ENSEIGNEMENT PONTIFICAL

ENCYCLIQUES MARIALES

LETTRE ENCYCLIQUE 
SUPREMI APOSTOLATUS, 
sur le Rosaire,
 
du 1er septembre 1883

LETTRE ENCYCLIQUE
 DE
 N. T. S. P. LE PAPE LÉON XIII

 A TOUS NOS VENERABLES FRERES LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU MONDE CATHOLIQUE, EN GRACE ET COMMUNION AVEC LE SIEGE APOSTOLIQUE




LÉON XIII, PAPE 

 

Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique

Le devoir du suprême apostolat qui Nous a été confié, et la condition particulièrement difficile des temps actuels, Nous avertissent chaque jour instamment, et pour ainsi dire Nous pressent impérieusement, de veiller avec d'autant plus de soin à la garde et à l'intégrité de l'Église que les calamités dont elle souffre sont plus grandes.

C'est pourquoi autant qu'il est en Notre pouvoir, en même temps que Nous Nous efforçons par tous les moyens de défendre les droits de l'Église comme de prévoir et de repousser les dangers qui la menacent et qui l'assaillent, Nous mettons aussi Notre plus grande diligence à implorer l'assistance des secours divins, avec l'aide seule desquels Nos labeurs et Nos soins peuvent aboutir. 

À cette fin, Nous estimons que rien ne saurait être plus efficace et plus sûr que de Nous rendre favorable, par la pratique religieuse de son culte, la sublime Mère de Dieu, la Vierge Marie, dépositaire souveraine de toute paix et dispensatrice de toute grâce, qui a été placée par son divin Fils au faîte de la gloire et de la puissance, afin d'aider du secours de sa protection les hommes s'acheminant, au milieu des fatigues et des dangers, vers la Cité Éternelle. 

C'est pourquoi, à l'approche des solennels anniversaires qui rappellent les bienfaits nombreux et considérables qu'a valus au peuple chrétien la dévotion du Saint Rosaire, Nous voulons que cette année, cette dévotion soit l'objet d'une attention toute particulière dans le monde catholique en l'honneur de la Vierge Souveraine, afin que, par son intercession, nous obtenions de son divin Fils un heureux adoucissement et un terme à nos maux. Aussi, avons-Nous pensé, Vénérables Frères, à Vous adresser ces lettres, afin que Notre dessein Vous étant connu, Votre autorité et Votre zèle excitent la piété des peuples à s'y conformer religieusement. 

Ce fut toujours le soin principal et solennel des catholiques de se réfugier sous l'égide de Marie et de s'en remettre à sa maternelle bonté dans les temps troublés et dans les circonstances périlleuses. Cela prouve que l'Église catholique a toujours mis, et avec raison, en la Mère de Dieu, toute sa confiance et toute son espérance. En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l'œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d'une telle faveur et d'une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n'ont pu et ne peuvent les obtenir. Aussi, puisqu'il lui est doux et agréable par-dessus toute chose d'accorder son secours et son assistance à ceux qui les lui demandent, il n'est pas douteux qu'elle ne veuille, et pour ainsi dire qu'elle ne s'empresse d'accueillir les vœux que lui adressera l'Église universelle. 

Cette piété, si grande et si confiante envers l'Auguste Reine des cieux, n'a jamais brillé d'un éclat aussi resplendissant que quand la violence des erreurs répandues, ou une corruption intolérable des mœurs, ou les attaques d'adversaires puissants, ont semblé mettre en péril l'Église militante de Dieu. 

L'histoire ancienne et moderne et les fastes les plus mémorables de l'Église, rappellent le souvenir des supplications publiques et privées à la Mère de Dieu, ainsi que les secours accordés par Elle, et en maintes circonstances la paix et la tranquillité publiques obtenues par sa divine intervention. De là ces qualifications d'Auxiliatrice, de Bienfaitrice, et de Consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix, dont on l'a saluée. Entre tous ces titres, est surtout remarquable et solennel celui qui lui vient du Rosaire, et par lequel ont été consacrés à perpétuité les insignes bienfaits dont lui est redevable le nom de chrétien. 

Aucun de Vous n'ignore, Vénérables Frères, quels tourments et quels deuils ont apportés à la sainte Église de Dieu, vers la fin du XIIe siècle, par les hérétiques Albigeois qui, enfantés par la secte des derniers Manichéens, ont couvert le midi de la France et tous les autres pays du monde latin de leurs pernicieuses erreurs. Portant partout la terreur de leurs armes, ils étendaient partout leur domination par le meurtre et les ruines. 

Contre ce fléau, Dieu a suscité, dans sa miséricorde, l'insigne père et fondateur de l'Ordre dominicain. Ce héros, grand par l'intégrité de sa doctrine, par l'exemple de ses vertus, par ses travaux apostoliques, s'avança contre les ennemis de l'Église catholique, animé de l'Esprit d'en haut ; non avec la violence et avec les armes, mais avec la foi la plus absolue en cette dévotion du Saint Rosaire que le premier il a divulguée et que ses enfants ont portée aux quatre coins du monde. Il prévoyait, en effet, par la grâce divine, que cette dévotion, comme un puissant engin de guerre, mettrait en fuite les ennemis et confondrait leur audace et leur folle impiété. Et c'est ce qu'a, en effet, justifié l'événement. 

Grâce à cette nouvelle manière de prier, acceptée et ensuite mise régulièrement en pratique, par l'institution de l'Ordre du saint Père Dominique, la piété, la bonne foi, la concorde commencèrent à reprendre racine, et les projets des hérétiques, ainsi que leurs artifices, à tomber en ruines. Grâce à elle encore, beaucoup d'égarés ont été ramenés à la voie droite ; et la fureur des impies a été réfrénée par les armes catholiques qui avaient été levées pour repousser la force par la force. 

L'efficacité et la puissance de cette prière ont été aussi expérimentées au XVIe siècle, alors que les armées innombrables des Turcs étaient à la veille d'imposer le joug de la superstition et de la barbarie à presque toute l'Europe. Dans ce temps, le Souverain Pontife saint Pie V, après avoir réveillé chez tous les princes chrétiens le sentiment de la défense commune, s'attacha surtout et par tous les moyens à rendre propice et secourable au nom chrétien la toute-puissante Mère de Dieu, en l'implorant par la récitation du Rosaire. Ce noble exemple, offert en ces jours à la terre et aux cieux, rallia tous les esprits et persuada tous les cœurs. Aussi les fidèles du Christ, décidés à verser leur sang et à sacrifier leur vie pour le salut de la religion et de leur patrie, marchaient sans souci du nombre aux ennemis massés non loin du golfe de Corinthe ; pendant que les invalides, pieuse armée de suppliants, imploraient Marie, saluaient Marie, par la répétition des formules du Rosaire et demandaient la victoire de ceux qui combattaient. 

La Souveraine ainsi suppliée ne resta pas sourde, car l'action navale s'étant engagée auprès des îles Echinades (Curzolaires) la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire et anéantit les forces ennemies. 

C'est pourquoi le même Souverain et saint Pontife, en reconnaissance d'un bienfait si grand, a voulu qu'une fête en l'honneur de Marie Victorieuse, consacrât la mémoire de ce combat mémorable. Grégoire XIII a consacré cette fête en l'appelant fête du Saint Rosaire. 

De même, dans le dernier siècle, d'importants succès furent remportés sur les forces turques, soit à Temesvar, en Pannonie, soit à Corcyre, et ils coïncidèrent avec des jours consacrés à la Sainte Vierge Marie et avec la clôture des prières publiques célébrées par la récitation du Rosaire. 

