roma namque per sacram B. Petri Sedem Caput orbis effecta, ut S. Leo M. aiebat, laiius præsidet relligio ne divina quam dominatione terrena (Ser. I in nat, SS. Petri et Pauli in fin, di pagina). Addite, quod omnes norunt, Romanos Pontifices litteris ac scientiis fovendis maximas curas semper impendisse ; bonas artes in suam recepisse tutelam ; æquo paternoque imperio subjeotos sibi populos fortunasse. — Dicite tandem publicas Italiæ res, neque prosperitate florere, neque diuturna tranquillitate posse consistere, nisi Romanæ Sedis dignitati et Summi Pontificis libertati, prout omnia jura postulant, fuerit consultum.

Hæc atque his similia, quibus religiosæ et civilis societatis bono prospicitur, per vestras ephemerides in vulgus spargere et rationum momentis communire satagite : omnibus unus sit amor, una mens, Ecclesiæ causam defendere et Romani Pontificatus jura propugnare. Pro justitia, pro relligione, pro Ecclesiæ libertate pugnantes multa profecto molestiarum ac laborum seges, aspera multa toleranda vos manent : cavete ne animum despondeatis, facere enim et pati fortia christianum est. Aderit rite certantibus Deus, copiosa cœlestium munerum præsidia deferens.


Hæc autem ut uberiora in dies vobis obveniant, Apostolicam benedictionem, Nostræ in vos benevolentiæ testera, omnibus et singulis catholicarum ephemeridum scriptoribus, intimo cordis affectu impertimus,

Benediclio, etc.

Allocution consistoriale à l'occasion de la confirmation de l'élection du nouveau Patriarche de l'église Chaldéenne, le 28 février 1879

Vénérables frères,
Nous profitons aujourd'hui avec joie de la présence de votre insigne Collège pour traiter avec vous, selon l'usage de Nos prédécesseurs, de la confirmation du patriarche de Babylone des Chaldéens, par l'élection duquel les évêques du rite chaldéen ont pourvu pour leur part au gouvernement du siège vacant.
Nous estimons en effet, vénérables frères, en raison du suprême ministère dont Nous sommes investi par l'institution divine, que les affaires qui regardent les Eglises d'Orient méritent de Notre part une sollicitude particulière et tout Notre zèle, ainsi qu'il en a été de tout temps chez Nos prédécesseurs. Tel fut même leur zèle et leur attachement pour les Eglises d'Orient, que Basile écrivant à Damase allait jusqu'à dire : « L'admirable énergie de votre affection nous a toujours réconfortés dans le temps passé. » Car ils connaissaient l'antique noblesse de ces contrées où le soleil de justice a lui pour le genre humain et la vieille gloire de ces Eglises qui ont produit de hautes lumières en divine sagesse et en admirable sainteté. C'est pourquoi, depuis le commencement de Notre pontificat, voyant les Eglises d'Orient en proie aux plus funestes orages, Nous aussi Nous cherchons à subvenir aux nécessités de chacune d'elles, et trouvant une occasion opportune dans le congrès tenu par les représentants des principaux souverains de l'Europe au sujet des affaires politiques d'Orient, Nous n'avons pas négligé d'intervenir pour que le droit de pratiquer librement dans ces contrées la religion catholique fut publiquement reconnu et sanctionné. Ce résultat ayant été heureusement obtenu, Nous avons maintenant l'intention bien arrêtée de Nous appliquer sans relâche à ce que ce droit ait en toutes choses son plein effet, et à ce que la liberté et la dignité de la profession catholique une fois reconquises, ces éléments si nécessaires pour entretenir et faire fleurir la règle des mœurs publiques, le respect de l'autorité publique, la charité et la bienveillance des hommes entre eux, l'ordre de la société et toute civilisation humaine, demeurent désormais fixés par des racines solides.
Nous avons la confiance, vénérables frères, que les hommes placés à la tête du gouvernement de l'empire ottoman comprendront d'eux-mêmes qu'il est de leur intérêt d'accorder pleinement et abondamment à leurs sujets catholiques ce que le droit et l'équité réclament ; surtout après avoir reçu de récents et d'éclatants témoignages de leur fidélité, et d'un dévouement sincère à la patrie que les calomnies de leurs adversaires essayaient par la plus grande injustice de mettre en doute et de rendre suspect.
Ainsi il arrivera que les nations de communion catholique recueilleront du ministère et de la sollicitude du Siège apostolique les fruits les plus salutaires, et que les autres aussi placées en dehors de l'unité catholique, en voyant la différence qu'il y a entre le bonheur des temps dont ils jouissaient autrefois et la misérable condition où ils sont tombés en dernier lieu, formeront sagement le projet de demander le port et le salut aux institutions de leurs ancêtres, lesquels trouvaient la sauvegarde de leur dignité dans la communion avec l'Eglise catholique et leur déférence envers ce siège apostolique et florissaient avec honneur.
Et maintenant, vénérables frères, pour accomplir ce que Notre ministère apostolique Nous demande de faire en vue de consoler le deuil de l'Eglise chaldéenne, Nous vous rappelons que cette Eglise s'est trouvée, l'an dernier, veuve de son patriarche par la mort de Notre vénérable frère Joseph Audo, qui, dans le consistoire tenu le 11 septembre 1848, par Notre prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ayant été confirmé dans cette dignité, y avait été canoniquement promu. Ce prélat, distingué par sa piété et sa religion, s'étant laissé surprendre pour un temps, dans les dernières années de sa vie, par l'ardeur des mauvais conseils, oublia la soumission due à ce siège apostolique ; mais repris par l'autorité apostolique, il revint si bien à son devoir, que pour avoir rendu au Pontife romain l'obéissance de droit, il souffrit avec une constance chrétienne les peines les plus grandes de la part des dissidents de sa nation, et qu'au terme de sa vie, il laissa, pour dernière parole, à la grande édification de tous les siens, un témoignage et de la douleur avec laquelle il implorait le pardon de son erreur, et de son dévouement, ainsi que de son fidèle attachement à ce siège de Pierre et au vicaire de Jésus-Christ.
Après sa mort, les évêques du rite chaldéen se réunirent canoniquement en assemblée synodale à Alkosh, dans le couvent dit de la bienheureuse Vierge Marie, et, le 26 juillet de l'année dernière, toutes les cérémonies ordinaires ayant été observées, ils élurent par leurs suffrages ou demandèrent comme patriarche de Babylone des Chaldéens notre vénérable frère Pierre-Elie Abolionan, évêque de Cazir. Au sujet de cette élection, Nous avons reçu des lettres que Nous ont envoyées les évêques suffragants et le patriarche élu, avec l'assurance de sa soumission envers cette Eglise apostolique romaine. Ils Nous demandaient de vouloir bien, par notre autorité apostolique, confirmer l'élection et accorder l'honneur du sacré pallium à l'élu.
C'est notre espoir, vénérables frères, que ledit vénérable frère Elie, considérant que « nous sommes chargés d'une responsabilité d'autant plus grande que nous aurons été honorés de grâces plus abondantes (Hormisdas, ép. XIII) », n'aura rien de plus à cœur que de remplir, dans le rang qu'il a obtenu, tous les devoirs du bon pasteur et de donner avec zèle et profit tous ses soins à la garde et à l'accroissement de l'Eglise chaldéenne. Excité par cet espoir et, toutes choses ayant été soigneusement pesées et approuvées par Notre congrégation de la Propagande de la foi préposée aux affaires des Eglises orientales, de l'avis de cette congrégation, Nous avons trouvé bon de confirmer aujourd'hui Notre vénérable frère Pierre-Elie comme patriarche de Babylone de l'Eglise Chaldéenne et de lui donner le pallium, pris du corps de Saint-Pierre.
Maintenant donc, par l'autorité du Dieu tout-puissant, des saints apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous confirmons et approuvons l'élection, ou demande faite par nos vénérables frères les évêques du rite chaldéen, de la personne du vénérable frère Pierre-Elie Abolionan, et Nous le préposons comme patriarche et pasteur de l'Eglise de Babylone des Chaldéens, selon qu'il est dit dans la cédule et le décret consistoriaux, nonobstant toutes choses contraires. 
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. 

Allocution à la Noblesse Romaine, le 4 mars 1879

La noblesse romaine est allée mardi dernier présenter ses hommages au souverain Pontife, et, en réponse à l'adresse lue au nom de tous les signataires par M. le marquis Cavaletti, Sa Sainteté a prononcé le discours suivant :

Les sentiments de respect, de dévouement et d'affection pour le Siège apostolique et pour notre personne qui, durant l'année qui vient de s'écouler, Nous ont été exprimés dans divers entretiens par chacune des familles du patriciat et de la noblesse romaine, Nous sont confirmés au nom de tous dans l'affectueuse adresse que vient de lire l'excellent sénateur de Rome.
Ces nouveaux témoignages de votre fidélité Nous touchent et en même temps Nous consolent. Nous sommes en effet touché et consolé de voir une si grande partie du patriciat romain, malgré les tromperies, les tentations et les artifices de tout genre, demeurer ferme sans se laisser séduire par les nouveautés du jour, persévérer dans l'amour et le dévouement envers le Vicaire de Jésus-Christ et se grouper de plus en plus, autour de Nous, comme des fils autour de leur père, comme des sujets autour de leur souverain.
Ce magnifique et public exemple de fidélité que, depuis plusieurs années, donne au monde la partie la plus choisie de notre Rome, démontre évidemment et avec éloquence que Rome regarde comme une gloire d'être et de rester ville pontificale.
Nous aurions voulu vous voir plus tôt rassemblés devant Nous ; mais Nous avons cru bon et Nous avions à cœur de connaître auparavant chaque famille en particulier et de lui exprimer l'affection que Nous éprouvons pour chacune d'elles.
Et maintenant, il Nous est très agréable de confirmer à tous, ici réunis, ces mêmes sentiments d'affection et d'ajouter que dans notre cœur revit cette paternelle bienveillance dont notre glorieux prédécesseur Pie IX vous a donné tant de preuves.
Assurément les liens qui unissent le patriciat et la noblesse de Rome à la papauté ne sont ni en petit nombre, ni récents, ni inconnus. En effet, à l'ombre du pontificat ont grandi et se sont ennoblies dans les siècles passés les plus illustres familles patriciennes de Rome, et chacune d'elles, dans la longue série de ses ancêtres, est fière de compter de nombreux personnages illustres par leurs vertus, leurs talents, leur science, leur courage, et qui ont puisé dans la religion de Jésus-Christ l'inspiration et la force d'entreprendre les plus dignes et les meilleurs travaux, et qui ont reçu des pontifes romains des encouragements et des secours.
Ils ne manquèrent jamais, au sein des familles patriciennes, ces hommes qui, consacrés à l'Eglise, ajoutèrent à la noblesse du sang la gloire de services singuliers rendus aux Pontifes et la splendeur des plus hautes dignités de la hiérarchie ecclésiastique.
Très chers fils, votre foi éprouvée et le sincère attachement au Vicaire de Jésus-Christ, dont vous avez donné jusqu’ici des preuves évidentes, Nous donnent la confiance que les antiques liens d'une étroite et inviolable union ne se relâcheront jamais. Dans la dure condition faite à la papauté par la révolution triomphante, ce Nous est un grand secours d'avoir l'espérance certaine que le patriciat et la noblesse seront toujours dévoués au Siège apostolique.
Pour Nous-, quels que soient les événements qui se préparent dans les conseils divins, au milieu des sollicitudes de l'Eglise universelle, nous n'oublions pas notre Rome. Et comme, parmi les maux qui aujourd'hui pèsent sur elle, le principal consiste dans les moyens insidieux par lesquels on cherche à corrompre et à arracher la foi du peuple romain, ainsi les soins les plus attentifs de notre ministère apostolique se portent aujourd'hui à réparer un si grand mal et à conserver intact un trésor si précieux.
Nous sommes persuadé que pour une entreprise de si grande importance, vous Nous prêterez largement, vous aussi, votre concours, comme vous l'avez fait jusqu'ici par les exemples de votre zèle, par les œuvres de votre ardente charité et par la générosité et la largesse de votre cœur. Ce Concours est digne de votre traditionnelle piété et de votre religion, et il sera pour vous un titre nouveau de gloire et de grandeur.
Avec cette espérance, comme gage d'une prospérité véritable, et afin de sceller de notre particulière affection pour vous, Nous donnons à tous et à chacun, du plus profond du cœur, la bénédiction apostolique.
Benedictio, etc. 

