Biographie du Pape Léon XIII par St Jean Bosco

Don Bosco

LA PLUS BELLE FLEUR DU COLLEGE APOSTOLIQUE, 
L'ÉLECTION DE LEON XIII

Il più bel fiore del collegio apostolico ossia la elezione di Leone XIII, Giovanni Bosco, Torino, 1878, Tipografia e Libreria Salesiana.

Préface

L’avènement d'un Pape sur le trône Pontifical est un événement de la plus haute importance pour tous les Catholiques. C’est par cet avènement que les Évêques ont leur Chef et leur guide suprême, que la grande famille des croyants a de nouveau le Père qu’elle avait perdu ; le monde Catholique voit s'accomplir sous ses yeux ce grand acte, qui atteste la visibilité constante et ininterrompue du Pontife Romain, de St Pierre jusqu'à l’actuel Léon XIII. Et si vous demandez à ce Pontife de qui il tient l'autorité qu’il exerce, les vérités qu’il enseigne, la foi qu’il propose, il répond qu'il les a reçues de son prédécesseur Pie IX, et lui-même d'un autre Pontife, et ainsi de main en main il remonte jusqu'au Prince des Apôtres constitué par Jésus-Christ Lui-même pour Chef Suprême de l'Église, Pasteur de tous les autres Pasteurs.

Tous les Catholiques seraient heureux de pouvoir être présents à un événement si solennel et si important, pour le saisir, le contempler et en voir tous les détails. Mais cela n’étant possible qu’au petit nombre, je crois faire chose digne d’intérêt en exposant ici cet acte extraordinaire avec ses circonstances particulières. Ainsi, ceux qui furent présents pourront en conserver le meilleur et le plus durable souvenir, et les autres auront au moins le plaisir d’en entendre le récit. Je le fais d'autant plus volontiers que je vais exposer des choses dont je fus le témoin oculaire.

Je raconterai donc ce qui a précédé et accompagné l'élection du nouveau Pontife Léon XIII, puis dans un premier appendice je poursuivrai par une courte biographique et quelques actes de son pontificat, avant une brève revue de tous les Cardinaux qui sont intervenu au Conclave.

Afin d’éviter la répétition des citations, je dirai que dans les matières ici traitées j’ai suivi Pagi, Navaes, Giacomo, Baronius, Morcelli et d’autres. Ceux qui voudraient s'instruire plus amplement de ces sujets pourraient consulter les articles du Dictionnaire du docte Gav. G. Moroni, 1’Encyclopédie de l'écclésiastique, et les journaux contemporains. J’exposerai l'origine de chaque chose et les particularités des fonctions sacrées.

Que Dieu nous bénisse et nous conserve tous fidèles à la voix infaillible du Pasteur Suprême de l'Église, que Jésus-Christ assistera jusqu'à la fin des siècles : Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles, Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi.

Ch. I. Le Camerlingue – Son office.

Pour comprendre ce qui s'accomplit dans l'élection d'un Souverain Pontife il nous faut commencer par exposer brièvement les noms et les divers offices qui s’y rapportent. Nous commencerons par le Camerlingue, qui prend une grande part dans l'administration des choses ecclésiastiques, spécialement en temps de la vacance du Saint-Siège et du Conclave. Le terme Camerlingue dérive du latin Camerarius, Chambre des monnaies, et on l’emploie pour désigner un fonctionnaire qui s’occupe des rentes publiques à affecter à temps et de manière déterminée. Il existe un Camerlingue du Clergé Romain, un Camerlingue du Sacré Collège et un Camerlingue de l’Eglise Romaine.

On appelle Camerlingue du Clergé Romain, celui à qui est confié l'administration du trésor ou des rentes que le Clergé, c'est-à-dire les Prêtres de Rome, possèdent en commun pour certains usages déterminés. Le Camerlingue du Sacré Collège, élu parmi les Cardinaux, administre pour un an les rentes et les revenus du Sacré Collège.

Mais parlons ici plus spécialement du Camerlingue de l’Eglise Romaine. Dans les premiers temps de l'Église cette charge correspondait à peu près à celle de Diacre, ou d'Archidiacre de l'Église, lequel administrait les offrandes des fidèles et les subsides distribués aux veuves, aux orphelins, aux pauvres, aux malades et celles qui servaient aux Missions ou au Ministère Sacré. Au début du IVème siècle, sous le Pape St Melchiade, les Camerlingues étaient appelés Vicedomini ou Vicegerenti, ou encore Vestiararii, parce qu'ils s’occupaient des vêtements et du trésor du Pontife.

Constantin le Grand, après avoir donné la paix à l'Église et érigé des basiliques, honora la dignité du Vicaire de Jésus-Christ en lui offrant le somptueux Palais du Latran et en lui assignant des copieuses rentes pour soutenir l’apparat sublime de sa dignité. C’est l’administration de ces rentes qui était confiée au Vicedomino, ou Camerlingue. Dans les siècles suivants ces dignitaires prirent définitivement le titre de Camériers ou Camerlingues, appellation qui ensuite se conserva toujours dans l'Église.

Le Camerlingue de l’Eglise Romaine est choisi par le Pape. Cette charge fut augmentée d'attributions, principalement celle de présider la famille pontificale, la Préfecture du Sacré Palais, ainsi que d’autres grandes fonctions en temps de vacance du Saint-Siège. On appelle temps de vacance du Saint-Siège l'espace qui court depuis la mort d'un Pontife et l'élection d'un autre. Dans ce temps cessent toutes les charges sauf celles de Cardinal Vicaire et de la Sacrée Pénitencerie. La suprême Autorité de l'Église est alors exercée par les doyens des trois ordres de cardinaux, c'est-à-dire le doyen des cardinaux Évêques, le doyen des cardinaux Prêtres, et celui des cardinaux Diacres. Tout ce qui se rapporte à l'administration matérielle, à l’enterrement du Pontife défunt, aux travaux pour la préparation et la direction du Conclave, appartient au Camerlingue.

Ch. II. Election du premier Pape.

Le premier Pape fut choisi par de Jésus-Christ Lui-même. Voici comment.

Jésus Christ avait envoyé les Apôtres prêcher en Israël. A leur retour Il leur demanda : Que dit-on touchant le Fils de l’homme ? Certains disent que Vous êtes Jean-Baptiste, répondit un apôtre ; les autres affirment que Vous êtes Elie, répondit un autre ; certains affirment, ajouta un troisième, que Vous êtes Jérémie, ou l'un des anciens prophètes ressuscité. Pierre se taisait. Jésus alors demanda : Et vous qui dites-vous que je suis ? À cette question Pierre, au nom de tous les Apôtres, prend la parole et répond : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Devant cette très juste réponse, et comme pour en récompenser 1'Apôtre, Jésus-Christ lui dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes, c'est-à-dire les puissances de l'Enfer, ne pourront pas la vaincre. À toi je donnerai les clés du royaume des Cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié de même dans les Cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera de même délié dans les Cieux. (Matt. XVI.) Par ces mots Jésus-Christ promit de donner à Pierre cette Autorité Suprême qu’Il lui conféra ensuite après sa résurrection.

Dans l'espace de temps qui passa de la promesse à son plein accomplissement, Jésus manifesta à plusieurs reprises ses desseins sur la personne de Pierre, bien qu’il n’ait été ni le premier à le suivre, ni le plus avancé en âge. Jésus montra en particulier qu’il serait son Vicaire dans le fait suivant. Un jour, le Sauveur s’étant éloigné des autres Apôtres, entra avec St Pierre dans la ville de Capharnaüm pour se rendre dans sa maison. À la porte de la Ville les percepteurs du gouvernement tirèrent Pierre à part et ils lui dirent : Votre maître paye-t-il l’impôt ?Certainement, répondit Pierre.

Ayant dit cela, il entra dans la maison où le Seigneur l'avait précédé. Lorsque le Sauveur auquel chaque chose était manifeste, le vit, il l’appela à lui et il lui dit : Dis-moi, Pierre, quel est celui qui paye le tribut ? Le fils du roi ou bien les étrangers à la famille ? Pierre répondit : Ce sont les étrangers. Donc, répondit Jésus, les fils sont exempts de payer le tribut. Il voulait dire : Donc, puisque je suis le Fils de Dieu, comme toi-même tu l’as déclaré, je ne suis pas obligé de payer quelque chose aux princes de la terre. Toutefois, continua Jésus, comme ces bonnes gens ne me connaissent pas, ils pourraient s’en scandaliser ; par conséquent j'entends payer le tribut. Va à la mer, jette le filet, et dans la bouche du premier poisson que tu prendras, tu trouveras une pièce de monnaie. Tu payeras avec le tribut pour moi et pour toi. (Matt. XVII.)

Les Saints Pères admirent dans ce trait le grand honneur que Jésus-Christ fit à Pierre en l'égalant à Lui-même et en le montrant ouvertement comme son Vicaire.

Il montra encore qu'Il plaçait Pierre à la tête de l'Église à la dernière Scène. Lors de ce mémorable soir Jésus-Christ se tourne vers Pierre et lui dit que le démon avait préparé contre lui et à tous les autres Apôtres une terrible tentation ; qu'il les frapperait, ou comme Lui-même s’exprime, criblerait comme on fait du grain dans crible, pour les faire dévier et L’abandonner. Mais qui conseillera les autres Apôtres pour qu'ils ne se perdent pas ? Qui les maintiendra dans le droit chemin ? Qui en somme les confirmera dans la foi ? Jésus le dit : c’est Saint Pierre, aussi Il ajouta : Mais j'ai prié pour toi, Pierre, pour que ta foi ne défaille pas ; et lorsque tu seras converti, confirmes tes frères. (Luc. XXII.)

Par ces mots Jésus-Christ confirma la promesse déjà faite à Pierre de le choisir pour Pape, de prier pour lui, que sa foi ne défaillirait jamais, ce qui est dire qu’il serait infaillible dans les choses de la foi et des mœurs. Il commençât ainsi à lui commander d'exercer son office de Chef, de maître des Apôtres. Enfin, avant de monter au Ciel, Jésus s'acquitta pleinement de sa divine promesse, et termina le choix qu’il avait fait de donner à Pierre pleine autorité sur toute l'Église, en lui commandant de paître et de garder les agneaux et les brebis, c'est-à-dire non pas seulement les simples fidèles mais les Prêtres et les Évêques : Pais mes agneaux ; pais mes brebis. (J. dernier ch.)

C’est ainsi que se réalisa l'élection du premier Pape.

Ch. III. Election du Pape dans les premiers temps. – Intervention des Princes et du peuple Romain.

St Pierre gouverna l'Église trois ans de Jérusalem, sept ans depuis Antioche, puis il transporta son Siège à Rome la capitale du monde. Après avoir tenue là pendant vingt-cinq ans le Siège Pontifical, il fut crucifié par Néron. Lorsque St Pierre se rendait en divers pays pour prêcher l'Évangile, il laissait St Lin pour son Vicaire. Le lendemain du martyre de ce grand Apôtre, Lin fut reconnu pour son successeur. Les successeurs suivants furent St Clet, puis St Clément, St Anaclet, dont le même Prince des Apôtres avait déjà fait ses coadjuteurs dans le gouvernement de l'Église Universelle. Nous disons donc que les premiers Papes furent désignés par l'Apôtre Pierre avec l’approbation du clergé et du peuple Chrétien de Rome. Dans les quatre premiers siècles de l'Église le Pape était élu par le clergé de Rome, que nous appelons maintenant Collège des Cardinaux, en présence du peuple.

On remarque cependant que le peuple Romain avait coutume d’intervenir dans l'élection non pas par un vote délibératif, mais en rendant témoignage des vertus et du mérite de celui qui devait être élu. Plus tard, les Empereurs d'Occident et ensuite ceux d'Orient, les rois d'Italie, et finalement les empereurs d'Allemagne voulurent se mêler de l'élection du Pape. Il est clair que ni le peuple ni le prince ne pouvaient avoir ce droit, parce que Jésus-Christ ne donna pas aux laïques la faculté d'élire et de créer les ministres sacrés, et encore moins leur Chef Suprême. Cette faculté fut seulement donnée aux Apôtres et à leurs Successeurs, quoique les Apôtres aient parfois, par condescendance, élus des sujets proposés par eux, comme il se produisit avec les sept diacres. Mais lorsqu’ils allaient dans des villes où il n’y avait pas encore de Chrétiens, ils créaient et consacraient des Évêques, des Prêtres et des Diacres, sans solliciter aucun consentement, et moins encore le vote et l’approbation des princes temporels.

Ces derniers avaient donc seulement vote consultatif dans l’élection des Papes, vote par lequel ils montraient leur satisfaction et donnaient leur avis sur la sainteté de celui qui devait être élevé au Souverain Pontificat. Toutefois, à la sortie des persécutions, pour éviter la rupture avec le chef de l'empire, et pour que le Pape puisse bénéficier de l’aide du pouvoir civil contre les séditions, l'Église toléra que le peuple avec le clergé concoure à l'élection du Pape, et que le prince 1'approuve et la confirme. On pratiqua ainsi de 476 à 555 sous la domination des barbares, dont les rois, quoique non Catholiques, voulurent usurper le droit de confirmer l'élection du Pape faite par le Clergé Romain. Odoacre et l’arien Théodoric, se faisaient payer une bonne somme d'argent pour confirmer l’élection. Pour éviter de plus grands ennuis de la part des principes barbares, l'Église dû supporter ces humiliations, qui ne touchaient pas cependant à la fonction du Pape, et n’empêchaient pas 1'exercisse du ministère sacré.
Après le règne des Goths, les Empereurs d'Orient revendiquèrent ce même droit, de Justinien jusqu'à Léon III l’Isaurien, à l’époque duquel Rome et les pays alentours se donnèrent spontanément au pouvoir temporel du Pape.