Par conséquent, puisqu'il est bien reconnu que cette formule de prière est particulièrement agréable à la Sainte Vierge, et qu'elle est surtout propre à la défense de l'Église et du peuple chrétien en même temps qu'à attirer toutes sortes de bienfaits publics et particuliers, il n'est pas surprenant que plusieurs autres de nos prédécesseurs se soient attachés à la développer et à la recommander par des éloges tout spéciaux. Ainsi Urbain IV a attesté que, chaque jour, le Rosaire procurait des avantages au peuple chrétien. Sixte IV a dit que cette manière de prier est avantageuse à l'honneur de Dieu et de la Sainte Vierge, et particulièrement propre à détourner les dangers menaçant le monde ; Léon X a déclaré qu'elle a été instituée contre les hérésiarques et les hérésies pernicieuses ; et Jules III l'a appelée la gloire de l'Église. Saint Pie V a dit aussi, au sujet du Rosaire, que, dans la divulgation de cette sorte de prières, les fidèles ont commencé à s'échauffer dans la méditation, à s'enflammer dans la prière, puis sont devenus d'autres hommes ; les ténèbres de l'hérésie se sont dissipées, et la lumière de la foi catholique a brillé de tout son éclat. Enfin, Grégoire XIII a déclaré à son tour que le Rosaire avait été institué par Saint Dominique, pour apaiser la colère de Dieu et implorer l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie. 

Guidé par cette pensée et par les exemples de nos prédécesseurs Nous avons cru tout à fait opportun d'établir pour la même cause, en ce temps, des prières solennelles, et de tâcher, au moyen de prières solennelles adressées à la Sainte Vierge par la récitation du Rosaire, d'obtenir de son Fils Jésus-Christ un semblable secours contre les dangers qui Nous menacent.

Vous voyez, Vénérables Frères, les graves épreuves auxquelles l'Église est journellement exposée : la piété chrétienne, la moralité publique, la Foi elle-même qui est le bien suprême et le principe de toutes les autres vertus, tout cela est chaque jour menacé des plus grands périls. 

Non seulement Vous savez combien cette situation est difficile et combien Nous en souffrons, mais encore Votre charité Vous en a fait éprouver avec Nous les sympathiques angoisses. Car c'est une chose des plus douloureuses et des plus lamentables de voir tant d'âmes rachetées par le Sang de Jésus-Christ arrachées au salut par le tourbillon d'un siècle égaré, et précipitées dans l'abîme et dans une mort éternelle. Nous avons, de nos jours, autant besoin du secours divin qu'à l'époque où le grand Dominique leva l'étendard du Rosaire de Marie à l'effet de guérir les maux de son époque. 

Ce grand Saint, éclairé par la lumière céleste, entrevit clairement que, pour guérir son siècle, aucun remède ne serait plus efficace que celui qui ramènerait les hommes à Jésus-Christ, qui est la voie la vérité et la vie, et les pousserait à s'adresser à cette Vierge, à qui il est donné de détruire toutes les hérésies, comme à leur patronne auprès de Dieu. 

La formule du Saint-Rosaire a été composée de telle manière par saint Dominique, que les mystères de Notre salut y sont rappelés dans leur ordre successif, et que cette manière de méditation est entremêlée et comme entrelacée par la prière de la Salutation angélique, et par une oraison jaculatoire à Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous qui cherchons un remède à des maux semblables, Nous avons le droit de croire qu'en Nous servant de la même prière qui a servi à saint Dominique pour faire tant de bien à tout le monde catholique, Nous pourrons voir disparaître de même les calamités dont souffre Notre époque. 

Non seulement Nous engageons vivement tous les chrétiens à s'appliquer soit en public, soit dans leur demeure particulière et au sein de leur famille, à réciter ce pieux office du Rosaire et à ne pas cesser ce saint exercice, mais Nous désirons que spécialement le moi d'octobre de cette année soit consacré entièrement à la Sainte Reine du Rosaire. - Nous décrétons et Nous ordonnons que, dans tout le monde catholique, pendant cette année, on célèbre solennellement par des services spéciaux et splendides, les offices du Rosaire. Qu'ainsi donc, à partir du premier jour du mois d'octobre prochain jusqu'au second jour du mois de novembre suivant, dans toutes les paroisses, et, si l'autorité le juge opportun et utile, dans toutes les autres églises ou chapelles dédiées à la Sainte Vierge, on récite cinq dizaines du Rosaire, en y ajoutant les Litanies Laurétanes. Nous désirons que le peuple accoure à ces exercices de piété et qu'en même temps l'on dise la messe et l'on expose le Saint Sacrement, et que l'on donne ensuite avec la Sainte Hostie la bénédiction à la pieuse assemblée.

Nous approuvons beaucoup que les confréries du Saint Rosaire de la Vierge fassent, conformément aux usages antiques, des processions solennelles à travers les villes, afin de glorifier publiquement la Religion. Cependant si, à cause des malheurs des temps, dans certains lieux, cet exercice public de la religion n'était pas possible, qu'on le remplace par une visite assidue aux églises, et qu'on fasse éclater la ferveur de sa piété par un exercice plus diligent encore des vertus chrétiennes. 

En faveur de ceux qui doivent faire ce que Nous avons ordonné ci-dessus, il Nous plaît d'ouvrir les célestes trésors de l'Église pour qu'ils y puisent à la fois les encouragements et les récompenses de leur piété. Donc, à tous ceux qui, dans l'intervalle de temps désigné, auront assisté à l'exercice de la récitation publique du Rosaire avec les Litanies, et auront prié selon Notre intention, Nous concédons sept années et sept quarantaines d'indulgences applicables à toutes fins. Nous voulons également faire jouir de cette faveur ceux qu'une cause légitime aura empêchés de concourir à ces prières publiques dont Nous venons de parler, pourvu que, dans leur particulier, ils se soient consacrés à ce pieux exercice et qu'ils aient prié Dieu selon Notre intention.

Nous absolvons de toute coulpe ceux qui dans le temps que nous venons d'indiquer, auront au moins deux fois, soit publiquement dans les temples sacrés, soit dans leurs maisons (par suite d'excuses légitimes) pratiqué ces pieux exercices et qui, après s'être confessés, se seront approchés de la Sainte Table. Nous accordons encore la pleine remise de leurs fautes à ceux qui, soit dans ce jour de la fête de la Bienheureuse Vierge du Rosaire, soit dans les huit jours suivants, après avoir également épuré leur âme par une salutaire confession, se seront approchés de la Table du Christ, et auront dans quelque temple prié à Notre intention Dieu et la Sainte Vierge pour les nécessités de l'Église. 

Agissez donc, Vénérables Frères ! Plus Vous avez à cœur l'honneur de Marie et le salut de la société humaine, plus Vous devez Vous appliquer à nourrir la piété des peuples envers la grande Vierge, à augmenter leur confiance en Elle. Nous considérons qu'il est dans les desseins providentiels que, dans ces temps d'épreuves pour l'Église, l'ancien culte envers l'auguste Vierge fleurisse plus que jamais dans l'immense majorité du peuple chrétien. Que maintenant, poussées par Nos exhortations, enflammées par Vos appels, les nations chrétiennes recherchent avec une ardeur de jour en jour plus grande la protection de Marie ; qu'elles s'attachent de plus en plus à l'habitude du Rosaire, à ce culte que Nos ancêtres avaient la coutume de pratiquer, non seulement comme un remède toujours présent à leurs maux, mais comme un noble ornement de la piété chrétienne. La Patronne céleste du genre humain exaucera ces prières et ces supplications, et Elle accordera facilement aux bons la faveur de voir leurs vertus s'accroître, aux égarés celle de revenir au bien et de rentrer dans la voie du salut, elle obtiendra que le Dieu vengeur des crimes, inclinant vers la clémence et la miséricorde, rende au monde chrétien et à la société, tout péril étant désormais écarté, cette tranquillité si désirable.

Encouragé par cet espoir, Nous supplions Dieu, par l'entremise de Celle dans laquelle il a mis la plénitude de tout bien, Nous le supplions de toutes Nos forces de répandre sur Vous, Vénérables Frères, ses faveurs célestes. Et comme gage de Notre bienveillance, Nous Vous donnons de tout Notre cœur, à Vous, à Votre clergé et aux peuples commis à Vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 1er septembre 1883, sixième année de Notre Pontificat.

LÉON XIII, PAPE.