Allocution à Mgr Kupélian, patriarche schismatique arménien, lors de son retour à Rome, le 18 avril 1879

Le Saint-Père, après avoir écouté la rétractation de Mgr Kupélian, l'avoir admis à baiser son pied et sa main et l'avoir accueilli avec une extrême bienveillance, lui a adressé le discours suivant :

Il est doux et consolant pour un père d'embrasser, de presser sur son sein un fils qu'il croyait perdu ; c'est une grande joie pour un pasteur de voir une brebis longtemps errante rentrer repentante au bercail abanbonné. C'est cette joie, cette consolation qu'éprouve notre cœur aujourd'hui en vous voyant, fils bien-aimé et longtemps attendu, faire retour au giron de l'Eglise catholique, et enlever d'au milieu des catholiques arméniens le germe d'une division très funeste. 
Et cette sainte joie est encore plus grande et mieux sentie parce que Nous avons toute raison de croire à la sincérité et à la constance de votre conversion. Nous en trouvons l'assurance dans le courage et la fermeté avec lesquels vous avez pris et accompli une si généreuse résolution. Nous en trouvons l'assurance dans les circonstances et le bon propos qui l'ont accompagnée : telle est la sincère humilité qui vous fit déposer promptement les insignes épiscopaux, qui, par un long et fatigant voyage, vous conduisit à Rome pour faire personnellement et spontanément au Siège apostolique une juste réparation, et qui, pour mieux vous disposer à recevoir le bienfait de l'absolution, vous conseilla de vous enfermer d'abord dans un refuge saint et spirituel. Nous en trouvons surtout l'assurance dans les nobles sentiments de repentir pour les erreurs passées et la profession absolue de foi catholique que vous venez de faire en notre présence. 

Nous remercions du plus profond du cœur le Dieu très clément qui agissant efficacement en vous par sa grâce, a voulu réjouir par un événement si heureux notre pontificat. En même temps, nous le remercions aussi pour vous qui, grâce à sa miséricorde, avez le courage d'accomplir un acte si noble et si honorable pour votre personne. En effet, reconnaître humblement sa faute, la confesser, la détester publiquement et en faire amende honorable, est assurément la plus difficile des victoires ; et cela, selon l'infaillible jugement de la divine sagesse, au lieu d'avilir et de dégrader, ennoblit et élève l'âme de celui qui a pu remporter une telle victoire. 
En présence d'un exemple si éclatant et si édifiant, on efface tout souvenir des fautes passées, et vous, fils bien-aimé, vous acquérez par là une impérissable gloire devant Dieu et devant les hommes. Aussi, Nous qui, bien que sans mérite, représentons Dieu sur la terre, Nous souvenant de l'immense charité de Jésus-Christ, lequel non-seulement accorde le pardon au pécheur pénitent, mais le distingue encore par des signes d'une vraie prédilection, Nous ne pouvons ne pas répandre de notre cœur paternel toute notre clémence sur vous. 
Cependant, dans l'acte par lequel Nous vous accordons un pardon plein et entier, Nous entendons faire pour vous, de notre volonté spontanée, une exception aux règles générales de la discipline ecclésiastique en vous concédant les titres, les insignes et les honneurs de la dignité épiscopale, méchamment conférée à votre personne par quelques prélats déserteurs de l'unité catholique. Animé du même esprit de charité et d'amour chrétien, Nous sommes disposé à embrasser et à accueillir tous ceux qui, par un immense malheur, vivent en dehors de la vraie Eglise de Jésus-Christ, si, d'un cœur sincère comme le vôtre, ils voulaient faire retour à elle. 
Oh ! combien Nous sont chères les Eglises d'Orient ! Combien Nous admirons leurs antiques gloires ! Combien Nous serons joyeux de les voir resplendir de leur première grandeur ! A cette fin, Nous supplions ardemment, dans l'humilité de notre cœur, le Prince des pasteurs qu'il daigne faire briller sa lumière divine dans les esprits de tant de fils égarés de l'Orient et leur inspirer ce généreux courage qui, après votre exemple, les ferait rentrer dans l'unique bercail du Christ et reconnaître la souveraine autorité de l'unique pasteur suprême de toute l'Eglise. 
En attendant, comme gage de notre pardon et de l'affection particulière avec laquelle Nous vous avons reçu dans notre giron, Nous vous accordons du fond du cœur, à vous, fils bien-aimé, ét à tous les catholiques arméniens et orientaux, la bénédiction apostolique. 
Benedictio, etc. 

Allocution aux prédicateurs Italiens, le 24 avril 1879


Le jeudi 24 avril, les prédicateurs italiens furent reçus en audience par le souverain Pontife. A leur tête se trouvait Mgr Schiaffmo, archevêque de Nysse et général des Olivétains, qui lut au nom de tous une adresse d'affection et de dévouement au Saint-Père.
Léon XIII répondit par l'allocution suivante :

Votre nombreux concours, ô ministres choisis de l'Evangile, Nous apporte une grande consolation. Nous sommes consolé par les sentiments de dévouement et d'affection qui Nous ont été si noblement exprimés dans l'adresse qui vient de Nous être lue. Nous sommes consolé par l'hommage de votre piété et de votre fidèle attachement à la personne et aux enseignements du vicaire de Jésus-Christ. Mais ce qui Nous console par-dessus tout, c'est de voir une si belle réunion d'ouvriers évangéliques, tous consacrés au ministère de la parole divine, de cette parole qui dans l'ordre de la création comme dans celui de la rédemption a toujours produit dans le monde des choses si merveilleuses.
Ce fut la parole de Dieu qui, au commencement, tira le monde du néant et l'orna de beautés dont l'éclat n'a d'égal que leur infinie variété. Et quand les hommes, par la faiblesse et la malice de leur volonté, s'éloignèrent de leur Dieu, et quand toute la famille humaine allait se précipitant de ruine en ruine, ce fut la parole de Dieu qui la retira de l'erreur, l'arracha à la corruption, et le monde entier se soumit à Jésus-Christ. Allez, dit aux Apôtres le Verbe incarné, allez par toute la terre et prêchez l'Evangile à toutes les créatures.
Les apôtres, forts de la mission qui leur avait été confiée au nom de Jésus de Nazareth et animés de l'esprit qui leur venait d'en haut se répandirent sur toute la surface de la terre, jusqu'aux confins les plus reculés ils firent entendre leur voix, et le monde fut chrétien.
Aujourd'hui encore, vous le savez bien, fils bien-aimés, aujourd'hui encore, le monde s'éloigne de Jésus- Christ et de son Eglise et menace, pour son malheur, de redevenir païen. Déjà presque partout les Etats se sont constitués sans Dieu ; déjà bien des choses ont été faites pour enlever à la famille toute empreinte chrétienne par la sécularisation du mariage et par la soustraction de l'éducation et de l'instruction de la jeunesse à la bienfaisante influence de l'Eglise. Cette apostasie, qui va se consommant rapidement, prépare à la société humaine la plus épouvantable ruine. Qu'y a-t-il, en effet, de plus funeste pour le monde que de s'éloigner du Christ, qui est la voie, la vérité et la vie ?
Aussi n'est-il aucun moyen plus propre à pourvoir aux vrais besoins de l'époque actuelle que de s'étudier à reconduire le monde à Jésus-Christ. Et c'est là, fils bien-aimés, votre œuvre si sainte et si noble : comme toujours, la parole de Dieu a la vertu de convertir le monde à la foi, selon le mot de l'apôtre des nations : Fides ex auditu, auditus autem per verbum Christi (Rom. X, 17). Appliquez-vous donc, bien chers fils, à prêcher au monde Jésus crucifié, qui est la force et la sagesse de Dieu ; dissipez les ténèbres de profonde ignorance qui environnent une grande partie des hommes ; montrez surtout la nécessité, la raison, l'excellence de la foi ; faites connaître et aimer des hommes le divin Rédempteur ; dévoilez ses beautés cachées ainsi que celles de son épouse immaculée, l'Eglise; montrez les inestimables trésors qu'elle possède ; faites apprécier les larges et bienfaisantes influences qu'elle peut répandre sur toutes les classes de la famille humaine ; vengez-la des outrages, et des calomnies des impies au moyen desquelles on tente de la rendre odieuse aux peuples et aux rois.
Que le monde connaisse par vos paroles combien les peuples seraient fortunés et prospères, si la religion du Christ était en honneur et florissait parmi eux ; combien les familles se raient tranquilles et heureuses si la religion, qui consacre et resserre le lien de l'union conjugale, qui rend douce et respectée pour les enfants l'autorité paternelle, régnait en souveraine au milieu d'eux. Et dans ce beau pays privilégié de Dieu que vous êtes appelés à évangéliser, les affaires publiques deviendraient moins graves, si une guerre déloyale et injuste n'était faite à l'Eglise et au Pontificat romain. En effet, comme vous l'avez remarqué si sagement, notre Italie, plus encore que les autres peuples, fut prospère et heureuse quand l'Eglise y déployait son maternel et pacifique empire.
L'esprit et le cœur remplis de ces pensées, continuez le ministère apostolique de la parole et cherchez même par la valeur extrinsèque du discours, par les attraits et les grâces d'un style toujours calme et digne, cherchez à amener les foules à vous entendre. Les semences, même peu nombreuses, déposées dans leur cœur, mais fécondées par l'influence de la grâce divine, germeront et fructifieront pour leur salut.
Ah ! que le Dieu clément qui a mis dans les mains de ses ministres un moyen si puissant et si salutaire, daigne bénir vos fatigues et donner à votre voix cette efficacité et cette vertu surnaturelles sans lesquelles seraient vains tout génie humain et toute habileté.
Pour Nous, comme gage des faveurs célestes et comme preuve de spécial et paternel amour, Nous vous accordons, à vous et à tous les fidèles qui ont voulu s'unir à vous dans cette démonstration filiale, la bénédiction apostolique. 

 
Benedictio, etc. 

Allocution aux pélerins Français, le 2 mai 1879


Dans la journée du 2 mai, le Saint- Père daignait admettre à son audience, dans la salle du Consistoire, les pèlerins français conduits à Rome par le R. P. Picard et M. le vicomte de Damas.
Le Saint-Père, accompagné et suivi par les Emes cardinaux Borromeo, Chigi, d'Avanzo, de Falloux du Coudray, Giannelli, Ledochowski, Pacca, Parocchi, Pellegrini, Pitra, Sacconi, et plusieurs évêques latins et orientaux, parmi lesquels Mgr Guillemin, vicaire apostolique du Kouang-tong, ainsi que par sa noble cour, a été, en entrant dans la salle, respectueuse ment salué par les acclamations des pèlerins.
En réponse à l’adresse du Vicomte de Damas, le Saint- Père s'étant levé a prononcé, en français, un admirable discours, dont nous trouvons le texte dans la Voce della Verita : 