En l'an 800, l'empire d'Occident s'étant reconstitué sous Charlemagne, ce pieux Empereur rétablit la liberté du clergé dans l'élection du Pape. Néanmoins, l'Église se voyant parfois menacée d'esprits turbulents, concéda en particulier à quelques successeurs de Charlemagne, comme à Louis Ier et Lothaire Ier son fils, le privilège personnel non pas d'élire, mais seulement de confirmer l'élection du Pape. Cette concession, l’Eglise la fit malgré Elle, et seulement en raison d'un plus grand bien, c'est-à-dire pour que son Chef trouve appui auprès de ces princes qui pouvaient s’opposer à ceux qui voulaient susciter des troubles et des discordes, et créer des antipapes. Les princes Français donnaient leur confirmation et quelque fois assistaient même à ces élections, ou y envoyaient des ambassadeurs pour assister à la consécration du Souverain Pontife.

Mais aux environs de l'an mille, les empereurs d'Allemagne, qui s’étaient faits protecteurs de l'Église, ne se contentèrent plus de la seule assistance à la consécration du Pape, et ils prétendirent donner leur vote dans son élection même. Ainsi, lorsque le Clergé de Rome avait élu le Pape sans l’annoncer à l'empereur, ou bien lorsque le Pape élu ne lui plaisait pas, il arriva souvent qu’il élise un antipape, en suscitant ainsi dans l'Église de graves désordres. Parmi d’autres, Henri IV en 1061, mécontent du fait qu’Alexandre II ait été déclaré Pape sans qu'on le lui annonce, fit élire antipape Cadolao évêque de Parme, causant ainsi beaucoup de maux à l'Église de Dieu. Comme chacun le voit, il était nécessaire de mettre une digue à ces lamentables prétentions. C’est pour cela qu’Il suscita un homme, St Grégoire VII, lequel, lorsqu’il fut élu Pape en 1073, annonça encore, pour éviter les troubles passés et des schismes nouveaux, son élection à Henri IV, qui l’approuva. Mais il fut le dernier des Papes à avertir de son élection le prince, et il fut le premier qui, s'insurgeant courageusement contre les empiétements des Césars, leur enleva toute ingérence dans l'élection et l’approbation du Souverain Pontife.

Il était aussi nécessaire d'en exclure le peuple romain, parce que, se trouvant parfois en désaccord avec le Clergé, cela occasionnait de graves émeutes. En raison de cela, en 1143 Innocent II enleva au peuple le privilège de concourir à l'élection du Souverain Pontife. Le droit d'électeurs était cependant toujours resté indistinctement à tout le clergé de Rome, lequel en étant très nombreux, et ses membres n’étant pas souvent d'accord sur la personne à élire, de graves désordres se produisaient encore souvent dans l'Église. On dut aussi penser à y trouver un remède. Celui-ci fut trouvé par le Pape Alexandre III, qui décida en 1179 lors du troisième Concile du Latran que les seuls électeurs du Pape seraient les Cardinaux. Il décida également que pour trouver un accord sur la personne à élire, serait reconnus pour légitime Pontife ceux qui auraient remporté les deux tiers des votes. C’est ainsi que la loi invariable fut établie que l'élection du Souverain Pontife appartenait seulement aux Cardinaux de la Sainte Eglise, et qu’elle devait être ôtés au prince, au peuple, et au clergé ordinaire, pour dissiper les occasions de schisme. C’est ce qui se pratique toujours aujourd’hui.

Pour résumer ce point de l'élection Pontificale, nous disons que les premiers Papes furent élus par St Pierre lui-même, avec l’approbation du clergé et du peuple chrétien. Qu’ensuite, jusqu'au IVème siècle les Papes furent élus par le clergé Romain et même par les Évêques des autres parties du monde se trouvant à Rome dans le temps de l'élection, comme cela se produisit dans l'élection du Pape Corneille en 254. Les principaux du peuple, quoique leur concours n'ait pas été nécessaire à la validité de l'élection, intervenaient toutefois par concession de l'Église en donnant leur vote, parfois en proposant, ou en applaudissant l'élu. Que du début du IVème siècle jusqu'au Xème, ce ne fut pas seulement le peuple, mais aussi les Empereurs qui prétendirent s'ingérer dans l'élection, et donc, ou par concession de l'Église, ou par violence, le prince séculier donnait, de près ou loin, son vote, qui pour ordinaire consistait dans la confirmation de l'élection déjà faite par les Romains. Mais qu’à compter du Xème siècle d'abord les princes, puis le peuple, furent exclus de l’élection, qui finalement fut réservée à une seule partie du Clergé de Rome, c'est-à-dire aux Cardinaux.
Il était bien avantageux que soit réservée aux seuls Cardinaux la faculté d'élire le Pontife, puisqu’ils jouissent de la première place dans la hiérarchie de l'Église. Nul n’est mieux informé qu’eux pour élire celui qui possède la science, la sagesse et la pitié pour être désigné au gouvernement de l'Église Universelle.

Comme Moïse était assisté de soixante-dix Anciens du peuple Israélite selon le commandement divin, le Pape Sixte V fixa à soixante-dix le nombre des Cardinaux. Comme autant d'assistants et collaborateurs. Ces derniers aident le Pape dans l'administration des choses les plus importantes de la Religion, et, à sa mort, assemblés en Conclave, élisent son successeur.

Ch. IV. Le conclave et son origine – Lois et scrutin dans l’élection des Papes.

L'élection du Pape se fait depuis de nombreux siècles par le rassemblement de cardinaux en conclave. Au sens propre, le terme conclave signifie un bureau, la partie intime d'une maison, c'est-à-dire un lieu qui se ferme à clés. En termes ecclésiastiques le conclave est une grande salle, ou bien une chapelle dans un palais dans laquelle se rassemblent, et où sont enfermés, les cardinaux pour accomplir la grande œuvre de l'élection du Vicaire de Jésus-Christ, du Successeur de St Pierre, du Père commun des fidèles.

Le conclave fut établi par loi Pontificale en 1274. Toutefois, avant cette époque, les cardinaux se rassemblaient déjà en un lieu particulier pour cette importante élection ; mais les règles à suivre n’ayant pas encore été déterminées, il se produisait parfois que l'élection se prolongeait longtemps, notamment lorsqu’un plein accord sur la personne à élire n’était pas trouvé.
À la mort de Clément IV, à Viterbe en 1268, quoique St Bonaventure, et d’autres éminents personnages, aient tout fait pour les pousser à se mettre d'accord et à procéder à l’élection désirée, les cardinaux s'étant assemblés pour élire un nouveau Pape, ils ne purent y réussir qu’après deux ans et neuf mois. Finalement le 2 février 1271 Grégoire X fut élu. Aussi, au XIVème Concile Œcuménique, célébré à Lyon en 1274, de très saintes lois furent établies, afin d’empêcher pour l'avenir ces longs et douloureux retards, et l’on donna des principes stables aux Conclaves, pour qu’ils soient toujours pratiqués.

Si l'élection se fait à Rome le Conclave se tient au palais du Vatican, ou aux Quirinal, selon les circonstances de l’époque. Les Cardinaux entrent en Conclave le dixième jour de la mort du Pape. Sauf en cas de grave maladie, une fois entrés, ils ne peuvent plus en sortir jusqu'à ce que l'élection soit terminée. Il ne leur est pas permis de parler à des personnes étrangères. Le palais du Conclave est surveillé par de nombreux gardiens que l’on oblige par serment à empêcher toute relation secrète. Dans le Conclave en plus des Electeurs Sacrés on trouve les personnes à leur service, mais tous prêtent serment de ne rien révéler aux étrangers de ce qu’ils ont vu ou entendu à l’égard de l'élection du Pape jusqu'à ce qu’elle soit terminée.

Avant d’en venir au vote on fait de ferventes prières pour invoquer l'assistance et les lumières du Saint-Esprit. Il est utile ici de remarquer qu’il y a trois modalités d'élection : soit par inspiration pour ainsi dire, ou par acclamation ou adoration, soit par compromis, soit enfin par scrutin. 

Il y a acclamation lorsque tous les Cardinaux sous l’impulsion du Saint-Esprit sont d'accord et acclament de vive voix le Souverain Pontife. Telle fut l'acclamation de St Fabien en 238. Alors que tous étaient en effet en prière pour préparer l'élection du nouveau Pape, on vit entrer dans la salle une colombe qui, volant en diverses directions, alla se poser sur la tête de Fabien qui fut acclamé Pape (V. Baronius op. cité). St Grégoire VII fut également élu par acclamation. Pendant que ce Pontife célébrait les obsèques de défunt Alexandre II dans la Basilique du Latran, tous s’exclamèrent d’une voix : St Pierre élit Hildebrand. Furent également élus par acclamation des Cardinaux en Conclave les Papes Paul IV, Pie IV, Sixte V. Le dernier fut Grégoire XV en 1621. Mais ce Pontife, considérant que cette manière d'être élu pouvait produire des empêchements y pourvut par deux Constitutions, et ainsi cessèrent ces sortes d’élections.

La seconde manière d'élire, celle par compromis, se produit lorsque les Cardinaux n’étant pas d'accord dans le choix à faire, et ne voulant pas prolonger le temps de l’élection, consentent d’un commun accord à la remettre à quelques-uns, en promettant en même temps de reconnaître pour Pontife celui qui sera élu par ceux qu’ils ont choisis. 

La troisième manière se fait par scrutin, qui est la plus ordinaire. Chaque Cardinal manifeste son vote au moyen d'une fiche, sur laquelle il écrit son nom et celui du Cardinal qu’il veut élire. La fiche scellée avec soin est portée par chacun d’eux dans un calice sur l'autel du Conclave. Trois Cardinaux sont chargés de faire le scrutin, c'est-à-dire l’examen des fiches, de façon à connaître sur quel Cardinal présent ou absent est tombé l'élection. Le vote se fait deux fois par jour, une le matin, l'autre le soir, jusqu'à ce que quelqu'un ait obtenu au moins les deux tiers des votes. Il peut se produire qu'un cardinal soit élu au premier vote ; mais il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de procéder à beaucoup de scrutins pendant de nombreux jours. Après chaque scrutin non suivi d’élection on brûle les fiches, et la fumée qui sort du Conclave par une cheminée annonce au peuple que le Pape n'est pas encore élu. C’est la sfumata. Il arrive généralement que le Cardinal, qui dans le premier scrutin remporte la majeure partie des votes, mais en nombre insuffisants, soit victorieux au second ; c’est parfois le contraire. Pie IX eut très peu de votes au premier scrutin, une majorité au second et au troisième, et au quatrième presque tous. Dans ce cas le Pape est élu. S'il accepte, on fait un signe du Conclave au Château St Ange, qui est la forteresse de Rome, pour que le commandant en avertisse la Ville par des coups de canon. C’est la coutume en temps normal. Entre temps on questionne le nouvel Élu sur le nom qu’il veut prendre et il se revêt des ornements Pontificaux.

Alors les Cardinaux saluent le nouveau Pontife en lui baisant le pied et la main, et reçoivent de lui une double accolade. On fixe ensuite le jour de la consécration et du couronnement, et le monde Catholique se réjouit d’avoir obtenu un nouveau Père, l'Église un nouveau Chef visible, le Vicaire de Jésus Christ.

Ch. V. Trirègne – Tiare – Mitre – Pallium – Anneau Pastoral.

1. Le Trirègne. C’est un ornement de la tête, rond, fermé par-dessus, entouré de trois couronnes. C’est le magnifique et splendide emblème d'honneur, de majesté et de juridiction du Souverain Pontife. Son origine remonte aux temps de Constantin, qui la donna à St Silvestre en signe d'honneur. Il est fait en forme du Pilum des Romains, ou barète, qu’employaient seuls les hommes libres et qui était interdit aux esclaves. Il semble que Constantin l'ait donné à St Silvestre précisément pour indiquer que l'Église cessait d'être esclave et tyrannisée par les persécuteurs en commençant à être libre dans ses exercices spirituels.

Cet ornement ne comportait à l’origine qu’une seule couronne, et était appelé Règne. Il fut appelé ensuite Trirègne lorsque furent ajoutées les deux autres couronnes. La seconde fut ajoutée par Boniface VIII ; la troisième par Benoît XII. Quoiqu’une seule puisse exprimer le pouvoir du Pape, toutefois les trois couronnes expriment mieux les trois pouvoirs qu’il possède au Ciel, sur terre et au Purgatoire, coelestium, terrestrium, et infernorum. Les trois couronnes peuvent encore signifier que le Pape est Prêtre, Prince temporel et Législateur universel. Le Trirègne est surmonté d'un globe sur lequel s’élève une croix. Le globe et la croix posés sur le trirègne indiquent le monde assujetti à Jésus-Christ en vertu de la Croix, et est portée par le Pape, parce que toute la terre est confiée à ses soins.

2. La Tiare. – C’est ce qui était appelé autrefois Trirègne avant qu’il y ait les trois couronnes. On emploi aujourd’hui le mot Tiare pour indiquer le Trirègne.

3. La Mitre. – La Mitre est un ornement ecclésiastique que le Pape, les Cardinaux et les Évêques portent sur la tête. C’est un couvre-chef rond, divisé en deux pointes au sommet, avec deux bandes tombant sur les épaules. Il s'emploie pour les fonctions sacrées. La Mitre était déjà employée par le Grand-Prêtre des Hébreux dans l'ancienne loi. Dans l’Eglise elle est de tradition Apostolique. Les Apôtres en signe de l'autorité qu’ils avaient dans l'Église la portaient à l’imitation du Grand-Prêtre des Hébreux, comme la lame d'or[1], ainsi que le montrent St Jacques premier Évêque de Jérusalem, et St Jean Evêque d'Ephèse.

La Mitre a beaucoup de significations. Les deux pointes qui la terminent indiquent l'honneur et la science des deux Testaments, qui doivent briller sur le chef des bergers sacrés, mais elles indiquent aussi les deux testaments mêmes, comme l’explique St Thomas. Elles peuvent également signifier l’une l'amour envers Dieu, l'autre l'amour envers les hommes, qui doivent animés le cœur des Prélats. Sa hauteur signifie que celui qui la porte, doit surpasser tous ses sujets en science et en sainteté de vie. Les deux bandes tombant sur les épaules indiquent la charge qu'il doit porter avec patience dans la prédication de l'Évangile. La Mitre du Pape, quoiqu’elle se prenne parfois pour signifier la Couronne ou Tiare, se distingue toutefois de celle-ci dans la forme et dans l'emploie. Le Pape emploie la Mitre seule dans les fonctions sacrées de l'Eglise ; la Tiare est employée dans les autres occasions solennelles. Le Pape Innocent III établit la distinction de la Tiare ou Trirègne ainsi : Le Pontife Romain emploie le Tiare en tant que Roi ; en tant que Pontifie il emploie la Mitre. Et encore : En me constituant Vicaire de Celui qui est appelé le Roi des rois, et le Dominateur des dominateurs, l'Église m’a donné la Tiare en signe du temporel et la Mitre en signe du spirituel, la Mitre en tant que prêtre, la tiare en tant que Roi.