SS. D. N. LEONIS PAPE XIII

EPISTOLA ENCYCLICA

SUPREMI APOSTOLATUS




VENERABILIBUS FRATRIBUS PATRIARCHIS, PRIMATIBUS, ARCHIEPISCOPIS ET EPISCOPIS CATHOLICI ORBIS UNIVERSIS GRATIAM ET COMMUNIONEM CUM APOSTOLICA SEDE HABENTIBUS 


LEO PP. XIII.





Venerabiles Fratres, Salutem et Àpostolicam Benedictionem. 

Supremi apostolatus officio quo fungimur et longe difficili horum temporum conditione quotidie magis admonemur ac propemodum impellimur, ut quo graviores incidunt Ecclesiae calamitates, eo impensius ejus tutelae incolumitatique consulamus.

Quapropter, dum quantum in Nobis est, modis omnibus Ecclesiae jura tueri, et qua vel impendent vel circumstant pericula ante vertere et propulsare conamur, assidue damus operam coelestibus auxiliis implorandis, quibus effici unice potest, ut labores curaeque Nostrae optatum sint exitum habiturae.


Hanc ad rem nihil validius potiusque judicamus, quam religione et pietate demereri magnam Dei Parentem MARIAM Virginem quae pacis nostrae apud Deum sequestra et coelestium administra gratiarum, in celsissìmo potestatis est gloriaeque fastigio in coelis collocata, ut hominibus ad sempiternam illam civitatem per tot labores et pericula coniendentibus patrocinii sui subsidium impertiat.

Itaque proximis jam anniversariis solemnibus, quibus plurima et maxima in populum christianum per Marialis Rosarii preces collata beneficia recoluntur, preces hasce ipsas singulari studio toto orbe catholico adhiberi Magnae Virgini hoc anno volumus, quo Ipsa conciliatrice, divinum Ejus Filium nostris placatum et mitigatum malis feliciter experiamur. Has igitur litteras ad Vos, Venerabiles Fratres, dandas censuimus, ut, cognitis consiliis Nostris, populorum pietas ad ea religiose perficianda vestra auctoritate studioque excitetur. 

Praecipium semper ac solemne catholicis hominibus fuit in trepidis rebus dubiisque temporibus ad Mariam confugere et in materna Ejus bonitate consquiescere. Quo quidem ostenditur certissima non modo spes, sed plane fiducia, quam Ecclesia catholica semper habuit in Genitrice Dei jure repositam. Revera primaevae labis expers Virgo, adlecta Dei Mater, et hoc ipso servandi hominum generis consors facta tanta apud Filium gratia et potestate valet, ut majorem nec humana nec angelica natura assecuta unquam sit, aut assequi possit. Cumque suave Ipsi ac jucundum apprime sit, singulos suam flagitantes opem juvare ac solari ; dubitandum non est, quin Ecclesiae universae votis adnuere multo libentius velit ac propemodum gestiat. 

Haec autem tam magna et piena spei in augustam coelorum Reginam pietas luculentius emicuit, cum errorum vis late serpentium, vel exundans morum corruptio, vel potentium adversariorum impetus militantem Dei Ecclesiam in discrimen adducere visa sunt. 

Veteris et recentioris sevi historiae, ac sanctiores Ecclesiae fasti publicas privatasque ad Deiparam obsecrationes et vota commemorant ac vicissim praebita per Ipsam auxilia partamque divinitus tranquillitatem et pacem. Hinc insignes illi tituli, quibus Eam catholicae gentes christianorum Auxiliatricem, Opiferam, Solatricem, bellorum Potentem, Victricem, Paciferam consalutarunt. Quos inter praecipue commemorandus solemnis ille ex Rosario ductus, quo insignia Ipsius in universum christianum nomen beneficia ad perpetuitatem consecrata sunt. 

Nemo vestrum ignorat, Venerabiles Fratres, quantum laboris et luctus, saeculo duodecimo exeunte, sanctae Dei Ecclesiae intulerint Albigenses haeretici, qui recentiorum Manichaeorum secta progeniti, australem Galliae plagam atque alias latini orbis regiones perniciosis erroribus repleverant ; armorumque terrorem circumferentes, late dominari per clades et ruinas moliebantur.

Contra hujusmodi teterrimos hostes virum sanctissimum, ut nostis, excitavit misericors Deus, inclitum scilicet Dominiciani Ordinis parentem et conditorem. Is integrità te doctrinae, virtutum exemplis, muneris apostolici perfunctione magnus, pugnare pro Ecclesia catholica excelso animo aggressus est, non vi, non armis, sed ea maxime precatione confisus, quam sacri Rosarii nomine ipse primus instituit, et per se, per suos alumnos longe lateque disseminavit. Dei enim instinctu ac numine sentiebat futurum, ut ejus precationis ope, tanquam validissimo instrumento bellico, vieti hostes profligatique vesanam impietate audaciam ponere cogerentur. Quod reipsa evenisse compertum est. 

Etenim ea orandi ratione suscepta riteque celebrata ex institutione Dominici Patris, pietas, fìdes, concordia restituì, haereticorum molitiones atque artes disjici passim cœpere : ad haec, plurimi errantes ad sanitatem revocati, et catholicorum armis, quae fuerant ad vim propulsandam sumpta, impiorum compressus furor. 

Ejusdem precationis effìcacitas et vis mirabili ter etiam perspecta est saeculo decimo sexto, cum ingentes Turcarum copiae Europae prope universae superstitionis et barbariœ jugum intentarent. Quo tempore sanctus Pius V Pontifex Maximus, excitatis ad communium rerum tutelam principibus chrislianis, omni studio in primis egit ut potentissima Mater Dei, per Rosarii preces implorata, nomini christiano volens propitia succurreret. Nobilissimum sane spectaculum per eos dies coelo terraeque exhibitum omnium in se mentes animosque convertit. Hinc enim Christi fidèles non procul a Corinthiaco sinu vitam et sanguinem pro religionis patriaeque incolumitate fundere parati, hostem interriti opperiebantur ; illinc inermes pio supplicantium agmine, Mariam inclamabant, Mariam ex Rosarii formula iteratis vicibus consalutabant, ut certantibus adesset ad victoriam. 


Adstitit exorata Domina, nam commisso ad Echinadas insulas navali prœlio christianorum classis, sine magna suorum clade, fusis caesisquehostibus, magnifiée vicit. 


Quare idem sanctissimus Pontifex in accepti benefica memoriam, anniversarium tanti certaminis diem, honori Mariae Victricis festum haberi voluit : quem Gregorius XIII titulo Rosarii consecravit. 

Simili modo, superiore saeculo, semel ad Temesvariam in Pannonia, semel ad Corcyram insulam nobilis est de Turcarum copiis Victoria reportata : idque sacris Magnae Virgini diebus, precibusque pio Rosarii ritu ante persolutis. 

Quae res dementem Decessorem nostrum adduxit ut grati animi ergo, solemnem Deiparae a Rosario honorem quotannis habendum tota Ecclesia decreverit. Igitur cum sacra haec precandi formula tantopere Virgini grata esse dignoscatur, eaque ad Ecclesiae populique christiani defensionem et ad divina beneficia, publice privatimque impetranda apprime conférat ; mirum non est, eximiis eam praeconiis alios quoque Decessores Nostros efferre atque augere studuisse. Sic Urbanus IV « quotidie per Rosarium christiano populo bona provenire testatus est. Sixtus IV hunc orandi ritum ad honorem Dei et Virginis, et ad imminentia mundi pericula propulsanda opportunum » ; Leo X « adversus haeresiarchas et gliscentes haereses institutum, » et Julius III «Romanae Ecclesiae decorem » dixerunt. Itemque de eo sanctus Pius V, « hoc, » inquit, « orandi modo evulgato, cœpisse fidèles iis meditationibus accensos, iis precibus inflammatos, in alios viros repente mulari, haeresum tenebras remitti, et lucem catholics fidei aperiri. » Demum Gregorius XIII,  « Rosarium a beato Dominico ad iram Dei placandam et Beatae Virginis intercessionem implorandam fuisse institutum ». 