C'est avec le plus vif plaisir que Nous voyons aujourd'hui autour de notre trône les fils de la généreuse nation française, dont les gloires et les souffrances ont été toujours étroitement unies à celles de l'Eglise et du pontificat romain.
Nous vous remercions, nos chers enfants, du fond de notre cœur, pour les sentiments que vous venez de Nous exprimer. Ces sentiments de respect, de dévotion et d'inébranlable fidélité envers la chaire de saint Pierre et notre humble personne correspondent pleinement à la paternelle bienveillance qui Nous attache à vous, laquelle, Nous Nous plaisons à le constater, n'est que le juste prix du zèle et de l'activité que vous ne cessez de consacrer à la cause de Dieu, qui vous ramènent, pour la huitième fois à Rome, et qui sont dignes de tout éloge.
Oui ! sans nul doute, dignes de tout éloge ; car ce zèle et cette activité se manifestent à côté d'une soumission absolue à l'autorité de l'Eglise, dans un siècle où le souffle de l'insubordination à toute autorité produit tant de victimes et tant de ruines dans le monde, en multipliant les malheurs de la société. Ce zèle et cette activité en outre sont vraiment salutaires, car ils constituent une véritable victoire sur l'esprit d'indifférentisme et d'égoïsme, à cette époque qui n'en est que trop atteinte. Ils sont encore véritablement exemplaires, car ils réveillent les esprits et font revivre au sein de la catholicité des actions lumineuses de courage chrétien et d'invincible fermeté, qui ont dans tous les siècles rempli d'honneur et de gloire l'histoire de l'Eglise.
Aussi est-ce avec une indicible consolation que Nous voyons la vigueur avec laquelle la vie réellement catholique se maintient et se développe en France, malgré les nombreux obstacles et les fréquentes contradictions qu'elle sait vaincre, car elle les sait affronter avec fermeté au nom de son Dieu, le Dieu des causes bienfaisantes et des saintes victoires ! — En effet, c'est la pureté de sa foi qui multiplie la fécondité de ses bonnes œuvres. Nous en trouvons constamment le témoignage solennel et vivant dans la générosité avec laquelle la charité française court au-devant de chaque besoin, de toute misère, comme aussi dans l'intrépide promptitude qui vous donne la force de combattre pour les droits du Christ et de son Eglise, sans aucune crainte ni respect humain. Et Nous éprouvons une grande joie à vous le dire sans réticence, car Nous fondons sur ces mérites et sur ces vertus nos plus douces et nos plus belles espérances pour l'avenir de votre illustre nation. — Souvent Nous Nous disons en Nous-mêmes : Non, le bon Dieu n'abandonnera pas un peuple qui ne se lasse pas de donner au monde de si éclatants témoignages de sa fidélité à son Eglise, de son amour filial au Vicaire du céleste Rédempteur.
Voilà pourquoi il importe, très chers enfants, pour le bien de votre patrie, comme pour celui de la religion, que vous continuiez à professer hardiment votre foi et votre union avec ce Saint-Siège apostolique ; foi et union qui ont valu jadis à la France le titre glorieux de Fille aînée de l'Eglise.
Ce titre glorieux, vous ne le perdrez jamais, pourvu que vous vous efforciez toujours de disposer des trésors de la grâce, dont le Seigneur vous comble, en faveur de la justice et de la vérité. — D'ailleurs, plus les temps sont terribles, plus il importe de s'abriter sous l'Arche Sainte du salut de l'humanité, pour échapper à l'orage qui gronde et au naufrage qui menace. Soyez certains que c'est ainsi que vous sauverez votre chère patrie des dangers qu'elle court et que vous lui assurerez les bienfaits de l'ordre, de la paix et de la prospérité, que Nous vous souhaitons, et que Nous implorons pour vous aux pieds de notre divin Maître. Et afin que vous puissiez de plus en plus mériter ces bienfaits, recevez, chers enfants, la bénédiction apostolique, que Nous vous donnons de tout notre cœur : bénédiction que Nous étendons au si illustre épiscopat de France, qui ne cesse de Nous offrir les témoignages attendrissants de sa fidélité et de son amour : comme Nous la transmettons à vos familles, et à toute la France catholique, afin que cette bénédiction, chers enfants, vous suive et vous protège sur cette terre, et vous serve de gage de la félicité éternelle au Ciel. 

 
Benedictio, etc. 

Allocution à M. le comte de Thun-Hohenstein à propos de la situation des catholiques en Allemagne, le 6 mai 1879

En montant sur le Siège apostolique, a dit le Saint-Père, notre première tâche a été de montrer à l'univers que le Vicaire de Jésus-Christ est toujours prêt à donner la main pour la paix et la réconciliation. Et où aurions-nous pu le montrer davantage qu'en Allemagne, dans cet empire où des milliers de catholiques privés de leurs pasteurs sont dans l'impossibilité de recevoir les grâces de la sainte Eglise, où ils n'ont plus même le bonheur de recevoir les derniers sacrements, de faire baptiser leurs enfants, de faire consacrer leur mariage par l'Eglise ?
Aussi était-il de notre devoir de faire tout ce qui est compatible avec les droits de la sainte Eglise, pour mettre fin à cette triste situation et venir en aide aux catholiques d'Allemagne.
Nous ne nous reposerons pas jusqu’à ce que nous ayons atteint ce but, ou jusqu’à ce que nous ayons démontré au monde entier que, si la réconciliation est impossible, la faute n’en saurait incomber à ce Siège Apostolique.
 

Allocution Consistoriale à l'occasion de la création des nouveaux cadinaux, le 12 mai 1879


ALLOCUTION DE N. S. P. LÉ0N PAPE
par la divine providence
adressée aux
Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine 
Le XII MAI 1879 dans le palais du Vatican 

Vénérables frères,
Le Dieu riche en miséricorde, qui gouverne ainsi les choses humaines qu'il mêle la joie à la tristesse et le bonheur à l'amertume, a daigné, surtout depuis le temps qui s'est écoulé après la récente allocution que Nous vous avons adressée, récréer par quelques consolations notre esprit affligé à la pensée des misères communes.
Vous n'avez certainement pas perdu le souvenir de ce que Nous disions en ce moment, lorsque, confirmant l'élection ou postulation de notre vénérable frère le patriarche de Babylone des Chaldéens, Nous exprimions l'espoir que ceux qui gouvernent l'empire ottoman inclineraient facilement leur esprit à donner pleinement et abondamment à leurs sujets ce que réclameraient le droit et l'équité. Or, ce que notre espoir et nos væux appelaient, voici que Nous Nous réjouissons de le voir réalisé, grâce à la favorable bonté de Dieu et à la justice du souverain qui commande à cet empire.

Et d'abord, le patriarche de Babylone des Chaldéens, dont Nous parlions, qui, régulièrement élu, a été confirmé par Nous, a été muni, selon la coutume, du titre civil au moyen duquel, ayant été publiquement reconnu comme le chef de la nation chaldéenne, il a acquis le libre exercice de tous les droits, et prérogatives dont ses prédécesseurs avaient la possession et l'usage en raison de leur dignité.
Ce fait heureusement accompli, d'autres actes plus heureux encore ont suivi, car celui qui, par des voies illégitimes, était parvenu au siège épiscopal de Zaku et avait peu après usurpé la dignité de patriarche, a fait d'une façon très louable amende honorable de son ancienne erreur, en compagnie de ceux des moines et ecclésiastiques qui s'étaient associés à sa défection, les uns et les autres s'étant, par une humble et sincère déclaration, soumis à ce Siège apostolique. Aussi voyons-Nous briller l'espoir que l 'on verra bientôt étouffé pleinement et détruit le schisme déplorable qui affligeait depuis longtemps les catholiques chaldéens habitant la Mésopotamie.
Comme Nous étions, à cause de cela, pénétré en notre âme d'une joie bien justifiée, Nous avons trouvé une autre cause de satisfaction dans la fin de cette question si délicate qui s'était élevée entre les hérétiques jacobites et les catholiques de Mossoul du rite syriaque. Vous savez, en effet, vénérables frères, que ces hérétiques, tournant à leur avantage certaine petite discussion qui s'était élevée entre le patriarche catholique des Syriens et le gouverneur civil, s'étaient portés en armes dans les églises, dont la tranquille possession était auparavant assurée aux catholiques, et que, ensuite, s'appuyant sur la faveur et les ressources de quelques puissants, ils avaient obstinément résisté aux justes et constantes réclamations des catholiques. En ces derniers temps, néanmoins, la voix de la justice ayant eu plus facile accès à la cour impériale et le jugement de cette affaire ayant été remis à l'arbitrage de nobles hommes qui sont délégués par les gouvernements de France et d'Angleterre auprès du souverain de l'empire ottoman, il a été rendu une sentence très équitable qui a satisfait, comme il convenait, au droit des catholiques. Cette victoire Nous a causé d'autant plus de joie que plusieurs familles de jacobites qui habitent Mardin sont revenues à la foi de leurs pères, et que nombre d'autres annoncent, par des indices très clairs, devoir imiter cet exemple.
Mais, bien que Nous ayons reçu une grande joie de ce que Nous venons de dire, Nous avons tiré le principal fruit de consolation du changement de situation si désiré qui est arrivé dans la nation des Arméniens. Et, certes, Nous ne voulons rien enlever à la joie de cet événement en rappelant ce que la plupart des Arméniens catholiques unis à cette Chaire de vérité, avec leurs excellents pasteurs, ont vaillamment supporté durant neuf ans par la ruse et l'envie de ceux qui oublieux de leur devoir, se sont écartés de l'unité catholique. Ceux-ci, en effet, poursuivant de leurs calomnies leurs frères innocents, se sont efforcés d'inculquer dans l'esprit des chefs du gouvernement cette funeste opinion que l'autorité de ce Siège apostolique et son ministère diminuaient la fidélité qui est due au pouvoir politique, détournaient les citoyens soumis à l'empire ottoman de la soumission à leur prince pour les amener à la soumission envers un prince étranger, et, par suite, s'opposaient aux droits et à la prospérité des nations. Or, rien n'est plus déraisonnable et contraire à la vérité, car l'Eglise, qui considère uniquement le salut éternel des âmes, s'efforce partout de le faire progresser et de le protéger par les forces surnaturelles dont elle est armée divinement. Mais elle ne trouble pas pour cela les règles et l'ordre de la société civile ; bien plus, instruite par les paroles de l'Apôtre, elle ordonne que toute âme soit soumise aux puissances supérieures, non-seulement par crainte de leur colère, mais aussi par raison de conscience ; et il est prouvé que les peuples sont d'autant plus fidèles à leurs princes, qu'ils ont accoutumé de garder leur foi plus incorruptible, sous la conduite et l'enseignement de l'Eglise.
En outre, la raison enseigne et l'histoire atteste que les liens communs qui unissent entre eux les hommes d'une même nation, sont affermis et rendus plus solides par la religion catholique ; c'est par là aussi que la tranquillité publique des nations et les autres grands avantages qui en résultent d'ordinaire, sont en pleine vigueur et prospérité.
Mais il Nous déplairait de Nous arrêter à réfuter ces mensonges enfantés par la jalousie et la haine, dans ces tristes temps de dissensions, quand on a vu se repentir de cette façon d'agir et de parler, ceux-là mêmes qui s'efforçaient de couvrir leur défection par ces inventions et ces calomnies. En effet, il n'en a pas manqué de ceux-là qui, revenant à de meilleurs sentiments et détestant le mal qu'ils avaient fait, ont admirablement démontré par leurs actes qu'il fallait chercher dans le sein maternel de l'Eglise la vérité, la justice et la solide félicité. C'est pourquoi, jetant le voile de la charité sur tout ce qui a été dit ou fait par malice, il Nous plaît de Nous réjouir plutôt avec le céleste Père de famille de ce que ceux-là ont revécu qui étaient morts et de ce qu'on a retrouvé ceux qui étaient perdus.
Or, parmi ceux qui Nous ont comblé de joie par leur retour, Nous voulons signaler surtout celui que les défaillants avaient choisi pour guide et pour chef de la séparation. Car, donnant le noble et rude exemple d'une âme forte et grande, il n'a pas rougi d'avouer publiquement qu'il avait failli, il a spontanément abdiqué les honneurs et les charges injustement acquis ; il a eu soin d'expier son erreur par une pénitence salutaire, et il a si bien ordonné ses actes et son attitude qu'il a produit des marques ouvertes d'une sincère con version ; enfin, en venant à Nous il a fourni des preuves éclatantes de soumission et d'obéissance. C'est pourquoi Nous avons jugé bon de le traiter avec clémence et, contre l'usage ordinaire de la discipline ecclésiastique, Nous avons pensé devoir lui permettre de paraître avec les insignes épiscopaux. Dieu fasse que tous les autres qui ont suivi le transfuge dans sa malheureuse désertion l'imitent promptement dans son retour volontaire au camp d'Israël !
Mais, pendant que Nous Nous fondons sur cet espoir, Nous devons Nous féliciter de ce que, après un long combat aujourd'hui apaisé, le peuple catholique arménien et son patriarche légitime, ayant conquis une paix honorable, aient été réintégrés dans la possession de leurs droits par l'empire ottoman. Aussi, Nous donnons de jus es éloges à ce gouvernement, de ce que, ayant une fois reconnu les calomnies de leurs adversaires, il a volontiers accordé aux catholiques ce qu'exigeaient leur droit et le devoir d'un équitable souverain. Car il a ainsi manifesté publiquement qu'il entendait, exécuter avec fidélité tout ce qui a été prudemment arrêté l'année dernière, dans les pactes publics conclus avec les plus puissantes nations de l'Europe, au sujet de la protection à accorder au libre exercice du culte catholique dans la domination ottomane.
Ainsi donc, vénérables frères, pour toutes ces grandes choses qui se sont heureusement accomplies il faut rendre les plus grandes actions de grâces à l'Immortel Dispensateur de tous biens, en lui demandant humblement que, par son ordre, ces avantages se ratifient et s'affermissent et que de jour en jour II y ajoute de nouveaux accroissements.
Telles sont les paroles que Nous avions à vous dire brièvement aujourd'hui sur les affaires des Eglises orientales.
Et maintenant ce Nous est une chose agréable, vénérables frères, de fournir une marque publique de notre affection et de notre zèle pour votre ordre très illustre que Nous avons déclaré, dès le commencement de notre pontificat, Nous être très cher et devoir toujours être pour Nous en éminente considération. Car Nous avons résolu d'appeler aujourd'hui dans votre collège des hommes très illustres et très considérés qui se sont absolument montrés dignes du titre et des insignes de votre honneur sublime : les uns par la grande abondance de leur zèle, de leur sagesse, de leur habileté à remplir les fonctions pastorales, à prendre souci du salut des âmes et à défendre la doctrine et les droits de l'Eglise, tant par des écrits publics que par le ministère de la parole ; les autres par le grand mérite de leur science et par l'illustre renommée qu'ils ont acquise soit dans la charge de l'enseignement, soit dans les nobles monuments de leur génie qu'ils ont mis au jour ; tous enfin par leur foi inébranlable envers ce Siège apostolique, par les grands travaux faits pour l'Eglise et par les excellents mérites de leur vie et de leur constance sacerdotales que de nombreux témoignages ont fait connaître et rendues publiques.