4. Le Pallium. – C’est un ornement ecclésiastique qui consiste dans une espèce d'étole ou bande tissée de laine blanche d’agneau. Placé sur les épaules du Pontife elle entoure la poitrine et le dos, en pendants sur les deux. Dans la loi de l’Eglise, c’est le signe de l’autorité et de la juridiction. Dans l'ancienne loi il était figuré dans l’huméral que portait le Grand-Prêtre.

Le Pallium fait de laine évoque dans l'esprit l'idée du divin Agneau et du Bon Pasteur qui est Jésus-Christ. Il rappelle à celui qui le porte qu’il doit ressembler au modèle des Pasteurs, qui est Jésus-Christ, se sacrifier pour les âmes comme Lui, aller à la recherche des brebis comme Lui, et les prenant pour ainsi dire sur les épaules, les reconduire à la bergerie.

Le Pallium est réservé au Pape, qui est le Pasteur des pasteurs et auquel est confié le soin universel de tout le troupeau de Jésus Christ. Il le concède cependant aux Patriarches, aux Primats et aux Archevêques résidentiels, qui, selon l'actuelle discipline, ne peuvent pas exercer leur ministère si le Pape ne le leur accorde pas. Lorsqu’ils meurent, ils sont enterrés avec le Pallium, lequel donc ne se transmet pas au successeur, qui doit en recevoir un nouveau de Rome.

L’emploie du Pallium est ancien. Selon certains il fut établi par St Lin, successeur immédiat de St Pierre, mais il est admis de tous qu'il s'employait déjà au temps de St Marc Pape en l'an 336. Il est de fait que ce Souverain Pontife en concéda l’emploie à l'Évêque d'Ostie.
Voilà ce qui se pratique toujours dans la formation et collation du Pallium. Le jour de sainte Agnès (21 janvier) deux agneaux sont bénits. Ils sont confiés à un monastère pour être élevée. Après quelque temps ils sont tondus, et la laine est envoyée au Pape, qui la bénit le jour de Pâques. Celle-ci est ensuite filée, puis tissée, et finalement ont fait avec elle les Pallium dans la forme décrite ci-dessus. Les Pallium ainsi formés sont ensuite déposés sur la tombe de St Pierre pour indiquer que c’est du Prince des Apôtres que chaque Pasteur reçoit l’autorité juridictionnelle dans l'Église. Repris de la tombe de l'Apôtre les Pallium sont enfin bénits par le Pape la veille de la fête de St Pierre et St Paul, et envoyés selon le besoin aux nouveaux Archevêques, qui, devant en être revêtus, en font la demande.

5. L’Anneau. - L'emploie de l'Anneau en signe de dignité est ancien. On lit que le roi Pharaon donna à Joseph son anneau lorsqu'il l'éleva à la dignité de vice-roi d'Egypte. Présentement l'Anneau est parement distinctif du Pape, des Cardinaux et des Évêques. On l’utilisait dès les premiers temps de l'Église, et on lit que St Etienne pape en 253 l'employait. Dans les mains des Pasteurs Sacrés l’Anneau indique le lien spirituel qu'ils ont contracté entre Église qu'ils gouvernent, et pour lequel ils doivent être préparés à donner leur vie au besoin. Sa forme ronde, dans laquelle on ne voit ni début ni fin, signifie l’éternité qu'ils doivent avoir toujours en mémoire. Le Pape, en plus de l'Anneau Pontifical, emploie l'anneau dit Pescatorio, ou du Pêcheur. Cet anneau est ainsi appelé parce qu’il est porté sur les images sculptées de St Pierre en train de pêcher. Les Papes l'emploient afin de maintenir l'idée que c’est à un pêcheur que Jésus-Christ donna la suprématie sur toute l’Église, et qu’ils sont ses légitimes successeurs.

6. Le Pastoral. – Le Pastoral est un bâton d'or ou d'argent recourbé dans le sommet, qui est porté comme signe de leur autorité par les Évêques dans les fonctions sacrées, pour donner la bénédiction solennelle par exemple. L’emploie du Pastoral est ancien et on sait que Saint Pierre le donna parmi les autres à Saint Ermagora lorsqu’il le consacra évêque d'Aquilée.

Le Pastoral est porté dans la main gauche, qui est plus voisine au cœur, pour indiquer que le gouvernement de l'Évêque doit être un gouvernement d'amour pour les fidèles confiés à ses soins. La courbure indique que l'Évêque doit guider vers la bergerie ceux qui errent ; la longueur signifie la vigilance, la longanimité, qu’il doit employer dans la garde des fidèles ; la pointe effilée, avec laquelle il se termine, exprime que l'Évêque doit réveiller et pousser à aux bien paresseux et les indolents. Ces significations sont très bien exprimées dans le vers qui se trouvent écrit dans la Pastorale de St Saturnin, disciple des Apôtres, évêque de Toulouse :

Curva trahit quos virgo regit, pars ultima pungit.

Le Pape n'utilise cependant pas le Pastoral pour la raison suivante. Il est rapporté par la tradition que St Pierre, en ayant consacré St Enchère évêque de Trèves, lui remit son Pastoral. En étant resté dépourvu n’en n'ayant pas repris un autre, ses successeurs s’abstinrent toujours de l’employer en souvenir de ce fait.

Ils l'emploieraient néanmoins au cas où, pour quelque circonstance, se trouvant à Trèves ils devraient officier.

[1] La lame d'or était commandée par la Loi. Elle portait ces mots : La Sainteté du Seigneur.

Ch. VI. Chaire de St Pierre – Sedia Gestatoria – Porteurs – Flabelli – Loggia de la bénédiction – Bénédiction Pontificale.

7. La Chaire de St Pierre. – St Pierre, après avoir gouverné l'Église de Jérusalem et d'Antioche, partit sous l’inspiration divine pour Rome, capitale du monde, et en l'an quarante-deux de l’aire vulgaire, le dix-huit janvier, il en fit sa demeure. Un des premiers romains qu'il convertit à Jésus-Christ fut un sénateur du nom Pudens.

Celui-ci, en remerciement reçu chez lui St Pierre qui jeta là les fondations de l'Église Romaine. Comme le faisait déjà la nation Juive, et toutes les églises primitives, il exposait la doctrine divine assis sur un Siège, ou Chaire, qui lui fut offert par son hôte qui était riche. Cette Chaire se conserve toujours et se vénère dans la Basilique Vaticane. Elle est très précieuse, et montre qu’elle dut être une de ces chaises curules qu’employaient les premiers magistrats de la Rome Impériale.

Pour qu'elle fût mieux conservée, Alexandre VII la fit enfermer dans une magnifique chaire de métal doré, soutenu de quatre statues colossales également métalliques. Les statues représentent St Jean Chrysostome et St Athanase, docteurs de l'Église grecque ; St Ambroise et St Augustin docteurs de l'Église latine.

De ce que St Pierre a exercé le ministère apostolique sur la Chaire de Rome vient qu’on entend souvent le terme de Chaire ou Siège Romain comme la puissance ou la juridiction de ses successeurs. C’est en ce sens que St Cyprien appelait la Chaire Romaine la première Église du monde, à laquelle toutes les autres doivent être assujettie et obéir.

Pour honorer la précieuse relique de la Chaire matérielle de St Pierre, et le jour mémorable, où cet Apôtre jeta les fondations de l'Église Romaine, on célèbre tous les ans une fête particulière au 18 janvier.

8. La Sedia gestatoria. – On appelle de ce nom une Chaire ou un trône sur lequel le Souverain Pontife est porté d'un lieu à l'autre lors des fêtes les plus solennelles. Cette chaise est grandiose, de belle et majestueuse forme, avec des bracciuoli et des spallini. Elle a quatre pieds fixes à une estrade de bois là où se posent les pieds. Dans les deux flancs il a quatre anneaux dorés, deux par côté, dans laquelle on fait passer les barres avec lesquelles elle est portée.

La Sedia gestatoria était déjà employée au temps des Empereurs Romains. Ceux qui tenaient les premières dignités, et les empereurs eux-mêmes, étaient portés en sedia gestatoria en signe d'honneur, comme on l’emploie encore dans quelques nations. Cela fut pratiqué dans les premiers siècles de l'Église par les Évêques qui occupent les premières dignités ecclésiastiques.

L'emploi de la sedia gestatoria fut ensuite réservé au Pape en signe du grand honneur que l'on doit pour la première dignité du monde. D’autres raisons rendent avantageuse la pratique de la sedia gestatoria pour le Souverain Pontife. La première est, qu’étant porté en haut il vienne ainsi nous signifier la suprématie sur tous les fidèles du Vicaire de Jésus-Christ, et pour qu'il puisse être plus libre pour bénir le peuple religieux qui accourt le voir, spécialement dans les jours de solennité. Il est également porté en sedia gestatoria lors des fonctions sacrées lorsqu’il est vêtu des ornements sacrés, avec lesquels à cause de leur poids, il ne pourrait pas marcher sans grande fatigue à travers la grande foule pressée, qui ne pourrait d’ailleurs presque pas le voir lorsqu’il passe en bénissant. Ainsi, tous peuvent le contempler, et rassasier leurs regards de son auguste et vénérable personne. Il faut ajouter à cela les fatigues des longues cérémonies, l’avancée en âge, qui pour l’ordinaire est le sort des Papes, qui sont encore d’autres raisons qui justifient l’emploie de la sedia gestatoria. La Chaire de St Pierre qui a aussi des anneaux aux deux côtés, montre qu’elle était une sedia gestatoria. Quoiqu’il ne soit pas certain que St Pierre ait été porté à son époque, il est pour autant incontestable que l'emploie de la sedia gestatoria se trouve au quatrième siècle sous le Pape St Damase en 376.

9. Les Sediari. – Les Sediari sont ceux qui portent le Pape dans la sedia gestatoria. Ils sont plus ou moins selon le parcours que l'on doit faire.

10. Les Flabelli. - Les Flabelli sont une espèce d'éventail, formés généralement de plumes de paon, fixes à une hampe.

L'usage des Flabelli dans l'Église remonte aux temps Apostoliques. Leur origine remonte à l'Apôtre St Jacques le Mineur. Il en est fait mention en effet dans les Constitutions Apostoliques attribuées au Pape St Clément. Ils s'employaient dans les fonctions plus solennelles, comme dans le couronnement du nouveau Pape. Ils étaient utilisés pour faire de l'air au Pape dans les grandes chaleurs, et pour éloigner de l'autel les insectes. À cet effet deux diacres ou deux clercs, tenaient de chaque côté de l’autel ces instruments en main, et ils les agitaient légèrement. Cet usage était plus que nécessaire dans les premiers temps de l'Église, lorsque le peuple faisait encore la Communion sous les espèces du vin. En effet, on consacrait pour cela sur l'autel une grande quantité de vin dont l'odeur attirait beaucoup d'insectes qui devaient être éloignés par décence. A présent les Flabelli ne s'emploient plus à l'autel, pas même à celui du Pape. On ne les plus que lorsque le Pape est porté en sedia gestatoria tenus par deux secrétaires de chaque côté.

Au-delà de l’ancien usage, l'emploie des Falbelli ont une signification. Les plumes de paons dont ils sont formés, indiquent combien d’yeux sont nécessaires au Pape pour ne pas perdre de vue le bien de tout le monde, et combien il doit être circonspect dans ses actions, en se voyant entouré des yeux de tout le peuple qui l’observe attentivement.

11. La Loggia de la BénédictionBénédiction Pontificale. – La Loggia de la Bénédiction est un édifice ouvert et soutenu de colonnes hors de la Basilique de St Pierre au Vatican et des principales basiliques. Le Pape qui y est porté en Sedia gestatoria a coutume d’y donner la bénédiction solennelle avec Indulgence Plénière au peuple accouru sur la place au-dessous.

Le Pape donne la bénédiction de la Loggia lors de quatre fêtes : Le Jeudi Saint, Pâques, l’Ascension, et l’Assomption. Le Jeudi Saint et le Dimanche de Pâques, la Bénédiction Pontificale est donnée par le Pape de la Loggia de St Pierre au Vatican ; à l'Ascension de la Loggia de St Jean de Latran ; à l’Assomption de celle de Ste Marie Majeure. Il est bon de se trouver dans ces solennelles occasions pour jouir d'un des plus doux spectacles. On peut connaître alors combien grande est la dignité du Pape et combien puissant est le sentiment religieux dans le cœur des Catholiques. Imaginez-vous deux cents mille personnes dans le plus profond silence prosternés devant un vénérable vieillard : c'est un spectacle digne d'être contemplé. Oh ! Sainte Religion Catholique, combien tu es grande, combien tu es aimable !

Ch. VII. Mort inattendue de Pie IX – Ses neufs jours de deuil – Son exposition au Vatican – Inhumation.

Pie IX, miracle du dix-neuvième siècle, touchait à la 32ème année de son pontificat, et à la 86ème de son âge [1792-1878]. Après avoir été sérieusement malade durant deux mois, il s’était heureusement rétabli, et il commençait déjà à se déplacer dans les salles du Vatican, et reprenant ses audiences ordinaires ; le monde Catholique se réjouissait de voir son bien-aimé père échappé au danger et laissant présumer encore une vie de plusieurs années. Ce n'était pas les desseins du ciel.

Le matin du 7 février une vague rumeur se répand à travers Rome : Pie IX est tombé gravement malade. Personne ne voulant y croire, mais tous le craignant, on allait à la recherche de nouvelles. Mais cette triste annonce, à laquelle personne ne voulait croire mais que tous craignaient, était une réalité. Pie IX était en péril de mort.