Hac Nos cogitatione exemplisque Decessorum Nostrorum permoti, opportunum omnino censemus solemnes hoc tempore supplicationes ob eam causam institui, ut invocata per Rosarii preces Virgine augusta, parem necessitatibus opem a Jesu Christo ejus Filio impetremus. Perspicitis, Venerabiles Fratres, Ecclesise labores dimicationesque diuturnas et graves. Christianam pietatem, publicam morum honestatem, fidemque ipsam, quae summum est bonum virtutumque caeterarum principium, majoribus quotidie periculis videmus oppositam. 

Item difficilem conditionem variosque angores Nostros non modo cognoscitis, sed facit caritas vestra ut quadam Nobiscum societate et communione sentiatis. Miserrimum autem est, ac longe luctuosissimum, tot animas, Jesu Christi sanguine redemptas, quodam aberrantis saeculi veluti correptas turbine, praecipites in pejus agi atque in interitum ruere sempiternum. Igitur, divini necessitas auxilii haud sane est hodie minor, quam cum magnus Dominicus ad publica sananda vulnera Marialis Rosarii usum invexit, 

Ille vero caelesti pervidit lumine, setatis suae maus remedium nullum prœsentius futurum, quam si homines ad Christum, qui via, Veritas et vita est, salutis per Eum nobis partae crebra commentationere diissent ; et Virginem illam, cui datum est cunctas haereses interimere, deprecatricem apud Deum adhibuissent. 

Idcirco sacri Rosarii formulam ita composuit, ut et salutis nostrae mysteria ordine recolerentur, et huic meditandi officio mysticum innecteretur sertum ex angelica salutione contextum, interjecta oratione ad Deum et Patrem Domini Nostri Jesu Christi. Nos igitur haud absimili malo idem quaerentes remedium, non dubitamus, quin eadem haac a beatissimo viro tanto cum orbis catholici emolumento inducta precatio, momenti plurimum habitura sit ad levandas nostrorum quoque temporum calamitates.

Quamobrem non modo universos christianos enixe hortamur, ut vel publice vel privatim in sua quisque domo et familia pium hoc Rosarii officium peragere studeant et non intermissa consuetudine usurpent, sed etiam INTEGRUM ANNI LABENTIS OCTOBREM MENSEM cœlesti Reginae a Rosario sacrum dicatumque esse volumus. Decernimus itaque et mandamus, ut in orbe catholico universo hoc item anno solemnia Deiparae a Rosario peculiari religione et cultus splendore celebrentur ; utque a prima die proximi octobris ad secundam subsequenlis novembris, in omnibus ubique curialibus templis, et si Ordinarli locorum utile atque opportunum judicaverint, in aliis etiam templis sacrariisve honori Deipara dedicatis, quinque saltem Rosarii decades, adjectis Litaniis Lauretanis religiose recitentur : optamus autem ut ad has preces conveniente populo, eodem tempore vel sacrum ad altare fiat, vel Sacramento augusto ad adorandum proposito, sacrosancta deinceps hostia pius supplicantium coetus rite lustretur. 

Magnopere probamus, sodalitates a Rosario Virginis solemni pompa vicatim per urbes, accepta a majoribus consuetudine, publica religionis causa procedere. Quibus autem in locis id injuria temporum forte non licet, quidquid publica religioni ex hac parte detractum est, frequentiore redimatur ad sacras aedes accursu ; et diligentiore virtutum christianarum exercitatione fervor pietatis eluceat. 

Eorum autem gratia, qui quae supra jussimus facturi sunt, libet coelestes Ecclesia thesaurus recludere, in quibus ipsi incitamenta simul et praemia pietatis inveniant. Omnibus igitur qui intra designatum temporis spatium, Rosarii cum Litaniis publica recitationi interfuerint, et ad mentem Nostram oraverint, septem annorum itemque septem quadragenarum apud Deum indulgentiam singulis vicibus obtinendam concedimus. Quo beneficio fruì pariter posse volumus, quos supplicationibus publicis supra dictis legitima causa prohibeat, hac tamen lege ut eidem sacrae exercitationi privatim operam dederint, itemque Deum ad mentem Nostram supplicaverint.

Eos vero qui supra dicto tempore decies saltem vel publice in sacris templis, vel justas ob causas privatis in domibus eadem peregerint, et, expiatis rite animis, sacra de altari libaverint, piaculo omni et statis admissorum poenis ad pontificalis indulgentiae modum exsolvimus. Plenissimam hanc admissorum suorum veniam omnibus etiam elargimur, qui vel in ipsis Beata Maria Virginis a Rosario solemnibus, vel quolibet ex octo consequentibus diebus, ablutis pariter salutari confessione animis, ad Christi mensam accesserint, et in aliqua aede sacra pro Ecclesia necessitatibus ad mentem Nostram Deo et Deiparae rite supplicaverint. 

Agite vero, Venerabiles Fratres ; quantum Vobis cura est et Mariae bonos et societatis humanae salus, tantum studete populorum in Magnam Virginem alere pietatem, augere fiduciam. Divino quidem munere factum putamus, ut, vel turbulentissimis hisce Ecclesiae temporibus, in maxima christiani populi parte stet ac vigeat antiqua in augustam Virginem religio et pietas. Nunc vera exhortationibus his Nostris excitata, vestrisque vocibus incensa Christiana gentes vehementiore in dies animi ardore esse in Mariae tutelam fidemque recipiant ; et adamare magis ac magis insistant Marialis Rosarii consuetudinem, quam majores nostri non modo uti praesens in malis auxilium, sed etiam nobilis instar tesserae christianae pietàtis habere consueverunt. Obsecrationes concordes ac supplices libens excipiet humani generis Patrona cœlestis illudque facile impetrabit, ut boni virtutis laude crescant ; ut devii sese ad salutem colligant ac resipiscant ; ut vindex scelerum Deus ad clementiam ac misericordiam conversus rem christianam remque publicam, amotis periculis, optatas tranquillatati restituât. 

Hac spe erecti, Deum ipsum, per Eam in qua totius boni posuit plenitudinem, summis animi Nostri votis enixe obsecramus, ut maxima quaeque Vobis, Venerabiles Fratres, cœlestium bonorum numera largiatur: in quorum auspicium et pignus, Vobis ipsis et Clero vestro et populis cujusque vestrum curae concreditis, Apostolicam Benedictionem peramanter impertimus. 

Datum Romae apud S. Petrum die prima septembris, an. MDCCCLXXXIII, Pontificatus Nostri anno sexto.  


LEO PP. XIII

LETTRE ENCYCLIQUE 
SUPERIORE ANNO, 
sur le Rosaire,
 
du 30 août 1884

LETTRE ENCYCLIQUE
 DE
 N. T. S. P. LE PAPE LÉON XIII

 A TOUS NOS VENERABLES FRERES LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU MONDE CATHOLIQUE, EN GRACE ET COMMUNION AVEC LE SIEGE APOSTOLIQUE




LÉON XIII, PAPE 

 

Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique

L'an dernier, comme vous le savez tous, Nous avons décrété, par Notre Lettre Encyclique, de pratiquer dans toutes les parties de l'univers catholique la dévotion du très Saint Rosaire, en l'honneur de la Mère de Dieu, pendant tout le mois d'octobre, afin d'obtenir à l'Eglise le secours du ciel dans ses épreuves. En cela Nous avons suivi et Notre propre jugement et les exemples de Nos prédécesseurs qui, dans les grandes épreuves de l'Eglise, avaient coutume de recourir, avec un accroissement de piété, à l'auguste Vierge et d'implorer son secours par les prières les plus ardentes. Or, on a partout répondu à Notre volonté avec un tel empressement et une telle unanimité, qu'on a vu clairement de quelle ardeur le peuple chrétien est animé pour la religion et la piété, et quelle grande confiance ont tous les fidèles dans la protection céleste de la Vierge Marie. Cette ferveur d'une piété et d'une foi manifestes, Nous le déclarons, a été pour Nous une grande consolation dans les persécutions et les maux qui Nous accablent, et Nous a encouragé à affronter des épreuves plus graves encore, si telle est la volonté de Dieu. Aussi longtemps, en effet, que l'esprit de prière sera répandu sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem, Nous conserverons la ferme confiance que Dieu nous exaucera un jour, et que, prenant pitié de la condition de l'Eglise, il entendra les prières de ceux qui l'implorent par Celle qu'il a lui-même voulu établir la dispensatrice des grâces célestes. 