Ce sont :
Frédéric Landgrave de F urstenberg, archevêque d'Olmutz.
Julien- Florian Desprez , archevêque de Toulouse et Narbonne.
Louis Haynald , archevêque de CoIocza et Cacsia.
Louis-François Pie , évêque de Poitiers.
Améric Ferreira dos Santos Silva, évêque de Porto.
Cajétan Alimonda , évêque d 'Albenga.
Jean Newman , prêtre de Saint-Philippe de la congrégation de Birmingham.
Joseph Herghenröther , prélat de notre maison pontificale, docteur en l'académie de Wurtsbourg.
Thomas Zigliara, religieux de l'ordre des dominicains, recteur du collège Saint-Thomas d'Aquin, à Rome.

Au nombre de ces cardinaux, Nous adjoignons aussi notre frère Joseph Pecci, préfet, avec la charge de vicaire, de notre bibliothèque Vaticane, et dont Nous dirons seulement ceci, vénérables frères, qu'il a longtemps rempli la charge d'enseigner les lettres et les sciences supérieures, et qu'attaché à Nous par une profonde affection, il est aimé par Nous avec une tendresse égale ; à son élection vous avez participé par votre très honorable jugement et par l'unanimité de vos sentiments très bienveillants à son égard ; aussi Nous vous en exprimons notre reconnaissance, ainsi que Nous jugeons qu'il est convenable.

Que vous en semble ?

C'est pourquoi, de l'autorité du Dieu Tout-puissant, de celle des saints apôtres Pierre et Paul et de la nôtre, Nous créons cardinaux-prêtres de la sainte Eglise romaine :
Frédéric Landgrave de Fursten-berg.
Julien- Florian Desprez.
Louis Haynald.
Louis- François Pie.
Améric Ferreira dos Santos Silva.
Cajétan Alimonda.
Et cardinaux-diacres :
Joseph Pecci.
Jean Newman.
Joseph Herghenröther.
Thomas Zigliara.
Avec les dispenses, dérogations et clauses nécessaires et opportunes. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit. Ainsi soit-il !

 

SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI LEONIS DIVINA PROVIDENTIA PAPE XIII
 Habita die XII maii MDCCCLXXIX
AD S. R. E. CARDINALES
In ædibus Vaticanis



Venerabiles fratres,
Dives in misericordia Deus, qui ita res humanas temperat ut læta mæstis, jucunda acerbis admisceat, dignatus est bhumilitatem Nostram, communium ærumnarum cogitatione tristem, quibusdam recreare solatiis, ex eo potissimum tempore quod post allocutioxiem quam novissime ad Vos habuimus, effluxit.
Profeclo haud excidit e mentibus Vestris eorum recordatio, quætune a Nobis dicta sunt, quum Venerabilis Fratris PatriarchæBabylonensis Chaldæorum electionem seu postulationem confirmavimus, spem expromentes fore ut ii, qui Othomanici Imipérii res moderantur, facile inducerent animum ut catholicis suæditionis subditis plene et cumulate tribuerent, quod jus et æquitas postularet. Jamvero quod spe et votis prosequebamur, id benignitate faventis Dei, et justitia supremi Principis qui illi præest Imperio féliciter evenisse gratulamur.
Ac primum ipse, quem memoravimus, Patriarcha Babylonensis Chaldæorum rite electus et a Nobis confirmatus, civili Diplomate, uti mos est, communitus fuit, quo tamquam caput Chaldaicægentis publice agnitum, liberum adeptus est exercitium jurium omnium et prærogativarum, quibus Prædecessores ejus pro sua dignitate potiti et usi fuerant.
Quod prospere gestum alia lætiora sequuta sunt ; ille enim qui illegitimo tramite ad episcopalem sedem Zachuensem pervenerat, et paulo post patriarchalem dignitatem affectaverat, aliique ex monachis et ecclesiasticis viris, qui socii defectionis ejus fuerant, sincera et humili declaratione sese huic ApostolicæSedi subjicientes, pristinum errorem multa cum laude emendarunt. Ex quo Nobis spes affulget extinctum penitus ac deletum iri schisma luctuosum, quod catholicos Chaldæos, Mesopotamiam inco lentes, dudum afflixerat.
Quum porro ob eam rem singulari animi lætitia merito afficeremur, aliam Nobis gaudii causam attulit finis quæstionis asperrimæ, quæ inter Jacobitas hæreticos et catholicos Mausilienses Syriaci ritus exarserat. Novistis enim, Venerabiles Fratres, hærcticos illos in rem suam vertentes brevem quamdam dissensionem, inter Patriarcham catholicum Syrorum et civile Gubernium exortam, armata vi repente ecclesias invasisse, quæ jampridem pacata possessione a catholicis fenebantur, ac justis deinde et assiduis istorum expostulationibus, potentiorum quorumdam opibus et gratia fretos, pertinaciter restitisse. Nuper tamen quum justitiævocibus ad imperialem aulam facilis patuisset aditus, ejusque rei judicatio permissa esset arbitratui virorum nobilium, qui pro Gallico et Britannico Gubernio apud supremum Othomanici imperii Principem legatione funguntur, æquissima lata est sententia, quæcatholicorum juri, uti par erat, satisfecit. Cujus victoriægratulatio ideo Nobis jucundior accidit, quod plures Jacobitarum familiæ, quæMardenium accolunt, ad antiquam majorum fidem reversæfuerint, aliæque multæhaud obscuris portendant indiciis se illarum exemplum imitaturas.

Sed quamvis ea quæ diximus pergrata Nobis obvenerint, præcipuum tamen solatii fructum cepimus ex optatissima rerum conversione, quæ in Armeniorum gente facta est. Nolumus quidem, Venerabiles Fratres, hujusce eventus lætitiæ quidquam detrahere, ea recolentes, quæ plerique ex Armeniis catholicis, cum egregiis Pastoribus suis, huic Cathedræ  veritatis adhærentes, per novem annos fortiter perpessi sunt, eorum fraude et invidia, qui officii immemores a catholica unitate desciverunt. Hi namque calumniis fratres innocentes aggressi, falsam hanc opinionem eorum animis, qui reipublicæ præerant, ingerere conati sunt : scilicet hujus Apostolicæ Sedis auctoritatem et magisterium debitam politicæ potestati fidelitatem imminuere, cives Othomanico subjectos imperio a sui Principis obsequio avertere et ad exteri Principis obedientiam transferre ; atque adeo ipsis gentium juribus et prosperitati adversari. — Quo nihil magis est absonum et a veritate alienum ; Christi enim Ecclesia æternam animarum salutem unice spectans, hanc supernaturalibus præsidiis quibus divinitus instructa est, ubique provehere nititur ac tueri. Non tamen idcirco civilis societatis rationem aut ordinem perturbat, neque terrenorum principum auctoritatem infirmat : quin imo Apostolicis verbis edocta, sublimioribus potestatibus omnem animam jubet esse subjectam, non solum propter iram, sed etium propter conscientiam ; exploratumque est populos tanto fideliores Principibus suis existere, quanto magis incorruptam fidem, Ecclesia duce ac magistra, Deo servare assueverint. — Docet insuper ratio et testatur historia, communia vincula, queis unius gentis hommes invicem junguntur, catholica religione firmari et solidari : ex quo publica regnorum tranquilitas et alia magni momenti commoda, quæ ex ea solent derivare, quam maxime vigent atque proficiunt.
Verum in iis refellendis mendaciis, quæ luctuoso dissidii tempore simultas et odium gignebant, immorari non juvat, quum hujus agendi loquendique rationis eos ipsos pænituerit, qui commentis et calumniis defectionem suam tueri nitebantur. Namque ex his non defuerunt, qui ad meliorem frugem reversi et quæ male gesserant detestati, facto suo luculenter professi sunt, veritatem, justitiam, felicitatem solidam in materno Ecelesiæ gremio esse quærendam. Quare obducto caritatis velamine iis quæ perperam dicta vel acta fuerunt, gestire potius cum cælesti Patrefamilias Nos decet, quod ii qui mortui fuerant revixerint, et qui perierant inventi sint. 
— Inter eos porro qui reversione sua gaudium Nostrum cumularunt, illum imprimis commendatum volumus, quem ducem et caput secessionis ii qui defecerant constituerunt ; magni enim fortisque animi nobile ac arduum præbens exemplum, lapsum se palam fateri non erubuit, honores et officia non jure quæsita sponte abdicavit, errorem suum salutari pænitentia curavit expiandum ; tum ita actus moresque composuit, ut sinceræ conversionis aperta præferret indicia ; ad Nos demum accedens subjectionis et obedientiæ illustra exhibuit argumenta. Quare et elementer agendum cum eo duximus, et præter usitatum disciplinæ ecclesiasticæ morem eidem indulgendum putavimus ut episcopalibus insignibus ornatus incederet.
Faxit Deus ut cæteri omnes, qui transfugam in defectione infausta sunt sequuti, ad castra Israël ultro redeuntem quantocius imitentur !
Interea, vero dura ea spe nitimur, gratulandum Nobis est quod diuturno certamine consopito, catholicus Armenlorum cœtus ejusque Patriarcha legitimus, pacem nacti cum dignitate, in possessionem jurium suorum ab Imperali Gubernio Othomanico fuerint restituti. Qua de re meritas eidem Gubernio laudes conferimus, quod, agnitis semel adversariorum calumniis, ea libenter catholicis tribuerit, quæ ipsorum jus et sequi Imperantis officium flagitabant. Hoc enim facto manitesto significavit, certum sibi ac destinatum esse, omnia fideliter exequi quæ de libero catholici cultus exercitio in Othomanica ditione tuendo, in publicis pactis conventis cum potentissimis Europæ gentibus anno superiore cauta et constituta fuerunt.
Pro his itaque, Venerabiles Fratres, quæ feliciter evenerunt, immortali bonorum omnium Largitori Deo maximæ agendæ sunt gratiæ ab eoque suppliciter expetendum, ut eadem rata firmaque esse jubeat, novisque in dies provehat incrementis.