Le cardinal Vicaire commanda immédiatement que soit exposé le Très Saint Sacrement dans toutes les églises de Rome. De toutes parts on priait ; l’émoi était général ; les uns allaient au Vatican, d’autres en revenaient ; à chaque pas chacun questionnait l’autre. L'agitation qui avait envahi le cœur de tous confirmait la gravité de la situation.

De fait, le soir du 6 février le Saint Père avait manifesté quelques symptômes fiévreux ; il passa une nuit difficile. À quatre heures du matin, le 7, il appela Mgr Marinelli et voulut se confesser. Il reçut le St Viatique, à dix heures les Saintes huiles, à trois heures de l'après-midi il entrait en agonie. A cinq heures quarante Pie IX n'était plus. Sa belle âme abandonnait la terre pour voler au ciel. La grandeur de Pie IX fut alors manifestée. Dans la commotion générale plus personne ne parlait d’autre chose que du douloureux événement. Des larmes, des soupirs, la tristesse et même les évanouissements, les pleurs et les gémissements, se faisaient entendre dans tout Rome. Télégrammes, lettres et journaux, portèrent comme un éclair dans le monde entier la douloureuse nouvelle : Pie IX était mort.

Les experts vérifièrent la réalité du fait ; on procéda ensuite à l'embaumement et commença la neuvaine, les neuf jours d'obsèques et de prières en faveur de l'âme du Pontife défunt. A partir de l’an 607 le Pape Boniface III avait commandé que l’on ne s’occupe de l'élection d’un Pape que trois jours après la mort du précédent. Mais Grégoire X en 1274 avait décidé que les cardinaux devaient attendre leurs Collègues absents pendant dix jours après la mort du Pontife, en célébrant entre temps les neuf jours d'obsèques.

Le corps du vénéré Pie IX fut exposé dans une chapelle ardente pour permettre à la noblesse romaine et aux premiers dignitaires de l'Église de satisfaire aux exigences de leur amour filial envers leur père éteint.

Le 10 il fut transporté à St Pierre dans la chapelle du Très Saint Sacrement près de la grille, de manière à recevoir le baiser des fidèles qui affluaient innombrables dans la Basilique Vaticane, désireux de pouvoir contempler une dernière fois le corps de celui qui, durant presque un demi-siècle, avait dirigé la marche du monde. Ce n’est pas un cadavre que l’on voyait mais quelqu’un qui dort paisiblement. L'air de gravité, de majesté, l'habituel sourire angélique faisaient croire à chaque instant qu’il allait se mettre à bénir et à parler.

Pour empêcher les maux qu'on dut déplorer en des circonstances semblables, la troupe du gouvernement assura le service d’ordre. On entrait par une porte de la Basilique, on sortait par une autre. Il n’était concédé aux fidèles qu'un instant pour voir le corps vénéré, devant aussitôt céder la place à la foule de ceux qui s'avançaient.

Les personnes célèbres et les dignitaires avaient droit à certains égards. Ils pouvaient pieusement baiser les pieds du Saint Père et approcher des couronnes, des médailles et d’autres objets semblables. Dès le matin jusqu’à quatre heures de l'après-midi, une foule immense attendait, les fidèles pouvant à peine passer et regarder de loin.

Qui aurait porté ses regards depuis la porte majeure de la Basilique Vaticane sur l'immense place de St Pierre aurait répété les augustes mots d’autrefois : Ici on a ouvert les portes du ciel. Une immense multitude de fidèles, nobles et roturiers, prélats, simples prêtres, moines et religieuses, carabiniers, soldats, gradés et hommes du rang, fonctionnaires, par devoir ou par curiosité, tous faisaient cohue pour entrer dans la Basilique. Je crois ne pas exagérer en évaluant à presque cent mille les spectateurs, entrant en continue de quatre heures du matin à neuf heures de soir.

Durant quatre jours des pèlerins supportèrent les heurts, le froid, le vent, la pluie et la faim presque jusqu’à l’épuisement à seule fin de pouvoir entrer peu d'instants dans St Pierre, et contempler encore un instant la face angélique du grand Pie IX.

L’inhumation était fixée pour le 13 au soir. A cinq heures on ferma les portes de la Basilique. Accompagné de tout le Collège des Cardinaux, du Corps Diplomatique, de la Noblesse Romaine et des personnages les plus considérables, la vénérable dépouille fut transportée dans la crypte où les Papes défunts sont placés avant d’être enterrés. Les absoutes furent prononcées par Mgr Folicaldi, archevêque d'Ephèse, Chapelain de la Basilique Vaticane. Dans le cercueil furent déposées deux bourses contenant des monnaies et des médailles d'or, d'argent et de bronze, frappées durant le pontificat de Pie IX.

Trois cercueils renferment le corps du Pape. Le premier, en cyprès, est celui où repose le corps. Ce cercueil est mis dans un autre de plomb. Sur le couvercle de celui-ci, en relief, est dessiné une croix, un crâne avec deux os croisés, les armes et le nom de Pie IX, les dates de sa naissance, de son pontificat et de sa mort. Ce second cercueil est placé dans une troisième de bois dur. Les trois sont fermés avec les mêmes scellés. Jusqu'à ce que soit terminée sa tombe, le cercueil de Pie IX devra rester dans les grottes du Vatican caché derrière un simple mur en forme d'urne avec sur le trirègne l'inscription : PIUS IX PONTIIFEX MAXIMUS.

Ch. VIII. Préparation du Conclave – Entrée des Cardinaux.

Pendant les neuf jours de deuil du Pontife défunt, les Cardinaux tinrent plusieurs de Congrégations dans le palais du Vatican pour décider comment seraient observées les Constitutions Pontificales préparatoires au futur Conclave.

Grégoire X avait établi qu'à la mort du Pontife, les Cardinaux présents à Rome ne devaient pas attendre plus de dix jours avant d’entrer en Conclave, même si les Cardinaux se trouvant hors de Rome n’étaient pas arrivés.

Conformément à ces dispositions du St Siège, bien que le Conclave puisse se tenir dans n'importe quel pays, du moment qu’il est composé des Cardinaux, il fut décidé après beaucoup de graves délibérations qu'on le tiendrait à Rome dans le palais du Vatican.

Une commission composée des Cardinaux Pecci, Simeoni, Sacconi, Borromeo, Di Pietro, assistée des architectes Vespignani et Martinucci, fut chargée d’examiner quelle partie de ces grandioses édifices pouvait en très peu de temps être arrangés pour accueillir et recevoir ces nombreux personnages pour un temps indéterminé.

La Chapelle Sixtine fut choisie pour les réunions générales des Cardinaux, qui devaient s’y assembler pour les scrutins. Pour le reste du Conclave le choix porta sur les appartements qui entourent la cour St Damase dans les majestueux bâtiments que l’on voit lorsque l’on a monté le premier escalier du Vatican.

Le travail était important, urgent et minutieux. Il fallait préparer des logements pour quatre cents personnes en l'espace de huit jours. On mit la main à l'œuvre, et mille bras concoururent à exercer leurs talents d’artistes. On vit au Vatican un grand nombre de maçons et d’ouvriers travailler les briques, les pierres et la chaux pour fermer les portiques de cette cour, pendant que d'autres élevaient des cloisons pour diviser les salles et les transformer en petites cellules. Ici des menuisiers qui fermaient ou ouvraient des portes et des fenêtres, là des tapissiers qui portaient des tissus, des tentures, des décorations. Des domestiques, ouvriers et manœuvres de tous genres travaillaient incessamment et avec énergie jour et nuit.

Le Vatican semblait être devenu une vaste ville où les maîtres d'art de chaque nation s'étaient assemblés pour donner les conseils de leur science et de leur génie.

Celui qui dirigeait tous ces travaux était un homme déjà très connu par sa rare pitié et par sa singulière aptitude dans le maniement des grandes affaires. Cet homme était le Camerlingue de l’Eglise Romaine, le Cardinal Joachim Pecci. Tous étaient admiratifs devant l’habilité, la fermeté et la promptitude avec laquelle il dirigeait la multitude des opérations. Ce fut justement alors que certains commencèrent à dire que le zèle, la science et la pitié du Cardinal Pecci pouvaient former les qualités d'un grand Pontife.

Je n’exposerai ici qu’un seul évènement de tous ceux qui se déroulèrent pendant ces jours. Un prêtre étranger devant s’entretenir d’une affaire importante avec le cardinal Secrétaire d'État, sans savoir comment ni où l'approcher, déambulait dans les salles et les couloirs du Vatican devenus autant de petites cellules de séminariste. Voilà se dit-il au détour d’un escalier, le cardinal Camerlingue, l’Éminent Pecci. Le prêtre, dévisageant l’angélique préfet, s'approche de lui et lui demande avec une affection filiale :
            - Votre Éminence me permettra-t-elle de lui baiser la main ?
            - Qui êtes-vous pour demander cela avec une telle autorité ?
            - Je suis un pauvre prêtre, qui veut maintenant baiser la main de votre excellence et prie avec un ferme espoir pour que dans peu de jours il puisse vous baiser les Pieds.
            - Occupées à ce que je fais, je vous interdis de prier comme vous le dites.
            - Votre éminence ne peut pas m'interdire de demander à Dieu ce qui lui plaît.
            - Si vous priez en ce sens je vous menace de censures.
            - Votre éminence n'a pas pour l’instant l’autorité d'infliger des censures ; lorsqu’elle l’aura, je saurai la respecter.
            - Mais qui êtes-vous pour me parler ainsi de manière d’autorité ?
            - Je suis N…
            - Par charité, ne parlez pas de ceci. Il est temps de travailler non de plaisanter.

Durant cet échange on s’était avancé dans les appartements pour diriger les préparatifs et prendre des dispositions. Les travaux du Conclave progressaient en effet et l’ont pu établir la liste des différentes personnes qui devaient exercer les offices au Conclave.

Voici ceux qui furent choisit : Secrétaire, Mgr Lasagni ; Gouverneur, Mgr Hérisson-Paracciani ; Maréchal, D. Mario Chigi Prince de Campagnano, qui choisit pour ses Capitaines Messieurs Mannes, Tosi, Alessandri et Leonardi. Le Sacristain et confesseur, était Mgr Marinelli, évêque de Porfirio, avec comme assistant le Père Pifferi. Le Préfet des Cérémonies, Mgr Martinucci. Cérémoniaires, Mgrs Balestra, Romagnoli, Cataldi, Tortoli, Accoramboni. Auditeur, Mgr Lorenzo Passerini ; Substitut du Sacré Collège, Mgr. Cordelli. Assistant du Secrétaire du Sacré Collège, Mgr Marini Nicola. Commissaire, M. Dedominicis Tosti. Substitut du Conclave, M. Gaspar Scifoni. Médecins, Dr Antonini et Petacci. Chirurgien, Pr Ceccarelli. Architecte, le conte Vespignani, avec comme associé M. Vincenzo Martinucci. Le Proviseur, M. Sterbini ; le Dispensateur M. Saraceni ; Pharmacien, le Frère Mayer.

Tout étant prêt, presque tous les Éminents Cardinaux étant à Rome, et rien n’empêchant l’observance des Constitutions Pontificales, le Sacré Collège entra en Conclave le 18 février. Observant toutes les formalités, le matin de ce jour qui était le premier du mois consacré St à Joseph, Patron de l'Église Universelle, les Éminentissimes Cardinaux se réunirent à 10h30 dans la Chapelle Pauline. Ils assistèrent à la Messe du Saint-Esprit, qui fut chanté par le cardinal Schwarzenberg, Archevêque de Prague. C’était la première fois depuis 1870 que les Romains pouvaient assister à nouveau aux fonctions sacrées dans cette Chapelle Pontificale. En deux tribunes distinctes, assistaient à la cérémonie solennelle le Corps diplomatique accrédité près du Saint-Siège ainsi que beaucoup de membres de la Noblesse romaine. Personne d’autre ne fut admis dans cette Chapelle. Les chanteurs pontificaux exécutèrent la Messe de Palestrina.

Après la Messe, Mgr. Mercurelli, secrétaire des Brefs aux Princes, récitait un docte et très grave discours en latin sur l’élection Pontificale. Nous croyons bien faire en insérant ce discours traduit en italien à la fin de cet opuscule.

Les Cardinaux retournèrent ensuite chez eux pour revenir à quatre heures de l'après-midi.

À l'heure convenue les Cardinaux de la Sainte Eglise au nombre de 61, se réunissaient dans la Chapelle Pauline pour réciter les prières préparatoires au Conclave. Ils se rendirent ensuite en procession dans la Chapelle Sixtine en chantant les Veni Creator. Après une brève exhortation du Cardinal Sottodecano, on fit lecture des Constitutions Pontificales sur le Conclave et l'élection du Pape que les Cardinaux prêtèrent serment d’observer.

Prêtèrent également serment le Gouverneur du Conclave, le Maréchal et tous les autres personnages auxquels revenaient le soin et la garde de l’Auguste Assemblée.

Après cela les Cardinaux, escorté chacun d’un Garde Noble, entrèrent dans les chambres qui leur était assignées dans la clôture du Conclave, dont toutes les issues furent diligemment fermées et gardées dans les formes voulues par les Constitutions Pontificales, de sorte que rien ne puisse violer la réclusion absolue et toute communication extérieure.

Compte tenu de la pauvreté de la disposition des appartements dans lesquelles le Sacré Collège dut se réunir en Conclave, il n’y eut pas l'habituelle réception du Corps Diplomatique visitant un par un, dans leur chambre, les Éminents Électeurs.

Les cardinaux Chefs d'Ordre, qui sont pour l’Ordre des Évêques, le cardinal Di Pietro suppléant du cardinal Amat, malade, pour l'Ordre des Prêtres, le cardinal Schwarzenberg, et pour l'Ordre des Diacres, le cardinal Caterini, procédèrent à la visite interne du lieu du Conclave ; Monseigneur Ricci-Paracciani, Gouverneur, en fit la visite extérieure pour vérifier que tout était dans chaque partie conforme aux prescriptions des Constitutions Pontificales.

Finalement le Prince Chigi, accompagné du Gouverneur, des Patriarches, des Archevêques, Évêques et Clercs de Chambre et de bien d'autres qui avaient la garde du Conclave, accomplit la fermeture de la porte, qui ne devait s'ouvrir que pour l'introduction de quelque cardinal en retard.