C'est pourquoi, les mêmes causes qui, comme Nous l'avons dit, Nous ont déterminé l'an dernier à exciter la piété des fidèles, existant encore, Nous avons cru de notre devoir, Vénérables Frères, d'exhorter, cette année aussi, les peuples chrétiens à mériter la puissante protection de la Mère de Dieu, en persévérant dans ce mode et cette formule de prière qu'on appelle le Rosaire de Marie. Comme ceux qui combattent la religion chrétienne montrent une si grande obstination à poursuivre leur projet, il faut que les défenseurs ne montrent pas moins de constance de volonté, surtout parce que le secours du ciel et les bienfaits que Dieu répand sur nous, ne sont souvent que le fruit de notre persévérance. - Nous aimons à vous rappeler l'exemple de l'héroïque Judith, qui, figurant la Sainte Vierge, réprima la folle impatience des Juifs, qui voulaient fixer à Dieu, selon leur gré, le jour où il secourrait leur nation opprimée. Il faut aussi considérer l'exemple des Apôtres, qui attendaient l'insigne bienfait de l'Esprit consolateur qui leur avait été promis, en persévérant unanimement dans la prière avec Marie, Mère de Jésus.- Car maintenant aussi il s'agit d'une chose bien difficile et d'une grande importance, il s'agit d'humilier dans l'exaltation de la force de sa puissance l'ennemi antique et très rusé, de rendre à la liberté l'Eglise et son Chef, de conserver et de défendre les institutions sur lesquelles reposent la sécurité et le salut de la société humaine. Il faut donc avoir soin, dans ces temps lamentables pour l'Eglise, de conserver avec zèle et piété la très sainte pratique du Rosaire de Marie, d'autant plus que ces prières, étant composées de manière à rappeler dans leur ordre les mystères de notre salut, sont très propres à nourrir l'esprit de piété. 

En ce qui concerne l'Italie, il faut implorer pour elle, par la récitation du Rosaire, l'aide de la Vierge très puissante, maintenant surtout qu'une calamité n'en est plus à nous menacer et à fondre inopinément sur nous, mais nous a déjà atteints. Car la peste asiatique ayant franchi, par la volonté de Dieu, les limites que la nature semblait lui avoir posées, a envahi les très célèbres ports du golfe de Gaule, et de là les contrées limitrophes de l'Italie. Il faut donc recourir à Marie, à celle que l'Eglise appelle à juste titre salutaire, auxiliatrice, protectrice, afin qu'elle daigne nous apporter le secours que nous aurons imploré par les prières qui lui sont les plus agréables, et éloigner de nous le fléau contagieux. 

C'est pourquoi, à l'approche du mois d'octobre, dans lequel le monde catholique célèbre les solennités de la Vierge du Rosaire, Nous avons arrêté de prescrire de nouveau cette année tout ce que Nous avons prescrit l'année dernière. Nous décrétons donc et Nous ordonnons, qu'à partir du premier jour d'octobre jusqu'au deuxième jour de novembre suivant, dans toutes les églises paroissiales et les sanctuaires publics dédiés à la Mère de Dieu, et même dans d'autres que l’Ordinaire voudra déterminer, on récite tous les jours au moins cinq dizaines du Rosaire, en y ajoutant les Litanies. Si cet exercice a lieu le matin, la messe doit être célébrée pendant les prières ; s'il a lieu dans l'après-midi, on exposera l'auguste Sacrement à l'adoration des fidèles, et l'on donnera ensuite la bénédiction à l’assistance. Nous désirons aussi que les Confréries du Très Saint Rosaire fassent partout où les lois civiles le permettent, des processions solennelles à travers les villages pour faire profession publique de la religion. 

Et afin que les trésors célestes de l’Eglise soient ouverts à la piété chrétienne, Nous renouvelons toutes les indulgences que Nous avons accordées l’an dernier. Donc Nous accordons, pour chaque fois, une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à tous ceux qui auront assisté, les jours indiqués, à la récitation publique du Rosaire et auront prié selon Notre intention, et également à ceux qui, empêchés par une cause légitime, auront fait ces prières en leur particulier. Nous ouvrons le trésor de l’Eglise et Nous accordons la remise entière de leurs péchés à ceux qui, pendant le temps indiqué ci-dessus, auront fait publiquement au moins dix fois ces pieux exercices dans les temples, ou chez eux par suite d’excuses légitimes, et qui, après s’être confessés, feront la sainte communion. Nous accordons ce pardon complet des péchés et cette remise entière de la peine à tous ceux qui, ou le jour de la fête de la bienheureuse Vierge du Rosaire, ou l’un des huit jours suivants, se seront purifiés de leurs péchés, auront fait une sainte communion, et auront prié Dieu et sa très sainte Mère, suivant Notre intention, dans un édifice sacré. 

Enfin voulant avoir égard à ceux qui vivent à la campagne et sont occupés, surtout dans le mois d’octobre, aux travaux des champs, Nous leur accordons d’ajourner au mois de novembre ou de décembre, selon que l’Ordinaire le jugera opportun, les exercices prescrits plus haut avec les indulgences à gagner pendant le mois d’octobre. 

Nous ne doutons pas, Vénérables Frères, que des fruits abondants ne répondant à nos soins, surtout si, à ce que Nous semons et que votre sollicitude aura arrosé, Dieu accorde l’accroissement par la diffusion de ses grâces. Nous sommes convaincu que le peuple chrétien répondra à l’appel de Notre autorité Apostolique avec la même ferveur de foi et de piété dont il a donné l’année dernière une si grande preuve. Que la céleste Patronne invoquée par les prières du Rosaire nous soit propice, et qu’elle fasse que Nous obtenions de Dieu la paix tant désirée de l’Eglise, en mettant fin au conflit des opinions et en rétablissant partout le Christianisme dans ses droits. Comme gage de ce bienfait, Nous accordons très affectueusement la Bénédiction Apostolique à Vous, à Votre clergé, et aux peuples confiés à votre charge. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 30 août 1884, la septième année de  Notre Pontificat.

LÉON XIII, PAPE.

SS. D. N. LEONIS PAPE XIII

EPISTOLA ENCYCLICA

SUPERIORE ANNO




VENERABILIBUS FRATRIBUS PATRIARCHIS, PRIMATIBUS, ARCHIEPISCOPIS ET EPISCOPIS CATHOLICI ORBIS UNIVERSIS GRATIAM ET COMMUNIONEM CUM APOSTOLICA SEDE HABENTIBUS 


LEO PP. XIII.





Venerabiles Fratres, Salutem et Àpostolicam Benedictionem. 

Superiore anno, quod singuli novistis, per litteras Nostras Encyclicas decrevimus, ut in omnibus catholici orbis partibus, ad caeleste praesidium laboranti Ecclesiae impetrandum, magna Dei Mater sanctissimo Rosarii ritu, Octobri toto, coleretur. In quo et iudicium Nostrum et exempla sequuti sumus Decessorum Nostrorum, qui difficillimis Ecclesiae temporibus, aucto pietatis studio, ad augustam Virginem confugere, opemque eius summis precibus implorare consueverunt. — Voluntati vero illi Nostrae tanta animorum, alacritate et concordia ubique locorum obtemperatum est, ut luculenter apparuit quantus religionis et pietatis ardor extet in populo christiano, et quantam in caelesti Mariae Virginis patrocinio spem universi, reponant. Quem quidem declaratae pietatis et fidei fervorem Nos, tanta molestiarum et malorum mole gravatos, non mediocri consolatione leniisse profitemur, imo animum addidisse ad graviora quoque, si ita Deo placeat, perierenda. Donec enim spiritus precum effunditur super domum David et super habitatores Ierusalem, in spem certam, adducimur, fore ut aliquando propitietur Deus, Ecclesiaeque suae miseratus vicem, audiat tandem preces obsecrantium per Eam, quam ipse caelestium, gratiarum voluit esse administram.