Hæc habuimus quæ Vobis hodierna die de Orientalium Ecclesiarum rebus breviter diceremus.
Nunc vero gratum est Nobis, Venerabiles Fratres, publicam exhibere significationem Nostræ dilectionis et studii erga amplissimum Ordinem Vestrum, quem ab initio Nostri Pontificatus carissimum Nobis esse, ac præcipua semper in existimatione apud Nos fore declaravimus. Præclarissimos enim et probatissimos viros hodie in Collegium Vestrum adlegere constituimus, quorum alii magna præstantia zeli, consilii, solertiæ in pastoralibus muneribus gerendis, in animarum salute curanda, ac in Ecclesiæ doctrina et juribus tum publicis scriptis, tum verbi ministerio tuendis ; alii magna commendatione scientias et illustri fama quam sive in docendi munere, sive nobilibus editis ingenii sui monumentis adepti sunt ; omnes demum immota fide erga hanc Apostolicam Sedem, exantlatis pro Ecclesia laboribus, et egregiis meritis sacerdotalis virtutis et constantiæ, multis argumentis spectatæ et cognitæ, sese dignos omnino exhibuerunt, ut sublimis honoris Vestri titulo et insignibus honestarentur. 

— Hi sunt :
Fridericus Lantgravius de Furstenberg, Archiepiscopus Olomucensis.
Julianus Florianus Desprez, Archiepiscopus Tolosanus et Narbonensis.
Ludovicus Haynald, Archiepiscopus Colocensis e Bacsiensis.
Ludovicus Franciscus Pie, Episcopus Pictaviensis.
Americus Ferreira dos Santos Silva, Episcopus Portugalliensis.
Cajetanus Alimonda, Episcopus Albinganensis.
Joannes Newman, Presbyter Philippianus e Congregatione Birminganiensi.
Josephus Herghenröther, Antistes Pontificiæ Nostræ Domus, Doctor in Academia Herbipolensi.
Thomas Zigliara , Sodalis Ordinis Dominiciani, Rector Collegii S. Thomæ Aquinatis de Urbe.
Horum autem in numerum adjicimus etium germanum Fratrem Nostrum Josephum Pecci , Bibliothecæ Nostræ Vaticanæ vicario munere Præfectum, de quo hoc Unum dicemus, Venerabiles Fratres, eum diuturno litterarum ac severiorum disciplinarum magisterio perfunctum, Nobisque intimo affectu devinctum, pari a nobis caritate diligi ; ejus vero electionis Vos, honestissimo judicio vestro, concordibus atque humanissimis in ipsum studiis participes extitisse, de quo propterea, ut par esse intelligimus, gratum vobis animum profitemur.


Quid vobis videtur ?

Auctoritate itaque Omnipotentis Dei Sanctorumque Apostolorum Petri et Pauli ac Nostra creamus Sanctæ Romanæ Ecelesiæ Presbyteros Cardinales
Fridericum Lantgravium de Furstenberg.
Julianum Florianum Desprez.
Ludovicum Haynald.
Ludovicum Franciscum Pie.
Americum Ferreira dos Santos Silva.
Cajetanum Alimonda.
Diaconos vero
Josephum Pecci.
Joannem Newman.
Josephum Herghenröther.
Thomam Zigliara.
Cum dispensationibus, derogationibus et clausulis necessariis et opportunis. In nomine Patris † et Filii † et Spiritus † Sancti. Amen.
 

Allocution aux élèves du collège hongrois germanique, le 25 août 1879

Voilà déjà cinquante ans, très chers élèves, que notre cœur est attaché à votre collège et à ses élèves par un sentiment particulier d'affection. C'est avec plaisir et reconnaissance que Nous Nous rappelons le temps où Nous fréquentions les cours de l'Athénée grégorien et que, sous l'autorité du P. Louis Taparelli, membre illustre de la Société de Jésus, Nous fûmes donné comme répétiteur aux auditeurs du cours de philosophie du collège hongrois germanique.
Nous avons pu, dès lors, admirer l'esprit distingué de ces étudiants, leur ardeur au travail et leurs progrès dans les sciences.
C'est pourquoi Nous entourons de notre paternelle bienveillance vous tous qui êtes ici présents, et c'est d'un cœur charmé et reconnaissant que Nous agréons les sentiments de respect et d'amour que vous éprouvez envers Nous et le Saint-Siège apostolique comme le demande l’esprit même de votre institut. En effet, ce que se proposa le bienheureux Ignace en fondant à Rome votre collège, ce fut de former l'élite de la jeunesse germanique à l'habitude de l'obéissance et de la fidélité au Pontife Romain, en l'initiant aux sciences sacrées et profanes, au centre même de la religion, afin que, plus tard, ces jeunes gens, de retour dans leur patrie, puissent mieux développer chez leurs concitoyens ces sentiments et ces habitudes.
Or, Ignace, votre fondateur et père, n'a pas été trompé dans ses espérances ; car, dès ses débuts, votre collège produisit des hommes remarquables par leur doctrine, leur piété et leurs vertus, parmi lesquels plusieurs honorés de hautes charges ecclésiastiques, laissèrent à la postérité d'illustres exemples de sollicitude pastorale et d'indomptable fermeté.
C'est à vous tous, excellents élèves, qu'il incombe de marcher sur leurs traces et de faire revivre leurs vertus. Il est nécessaire, dans, le temps particulièrement opportun où Nous sommes, que vous appliquiez votre esprit à la culture des meilleures sciences, et que vous orniez votre âme de religieuses et saintes vertus, afin que vous soyez en état de défendre les droits de l'Eglise, de combattre les erreurs, et de maintenir dans la religion et le devoir fidèles du Christ.
Il faut à la religion de tels auxiliaires de vaillants défenseurs, surtout de nos jours où elle est persécutée dans votre noble patrie.
Nous attendons de vous un tel secours, Nous qui ne désirons rien tant que de voir l’Eglise catholique jouir de la liberté et de la tranquillité chez vous et chez toutes les nations du monde.
En attendant, Nous prions Dieu, dispensateur de tous les biens, d'exaucer tous vos vœux, et, en rétablissant dans votre patrie l'ordre dans les affaires religieuses, d'accorder la prospérité et une paix durable à l'illustre empire allemand.
Confiant dans cet espoir, Nous vous accordons de tout cœur, à vous tous, jeunes élèves et à tous les excellents maîtres et directeurs du collège, Notre bénédiction apostolique comme gage de notre particulière bienveillance.

Benedictio, etc. 

Allocution aux pèlerins des diocèses de Toulouse et de Poitiers, présentés par leurs évêques les EEmes cardinaux Desprez et Pie, le 26 septembre 1879

C'est avec la plus vive satisfaction et du fond de notre cœur que Nous accueillons les sentiments de dévouement, d'amour filial, d'attachement envers Nous et envers ce Siège apostolique, tels qu'ils viennent de Nous être exprimés en votre nom et au nom de tous les fidèles et ecclésiastiques des diocèses de Toulouse et de Poitiers. Nous aimons aussi à vous manifester la douce consolation dont notre âme est remplie à la vue de ce témoignage d'union, de piété et de foi.
Dès que la première nouvelle de l’élévation de deux des plus illustres membres de l'épiscopat français à la pourpre romaine a été connue, toute la France catholique s'est émue et réjouie. Mais, comme de juste, les fidèles et le clergé des deux diocèses de Toulouse et de Poitiers ressentirent la plus grande joie en présence de cet événement, où ils avaient vu récompensées les vertus des deux pasteurs et consacrées les vraies gloires de leur patrie.
Rien ne saurait mieux prouver cette joie et cet enthousiasme que ce spectacle même qui Nous est offert, et où Nous Nous voyons entouré d'une députation d'élite du clergé et des fidèles venus tout exprès pour Nous remercier d'avoir conféré la pourpre à leurs pasteurs, et pour ajouter un nouvel éclat aux cérémonies dans lesquelles les cardinaux reçoivent, à Rome, les insignes de leur haute dignité.
Ce spectacle de votre union est consolant et il témoigne de l’esprit qui anime l'Eglise de Jésus-Christ. Cette union fait sa force, cette union rend l'Eglise si puissante pour opérer le bien et pour agir contre le mal ! — Souvent, comme le disait naguère un de vos archevêques, les ennemis de l'Eglise se sont efforcés de briser cette union, en essayant de détacher le peuple du clergé, le clergé de ses évêques et les évêques du pontife suprême, pasteur des agneaux et des brebis. Mais, Dieu merci, ces efforts ont été vains, et il n'y a peut-être pas eu d'époque où l'unité de l'Eglise ait été plus solide et plus générale.
Votre France, qui demeure la fille aînée de l'Eglise, n'a pas manqué de remplir sa glorieuse mission par la fidélité à ses pasteurs spirituels, aussi bien que par son dévouement au Pontife de Rome, comme elle se plaît à le prouver en toute occasion. Bien qu'une partie de ses enfants se soient éloignés de la bonne voie, vous savez persévérer dans les nobles traditions qui, de tous temps, ont été la gloire de votre grande nation. La France a su toujours rester fidèle à l'Eglise, et elle console encore notre cœur par sa foi héroïque et par l'admirable esprit de charité, qui lui inspire les plus généreux sacrifices.
Aussi Nous ne pouvons que vous en féliciter, que vous encourager à la persévérance, afin que vous ne cessiez pas de donner au monde ce grand spectacle de foi et de charité, en restant toujours unis sous la direction de votre glorieux épiscopat.
Nous croyons devoir vous le recommander tout spécialement, en vue des temps mauvais où nous vivons, et qui ne sont pas moins pernicieux à la famille et à la société civile qu'à la religion. Agissez donc de telle sorte que ni les menaces, ni les séductions, ni les violences ne vous éloignent jamais de vos évêques et de ce Siège apostolique, hors duquel il n'est point de salut.
Tels sont les conseils, tels sont les désirs que Nous vous exprimons, et afin que le Seigneur vous donne la force de les réaliser, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous accordons du fond de notre cœur, à vous tous ici présents, ainsi qu'aux fidèles et au clergé qui professent les mêmes sentiments. 

Benedictio, etc. 

Allocution aux membres de l'association de l'Apostolat de la prière, le 23 novembre 1879