Ch. IX. Célébration du Conclave. Election de Léon XIII.

La Chapelle Sixtine était destinée, comme on l’a dit, aux réunions générales des Cardinaux pour les scrutins. Autour des murs de la monumentale chapelle, mais séparés entre eux à bref intervalle, étaient placés les bureaux de vote des Éminents Électeurs, chacun avec son baldaquin respectif, couverts de panneaux violets. Seuls les Cardinaux créés par Grégoire XVI, qui sont, les cardinaux Amat (d’heureuse mémoire), Schwarzenberg, Carafa et Asquini, avaient un trône couvert de panneaux verts. Devant chaque bureau de vote était une petite table avec ce qu’il fallait pour inscrire sur un pupitre avec les formulaires et des fiches ; sur la partie antérieure de la table était pendues les armes du Porporato.

Les Éminentissimes Cardinaux en Conclave se rassemblent le matin vers environ 10 heures, assistent à la Messe du Saint-Esprit, puis procèdent au scrutin avec les formalités habituelles.

A 4 heures de l'après-midi on chante le Veni Creator, après quoi on procède au scrutin comme le matin. Et ainsi chaque jour jusqu'à ce que les deux tiers des votes tombent sur un seul, qui est aussitôt proclamé Souverain Pontife. Alors tous les baldaquins sont abaissés, sauf celui de l'élu.

L'assistance et l'œuvre très efficace du Saint-Esprit se manifesta mille fois de manière sensible et splendide dans les élections des Pontifes. Mais dans celle du successeur de Pie IX, l'intervention de la Divine Providence se manifesta de manière miraculeuse et de manière à confondre tous les calculs des prévisions humaines.

Tout d'abord il fut extraordinaire que presque tout le Sacré Collège, composé de 64 Cardinaux vivants, ait pu se trouver réuni, seuls manquant deux d’entre eux empêchés par de graves infirmités, et un troisième[1] parce que la distance ne lui permit pas d’arriver à Rome à temps. Ce fut sans doute le Conclave plus nombreux qui se soit tenu dans les élections des Romains Pontifes.

Trompant toutes les attentes, en trois scrutins qui se déroulèrent en à peine plus de 36 heures, qui furent réalisés avec toutes les formalités et toute la circonspection de rigueur, le nouveau Pontife fut élu, comblant les vœux des Romains et de tout le monde Catholique.

En effet le Sacré Collège se renferma en Conclave le soir du lundi 18 Février : l’Extra omnes fut proclamé à 18 heures ½. Le 19, le premier scrutin ne donna pas de nombreux votes à l’élu, mais le soir ils arrivèrent inopinément jusqu'à trente-cinq. Le Mercredi 20, jour dédié à St Léon évêque, peu après midi fut vérifié le troisième scrutin, qui, avec 44 votes très libres, désignait l’Eminentissime Cardinal Joachim Pecci pour occuper le Siège Suprême du Prince des Apôtres. Ce fut un instant solennel. L’émotion s'empara du cœur de toute l'assistance.

Mgr Martinucci, et les autres Cérémoniaires abaissèrent en hâte les baldaquins surplombant les trônes de tous les Cardinaux, sauf de celui occupé par le Cardinal Pecci marqué du nombre neuf et placé du côté de l’Evangile. Les trois cardinaux Chefs d'Ordre se présentèrent à l'Élu, auquel le Cardinal Decano posa la question suivante : Acceptas ne electionem Summum Pontificem ? Acceptes-tu l’élection de Souverain Pontife ?

A cet instant le courageux Porporato, celui qui s’était montré impavide au milieu des brigands et devant de très graves dangers de l’existence, pâlit et se mit à trembler devant le : Acceptes-tu le Pontificat Suprême ? Mais reconnaissant dans le suffrage de ses collègues la volonté du ciel, il se soumit à la soudaine dignité.

Le Cardinal Doyen demanda encore : Quomodo vis vocari ? Comment veux-tu être appelé ? Et le Saint Père répondit vouloir s'appeler Léon XIII, en mémoire de Léon XII pour lequel il avait toujours éprouvé une très haute vénération.

Alors les Cardinaux se rassemblèrent et rédigèrent l’acte publique par lequel ils déclaraient solennellement l'élection du nouveau Pontife, son acceptation, et informaient le monde que la Divine Providence avait concédé à l'Église son Chef Suprême.

L'acte d'acceptation rédigé, le nouveau Pontife se rendit dans la Sacristie, et fut revêtu des vêtements Pontificaux : la robe et des bas blancs, des chaussures rouges avec la croix, la mozette, l’étole et le rochet blanc. Le S. Père entra alors dans la Chapelle Sixtine donnant en passant aux Éminents Cardinaux la bénédiction Apostolique, il monta sur la sedia gestatoria, placée sur l'estrade de l'autel, et reçut la première Adoration de tous les Cardinaux individuellement, qui lui baisèrent la main et en reçurent l’accolade.

Cette adoration est l'acte de respect que les Cardinaux prêtent au Souverain Pontife. Le cardinal fait une profonde révérence, puis baise la main ou le pied du Pape en signe de soumission et de reconnaissance de sa dignité Suprême. Il se produisit à cet instant un incident rare. Le cardinal Pecci en étant élu Pape, laissait l'Église Romaine sans Camerlingue. Aussi Sa Sainteté déclara le cardinal Schwarzenberg Pro-Camerlingue, et ce fut donc lui qui posa au doigt du Pontife l'anneau du Pêcheur. Après cela, tous les autres conclavistes furent admis au baiser du pied.

Sa Sainteté réitéra sa bénédiction au Sacré Collège, puis sortit de la Chapelle pour se rendre dans sa cellule.

Pendant que ces évènements se déroulaient à l'intérieur du palais du Vatican, à 4 heure de l'après-midi la loggia du grand portique de la Basilique Vatican s’ouvrit, le porteur de la croix d'argent se montra avec l’Eminentissime cardinal Caterini, premier de l'Ordre des Diacres. Ce zélé cardinal, quoique accablé par l'âge et les infirmités, ne voulut pas se priver de la consolation d'exercer son droit d’annoncer au monde l'heureux événement.

Accompagné du Maître des Cérémonies Sacrées, et placé au milieu de la grande Loggia, vers laquelle la foule accourue rapidement, l’Éminent Caterini proclama : « Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus Papam Eminentissimum et Reverendissimum Dominum Joachim Pecci, qui sibi nomen imposuit Leonis XIII. » « Je vous annonce une grande joie. Nous avons un Pape, l’Eminentissime et Révérendissime Joachim Pecci, qui prend le nom de Léon XIII. »

Dès que furent prononcés ces mots un immense crie d'adhésion et de jubilation salua l'heureuse annonce et le nouveau Pontife. En même temps toutes les cloches de St Pierre sonnèrent joyeusement.

En un instant la nouvelle se répandit dans tout Rome. Les rues et les places furent immédiatement couvertes de peuple et de carrosses, et en une heure la Basilique de St Pierre fut envahie d’une multitude immense.

Au son joyeux des cloches de St Pierre, le Gouverneur et le Prince Maresciallo, ainsi que des Prélats et les autres personnages commis à la garde de la Rote, perçurent du mouvement à la porte principale du Conclave confirmé bientôt par des acclamations. Ayant frappé à cette porte, ils en reçurent de l'intérieur l'invitation de se rendre à la Rote de Sacré Collège. Là, Mgr Lasagni annonçait officiellement l’élection du Souverain Pontife en la personne de l’Eminentissime cardinal Joachim Pecci, qui ayant acceptée sa très haute dignité, prenait le nom de Léon XIII. Il ajoutait également que Sa Sainteté, pour des raisons de convenance, avait commandé que la clôture serait maintenue jusqu'à 4 heures de l'après-midi ; à cette heure, les formalités étant remplies, la porte principale du Conclave fut ouverte pour donner accès à Mgr le Gouverneur et au Prince Maresciallo, suivis de tous les Prélats qui avaient en garde les accès du Conclave.


[1] Le Cardinal Jean MacCloskey, Archevêque de New York en Amérique du nord.

Ch. X. Bénédiction solennelle du nouveau Pontife.

La majestueuse Basilique Vatican et l’immense place St Pierre ne tardèrent pas à être remplies de gens de toute condition. Tous attendaient avec une sainte impatience que sonnent les 4 ½ heures, selon le bruit qui avait couru que le Saint Père se montrerait pour donner pour la première fois sa Bénédiction Apostolique. Les uns espéraient la recevoir sur la place de la grande Loggia, les autres dans l'intérieur de la Basilique. Ces derniers furent les plus perspicaces.

Peu après 4 heures les grandes portes du milieu s’ouvrirent en grand vers l'intérieur de la Basilique. Toute l'assistance tomba à genoux. Le Saint Père Léon XIII apparut en aube blanche, mozette et étole rouge, entouré du Sacré Collège, et donna au peuple avec une incomparable majesté la triple Bénédiction Apostolique. L'enthousiasme des milliers de bons Romains et étrangers qui reçurent cette grâce insigne fut indescriptible ; la foule fut incapable de contenir sa joie et partit en bruyant applaudissements, acclamant le nouveau Pontife par ce cri : Vive Léon XIII ! Le Cardinal Caterini s'avançant alors vers la balustrade annonça l'Indulgence Plénière :

« Sa Sainteté, notre Seigneur Léon XIII, Pape par la Divine Providence, donne et concède à tous les fidèles ici présents l'Indulgence Plénière dans la forme habituelle de notre Sainte Mère l’Eglise. Priez donc le Seigneur Dieu d’accorder sa félicité à sa Sainteté et à notre Sainte Mère l’Eglise. »

Le Pape se retira dans son appartement, et l'immense peuple disparu lentement et doucement sans le moindre désordre. Mr De-Zerbi, député au Parlement, ému par cette scène catholique, s'exprime ainsi :

« La foi, dit-il plein d'enthousiasme, la foi à cet instant eut un rayon de lumière stupéfiant. Un cri de vingt-mille poitrines, peut-être trente-mille, acclama le nouveau Pontife ; crie prolongé, grand, enflammé, attendri, accompagné d’une agitation frénétique de mouchoirs et de chapeaux.

« Les évêques et les Cardinaux, qui étaient derrière le Pape, faisaient signe de se taire. Le Pape, le visage légèrement tourné vers la droite de l'Église, les bras levés et la tête tournée vers le ciel, paraissait dans un acte d'invocation puissamment poétique. Il resta ainsi jusqu'à ce que peuple se tut ; son élégante personne apparaissait plus haute que toutes les autres, sur la pourpre de la mozette il brillait l'or de l’étole, et, bien qu’en bas, on distinguait les très fins cheveux blancs de sa tête maigre et énergique. Tourné vers l'Autel Majeur, le Pape avec sa voix claire et vibrante chanta :
            - Adiutorium nostrum in nomine domini ! – Qui fecit coelum et terram - répondit un chœur immense dans une brève et grave musique que n’aurait pu surpasser, dans cette ambiance exaltante de foi, aucune création de l'art musical.
            - Sit nomen Domini benedictum ! reprit le Pape. Et, se penchant sur la balustrade, comme pour faire arriver sa main au plus loin qu’il pouvait, ajouta : - Benedicat vos Omnipotens Deus etc..

« Ce spectacle de foi est sublime. Il est merveilleux de voir se relever des peuples qui étaient à genou, brisant leurs jougs et leurs chaînes ; mais il est sublime de voir une foule immense se mettre à genoux devant une force qui n'a rien de matérielle ; à jamais sublime ! Je me tournai autour de moi. Quel spectacle immense d'humilité ! Des milliers et des milliers d'hommes à genoux, des milliers et des milliers d’yeux fixés sur un point, des milliers et des milliers de poitrines haletantes d’émotion, des milliers et des milliers de larmes qui scintillaient dans les cils, et, là-haut, celui qui bénit solennellement au nom de Dieu….

« J’étais parmi les quelques-uns qui étaient restés debout, mais me trouvant infime, l'atmosphère me vainquit, et je m'agenouillais…

« La main Papale s’abaissant, la bénédiction finie, la foule se releva debout dans un crie colossal de Vive le Pape ! Il salua de la main, tourna en arrière, puis disparu comme une ombre derrière les vitres. » (Dal Piccolo, journal de Naples).  

Ch. XI. L’intronisation solennelle de Léon XIII.

Lorsque le Pontife élu est seulement Prêtre, Diacre ou Sous-diacre, il reçoit alors régulièrement les Ordres Sacrés jusqu'à l'Épiscopat. Les cérémonies sont presque les mêmes que celles employées dans la Consécration des Évêques. Si le Cardinal élu est Évêque il n’y a pas de consécration, mais on passe directement au Couronnement.

C’est pour cette raison que le cardinal Pecci, qui était Archevêque, fut seulement couronné.

Le couronnement du Pape remonte au début du quatrième siècle. On croit communément que St Silvestre a été le premier à être couronné avec une tiare offerte par Constantin le Grand. On sait ensuite avec certitude que St Léon III fut couronné en 795 après sa consécration, qui eut lieu sur le parvis de la basilique Vaticane. Le Pape St Nicolas Ier fut consacré et couronné en 858 en la présence de l'Empereur Louis II dans la Basilique de St Jean de Latran.

On a coutume de faire la solennité du Couronnement un Dimanche dans l’une des Basiliques de Rome, et lorsque les temps le permettent à Saint-Pierre en Vatican ou à St Jean de Latran.

A plusieurs reprises on dut y procéder de manière totalement privée, comme dans le dernier couronnement, celui de Léon XIII, la partie essentielle de l'Élection Pontificale consistant d’ailleurs dans le vote des Cardinaux. Lorsque deux tiers de votes se portent sur un Cardinal, il est définitivement élu et peut immédiatement exercer la plénitude de son pouvoir. Les autres fonctions servent seulement à exprimer la Majesté et l'ampleur de son autorité, comme on le verra dans la cérémonie décrite ici.

Cette grande cérémonie devant se faire dans la Chapelle Sixtine, le nombre des personnes qui pouvaient y être admises était forcément limité. On ne distribua pas d’invitation et il fut décidé que seuls les Cardinaux et Prélats du service, le Corps Diplomatique et la Noblesse Romaine pourraient y assister. Si j’ai pu y être moi-même, je le dois à la grande bonté du cardinal Oreglia, qui, pour cette occasion, me réunit à sa Chapelle, de sorte que j'aie pu y assister et en noter toutes les particularités dignes d’intérêt.