Quapropter insidentibus causis, quae Nos ad publicam pietatem excitandam, uti diximus, anno superiore impulerunt, officii Nostri duximus, Venerabiles Fratres, hoc quoque anno hortari populos christianos, ut in huiusmodi precandi ratione et formula, quae Rosarium Mariale dicitur, perseverantes, sibi validum magnae Dei Genitricis patrocinium demereantur. Cum enim in oppugnatoribus christiani nominis tanta sit obstinatio propositi, in propugnatoribus non minorem esse opportet constantiam voluntatis, quum praesertim caeleste auxilium et collata nobis a Deo beneficia, peracta severantiae nostrae saepe soleant esse fructus. — Ac revocare iuvat in mentem magnae illius Iudith exemplum, quae almae Virginis typum exhibens stultam Iudaeorum repressit impatientiam, constituere Deo volentium arbitrio suo diem ad subveniendum oppressae civitati. Intuendum item in exemplum Apostolorum, qui maximum Spiritus Paracliti donum sibi promissum expectaverunt, perseverantes unanimiter in oratione cum Maria Matre Iesu. — Agitur enim et nunc de ardua ac magni momenti re, de inimico antiquo et vaferrimo in elata potentiae suae acie humiliando; de Ecclesiae eiusque Capitis libertate vindicanda; de iis conservandis tuendisque praesidiis in quibus conquiescere oportet securitatem et salutem humanae societatis. Curandum est igitur, ut luctuosis hisce Ecclesiae temporibus Marialis Rosarii sanctissima consuetudo studiose pieque servetur, eo praecipue quod huiusmodi preces cum ita sint compositae ut omnia ex ordine salutis nostrae mysteria recolant, maxime sunt ad fovendum pietatis spiritum comparatae.

Et ad Italiam quod attinet, potentissimi Virginis praesidium nunc maxime per Rosarii preces implorare necesse est, quum nobis adsit potius, quam impendeat, nec opinata calamitas. Asiana enim lues terminos, quos natura posuisse videbatur, Deo volente, praetervecta, portus Grallici sinus celeberrimus, ac finítimas exinde Italias regiones pervasit. — Ad Mariam igitur confugiendum est, ad eam, quam iure meritoque salutiferam, opiferam, sospitatricem appellat Ecclesia, uti volens propitia opem acceptissimis sibi precibus imploratam afferat, impuramque luem a nobis longe depellat.


Quapropter adventante iam mense Octobri, quo mense sacra solemnia Mariae Virginis a Rosario in orbe catholico aguntur, omnia ea, quae praeterito anno praecepimus, hoc anno iterum praecipere statuimus. — Decernimus itaque et mandamus, ut a prima die Octobris ad secundam consequentis Novembris in omnibus curialibus templis, sacrariis ve publicis Deiparae dicatis, aut in aliis etiam arbitrio Ordinarii eligendis quinque tamen Rosarii decades, adiectis Litaniis, quotidie recitentur: quod si mane fiat, sacrum inter preces peragatur; si pomeridianis horis, Sacramentum augustum ad adorandum proponatur, deinde qui intersunt rite lustrentur. Optamus autem, ut Sodalitates Sanctissimi Rosarii solemnem pompam, ubicumque per civiles leges id sinitur, vicatim publicae religionis causa ducant.

Ut vero christianae pietati caelestes Ecclesiae thesauri recludantur, Indulgentias singulas, quas superiore anno largiti sumus, renovamus. Omnibus videlicet qui statis diebus publicae Rosarii recitationi interfuerint, et ad mentem Nostram oraverint, et Jais pariter qui legitima causa impediti privatim haec egerint, septem annorum itemque septem quadragenarum apud Deum indulgentiam singulis vicibus concedimus. Eis vero qui supra dicto tempore decies saltem vel publice in templis, vel iustis de causis inter domesticos parietes eadem peregerint, et criminum confessione expiati, sancta de altari libaverint, plenariam admissorum veniam de Ecclesiae thesauro impertimus. Plenissimam hanc admissorum veniam et poenarum remissionem his omnibus etiam largimur, qui vel ipso beatae Virginis a Rosario die festo, vel quolibet ex octo insequentibus, animae sordes eluerint et divina convivia sancte celebraverint, et pariter ad mentem Nostram in aliqua sacra aede Deo et sanctissimae eius Matri supplicaverint.

Iis denique consultum volentes qui turi vivunt et agri cultione, praecipue octobri mense, distinentur, concedimus ut singula, quae supra decrevimus, cum sacris etiam indulgentiis octobri mense lucrandis, ad insequentes vel novembris vel decembris menses, prudenti Ordinariorum arbitrio differri valeant.

Non dubitamus, Venerabiles Fratres, quin curis hisce Nostris uberes et copiosi fructus respondeant, praesertim si quae Nos plantamus, et vestra sollicitudo rigaverit, iis Deus gratiarum suarum largitione de caelo afferat incrementum. Pro certo quidem habemus populum christianum futurum dicto audientem Apostolicae auctoritati Nostrae eo fidei et pietatis fervore, cuius praeterito anno amplissimum dedit documentum. Caelestis autem Patrona per Rosarii preces invocata adsit propitia, efficiatque, ut sublatis opinionum dissidiis et re christiana in universis orbis terrarum partibus restituta, optatam Ecclesiae tranquillitatem a Deo impetremus. — Cuius auspicem beneficii, Vobis et Clero vestro, et populis vestrae curae concreditis, Apostolicam Benedictionem peramanter impertimus.

Datum Romae apud S. Petrum die XXX Augusti MDCCCCLXXXIV, Pontificatus Nostri Anno Septimo. 

LEO PP. XIII

LETTRE ENCYCLIQUE 
VI È BEN NOTO, 
aux évêques d'Italie sur le Rosaire,
 
du 20 septembre 1887



 AUX ÉVÊQUES D'ITALIE SUR LE ROSAIRE


LÉON XIII, PAPE 

 

Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique


Vous savez comment nous plaçons au milieu des dangers actuels notre confiance en la glorieuse Vierge du Saint Rosaire, pour la sécurité et la prospérité de la Chrétienté, et pour la paix et la tranquillité de l'Église. Et Nous souvenant que dans les moments de grande épreuve, les Pasteurs et les Fidèles ont toujours eu recours avec confiance à l'auguste Mère de Dieu, puissant secours des chrétiens, entre les mains de laquelle ont été déposés tous les trésors de la grâce, certains aussi que la dévotion envers la Sainte Vierge sous l’invocation de Notre-Dame du Rosaire est la plus opportune pour les besoins si particuliers des temps présents, nous avons voulu que cette dévotion soit de plus en plus vivante et qu’elle s’établisse partout pour se répandre largement parmi les Fidèles du monde.
 
 
 
 A plusieurs reprises, en recommandant la pieuse pratique de consacrer le mois d’octobre en l'honneur de Notre-Dame, nous avons déjà indiqué les raisons de notre espérance comme les formes à observer ; et toute l'Église répandue dans le monde, docile à Nos désirs, ayant toujours répondu à nos invitations par des manifestations spéciales de dévotion, se prépare à nouveau à rendre à Marie, pendant un mois entier, un hommage quotidien à cette dévotion qui lui est si chère.
 
 Dans cette race sainte et noble chez qui la pitié envers la Vierge est si profondément enracinée et si universellement ressentie, l'Italie n'est pas en reste, et nous ne doutons pas que cette année encore, elle sera un exemple glorieux d'amour pour l'auguste Mère de Dieu, et nous prépare de nouvelles raisons de consolation et de réconfort. Néanmoins, Vénérables Frères, Nous ne pouvons pas nous dispenser de vous adresser quelques mots d'exhortation spéciale, afin qu'avec un zèle particulier et renouvelé, le mois dédié à la Très Sainte Vierge du Rosaire puisse être sanctifié dans chaque diocèse d'Italie.