Votre présence Nous est extrêmement agréable, très chers fils, et les sentiments dont vous vous montrez animés Nous apportent une grande consolation. Nous les accueillons comme exprimant vos dispositions et celles de toute cette nombreuse multitude de fidèles associés à l'Apostolat de la prière, dont vous êtes ici les dignes représentants. En vous adressant nos félicitations, Nous sommes heureux, au sujet de cet apostolat et de la dévotion au Sacré-Cœur qui s'y rattache, de Nous rappeler de chers souvenirs et de vous manifester pour un moment de douces espérances.
Oui, il Nous est agréable de Nous rappeler, pour la plus grande gloire de Dieu, que depuis qu'il a plu à la Providence de confier à nos soins le gouvernement d'une partie du troupeau de Jésus-Christ, Nous avons regardé comme un devoir de notre ministère pastoral de procurer aux fidèles les moyens de salut les plus efficaces, au premier rang desquels il faut certainement placer la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. C'est pourquoi Nous avons décidé et, par un décret particulier, Nous avons ordonné la fondation à Pérouse de la Pieuse Union de l'Apostolat de la prière ; Nous en nommâmes le directeur, et Nous re commandâmes chaudement cette institution au zèle des curés pour qu'ils la répandissent parmi les fidèles de leurs paroisses.
Plus tard, la divine Bonté Nous permit de consacrer solennellement et avec un grand appareil de dévotion la ville et le diocèse entier de Pérouse au Sacré-Cœur de Jésus ; et aujourd'hui encore notre âme est pleine de joie au souvenir de cet élan de piété, de dévotion et d'amour avec lequel les fidèles répondirent à notre chaleureux et pressant appel et des fruits de salut si abondants qui en furent recueillis.
Nous ne pouvions donc, quand Nous fûmes placé sur la Chaire de saint Pierre, Nous dispenser de promouvoir la dévotion au divin Cœur dans l'Eglise entière. Nous avons été heureux que l'occasion Nous ait été présentée de favoriser l'accroissement et le développement de votre institution et d'en approuver naguère les statuts.
Nous avons vu aussi avec le plus grand plaisir que le centre de l'Apostolat de la prière en Italie a été transféré ici à Rome et que ce transfert a été fêté et célébré dimanche dernier avec un si solennel apparat, avec un si grand concours de fidèles et une dévotion si manifeste.
Nous désirons maintenant de toute l'ardeur de notre âme que la dévotion véritable au Sacré-Cœur de Jésus se propage et se répande largement par toute la terre. Car, connaissant combien elle est salutaire et profitable aux âmes, nous nourrissons la douce et certaine espérance que de grands biens découleront de ce Cœur et seront un remède efficace aux maux qui affligent le monde.
Le Cœur de Jésus est un parfait modèle des vertus les plus sublimes ; il est la source inépuisable des plus riches trésors du Ciel ; chacun peut y trouver la paix du cœur, le soulagement de ses peines, une bénédiction pour ses entreprises, un doux refuge pendant la vie et surtout à l'heure de la mort. C'est ce que nous dit et nous assure l'héroïne du Sacré-Cœur, la bienheureuse Marguerite Alacoque.
Notre confiance s'accroît encore en pensant que la manifestation de cette dévotion a été un nouveau trait de la tendre charité de Jésus-Christ, lequel veut par ce moyen rappeler à lui le monde qui s'égare, le réconcilier avec Dieu et lui faire goûter abondamment les fruits de la rédemption. Ce fut un dessein miséricordieux et digne du plus bienfaisant amour, de mettre sous les yeux de l'homme orgueilleux, détracteur de toute autorité et de tout frein, avide sans mesure des biens terrestres et des jouissances sensuelles, de lui mettre, disons-Nous, sous les yeux un Cœur divin uniquement animé du sentiment de l'humilité la plus profonde, doué d'une mansuétude inaltérable, d'une obéissance parfaite, d'un détachement sans exemple, d'une pureté et d'une sainteté sans égales.
C'est par un effet de la miséricorde infinie que l'homme pécheur et exposé aux coups de la justice de Dieu irritée, a pu trouver dans le cœur de Jésus un asile sûr pour s'y réfugier, une arche de salut pour s'y retirer et se soustraire à l'universel naufrage, le véritable Propitiatoire où la justice s'apaise et dépose son fléau.
Déployez donc, très chers fils, votre zèle charitable pour que tous les hommes s'attachent à ce Cœur, l'imitent, et compensent les offenses qu'il reçoit, et pour qu'ils unissent leurs prières, leurs intentions et leurs affections aux intentions et aux sentiments de ce Cœur dont la rectitude, la sainteté et l'efficacité se communiqueront aux leurs.
Les fruits de salut qui en rejailliront sur les âmes seront multiples et précieux, et il sera de nouveau visible que le salut des individus comme la vraie prospérité des peuples et des nations reposent en Jésus-Christ et dérivent largement de lui comme d'une source bienfaisante.
Que Dieu remplisse nos espérances et écoute favorablement nos prières. En attendant, pour vous encourager et vous confirmer dans ces saintes ré solutions et comme gage de notre particulière affection, recevez, chers fils, la bénédiction apostolique que Nous vous accordons de tout cœur, ainsi qu'à tous les directeurs, zélateurs et membres de votre sainte institution.

Benedictio, etc. 

Allocution au pélerinage italien à l'occasion de la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception, le 8 décembre 1879

Dans ce très heureux jour où s'accomplit la vingt-cinquième année depuis la proclamation de l'Immaculée Conception de Marie, il est bien juste, fils très chers, que votre âme et celle de tous les fidèles s'ouvre à une allégresse inaccoutumée, produite par les plus chers souvenirs. Oui, il y a vingt- cinq ans que notre prédécesseur Pie IX, d'heureuse mémoire, à qui la Providence avait réservé le sort d'ajouter une très brillante perle à la couronne de la Vierge et d'associer sa gloire à la gloire de la Mère de Dieu, promulguait, à la face du monde catholique, respectueux et enthousiasmé, le décret dogmatique de l'Immaculée-Conception de Marie. Et tout aussitôt les fidèles, émus du plus ardent amour pour leur Mère, pénétrés de tendresse pour ses grandeurs, et remplis de suaves espérances, se donnèrent alors, ainsi que dans les années suivantes, à célébrer partout avec la plus grande pompe cette remarquable prérogative.

Pour vous, aux approches du premier anniversaire jubilaire de ce jour mémorable, et à l'occasion de votre cinquième pèlerinage à Rome, vous avez manifesté, en notre présence, le dessein de vouloir fêter plus solennellement encore le vingt-cinquième anniversaire de la définition dogmatique, et Nous — le souvenir Nous en est doux à rappeler — trouvant cette sainte pensée pleinement conforme à Nos vœux, Nous l'avons louée hautement et Nous l'avons bénie avec toute l'effusion de notre cœur, prêt à ouvrir aux fidèles, avec la plus grande largesse, le céleste trésor des indulgences.

En une si heureuse conjoncture, les évêques du monde catholique, dans leur zèle pastoral, ont été sollicités de faire à la dévotion de leurs propres diocésains un appel, qui a été entendu, de telle sorte qu'en peu de temps ça été partout un vif désir et comme une noble jalousie d'honorer la Vierge sans tache parles plus splendides démonstrations de religieuse piété. Vous cependant, obéissant à une excellente inspiration et mettant sous les auspices de la sainte Vierge votre sixième pèlerinage, vous avez voulu vous rassembler d'abord près de la tombe du Prince des Apôtres, dans l'auguste basilique de laquelle fut proclamé à la face du monde cet admirable privilège, puis confirmer aujourd'hui par une nouvelle et solennelle protestation votre attachement au Vicaire de Jésus-Christ ; dans toute l'Italie, ou mieux dans le monde entier, il n'y a aujourd'hui qu'une pensée chez les vrais croyants : c'est de rendre honneur à la Vierge Immaculée, d'en exalter les gloires, de lui recommander l'Eglise et le Chef visible qui la gouverne.

Cet élan de piété et de dévotion si ardent, si universel, si unanime, Nous est une grande consolation ; au milieu de la lutte qui est aujourd'hui poussée avec tant de fureur contre l'Eglise, il avive les espérances d'un complet triomphe sur l'erreur et sur l'enfer.

En effet, l'erreur qui les résume toutes et qui fait le plus délirer les esprits superbes de notre temps, c'est ce froid et bas naturalisme qui a maintenant envahi tous les degrés de la vie publique et privée, en substituant la raison humaine à la raison divine, la nature à la grâce, et en méconnaissant le Rédempteur. Or, la Vierge, par son Immaculée Conception, rappelle opportunément au peuple fidèle que, par la chute du premier père, la pauvre humanité tout entière a servi, faible et infirme, pendant beaucoup de siècles, comme de jouet à l'erreur et aux passions ; que par Jésus-Christ seul est venue en abondance la grâce, la vérité, le salut, la vie ; que sans lui il n'y a pour l'homme ni dignité, ni grandeur, ni bien véritable, et finalement que quiconque tente de se soustraire à l'influence bienfaisante du Rédempteur reste dans les ténèbres, tombe dans la fange et va au-devant d'une ruine assurée.

En outre, l'Immaculée-Conception nous révèle le secret et les premières causes de la si grande puissance de Marie sur notre ennemi commun qui, par le moyen de ses fidèles ministres, soulève une guerre si cruelle contre l'Eglise. En effet, la foi nous enseigne que, depuis le commencement du monde, Marie fut destinée à exercer contre les démons et contre sa race une inimitié implacable et éternelle, inimicitias ponam inter te et mulierem, et que, depuis le premier instant de son existence, elle a pu victorieusement écraser sa tête orgueilleuse : Ipsa conteret caput tuum. Cette pensée doit exciter les esprits à la confiance en Celle qui, forte de la puissance de son divin Fils, a étouffé toutes les hérésies, et qui, dans les plus dures épreuves, a été le bouclier et le secours toujours présent des chrétiens. Cette pensée répand dans les cœurs la certitude que, cette fois encore, la victoire finale restera à Marie.

Pour vous, mes très chers fils, et avec vous tout le peuple croyant, par la profession franche de votre foi, par l'exercice des œuvres de vertu, par la prière fervente et constante, par une dévotion sincère envers la sainte Vierge, hâtez ce moment désiré où toute la famille humaine puisse de nouveau se réjouir des bienfaits signalés de la Rédemption du Christ ; hâtez le moment désiré où, par l'intercession de la grande Mère de Dieu, les tempêtes étant apaisées, l'on verra de nouveau resplendir sur l'Eglise des jours de prospérité, de paix et de gloire.
En attendant, pour accroître votre piété, pour confirmer vos saints propos, et comme gage de notre paternelle affection, recevez, très chers fils, la bénédiction apostolique que du fond du cœur Nous vous donnons abondamment, à vous, à vos familles et à vos œuvres.


Benedictio, etc. 

Allocution lors de la promulgation déclarant certains et authentiques deux miracles proposés pour la canonisation du Bx Jean-Baptiste de Rossi, le 14 décembre 1879

Vous avez, monsieur le cardinal, rappelé fort opportunément les vertus sacerdotales et l'esprit vraiment apostolique du bienheureux Jean-Baptiste de Rossi, que le Seigneur, même de nos jours, a continué de faire briller de l'éclat des miracles. Nous Nous réjouissons de la promulgation qui vient d'être faite du décret qui établit et confirme la vérité de deux de ces miracles opérés par son intercession ; ces miracles ouvrent la voie à un autre décret plus solennel qui permettra, Nous Nous plaisons à l'espérer, de lui rendre les honneurs réservés aux saints.

Dans nos temps où le sacerdoce catholique est l'objet de tant de haines, où les peuples s'agitent tant et recherchent avec tant de frénésie une félicité longuement espérée en vain, dans nos temps d'égoïsme et de dégradation morale, c'est assurément un singulier bienfait de la Providence de pouvoir proposer comme modèles au peuple chrétien et lui donner pour protecteurs des héros semblables au bienheureux Jean-Baptiste de Rossi. Marchant sur les traces de saint Philippe de Néri, il fut vraiment apôtre de Rome, qu'il instruisit par sa parole, édifia par ses exemples, sanctifia par l'exercice in fatigable et patient du saint ministère. Animé de la plus suave et de la plus active charité, il s'occupa, avec une admirable sollicitude, du vrai bien des âmes et des corps des classes les plus pauvres de la société ; les indigents, les infirmes, les pèlerins, les ignorants furent de préférence l'objet de ses soins les plus tendres. Attirée par l'odeur de ses grandes vertus, guidée par la lumière de ses hauts enseignements, Rome tout entière le suivait avec respect, l'entourait d'amour et de vénération, et baisait affectueusement cette main qui versait sur les pauvres et les malheureux les richesses recueillies de la piété et de la bienfaisance des riches.

Oh ! si les ministres de Dieu se conformaient fidèlement à des modèles aussi parfaits, combien l'Eglise aurait lieu de s'en réjouir, combien, plus heureuses et plus tranquilles seraient la religion et la société civile ! Car, ainsi que l'expérience le démontre, par la puissante vertu de l'esprit du Seigneur, lorsqu'il se manifeste dans les paroles et dans les œuvres de ses fidèles serviteurs, tôt ou tard, le cœur humain est forcé de se rendre aux exemples de charité, de douceur, de désintéressement, de sacrifice, et l'on voit la confiance envers le prêtre catholique succéder à la méfiance et aux soupçons, la haine faire place à l'amour, et le mépris à l'estime la plus respectueuse. La grâce de Dieu ne s'arrête pas seulement à ces heureuses dispositions des âmes : la foi détruite ou affaiblie se ravive dans les cœurs, les mœurs corrompues se réforment, l'heureuse influence de la religion se fait sentir plus large et plus bienfaisante. Alors Dieu s'apaise ; alors, au sein des familles chrétiennes ainsi que des cités et des royaumes, on voit refleurir l'ordre, la paix et la tranquillité. Dans l'humilité de notre cœur, Nous bénissons la bonté divine, qui, dans ces temps rapprochés de Nous, pour fortifier la terre, a suscité dans le bien heureux de Rossi un prêtre d'une telle trempe. Nous la bénissons de le glorifier de nos jours à un moment si propice, de placer sous nos yeux ses merveilleux exemples et d'accorder aux hommes son puissant patronage.