Le 3 Mars, Dimanche de la Quinquagésime, à 8 heures ½ du matin, tous les Cardinaux se rassemblèrent dans la Galerie Paramenti. Là ils se vêtirent de leurs ornements sacrés avec pluviale et mitre blanche, symbole d'allégresse. Ils se rassemblèrent ensuite dans l'antichambre de la salle Ducale où ils attendirent le St Père. A 9 heures ½ Sa Sainteté descendait de ses appartements. La procession était précédée des gardes Suisses et de la Croix Papale. Suivaient, revêtus de leurs riches coutumes, les porteurs, les bussolantiet les mazzieri[1]  ; ensuite les officiers de la Garde Noble Pontificale et les deux Princes commandants ce Corps, avec le Prince Colonna, assistant le Soglio[2], en vêtement de gala, et du Marquis Sacchetti, Fourier majeur des Palais Apostoliques.

Ces personnages précédaient immédiatement le Souverain Pontife, revêtu de la mozette rouge, entouré de ses Gardes Nobles, et suivi de Mgr Ricci, Mgr Cataldi, au pro-Préfet des Camériers, de Mgr Samminiatelli, Aumonier, de Mgr Marinelli, et des autres Cérémoniaires qui tiennent lieu provisoirement de Camériers et de Chapelains secrets.

Sa Sainteté, descendit lentement du second étage des Loggias, entra dans la Salle des parements, où les deux premiers Cardinaux Diacres le revêtirent des ornements sacrés, et, lui placèrent la Mitre d'or. Il fit alors son entrée dans la salle Ducale, précédé des Pénitenciers de la Basilique Patriarcale du Vatican, des Archevêques et Évêques en pluviale et mitre de couleur blanche, parmi lequel étaient les Diacres et Sous-diacres Grecs se tenant de part et d’autre du Prélat faisant fonction de Sous-diacre pontifical ; enfin des Éminentissimes Cardinaux, les Diacres revêtus de la dalmatique, les Prêtres en chasuble, les Archevêques et les Évêques en pluviale blanc brodé d’or et coiffés de la mitre également blanche.

Après que la majestueuse procession soit entrée dans la salle Ducale transformée en Chapelle, Sa Sainteté, après une brève prière devant l'autel, s’assit sur le trône érigé du côté de l’Evangile.

Le St Père reçut ensuite la première obédience des Cardinaux, qui un à un gravissant les marches du trône baisèrent sa vénérable main droite couverte du pan du manteau, ce qui n’est pas permit aux Archevêques et Évêques qui ne sont admis qu’au baiser du pied.

Ayant donnée la Bénédiction Apostolique, le Saint Père entonna le chant de Tierce poursuivi solennellement par les chanteurs de la Chapelle. A la fin de Tierce, Sa Sainteté fut revêtue des ornements pontificaux remis par les Clercs de Chambre, puis le premier des Cardinaux Évêques lui passa au doigt l’anneau sacré.

L’Eminentissime cardinal Mertel, premier Diacre, assistant à la cérémonie Ferola en main, se leva, et après avoir chanté le Procedamus in pace, la procession se reforma et s’en alla dans l’ordre d’arrivé, s’y joignant, après la Croix, les Avocats Consistoriaux et, avant les Cardinaux, le Prince Ruspoli, Maître du Sacré Palais, ainsi que les Abbés mitrés.

Lorsque la procession commença à s’ébranler, Sa Sainteté assise sur la Sedia gestatoria, couverte d’un baldaquin blanc et entourée des flabelli, s'achemina processionnellement vers la Chapelle Pauline pour y vénérer le Très Saint Sacrement exposé, précédé, accompagné et suivi dans l’ordre que nous avons indiqué. Il est bon de rappeler que la Sedia gestatoria sur laquelle était porté le Souverain Pontife fut offerte par les Catholiques Napolitains au regretté et vénéré Pie IX.

Arrivé à l’entrée de la Chapelle, Sa Sainteté descendit à terre et entra tête nue à genoux devant l’Ostie Sacrée priant pour l’affermissement de la paix.

La Garde Palatine d'honneur s’était rangée sur les deux côtés à l'entrée de la salle précédant la Chapelle Pauline.

Son adoration terminée, Sa Sainteté sortit de la Chapelle et remonta sur la Sedia gestatoria ; mais avant de partir, un clerc de Chambre plaça sur une canne d’or un morceau d'étoupe et la donna à un Maître des Cérémonie, lequel, à genou au sol, et en tendant la canne à bout de bras, en brûla l'étoupe devant le Pontife, en prononçant d’un ton grave et solennel les mémorables paroles : Pater Sancte, sic transit gloria mundi ; Saint Père, ainsi passe la gloire du monde.

Le même acte fut répété à l'entrée de la Chapelle Sixtine, puis une troisième et dernière fois en entrant dans la Chapelle avant de franchir la grille devant laquelle s’était placé les Éminentissimes Cardinaux. Les accès de la Chapelle Sixtine étaient gardés par la Garde Suisse.

[1] Domestiques du Pape
[2] Prélat de la maison du Pape.

Ch. XII. Messe d’intronisation à la Chapelle Sixtine.

La Chapelle Sixtine offrait un coup d'œil imposant. Une foule de personnages s’y étaient déjà réuni occupant toutes les tribunes. On y voyait des souverains connus comme le Duc et la Duchesse de Parme avec leur suite. A gauche de l'entrée, se trouvait le Corps Diplomatique accrédité par chacune des Ambassades et Légations, une représentation de l’Ordre Souverain de Jérusalem et des Cavaliers de Calatrava, tous en grande uniforme et décorations. Du même côté dans autre tribune se tenait le Patriciat Romain ainsi que beaucoup de personnages considérables, aussi bien locaux qu’étrangers.

Les tribunes droites étaient occupées par les Dames du Corps diplomatique, de la haute aristocratie et de la noblesse en vêtement et voile noir.

L’Auguste Prince étant arrivée aux pieds de l'autel, descendit de la Sedia gestatoria, et, après une brève prière, commença la Messe. Après le Confiteor, le Saint Père revint à la Sedia gestatoria et les trois cardinaux Doyens, Di Pietro, Sacconi et Guidi, lui présentèrent la mitre récitant les prières prescrites par le Rituel Romain pour l’élection des Pontifes. L’Eminentissime Mertel, premier des Cardinaux Diacres, imposa alors au Souverain Pontife le pallium pontifical en prononçant les mots suivants mots :

Accipe pallium, scilicet plenitudinem Pontificalis officii, ad honorem Omnipotentis Dei, et gloriosissimae Virginis Mariae Matris eius, et BB. Apostolorum Petri et Pauli et Sanctae Romanae Ecclesiae. Reçois le Pallium, qui représente la plénitude de la puissance Pontificale, pour l’honneur du Dieu Tout-puissant, et de la très glorieuse Vierge Marie son Auguste Mère, des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul et de la Sainte Eglise Romaine.

Après cela, Sa Sainteté se rendit au trône et y reçut la seconde obédience des Cardinaux avec le baisement du pied et de la main et l’accolade ; puis celle des Archevêques et des Évêques avec baisement du genou, et des Pénitenciers avec le seul baisement du pied.

Le Souverain Pontife poursuivit ensuite la Messe, assisté de Mgr De la Bouillerie, archevêque de Perga [in partibus, coadjuteur du Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux], et de Mgr Lequette, évêque d'Arras, portant le premier le livre et le seconde le bougeoir, au chant des oraisons de la solennité du Couronnement. Toutes les autres prières et litanies prescrites par le rituel Pontifical propre à cette circonstance solennelle furent récitées.

Le Souverain Pontife, revêtu de ses ornements, excepté le manipule, s’assit à nouveau sur le trône, et les chantres firent harmonieusement retentir dans la monumentale Chapelle le motet Corona aurea super caput eius.

Le cardinal Sotto entonna ensuite le Pater Noster, et après avoir récité quelques versets, puis l’oraison : Omnipotens sempiterne Deus dignitas sacerdotii, auxquels les chantres répondent Amen.

Le Cardinal second Diacre, qui était à gauche du trône, enleva alors la mitre de la tête du Pontife, et le Cardinal premier Diacre, qui était à sa droite, lui imposa le Trirègne, en proférant à voix haute et émue les célèbres mots : Accipe Tiaram tribus coronis ornatam, et scias Te esse Patrem Principum et Regum, Rectorem Orbis, in terra Vicarium Salvatoris N. J. C. cui est honor et gloria in saecula saeculorum. Reçois la Tiare ornée de trois couronnes, et rappelle-toi que Tu es Père des Princes et des Rois, Régisseur du monde, Vicaire sur la terre de Notre Sauveur Jésus-Christ, auquel est rendu honneur et gloire dans les siècles des siècles.

Le Trirègne imposé à Sa Sainteté Léon XIII est celle qui avait été offerte au St Père Pie IX par la Garde Palatine.

Le couronnement et les paroles qui l’accompagnaient firent courir comme un frémissement d’émotion parmi l'assistance, et beaucoup en furent attendris jusqu'aux larmes. Le point plus beau et le plus solennel de cette grandiose cérémonie ne pouvait pas ne pas produire un effet très vif dans le cœur de tant de fils fidèles et affectionnés à notre très sainte religion.

Le couronnement étant accompli, et le Souverain Pontife ayant récité à haute voix les habituelles prières, Sa Sainteté donna à toute l'assistance la triple bénédiction, suivie de la publication des indulgences lues par le cardinal Diacre.

La sacrée et majestueuse fonction terminée, au milieu d’un religieux silence et avec la respectueuse admiration de toute l’assistance, le Pontife soulevé sur la Sedia gestatoria, portant la Tiare, accompagné toujours des Cardinaux et de tous les personnages mentionnés ci-dessus, passa en bénissant au milieu de la foule agenouillée, éveillant dans tous les cœurs une profonde dévotion et un immense respect.

Rentré dans la Salle des Parements, et après avoir déposées les vêtements Pontificaux, Le Saint Père resta entouré de tout le Sacré Collège ; le Cardinal Di Pietro, sous Doyen, prononça alors en sa présence l’adresse suivante (Cf. Adresse du Pape Léon XIII au Sacré Collège lors de la cérémonie de son Sacre Pontifical) 

Sa Sainteté accueillit en effet avec bienveillance les sentiments exprimés au nom du Sacré Collège, et répondit : (idem)

Sa Sainteté s'est ensuite levée et a regagné l’appartement Pontifical.

C’est ainsi que s’acheva la première des grandes solennités du Pontificat de Léon XIII, dont il faudra se souvenir en raison des conditions spéciales dans lesquelles elles furent réalisées. Elle a laissé une très profonde impression à ceux qui ont eu la chance d’y être présents. Rien ne pourra jamais égaler la majesté, la gravité et la grandeur d'un acte, qui n'a pas d’équivalent sur la terre.

La messe du Couronnement, à huit voix, chef-d'œuvre du Maître Fazzini, fut exécutée par les Chanteurs de la Chapelle avec une maîtrise au-delà de tout éloge, une précision et un effet irréprochable, donnant à cette circonstance solennelle une splendide attestation du grand renom que beaucoup d’admirateurs placent dans la Chapelle Pontificale. Le Benedictus qui venit, à cinq voies, était une religieuse et très heureuse inspiration du Maître Mustafà, directeur perpétuel des Concerts de la Chapelle Pontificale.

Le Motet Corona aurea super Caput eius, fut spécialement composé pour cette heureuse circonstance par le Choriste Principal de la Chapelle, Maître Pasquali de Carpinete, en signe de dévot hommage et de sincère allégresse envers le Pontife Léon XIII son auguste Concitoyen.

Ch. XIII. Prise de possession.

La Prise de Possession du Pape est une autre cérémonie solennelle dans laquelle le Pontife, après son élection et son couronnement, va prendre possession de la Basilique du Latran. Le Marangoni l’explique ainsi : Il n’est pas nécessaire qu'après la Suprême Ordination ou Bénédiction et le Couronnement solennel dans la Basilique du Vatican avec l’auguste participation des Cardinaux, du Sénat, il soit mené par des Ottimati à cheval à l'Église Latran pour en prendre Possession. En effet ce n'est pas la prise de Possession du Souverain Pontificat, mais seulement de l'Évêché de Rome, dont cette Basilique est Église Cathédrale. (De ritu inthronizationis Pont.)

Par conséquent la Prise de Possession des Papes ne leur confère pas l'autorité, puisqu’il est déjà l’Évêque des Évêques du monde ; mais il faut pour la magnificence du Souverain Pontife qu’avec une éclatante solennité il aille prendre Possession de cette Vénérable Eglise qui fut toujours considérée comme la Mère et la tête de toutes les églises, omnium Ecclesiarum caput et mater. La prise de Possession étant une formalité, elle n'est pas nécessaire à la complète validité de l’élection. Il se passe parfois plusieurs mois entre l'élection et la Possession, ce qui peut même se faire par procuration.

Ainsi Léon XIII n'a pas encore pris solennellement Possession en raison des présentes circonstances de temps, de personnes et d’événements.

Traits biographiques du Pape Léon XIII

Appendice :  
Les électeurs de Léon XIII

Le Conclave fut de tout temps une des plus imposantes assemblées du monde. C’est l’intermédiaire, l'organe du Saint-Esprit, dans l'élection du Chef visible de l'Église Catholique, du représentant de Dieu sur la terre. Mais le Conclave qui élut le Pape Léon XIII a quelque chose d’encore plus particulier : il fut le plus nombreux de tous ceux qui avait été célébrés jusqu'alors, et il fut composé d'hommes ainsi vertueux et pieux qu'aucun autre ne le fut jamais. Aussi, après avoir indiqué par quel moyen Dieu nous a donné ce grand Pontife, nous croyons être agréables à nos lecteurs en ajoutant quelque chose des Cardinaux électeurs. En guise d'avant-propos je commencerai par donner le trait caractéristique de chacun, puis je ferai suivre une brève biographie.