 
Il est facile de comprendre quelles raisons nous avons pour cela. Depuis que Dieu nous a appelés à gouverner son Église sur la terre, nous avons cherché à utiliser tous les moyens possibles et les mieux appropriés, pour la sanctification des âmes et l'extension du règne de Jésus-Christ. Nous n'avons exclu de Notre sollicitude quotidienne aucune nation ni aucun peuple, conscients que Notre Rédempteur a versé Son précieux sang sur la Croix pour tous et a ouvert à tous le règne de la grâce et de la gloire. Personne, cependant, ne peut être surpris que Nous ayons une préférence particulière envers le peuple italien, car Notre Divin Maître Jésus-Christ Lui-même a choisi l'Italie, parmi toutes les parties du monde, pour être le siège de Son Vicaire sur la terre, et dans Ses desseins providentiels Il a voulu que Rome devienne la capitale du monde catholique.



C'est pourquoi le peuple italien est appelé à vivre dans une plus grande proximité avec le Père de toute la famille chrétienne, et à partager d'une manière spéciale ses joies et ses peines. Et malheureusement, dans Notre Italie, les raisons de graves amertumes ne manquent pas pour Notre âme. La foi et la morale chrétienne, ce précieux héritage légué par nos ancêtres, qui ont cependant fait la gloire de notre pays et des grands Italiens à toutes les époques, sont attaqués soit insidieusement et presque secrètement, soit ouvertement et avec un cynisme révoltant, par une poignée d'hommes qui cherchent à voler aux autres cette Foi et cette morale qu'ils ont eux-mêmes perdues. Il est facile de voir que la cause principale de tout cela c’est le travail des sectes et de ceux qui sont entre leurs mains des instruments plus ou moins consentants. C’est particulièrement le cas dans cette ville de Rome, où le Vicaire du Christ possède son siège, leurs efforts y sont concentrés et leurs desseins diaboliques affichés avec une obstination féroce.
 
 
 


Nous n'avons pas besoin de vous dire, Vénérables Frères, de quelle amertume Notre âme est remplie de voir l’âme de tant de nos plus chers enfants exposées à des dangers aussi graves. Et Notre amertume est d’autant plus grande que Nous nous voyons placés dans l’impossibilité de Nous opposer à un si grand mal avec cette efficacité salutaire que Nous désirerions et que Nous aurions le droit d'avoir pour le salut d’Israël. Vous connaissez en effet, Vénérés Frères, et nul n’ignore les conditions dans lesquelles Nous sommes réduit.
 
 


Pour cette raison, nous ressentons un désir encore plus grand de faire appel à la Mère de Dieu et de lui demander son aide. Que tous les bons Italiens prient pour leurs frères égarés, pour leur Père commun, le Pontife Romain, afin que Dieu, dans sa miséricorde infinie, puisse entendre et répondre aux prières communes d'un Père et de ses fils. Et pour cette raison nous plaçons Notre espérance la plus vive et la plus ferme dans la Reine du Rosaire, qui s'est montrée prête, depuis qu'elle a été invoquée sous ce vocable, à aider facilement l'Église et les peuples chrétiens dans leurs besoins. Nous avons déjà enregistré ces gloires et les grands triomphes qui ont été remportés autrefois contre les Albigeois et contre d'autres ennemis puissants, gloires et triomphes qui ont non seulement consolé l'Église affligée et persécutée, mais qui ont aussi apporté la prospérité temporelle des peuples et des nations. Pourquoi, en cette heure de besoin, ne reverrions-nous pas de telles merveilles de la puissance et de la bonté de l'auguste Vierge, pour le bien de l'Église et de son Chef, et du monde chrétien tout entier, si les fidèles font revivre, de leur côté, les magnifiques exemples de piété donnés par leurs ancêtres, dans des circonstances similaires ? 


C’est aussi pour nous rendre cette puissante Reine de plus en plus propice, que nous désirons la voir honorer de plus en plus sous l'invocation de Notre-Dame du Rosaire et voir accroitre son culte. Et à cette fin, Nous avons décidé d’élever la solennité du Rosaire au rang de rit double de deuxième classe pour l'Église universelle. Dans le même but Nous désirons ardemment que les catholiques d'Italie, avec un élan particulier de dévotion, se tourne toujours mais plus particulièrement pendant ce mois d'octobre, vers cette Auguste Vierge, et fasse une douce violence à son cœur de mère, en priant pour le triomphe de l'Église et du Siège Apostolique, pour la liberté du Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et pour la paix et la prospérité publique.

 
 
 Et puisque les effets de telles prières seront proportionnés aux dispositions de ceux qui les offrent, Nous vous exhortons ardemment, Vénérables Frères, qu'avec toute l’industrie de votre zèle vous vous efforciez de réveiller une foi vigoureuse dans les peuples qui vous sont attachés, de les exciter à revenir par la pénitence à la grâce et à l'accomplissement fidèle de tous leurs devoirs. Parmi ces devoirs, compte tenu de l'état des temps, on doit considérer comme primordiale une profession ouverte et sincère de la Foi et de la morale de Jésus-Christ, rejetant tout respect humain et en considérant avant tout l'intérêt de la religion et le salut des âmes. 



On ne peut en effet dissimuler que, bien que grâce à la miséricorde de Dieu, le sentiment religieux soit fort et largement répandu parmi les Italiens, néanmoins par la mauvaise influence des hommes et en ces temps où l'indifférentisme religieux augmente, on constate une diminution de ce respect et de cet amour filial envers l'Église qui fut la gloire de nos ancêtres et dans lesquels ils plaçaient leur plus haute ambition. 



Que par votre travail, Vénérables Frères, le sentiment chrétien, l'intérêt pour la cause catholique, la confiance dans la protection de la Vierge et l'esprit de prière, se réveillent puissamment parmi vos peuples. Il ne fait aucun doute que, invoquée par tant de ses enfants et avec de si bonnes dispositions, la Reine du Ciel ne réponde miséricordieusement à leurs voix, console Notre affliction et couronne Nos efforts pour la prospérité de l'Église et de l'Italie, les conduisant vers des jours meilleurs.


Et maintenant, en témoignage de Notre bienveillance, Vénérables Frères, et comme gage des grâces célestes, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur la Bénédiction Apostolique à Vous, au clergé et à tout Votre peuple.

Donné au Vatican le 20 septembre 1887.

LÉON XIII, PAPE.

SS. D. N. LEONIS PAPE XIII

EPISTOLA ENCYCLICA

VI È BEN NOTO





 AD EPISCOPOS ITALIAE DE SS. ROSARIO

LEO PP. XIII.





Venerabiles Fratres, Salutem et Àpostolicam Benedictionem. 

Vos probe nostis, his luctuosis temporibus, in praeclara Virgine, quae a Rosario nuncupatur, ad populi Christiani salutem et prosperitatem, atque Ecclesiae pacem tranquillitatemque obtinendam, quantae nobis sit spei. Equidem memores, in gravissimis quibusque Ecclesiae calamitatibus, Pastores aeque ac Fideles ad gloriosam Dei Matrem, praepotens Christianorum auxilium, in cuius manibus sunt omnium repositi thesauri gratiarum, bonae spei plenos confugere adsuevisse : itemque pro certo habentes, piam animi erga eamdem Virginem, quam Rosarii nomine invocamus, devotionem nostrorum temporum indigentiis maximopere opportunam contingere, ut haec devotio ubique magis ac magis excitantur, et largius semper in totius Catholici Orbis Fidelibus confirmaretur, et serio voluimus, et enixe curavimus.

Iam saepenumero in suadenda πράξει mensis Octobris ad Bmae Virginis honorem, quibus causis adduceremur, qua spe teneremur, qui modus esset sequendus innuimus; atque universa Ecclesia in omnibus Terrae partibus voci nostrae auscultans, hortationem nostram eximiae pietatis significationibus excepit, et etiamdum ad exsolvendum integro mense eidem SSmae Virgini quotidianum huius piae devotionis, adeo Illi gratae, tributum sese praeparat.