Puisse le clergé de Rome se rendre digne de cette protection, s'inspirer toujours de ces exemples de zèle sacerdotal et de charité apostolique, et se souvenir de la sublimité et de la sainteté de sa vocation, en se conformant à la condition malheureuse des temps que nous traversons. Du haut des cieux, Nous en sommes certain, le bienheureux voudra demander à Dieu, en faveur des ministres sacrés, cet esprit dont il fut toujours animé sur la terre ; et il fera pleuvoir sur sa Rome, qui en a un si impérieux besoin, les bienfaits dont il fut si prodigue dans le temps de sa carrière mortelle.

Ayant au cœur cette douce espérance, comme preuve de notre particulière affection, Nous accordons à tous ceux qui sont ici présents, au chapitre qui eut le bonheur de posséder le bienheureux parmi ses membres, aux prêtres de la pieuse union de sainte Galla, qu'il aima tant, et à tout le clergé de Rome, notre bénédiction apostolique. 

Benedictio, etc. 

Allocution aux cardinaux à l'occasion de la Fête de Noël 1879, le 24 décembre 1879

Ils me sont agréables entre tous, monsieur le cardinal, les souhaits que, cette année encore, en cet anniversaire de la fête de Noël, vous me faites au nom du Sacré-Collège, en vous inspirant des sublimes pensées de la paix chrétienne. Oui, certes, Nous ne pourrions recevoir une plus agréable nouvelle, ni un souhait plus approprié à cet anniversaire divin, ni plus conforme aux besoins de notre âge que ce souhait de la paix. En effet, le divin Rédempteur, qui est appelé par excellence le Roi pacifique et Prince de la paix, a choisi pour sa nativité, dans la série très-ordonnée des temps, le moment où, les tumultes de la guerre ayant cessé, la terre se reposait tranquille, et c'est en ce moment que, par les troupes des anges, il fit annoncer au monde sa venue comme messagère de la paix. Or, si l’on a senti vivement, en d'autres circonstances, ce besoin de la paix, aujourd'hui on le sent plus vivement encore, ainsi que vous le rappelez si opportunément.

Aujourd'hui en effet, l'Eglise est cruellement combattue dans ses doctrines, dans son autorité, dans sa mission providentielle à travers le monde. Aujourd'hui la société civile, après qu'on a ébranlé jusqu'au fond les bases premières de tout ordre, est travaillée par des discordes intestines et profondes, et se trouve menacée d'une ruine extrême, par le fait de personnages méchants et pleins d'audace ; aujourd'hui enfin la famille sent se relâcher les liens de la stabilité et de la concorde entre les époux, de la soumission chez les enfants.

Dans ces circonstances, c'est une bonne pensée et une chose très opportune de raffermir nos esprits inquiets et de raviver nos communes espérances par le souvenir de cette nativité de Notre-Seigneur qui, selon l'oracle prophétique, devait faire apparaître sur la terre la justice et l'abondance de la paix : Orietur in diebus Ejus justitia et abundantia pacis. Il est certain que Lui seul peut donner une paix vraie et entière, c'est-à-dire une paix fondée, comme elle doit l'être, dans l'ordre dans la vérité et dans la justice ; il est certain aussi que l'Eglise catholique, dont le Rédempteur a fait son épouse et qu'il a établie maîtresse de la vérité, gardienne et vengeresse de la justice, en est, par cela même, la source la plus féconde et la plus sûre défense.

Par le fait, non-seulement l'Eglise possède cette paix dans sa meilleure partie ; mais elle en jouit toujours, se tenant indissolublement jointe à son divin époux, qui toujours la protège et la rassure, même quand du dehors la tempête fait fureur ou quand l'enfer se dresse contre elle.

Oui, même dans le temps présent, il nous est donné de voir et d'admirer ce spectacle si consolant et sublime ; il nous est donné de voir, au milieu des discordes civiles, l'Eglise catholique conserver intact le précieux trésor de son unité et la concorde de l'épiscopat de tous les royaumes et de tous les pays avec le siège apostolique ; de même l'union du clergé et des peuples avec leurs propres pasteurs se manifeste de nos jours et resplendit du plus vif éclat. Vainement les ennemis de l'Eglise s'acharnent, par toutes sortes de ruses, à rompre son unité ou à la troubler ; grâce à Dieu, leurs artifices tombent à vide ; ils ne réussissent, au contraire, qu'à unir plus étroitement les troupeaux et les pasteurs au Pasteur suprême du siège apostolique par les doux liens du respect et de l'amour.

Riche de ce trésor et pleine de la plus suave charité, l'Eglise catholique désire ardemment faire goûter même aux autres les fruits précieux de sa paix, et, à l'exemple de son divin auteur, tandis qu'elle demeure ferme dans la défense constante des principes sacrés de la justice et de la vérité, elle ne se laisse ni tromper par les fourberies, ni effrayer par les menaces, d'où qu'elles viennent, mais elle va, mère affectueuse, à la rencontre de ses fils égarés et offre ses dons de salut même à ses ennemis.

Pour Nous qui, par un mystérieux dessein de la Providence, avons été appelé au gouvernement de toute la famille chrétienne, Nous veillerons avec une constante sollicitude, aidé par la grâce divine, à la défense et à la protection des droits spirituels et temporels de l'Eglise et du Siège romain, au service duquel Nous avons consacré nos pauvres forces et notre vie tout entière.

Mais en même temps, plein de compassion pour les égarés et désirant vivement qu'ils aient part eux aussi aux bienfaits apportés sur la terre par le Rédempteur, Nous leur ouvrons les bras avec une charité apostolique en les invitant à se tourner vers Lui. En Lui, les cœurs agités et corrompus trouvent la tranquillité et la santé ; en Lui, les esprits dépravés par l'erreur, gonflés par une science trompeuse, se redressent à la lumière de la doctrine évangélique et de cette science vraie qui dérive du Christ, auteur de la nature et de la grâce, et qui tire un avantage admirable des lumières de la raison et de celles de la foi.

Nous remercions donc du plus profond de notre cœur le Seigneur, qui n'a pas laissé nos efforts stériles ; car notre parole, adressée dernièrement à tous les évêques du monde, pour remettre en honneur dans les écoles la philosophie chrétienne, a été accueillie partout avec un respect unanime et avec la meilleure volonté par l'épiscopat, à la voix duquel s'unissait tout à l'heure aussi celle de tout le Sacré-Collège.

Ce spectacle Nous console grandement, et Nous y voyons un motif d'espérer beaucoup pour l'avenir de la société ; car, retournant au Christ et marchant dans les sentiers du vrai et du juste, elle verra les âmes se réconcilier dans l'affection, les haines et les colères s'éteindre et le monde entier, rappelé par le Christ à une vie nouvelle, se réjouir de nouveau dans la beauté et la fécondité de la paix Delectabitur popuhis in pulchritudine pacis.

C'est dans ces sentiments que Nous exprimons de nouveau au collège des cardinaux nos remerciements pour ses félicitations, et que Nous formons pour notre part les vœux les plus ardents pour le bonheur et la prospérité de tous les membres du Sacré-Collège. Et comme gage de notre particulière affection, Nous accordons du fond de notre cœur, aux cardinaux et à tous ceux qui sont ici présents, notre bénédiction apostolique.

Benedictio, etc. 

Allocution aux prédicateurs de Carême de Rome, le 10 février 1880

C'est toujours pour Nous une douce consolation, à l'approche du carême, de voire curés de Rome et les orateurs sacrés choisis pour répandre dans toute la ville la semence de la divine parole.

La mission de paître et d'instruire le troupeau de Jésus-Christ, bien qu'elle ne soit circonscrite ni à un certain lieu ni à un certain temps, doit toutefois, dans les temps orageux que nous traversons, être remplie avec un zèle plus grand que jamais, dans cette auguste ville de Rome où, comme sur une sainte montagne, brille le flambeau de la foi et de la doctrine évangélique, pour que sa lumière rayonne partout et répande de tous côtés ses émanations bienfaisantes.

Cette foi, qui est le fondement et la racine de la justification, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, est, de la part des ennemis de l'Eglise, l'objet des attaques les plus violentes dirigées avec toute sorte de ruses et de perfidies. Il importe donc grandement et il est nécessaire de veiller et de travailler pour que cette foi soit conservée dans sa pureté, et apparaisse pleine de vie et d'activité au milieu du peuple chrétien.

Mais ce qui appelle plus particulièrement notre sollicitude la plus affectueuse, c'est la génération qui grandit et à laquelle on s'efforce de donner une éducation et une instruction non éclairées par les rayons de la foi, ni vivifiées par les bienfaits de la rédemption.

Sous la menace de ce péril imminent, connaissant bien à quelles dures épreuves est aujourd'hui exposée la jeunesse, espoir de la société, efforçons-nous d'apporter au mal un remède opportun en procurant aux enfants dans nos écoles de Rome une éducation et une instruction vraiment religieuses et chrétiennes.

La très digne commission établie par Nous dans ce but, grâce à son zèle admirable et à son ingénieuse activité, répond pleinement à nos ardents désirs ; et elle se félicite aussi de votre concours, ô pasteurs des âmes auxquels elle aime à recourir pour avoir des lumières et des renseignements opportuns sur les besoins particuliers de chaque paroisse. Pourtant si de ce côté Nous avons sujet d'être consolé, de l'autre Nous devons vous exciter chaleureusement à faire en sorte, au tant que cela dépend de vous, que cette œuvre salutaire marche toujours de progrès en progrès, afin qu'elle produise des fruits abondants de salut.

Il vous appartient, excellents curés, de vous employer auprès des familles confiées à vos soins, par tous les moyens que saura vous suggérer votre zèle prudent et votre industrieuse charité, pour que l'éducation des enfants soit religieuse et chrétienne. Montrez-leur les funestes conséquences qui découlent pour l'Eglise, pour la société, pour les familles, d'une éducation irréligieuse et incrédule. Persuadez aux parents qu'ils fondent à tort leurs plus douces espérances sur leurs enfants, si ceux-ci ne reçoivent pas une éducation et une instruction pleinement conformes aux préceptes de la religion et de la foi ; insistez surtout pour qu'ils soient tenus éloignés des pacages empoisonnés de tant d'écoles protestantes, qui malheureusement ont été multipliées à Rome, au détriment manifeste de la foi catholique et pour la ruine des âmes.

Et vous, hérauts sacrés de l'Evangile, dans ce temps propice, dans ces jours de salut, dépensez vos fatigues apostoliques pour que notre peuple de Rome conserve le précieux trésor des croyances catholiques. Vous savez bien par combien de moyens et avec quel acharnement ces croyances sont aujourd'hui attaquées, soit directement par des maximes perverses, soit indirectement par la corruption des mœurs ; car, de même que dans le composé humain la prédominance des sentiments mauvais obscurcit les lumières de la saine raison, de même dans la société humaine l'immoralité, dès qu'elle prend le dessus, ouvre la porte à l'incrédulité.

Vous donc, qui avez en main l'arme invincible de la divine parole, repoussez courageusement ces attaques, dissipez par la lumière de la vérité les ténèbres de l'erreur, et par les enseignements de la morale chrétienne réprimez le vice. Rappelez hautement aux esprits des hommes les vrais principes fondamentaux sur lesquels s'appuie la foi catholique, soutenez-en avec honneur la haute raison et la vérité, afin que ceux qui sont déjà solides dans la foi, soient confirmés, que les égarés y retournent, que les faibles, soient prémunis contre les dangers, et que Rome conserve ainsi l'inestimable don de la foi.

Et afin que sur les uns et sur les autres descende abondamment la vertu du Très-Haut pour vous fortifier dans l'exercice du ministère apostolique, Nous levons les mains au Ciel et Nous accordons du fond de notre cœur, à vous et à tout le peuple de Rome, la bénédiction apostolique.