1) Le cardinal Amat est aimable, généreux, et indépendant de caractère. Il est réputé libéral en politique : mais il est rempli de charité. – 2) Science, prudence et pitié sont les qualités du Cardinal Di Pietro, raison pour laquelle il est aimé des bons, mais également estimé et respecté des mauvais. – 3) Le cardinal Sacconi se signala à Munich par son zèle contre l'illuminisme et la franc-maçonnerie. – 4) Le Cardinal Guidi a passé sa vie en enseignant la théologie dans les couvents de son Ordre, les Dominicains. Sa renommée comme professeur lui a valu une chaire à l'Université de Vienne. – 5) Le cardinal Bilio a consacré toute sa vie au travail et à l'étude. – 6) Le cardinal Morichini, Évêque de Lesi, se laissa jeter en prison par ceux qui ont asservi l’Italie pour ne pas trahir son devoir pastoral. 

Ce sont les six Cardinaux de l'Ordre des Évêques.

Viennent ensuite les Cardinaux de l'ordre des Prêtres. 1) Le cardinal Schwarzenberg est d’une famille très riche ; il lui est donc facile d’exercer la charité, mais il en augmente le mérite en cachant la main qui donne. – 2) Le cardinal Asquini se dit en proie aux scrupules, qui tourmentent souvent les âmes pures ; c’est l’un des membres les plus pieux du Sacré Collège. – 3) Le cardinal Caraffa est un vrai Évêque, pieux, charitable, sobre et indulgent. – 4) Le cardinal Donnet a construit plus de 300 églises dans son diocèse de Bordeaux. Lorsqu’un notable vient lui rendre visite, il l'accueille avec la même bienveillance qu’avec les pauvres. – 5) Le cardinal Pecci est un des membres plus considérables du Sacré Collège pour son caractère, son énergie, sa sagesse et toute espèce de vertu. – 6) Le cardinal Antonucci est un homme modeste qui aime faire son devoir dans l'obscurité ; il porte le pourpre comme une simple soutane.

7) Le cardinal Panebianco mange dans son bol de moine les mêmes plats qu’il mangeait autrefois ; il travaille à la lumière de la même lampe, se couche sur le même banc. – 8) Le cardinal De Luca est infatigable dans l'étude, profondément érudit dans toutes les questions religieuses, sociales et politiques. – 9) Le cardinal Pitra est aimable, charitable et très savant. – 10) Le cardinal de Bonnechose a un noble caractère ; magistrat à la Cour, il démissionna après la révolution de Juillet en France et alla faire ses études à Strasbourg. – 11) Le cardinal Cullen est un gentleman anglais, adouci par la bonne grâce irlandaise et la piété catholique. – 12) Le cardinal Hohenlohe, de mœurs très pures, a la piété et les vertus sacerdotales. – 13) Le cardinal Bonaparte prie beaucoup et fait beaucoup de grandes aumônes. 

14) Le cardinal Ferrieri nature choisie, calme, digne, vit très retiré et étudie du matin au soir. – 15) Le cardinal Berardi est un infatigable travailleur. 16) – Le cardinal Moreno possède une nature sévère tempérée par la douceur sacerdotale. – 17) Le cardinal Monaco Lavalletta, se lève à quatre heures du matin, hiver comme d'été, fait sa méditation, dit sa messe, et à six heures il est déjà au travail qui l’attend. Sa vie a quelque chose d'angélique. –18) Le cardinal Moraes Cardoso, le patriarche de Lisbonne, ne vint à Rome qu’une seule fois. 19) – Le cardinal Régnier est simple, pieux, charitable, de manières apostoliques, donne tout ce qu’il possède, ou plutôt croit ne rien posséder, parce qu'il considère tous ses biens comme la propriété des pauvres. 20) – Le Cardinal Chigi est admirable par son affabilité, sa prudence, sa discrétion. – 21) Le cardinal Franchi est un esprit politique de premier ordre et un caractère vraiment sacerdotal.

22) Le Cardinal Guibert mène une vie très simple et d'ermite.  – 23) Le Cardinal Oreglia est un prêtre irrépréhensible. – 24) Le cardinal Simor, noble hongrois, se sert de ses rentes pour faire de grandes aumônes. – 25) Le Cardinal Martinelli est un théologien doux, humble, les yeux baissés, qui passe des heures à prier la Sainte Vierge. – 26) Le Cardinal Antici-Mattei, questionné sur le nom qu’il prendrait s'il était Pape, répondit : - Je ne serai jamais Pape. - Mais supposé que Votre Éminence soit élue, quel nom prendrait-il ? - Bonus homo primus, Bonhomme premier, répondit-il. C’est un homme excellent, simple, droit, d'une pitié et d'une bonté qui le rendent excellent conseiller. – 27) Le Cardinal Giannelli est un des membres plus érudits du Sacré Collège, modeste, zélé, religieux sans ostentation. – 28) Le Cardinal Ledochowski resta déterminé devant les prétentions de l'empereur Guillaume, et, tel un véritable apôtre, souffrit les amendes, la prison et l'exil. – 29) Le Cardinal Mac-Closkey le premier Cardinal américain, zélé missionnaire, est d’un tempérament calme et généreux. –  30) Le Cardinal Manning ne veut que conquérir des âmes à l'Église.

31) Le Cardinal Dechamps ne fait que plaider la cause de la vérité.

32) Le Cardinal Simeoni montre la franchise, la simplicité et la courtoisie romaine. Il n'a pas amassé fortune parce qu’il a toujours donné ses gains aux pauvres. – 33) Le Cardinal Brossais et d'un caractère aimable, attrayant et de doctrine purement romaine. – 34) Le Cardinal Bartolini est d'une hospitalité légendaire à Rome ; il a parcouru l'Europe et l'Orient, sait tout de la théologie, de la politique, de l’archéologie, de l’histoire, des voyages, etc. – 35) Le Cardinal d'Avanzo, éloquent orateur, philosophe profond, très versé dans en littérature classique, n'a rien de mondain. – 36) Le Cardinal Franzelin n'a jamais eu d’autre désir que de plaire à Dieu, en suivant la règle de Saint Ignace. – 37) Le Cardinal Benavides, Patriarche des Indes, n'a pas d’autre passion que l'Église. – 38) Le Cardinal Apuzzo, Évêque, docteur et père affectueux, est respecté de tous les partis. – 39) Le Cardinal Garda Gil a passé sa vie entre l'étude et les exercices de pitié. – 40) Le Cardinal Howard a le don des langues, parle toutes celles de l'Europe, a étudié celles d'Orient, et autant le turc que le chinois ; c’est un hébraïsant célèbre ; c’est un prince accompli, très simple, ami des petits. – 41) Le Cardinal Paya y Rico est un mathématicien, un métaphysicien, un théologien digne de sa renommée ; sa vie est une série d'actes d'un fort Évêque voué à ses devoirs et à son travail. – 42) Le Cardinal Caverot est d'une douceur et d'une bonté évangélique : le Saint Père Pie IX l’appelait un Évêque accompli. – 37) Au Cardinal de Canossa la pourpre sert de manteau à ses vertus. – 43) Le Cardinal Serafini a opposé la douceur de son caractère aux ennemis de l'Église. – 44) Le Cardinal Mihalowicz, prêtre pieux, sévère envers lui-même et doux envers les autres, obtint le pourpre par ses mérites. – 45) Le Cardinal Kutschker, Archevêque de Vienne, accomplit avec intelligence et zèle les devoirs de sa charge. – 46) Le Cardinal Parocchi, professeur de droit canonique et de morale, inébranlable dans ses devoirs, est très tendre envers les pauvres. – 47) Le Cardinal Moretti ajoute à une science solide la plus profonde humilité. 

Voilà pour les Cardinaux de l'Ordre des prêtres.
 
Reste les Cardinaux de l'Ordre des diacres. 1) Le cardinal Caterini est épuisé par les grands services rendus à l'Église. – 2) Le cardinal Mertel est un Guizot revêtu de la pourpre. – 3) Le cardinal Consolini, est prudent, décidé, charitable, imperturbable. – 4) Le cardinal Borromeo a un cœur immense, il est courageux et très affectueux. – 5) Le cardinal Randi est bon, charitable, modeste. – 6) Le cardinal Pacca est d’une pitié scrupuleuse, l'âme tendre. – 7) Le cardinal Nina est déterminé, calme, fort et noble d’esprit, de talent et de caractère. – 8) Le cardinal Sbarretti fut jugé par Pie IX un prêtre selon Dieu. – 9) Le cardinal de Falloux est à la fois vif, tendre, et généreux envers les pauvres. – 10) Le cardinal Pellegrini, savant jurisconsulte, est l'unique Cardinal qui ne soit pas prêtre.
 
Voilà ceux qui élurent Léon XIII. Nous le demandons, dans ce siècle d'Assemblées, celle composée de personnages aussi savants et aussi religieux, d’électeurs aussi pieux, même humainement en parlant, pouvait-elle nous donner autre chose qu’un très saint Pape.

BIOGRAPHIE DES SOIXANTE-TROIS CARDINAUX ELECTEURS DU PAPE LEON XIII :

Cardinaux évêques :
I. Le Cardinal Luigi AMAT

Le Cardinal Luigi Amat

Le Cardinal Luigi Amat de San Filippo et Sorso est né à Cagliari le 21 Juin 1796. Venu à Rome et entré dans la prélature, il a été nommé successivement Délégat de Bénévent, Nonce à Naples et à Madrid, et finalement Légat à Ravenne et à Bologne. Le 9 Avril 1827 il a été promu par Léon XII à l'Archevêché de Nicée in partibus infidelium, et Grégoire XVI l’a créé Cardinal du Saint Siège au Consistoire du 19 Mai 1837 en lui conférant le titre de Santa Maria in Via. A Naples sous François Ier, comme à Madrid sous Ferdinand VII, le Cardinal Amat sut mettre un terme avec prudence à de très délicats conflits, et fit honneur à son nom par sa générosité et par sa vertu. En septembre 1843, alors qu’il était à Ravenne, il manqua de peu d’être fait prisonnier par les insurgés commandés par Ignazio Ribotti. Il se trouvait alors avec le Cardinal Mastai (futur Pie IX) et le Cardinal Falconieri, Archevêque de Ravenne, dans une villa peu éloignée de la ville, lorsque Ribotti survint pour les surprendre et les emmener tous les trois en otage. Mais la vigilance des gouvernantes et la Providence Divine déjouèrent le coupable dessein. Les trois Prélats se réfugièrent en ville dont ils rétablirent les défenses ; les bandits firent demi-tour.

À Bologne, l’éminentissime Amat succéda dans la Légation au cardinal Vannicelli ; il se fit aimer et respecter de tous, de l'aristocratie comme du peuple, des savants comme des artistes. Il se fit toujours tout à tous, ne cessant jamais de se montrer excellent Prêtre et grand Cardinal. Après la mort du cardinal Castracane, sur le siège suburbicaire de Palestrina le 15 mai 1852, et la même année, la charge de vice-chancelier étant devenue vacante par la mort du cardinal Bernetti, il reçut ces deux charges par Lettres Apostoliques. Le 11 octobre 1860 il devint Évêque des sièges de Porto et Sainte Rufine, et à la fin de l'année 1876 Évêques d’Ostie et Velletri, devenant par la mort du cardinal Patrizi, doyen du Sacré Collège.

Le cardinal Amat, avancé en âge, a souffet de deux crises d'apoplexie, de sorte que sur la fin de 1871 on avait déjà annoncé sa mort, tous les journaux publiant même sa nécrologie, lui rendant d’ailleurs les plus splendides louanges, d'autant plus élogieuses qu'on croyait les rendre à un défunt. Mais Dieu le conserva encore pendant bien des années à l'Église et il participa au Conclave de 1878. Accablé de longues maladies et vraiment sur les limites de l'éternité, on voulut le préserver de la clôture du Vatican en cette circonstance. Mais il répondit par ces très nobles paroles : Même si je devais mourir le premier ou le deuxième jour de mon entrée en Conclave, j'irai participer à l'élection du Pape ; dans les circonstances présentes le devoir d'un Cardinal est devenu impérieux, et il doit le remplir au prix même de sa vie

Il a eu la consolation de voir Léon XIII élevé au trône Pontifical, et d'en recevoir la bénédiction Apostolique dans les dernières heures de sa vie. Plein d'années et de mérites il est passé du temps à l'éternité le 30 mars de l'année en cours [1878].

Cardinaux évêques :
II. Le Cardinal Camillo DI PIETRO

Le Cardinal Di Pietro

Ce Cardinal a parcouru une splendide carrière diplomatique. Il est né à Rome le 10 janvier 1806 et est parent au Cardinal Di Pietro qui se signala à la gloire de l'Église Catholique sous le premier Empire napoléonien. Entré dans la prélature, il fut promu le 8 Juillet 1839 Archevêque de Berito et envoyé Nonce à la Cour de Ferdinand II, roi des Deux Sicile, et de sa femme Marie da Gloria à Lisbonne. 

Très zélé pour le bien de l'Église, il prépara le Concordat avec le Portugal et obtint de nombreuses et importantes concessions, principalement dans les possessions portugaises de l'Inde. Pie IX le créa Cardinal in petto en Consistoire secret du 19 décembre 1853, ne le publiant que dans celui du 16 Juin 1856. Revenu de Lisbonne, il fut à Rome, durant quelques temps, Président du Conseil d'État. A la mort du Cardinal Altieri, victime de sa charité lors d’une épidémie de choléra, le cardinal Di Pietro fut nommé au siège suburbicaire d'Albano ; sur la fin de 1876 il devint Évêques de Porto et Ste Rufine et sous-doyen du Sacré Collège. Léon XIII a récompensé son zèle et ses vertus en le nommant Camerlingue de l’Eglise Romaine.