In eiusmodi sancto ac praeclaro piae religionis studio prosequendo non ultima Italia fuit; ubi in Virginem pietas tam altis est fixa radicibus atque adeo universaliter percepta; nec fore dubitamus, quin et hoc anno Italia sui erga praecelsam Dei Matrem amoris testimonium exhibitura sit, Nobisque novas suppeditatura laetitiae causas atque solatii. Necessarium tamen ducimus hic ad vos, Venerabiles Fratres, specialis exhortationis verba convertere, ut novo singularique studio mensis SSmae Virgini Mariae, cui a Rosario nomen est, dicatus in omnibus Italiae Dioecesibus sanctificetur.

Quaenam peculiares rationes Nos ad id praecipiendum compellant, pernoscere facile est. Iam tum, cum Deus ad regendam in Terris Ecclesiam suam Nos vocavit, iis omnibus adminiculis, quae penes Nos esse novimus, quaeque animabus sanctificandis et Iesu Christi regno amplificando omnium aptissima visa sunt, uti studuimus. Nullam profecto nationem, nec ullum populum a nostris quotidianis curis exclusimus: probe scientes, pro omnibus divum Redemptorem in Cruce pretiosum suum Sanguinem effudisse, atque omnibus aperuisse Regnum Gratiae et Gloriae. Nemo tamen miretur, si Nos speciali dilectione Italicum populum prosequamur. Ipsemet enim divinus Magister Iesus Christus prae omnibus Orbis regionibus Italiam, ut sui in Terris Vicarii sedes esset, elegit; atque in aeternis Providentiae suae consiliis decrevit, ut Roma Catholici Caput Orbis evaderet.

Hac quidem ratione Italicus populus divinitus destinatur, ut omnium proxime magno Patri familiae Christianae consistat, eiusque cum laetitiam, tum etiam moerores omnium maxime participet. Et nimis sane in praesens gravissimae in hac ipsa Italia moeroris causae animo nostro suppetunt. Fides enim et Εθική Christiana, praeclarissima a Maioribus nostris tradita haer editas, quaeque praecipuum quovis tempore Patriae nostrae, ac tot illustrium Italorum decus extitit, vel insidiose et quasi in occulto, vel palam atque impudentissimo Κυνισμω a quorumdam hominum facilone impetuntur; qui nimirum quam ipsimet iam amiserint, Fidem atque Εθικήν ceteris adimere conantur. In qua quidem re, magis quam in alia qualibet, perduellium sectarum, atque eorum hominum, qui plus minusve docile ac versatile se praebent in eorum manibus instrumentum, operam perspicere cuique facile est. Hac vero in Urbe Roma, ubi suam Christi Vicarius Sedem habet, prae ceteris locis, horum conatus, quasi in quodam centro audacius una conferuntur, seseque tota sud indomita ferocia explicant ac manifestant eorumdem diabolica consilia.

Haud equidem Nobis opus est vobis, Venerabiles Fratres, patefacere quanto animus noster moerore afficiatur, quum tot Nobis carissimorum filiorum animas tam gravibus periculis obnoxias conspiciamus. Qui quidem animi nostri maeror eo magis excrescit, quod Nos ipsos omnino praepeditos videmus, quominus ea qua percuperemus, quaeque Nobis iure merito competit, salutari efficacia hisce praegrandibus malis Nosmet ut murum pro domo Israël opponamus. Vobis enim, Venerabiles Fratres, compertae sunt vitae conditiones, in quibus adacti versamur. His igitur de causis maiorem necessitatem Nobis esse persentimus magnae Virginis Deiparae auxilium ac praesidium implorandi.

Quiqui sunt ergo probi Itali pro suis errantibus fratribus enixe adprecentur; itemque pro universali omnium Patre, Romano Pontifice, ut Deus pro infinita sua misericordia communia filiorum et Patris vota excipiat, exaudiat. Atque etiam, quod ad id assequendum attinet, vividior quaeque ac firmior spes nostra in gloriosissima Rosarii Regina innititur; quae quidem iam tum, cum hoc nomine vocari coepta est, illico Ecclesiae et Christiano populo quibuslibet in indigentiis benignissimam Auxiliatricem se exhibuit. - Iam alias huiusmodi decora, atque insignes contra Albigenses, et alios praepotentes hostes Christiani nominis obtentus actosque triumphos meminimus, decora, profecto ac triumphus, quae non modo in Ecclesiae vehementer oppugnatae atque afflictae utilitatem cedunt, verum etiam in populorum ac nationum, quam praesenti aevo iis habere licet, prosperitatem. Nimirum quid ni et in praesentibus Ecclesiae calamitatibus eadem potentiae et bonitatis prodigia a Magna Virgine pro Ecclesia ipsa, eiusque Capite ac toto christiano Orbe iterum perpetrari possint, si quidem Fideles populi praeclara pietatis exempla in iisdem rerum adiunctis a maioribus nostris exhibita renovare satagant ?
 
Id igitur in causa est, cur Nobis, ut propitiam christiano populo hanc potentissimam Reginam habeamus, mens sit ac propositum Eam maiori semper honore sub Rosarii nomine prosequendi, eiusque augendi cultum. Proinde ab anno, qui nunc decurrit ac deinceps, Rosarii solemnitatem ritu duplici secundae classis, ut aiunt, in universa Ecclesia celebrandam esse decrevimus. Atque eamdem ob causam exoptamus, ut catholicus Italicus populus tum quovis tempore, tum praesertim proximo mense Octobri, speciali devotionis affectu ad hanc praecelsam Virginem se convertat, ac materno Eius Cordi dulcem suavemque vim inferat, Eamdem exorans pro Ecclesiae atque Apostolicae Sedis exaltatione, pro Iesu Christi in terris Vicarii libertate, pro publica demum pace ac prosperitate.

Et quoniam eo maior et certior est precum effectus, quo melior est in praesenti moralis dispositio precantis, idcirco Vos, Venerabiles Fratres, vehementer adhortamur, ut omnibus pii ac religiosi animi vestri viribus robustam, vividam atque operosam in populis vestrae curae commissis Fidem excire, eosque per poenitentiam in Dei gratiam et ad omnia Religionis officia fideliter adimplendo revocare adnitamini. In quibus, habita temporum, quibus vivimus, ratione, uti omnium maxime praecipuum, ingenua et sincera Fidei atque Εθικης christianae professio recensenda est, qua quidem omnis ad humana iudicia respectus evincatur, atque omni alii cuique rei, ea quae ad Religionem attinent, et animarum aeterna salus praeferantur.
 
Nec enim dissimulare fas est quamvis Dei Misericordia, Religionis sensus in Italiae populo adhuc vigeat, lateque explicetur; tamen etiam in eiusdem Italiae sinu, malefico quodam sive hominum, sive temporum influxu, serpere coepit irreligiosa (quam vocant) Indifferentia, seu Sanctorum Δογματων contemptus, cuius causa pedetentim minuitur practica illa reverentia, ac filialis ille in Ecclesiam amor, quae olim Maiorum decus et gloria extiterunt.

Per vos igitur, Venerabiles Fratres, fieri contingat, ut validus in populis curae vestrae commissis, Christianus sensus, rei Catholicae studium, in Virginis praesidium fiducia, Spiritus denique precum excitetur. Dubitandum enimvero non est, quin haec invictissima Regina a tot filiis, tam bene animo comparatis, invocata, eorum votis benigne respondeat, afflictum animum nostrum soletur et erigat, piosque conatus pro Ecclesia atque Italia, melioribus utrique temporibus reductis, obsecundet.

His animi nostri sensibus Vobis, Venerabiles Fratres, Clero populoque cuiusque vestrum curis commisso apostolicam benedictionem, selectissimorum bonorum et coelestium munerum pignus, impertimus. 

Datum Romae apud S. Petrum die XX Novembris anno MDCCCLXXXVII. Pontificatus Nostri Decimo. 

LEO PP. XIII