Benedictio, etc. 

Allocution au Sacré Collège à l'occasion de l'anniversaire de son couronnement, le 3 mars1880

Nous accueillons avec une joie véritable les félicitations et les vœux que vous venez, monsieur le cardinal, de Nous exprimer au nom de tout le Sacré-Collège, à l'occasion du second anniversaire de notre couronnement. Les liens d'affection toute particulière qui Nous unissent étroitement à tous et à chacun des membres du Sacré-Collège, Nous rendent ces souhaits tout à fait précieux et Nous portent à vous exprimer notre reconnaissance avec les sentiments de la plus vive satisfaction.

Durant les deux années déjà écoulées de notre pontificat, au milieu des graves soucis du ministère apostolique si supérieur à nos pauvres forces, Nous Nous sommes senti puissamment fortifié non-seulement par le secours céleste qui Nous a été opportunément accordé, mais aussi par l'assistance constante et bienveillante que le Sacré-Collège Nous a toujours prêtée. Comme Nous avons la confiance que ni l'un ni l'autre de ces secours ne Nous fera jamais défaut, ce Nous est un motif d'espérer et un encouragement à suivre avec assurance la voie où Nous sommes engagé, et où Nous continuerons à éprouver les effets de la force divine et la suprême efficacité dont Jésus-Christ a voulu, pour le bien de la famille humaine, que son Eglise et le Pontife Romain fussent dotés.

Vous venez, monsieur le cardinal, de le rappeler fort opportunément. A travers tous les siècles, même dans les temps les plus barbares et les plus périlleux de l'ère chrétienne, l'Eglise de Jésus-Christ et les Pontifes Romains furent pour les nations des porteurs de salut et des maîtres de véritable civilisation. Par la pure lumière des vérités évangéliques, ils dissipèrent les ténèbres de l'erreur et de l'ignorance ; ils maintinrent les principes d'ordre et de justice fermes contre tous ; ils apaisèrent les discordes civiles, et par la charité, ils pacifièrent les esprits les plus hostiles ; ils obtinrent pour les princes le respect, l'obéissance et l'amour des sujets ; aux peuples ils procurèrent toutes sortes de secours pour les divers besoins de la vie spirituelle et terrestre.

Les progrès eux-mêmes vraiment dignes de ce nom, dont notre siècle est si fier, sont beaucoup redevables à l'action bienfaisante de l'Eglise qui les favorise, les bénit et les fait servir au vrai bien de l'homme. Ah ! combien l'avenir serait plus redoutable encore si dans un temps comme le nôtre, où se forment tant de projets audacieux, où tant de passions n'ont plus de frein, le monde était privé de l'Eglise, cette arche de salut, cette cité de refuge où se conservent, pour la protection de tous, la vérité religieuse et les principes de toute justice.

Or, puisqu'il a plu à Dieu, dans ses impénétrables desseins, de confier à Nous, comme chef de l'Eglise, ce pouvoir surhumain et providentiel, il est de notre devoir de maintenir ses droits intacts et inviolables, contre les prétentions de qui que ce soit, et de réclamer toujours son indépendance et sa liberté.

Nous connaissons également le devoir qui Nous incombe de continuer à faire toujours mieux connaître et aimer l'Eglise et à en étendre selon notre pouvoir les bienfaisantes influences sur tout l'univers et à lui concilier la vénération et le respect de tous. A ce noble but, Nous avons consacré et Nous consacrerons nos forces et tous les instants de notre vie, avec la certitude que Nous pourrons toujours compter sur la précieuse coopération du Sacré-Collège, et avec l'espoir certain que, même à notre époque si agitée, l'Eglise, comme toujours, se montrera la véritable bienfaitrice de l'humanité, et le Pontife Romain le vrai palladium des peuples.

L'âme remplie de cette confiance, il Nous est doux, monsieur le cardinal, en témoignage de notre particulière affection et comme gage des faveurs célestes, de vous accorder du fond de notre cœur, ainsi qu'à tout le Sacré-Collège, notre bénédiction apostolique.

Benedictio, etc. 

Allocution répondant à la demande de proclamer St Thomas d'Aquin patron des écoles catholiques, le 7 mars1880

C'est pour Nous une grande et douce joie, chers fils, de vous voir réunis ici en ce jour consacré à la mémoire du docteur angélique Thomas d'Aquin, vous tous hommes distingués et illustres en tous genres de science dans la très louable intention de témoigner par votre présence de votre attachement et de votre soumission à ce Siège Apostolique et au Père Commun et Maître des chrétiens. Ce que vient de dire en votre nom à tous, avec tant d'affection et de sagesse, l'homme éminent qui vous préside, cause aussi à notre âme une grande consolation. Il y a lieu de se réjouir en effet, et il faut rendre de particulières actions de grâces à Dieu de ce qu'il se trouve un si grand nombre d'hommes, des plus distingués, qui font leur première loi d'unir l'amour de la religion à l'estime de la science, et de cultiver les connaissances humaines en honorant avec le même zèle la divine autorité de Jésus-Christ et de son Eglise. Nous applaudissons donc à votre sagesse et votre mérite, chers fils, qui montrez par votre conduite même que la soumission à la foi chrétienne, loin de nuire à la dignité de la raison humaine y contribue au contraire grandement ; car les hommes aperçoivent mieux la vérité et l'atteignent plus sûrement, quand la foi divine éclaire d'abord comme d'un flambeau les esprits avides de savoir.

Pour ceux qui nient ou qui ne comprennent point, il faut les plaindre de se tromper, en un si grave sujet. Nous en voyons beaucoup, en effet, qui tiennent peu compte des vérités divinement révélées ou qui les rejettent absolument parce qu'ils les croient incompatibles avec les données des sciences humaines et leurs derniers résultats, et qui attaquent violemment l'autorité divine elle-même de l'Eglise, comme contraire aux droits de la société moderne, à la puissance des princes et à la prospérité des peuples.

En recherchant avec quelque peu d'attention la cause des erreurs de ces hommes, on reconnaît qu'elle vient surtout de ce qu'à notre époque, autant est active l'application aux choses naturelles, autant les études plus sérieuses et plus élevées ont cessé de fleurir ; quelques-unes, en effet, sont tombées à peu près en oubli parmi les hommes, d'autres sont négligées et traitées légèrement, et, ce qui est plus déplorable, après avoir perdu l'éclat de leur ancienne dignité, elle sont infestées par la perversité des doctrines et les extravagances insensées des opinions. C'est ce qui fait que la lumière des principales vérités est à peu près éteinte dans l'esprit d'un grand nombre d'hommes, et de là vient aussi le mal général non-seulement des individus, mais de la société elle-même. Ces principes du droit moderne, comme l'on dit, dont plusieurs Etats font la triste expérience pour eux-mêmes, n'ont que l'éclat des mensonges brillants d'une vaine philosophie. Tels sont l'indépendance de la raison humaine, l'égalité de droits de l'erreur et de la vérité, l'assimilation de toutes les religions, la liberté absolue ou plutôt le pouvoir de tout oser, attribué à chacun, soit en pensée soit en action.

Dans une telle perturbation des esprits et au milieu de ce désordre universel, on ne saurait trouver de meilleur remède pour l'homme que dans la saine et forte philosophie, sagement et sérieusement étudiée. Car rien n'est efficace et plus propre qu'elle à détruire les erreurs nées de la folle sagesse de notre siècle, aussi bien qu'à établir solidement les bases de l'ordre, de l'équité et de la justice, sur lesquelles reposent la tranquillité de l'Etat, le salut des peuples, la confraternité des nations.

Nous avons déjà parlé abondamment, comme vous savez, de cette nécessité de restaurer la philosophie, dans la lettre encyclique que Nous avons adressée l'an dernier à tous les évêques du monde. Nous y avons aussi établi et démontré que la meilleure méthode de philosophie est celle qui a été composée pour l'immortalité par le génie et le travail de saint Thomas d’Aquin, à l'aide de toutes les ressources de la sagesse antique, celle qui a valu dans toute la suite des âges à ses disciples la plus grande estime et renommée, qui a répandu en Europe la gloire des grandes Universités et fait progresser toutes les sciences.

Mais parce que Nous remettons en honneur la doctrine de saint Thomas et des scolastiques, on Nous accuse de vouloir ramener les hommes à la barbarie des siècles passés, comme si Nous répugnions au progrès et à la perfection de notre temps. Et quoi donc ? Nous offrons pour modèle un homme en qui brille avec le plus d'éclat et au plus haut degré la puissance de la raison, un homme profondément imbu de toutes les sciences divines et humaines, dont la mémoire a été en si grand honneur pendant tant de siècles, et que les louanges de l'Eglise et les décrets des Souverains Pontifes ont célébré, enfin qui a été égalé aux esprits angéliques eux-mêmes. N'est-ce pas ainsi que, loin de nuire aux disciples des lettres et des beaux-arts, on leur est utile, au contraire, en leur proposant l'exemple des maîtres et des artistes anciens qui ont excellé dans quelque genre ?
Comme donc, en ce jour solennel, vous attendez de Nous, chers fils, quelques enseignements, voici ceux que Nous vous donnerons ; quoiqu'ils ne soient pas nouveaux, ils n'en sont pas moins fort importants et très opportuns.

Que la philosophie s'applique de toutes ses forces, comme elle le doit, à aider à la foi chrétienne. Celle-ci ne lui a jamais été et ne peut lui être opposée ; car Dieu, qui est également le père et l'auteur de la foi et de la raison, les a ordonnées de telle sorte qu'elles fussent comme des compagnes et des parentes l'une pour l'autre. Et c'est pourquoi l'Eglise catholique s'est toujours montrée la première à développer et à répandre l'étude des sciences.

Cette parfaite concordance de la foi et de la raison ne se montre mieux nulle part ailleurs que dans les livres écrits par le prince des philosophes, Thomas d'Aquin. Efforcez-vous donc de communiquer chaque jour de plus en plus la doctrine d'un si grand maître, et dans l'étude de ses enseignements, prenez vous-mêmes pour règle d'adopter les opinions qui ressortent d'elles-mêmes de l'admirable propriété et clarté de langage de ce maître, et non celles que certains systèmes, en désaccord avec le jugement général et le plus autorisé, pourraient vous suggérer.

Enfin, à l'imitation de saint Thomas lui-même, appliquez-vous soigneusement à l'étude des choses de la nature : les ingénieuses inventions et les heureuses tentatives de notre siècle en ce genre, que nos contemporains admirent à bon droit, la postérité aussi les honorera et les célébrera toujours. Mais, dans l'étude des sciences, ne faites pas comme ceux qui tournent pernicieusement les nouvelles découvertes à l'attaque des vérités de l'ordre philosophique comme de l'ordre révélé ; mais plutôt rendez grâce à la divine Providence qui a réservé aux hommes de notre temps cette gloire et cette supériorité d'accroître en bien des points par leur industrie le patrimoine de choses utiles légué par les ancêtres.

Ces quelques pensées, que l'occasion m'a engagé à effleurer devant vous, gravez-les profondément dans vos esprits et conservez-les religieusement. Vous savez, chers fils, que tous les évêques du monde catholique Nous ont assuré d'une voix presque unanime qu'en cette circonstance, comme dans tous les autres cas, ils ne manqueraient pas de répondre à Nos intentions par leur concours et par leur zèle. Que si votre activité et votre application répondent en même temps à leurs efforts et à leur sollicitude, Nous avons la ferme espérance que cette restauration, des études que Nous Nous proposons, ne tardera pas à contribuer efficacement au bien général des peuples et à la paix de l'Eglise.

Pour mener à bonne fin cette entreprise, que le secours céleste du Docteur Angélique vous vienne en aide ; Nous Nous occuperons bientôt, selon votre vœu, de le constituer canoniquement le patron des établissements catholiques de sciences et de lettres.

Que la bénédiction apostolique enfin vous apporte le courage et la force ; Nous vous la donnons avec joie et de tout cœur, à vous, illustres messieurs, aux insignes collèges, aux académies, aux saints séminaires et à tous ceux de la part et au nom de qui vous êtes venus à Notre trône pontifical.

Benedictio, etc.