[Le Cardinal Di Pietro est mort à Rome le 6 mars 1884]

Cardinaux évêques :
III. Le Cardinal Carlo SACCONI

Le Cardinal Carlo Sacconi

Il est né à Montalte, le 9 mai 1808, d’une famille noble. Il fut auditeur de nonciature à Turin en 1844, et le conte Solaro della Margarita dans son Mémorandum (p. 310) l'appelle un « Prélat se distinguant par de nombreuses et belles qualités. » En 1846, en Toscane, il devint chargé d'affaires auprès du grand-duc Léopold II, puis, en 1848, internonce auprés de Maximilien II, roi de Bavière, et finalement, en 1853, Nonce à Paris. En Toscane il combattit le fébronianisme qui, peu à peu, se muant en révolution jeta du trône le Grand-Duc. À Munich il se signala par son zèle contre l'illuminisme et la franc-maçonnerie. Il réunit l'Assemblée des Évêques bavarois à Würzburg, où furent jetées les premières bases du Concordat conclu en 1855 entre Pie IX et François-Joseph Ier. A Paris, il soutint avec dignité et fermeté son poste au milieu des pièges diplomatiques et des duplicités de Napoléon III. Il lui dit que, né Prince impérial, il lui souhaitait de pouvoir être toujours aussi sourd aux adulations des courtisans que lorsqu’il était venu au monde. 

Il fut créé Cardinal au Consistoire du 27 septembre 1861, du titre de Santa Maria del Popolo, et le 11 octobre 1870 placé sur le siège suburbicaire de Palestrina. Il reçut de Napoléon III la grande Croix de la Légion d'honneur, il fut pendant bien des années préfet de la Signature Papale de justice, et finalement prodataire du Pape Pie IX. Il est spécialement recommandable par sa pitié et ses œuvres de charité envers les pauvres.

[Nomé cardinal-évêque d'Ostie en 1884, il devient doyen du Collège des cardinaux. Il est mort à Rome le 25 février 1889.]

Cardinaux évêques :
IV. Le Cardinal Filippo Maria GUIDI

Le Cardinal Filippo Maria Guidi

Filippo Maria Guidi est né à Bologne le 18 juillet 1815. Entré dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, il se signala tant par son talent, sa science et ses vertus, qu’il devint professeur de théologie dans divers collèges de son Ordre, consulteur de la Sacrée Congrégation spéciale pour la réforme des Conciles provinciaux et du cattedratico casanatense

Sa renommée dépassa les frontières de son ordre, et même celles de l'Italie, et l'Empereur d'Autriche, François-Joseph, après le Concordat de 1855, l'appela à l'Université de Vienne pour y enseigner la Théologie. En Consistoire du 16 mars 1863 sa Sainteté Pie IX le créait Cardinal du titre de Saint Sixte, et à la fin de la même année, Archevêque de Bologne. Mais sachant que nul n’est prophète en son pays, il hésita à se rendre dans la ville de son siège pour en prendre possession, d’autant que la révolution du Piémont y mit de très graves obstacles. En 1871 il renonça à l'Archevêché, et par la mort du cardinal Paracciani Garelli il devint Évêque suburbicaire de Frascati. Il est préfet de la Congrégation de l'Immunité ecclésiastique, pieux, modeste, charitable et très vertueux.

[ Le Cardinal Guidi est mort le 27 février 1879, à Rome]

Cardinaux évêques :
V. Le Cardinal Luigi BILIO

Le Cardinal Luigi Bilio

Le Piémont et les clercs réguliers de la Congrégation des Barnabites se glorifient de posséder Luigi Bilio. Il est d'Alexandrie de Monferrato, où il est né le 25 Mars 1826. 

Après avoir professé la littérature et avoir enseigné le grec, il est devenu lecteur en philosophie au collège de Parme, puis à celui de Naples et enfin à Rome où il enseigna aussi la logique, la métaphysique et le droit naturel. Dans l'Ordre des Barnabites il a exercé les charges les plus éminentes et a été assistant du supérieur général à Rome. Etant consulteur de la Congrégation du Saint Office, on dit que Sa Sainteté le Pape Pie IX l'a chargé d'extraire de ses Allocutions et Encycliques les propositions condamnées dans le Syllabus. Ce qui est certain, c’est que le grand Pontife connaissant son grand mérite, son assiduité au travail, sa profonde science et sa solide vertu, a voulu le créer Cardinal le 22 juin 1866 en mode extraordinaire, par un de ces traits décidés et très nobles qui étaient propres à Pie IX. Au Concile du Vatican le cardinal Bilio présidait à la Commission dogmatique les travaux qui préparèrent la définition de l'infaillibilité pontificale. 

A la mort du cardinal Milesi, du titre de San Lorenzo in Panisperna, le cardinal Bilio fut nommé le 22 décembre 1873 au siège suburbicaire de Sainte Sabine. A la fin de 1876 il fut nommé préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et le cardinal Panebianco ayant résigné cette charge, il devint pénitencier majeur. C’est en cette qualité qu’il donna les derniers réconforts de la religion au saint Pontife Pie IX qui l'avait nommé Cardinal et qui l'aimait d’une très tendre affection. Charité envers les pauvres, science et piété sont ses trois qualités principales.

[Le Cardinal Bilio est nommé secrétaire de la Congrégation de l'Inquisition en 1883 et meurt à Rome le 30 janvier 1884].

Cardinaux évêques :
VI. Le Cardinal Luigi MORICHINI

Cardinal Luigi Morichini

Carlo Luigi Morichini est né à Rome le 21 novembre 1805. Il est le fils d'un célèbre médecin qui laissa une grande renommée dans la Ville Éternelle. 

Il fut pendant plusieurs années trésorier de la Chambre apostolique et ministre des finances pendant les premières années du Pontificat de Pie IX, qui le chargea d'une mission auprès de l'empereur Ferdinand d'Autriche afin d'empêcher une effusion de sang à l’occasion de la cession de la Lombardie. En 1837, pendant l'épidémie de choléra à Rome, il a montré une charité vraiment sacerdotale, si bien que Grégoire XVI a fait frapper en son honneur une médaille d'or. En 1860 et en 1864 il fut évêques d'Jesi, il se laissa jeter en prison plutôt que de manquer à son devoir épiscopal. 

Il fut Nonce à Munich, vice-président du Conseil d'État, et finalement de l'Évêché d'Jesi il passa à l’Archevêché de Bologne. Il compte 26 ans de cardinalat, ayant été créé cardinal au Consistoire du 15 Mars 1852 avec le titre de San Onofrio. Une attaque lui a rendu l’élocution difficile et presque inintelligible, et il est obligé à marcher accompagné de deux prêtres. Il a dépensé sa vie dans l'étude et dans le ministère apostolique. Nous avons de lui des œuvres précieuses et d'or pur : le Degli Istituti di carità et la Petreide, qui est un magnifique poème latin, dans lequel sont décrits les triomphes de St Pierre, ceux de son Successeur et de l'Église catholique. Il est aujourd’hui Évêque d'Albano et Préfet de la Signature Papale de justice.

[Le Cardinal Morichini était également membre des Congrégations Romaines de la visite Apostolique, des évêques et réguliers, de l'immunité, des rites et de la discipline. Il était également protecteur de diverses archiconfréries et instituts pieux. Il  est mort à Rome le 26 avril 1879.]

Cardinaux prêtres :
VII. Le Cardinal Friedrich SCHWARTZENBERG

Le Cardinal Federico Schwartzenberg

Friedrich Johann Joseph Cölestin von Schwartzenberg est né à Vienne en Autriche le 6 avril 1809. D'abord chanoine de la cathédrale de Vienne, il a ensuite été préconisé Archevêque de Salzbourg le 1er février de 1836. Créé Cardinal par le Pape Grégoire XVI en Consistoire du 24 janvier 1842, il fut finalement promu à l'Archevêché de Prague en Bohème le 20 mai 1850 [et Primat d'Allemagne]. 

Il est de grande taille, digne d’allure et les traits réguliers et agréables. De conversation facile, de manières douces et simples, il est digne du nom et de la fortune Schwartzenberg. Ces Princes possèdent en effet de très vastes terres en Bohème et en Hongrie, un splendide palais à Prague et dans la capitale de l'Autriche. Le Cardinal est personnellement riche et la charité lui est facile ; mais cette charité devient méritante par la modestie avec laquelle elle s'exerce. Il cache la main qui donne, en laissant le mérite de ses bonnes œuvres à l’Église. Et, puisqu’il est habituel de dire que ce qui vient de l'Église appartient aux pauvres, et que le prêtre n'a le droit de garder que le nécessaire, il s'est fait un devoir de consacrer les rentes de son office et de sa charge aux œuvres de bienfaisance. Homme d’ordre, il tient lui-même ses comptes dont les livres sont écrits en hébreu pour que personne ne connaisse les trésors de charité qui sortent de ses mains. 

Archevêque de Salzbourg et de Prague, il a montré un zèle tout apostolique et une magnificence princière. Les Concile de Würzburg et de Vienne le désignèrent comme la lumière du clergé de l'Autriche-Hongrie ; il se fit aimer de tous en fondant des écoles, des asiles, des hôpitaux, dont il acquit même le titre de membre protecteur. 

Ce cardinal, doux, bienveillant, un peu timide, fut comparé Saint Louis. Il a une puissante influence sur la Cour de Vienne, mais il ne s'en sert pas. A la chambre des Princes, dont il est membre comme Archevêque de Prague, il parle peu, mais ce qu’il dit est toujours plein d'opportunité, de bon sens et de modération.

[Le Cardinal Schwartzenberg était Cardinal du titre de San Agostino. Il est mort à Vienne le 27 mars 1885 à l'âge de 75 ans et est enterré à la cathédrale de Prague.]

Cardinaux prêtres :
VIII. Le Cardinal Fabio Maria ASQUINI

Le Cardinal Asquini

Fabio Maria Asquini est né au château de Fagagna (Udine) le 14 août 1802 d'une famille patricienne du Frioul. 

Il est un peu courbé par les années. Sa physionomie est modeste et assez timide ; son regard voilé semble se tourner plutôt vers les choses de l'âme que vers les choses extérieures. C'est un des membres les plus pieux du Sacré Collège. Cœur excellent et très tenace à faire son devoir, il compatit aux malheureux qu’il aide en secret ; chacun d'entre eux trouve chez lui un mot de réconfort et de secours. Il ne refuse jamais lorsqu’on lui propose une occasion de faire des œuvres de charité. Les grandes souffrances de Pie IX l'affligèrent dans l'intime du cœur, et il fut l’un des plus fidèles et des plus affectueux assistants du grand Pontife qui lui rendait la même affection. 

Il reçut la pourpre à la fin de sa nonciature, exercée à la satisfaction de tous, à la Cour de Naples, d’abord in petto au Consistoire du 22 janvier 1844, puis officiellement dans celui du 21 avril 1845 avec le titre de San Stephano a Montecelio. Il fut d'abord Prolégat à Ferrare et Délégat à Ancone, puis, étant Cardinal, il fut longtemps Préfet de de la Congrégation des indulgences et des sacrées reliques, avant d’être celui de l'Immunité. Il est aujourd’hui secrétaire des Brefs apostoliques et grand chancelier des Ordres équestres pontificaux.

[Le Cardinal Asquini est mort le 23 septembre 1878 à Rome.]

Cardinaux prêtres :
IX. Le Cardinal Domenico CARAFA della Spina di Traetto

Le Cardinal Domenico Carafa della Spina di Traetto

Né à Naples le 12 Juillet 1805, il appartient à grande famille ducale des Traetto, grande à tous points de vue. Il est de taille élevée, maigre, les traits fins, l'oeil vif, le nez aquilin, et le teint napolitain. 

L'ancien ministre de François II des Deux Siciles, le commandeur Carafa, était son frère. Pieux, charitable, sobre, sage dans ses jugements, il réfléchit longuement avant de prendre une décision, mais lorsqu'elle est prise il décide avec force, prudence et à bon escient. Vicelégat à Ravenne, délégué à Spolète et à Macerata, il fut la terreur du carbonarisme qu'il combattait et qu'il réussit à détruire. Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI l'a préconisé Archevêque de Benevente en Concistoire du 22 Juillet les 1844, le créant le même jour Cardinal du titre de Santa Maria degli Angioli. Il se rend rarement à Rome depuis les derniers évènements politiques ; l'amour de son clergé et de son peuple lui ont rendu très chère la résidence dans son diocèse.

[Le Cardinal Carafa fut expulsé de Bénévent lors de l'annexion par le royaume d'Italie en 1860. Il est mort à Naples le 17 juin 1879.]

Cardinaux prêtres :
X. Le Cardinal Ferdinand-François-Auguste DONNET

Le Cardinal Ferdinand-François-Auguste Donnet

Il est né à Bourg-Argental (archidiocèse de Lyon) le 16 novembre 1795. Fils d'un médecin, il est entré au séminaire de Sant Irénée et a reçu le sacrement de l'Ordre en 1819. Il fut d'abord nommé vicaire des Guillotières, puis curé à Isigny. Après deux ans de retraite dans la Maison des études supérieures fondée par le cardinal Fesch, l'abbé Donnet, grand orateur, a entrepris une série de prédications dans les diocèses de Tours, Blois et Lyon où son éloquence est restée dans toutes les mémoires. En 1827 il fut nommé Curé de Villefranche (Rhône)  alors qu'il avait déjà le titre de Vicaire général honoraire du diocèse de Tours. Le 6 d'avril 1835 il fut nommé Évêque de Rosa in partibus, et le 19 mai 1837 Archevêques de Bordeaux.

Il a défendu la doctrine catholique à l'occasion d'un célèbre procès qui s'est agité en France en 1856 à propos du mariage civile. Plus tard, en octobre 1863 à Bordeaux, il a adressé un discours à Napoléon III sur les conséquences de la guerre d'Italie contre le Saint-Siège ; la réponse qu'il obtint fut un simple démenti, mais les faits restent la condamnation des bonapartistes.

L'Archevêque de Bordeaux est d'humeur joviale, gardant l'activité et l'ardeur de la jeunesse. Il a dit un jour : « J'ai élevé plus de 300 églises, et j'ai toujours commencé par le clocher, parce qu'il se voit de loin. » C'était une consolation pour lui de multiplier les lieux d'adoration, et lorsqu'il pouvait planter une croix quelque part, il était sûr d'y élever plus tard ou une église ou au moins une chapelle. Il a écrit beaucoup de sermons et de Lettres Pastorales, s'adressant souvent au peuple, aussi bien à dans les villes qu'auprès des populations rurales.

Dans ses innombrables lettres écrites au Pape, aux Souverains, aux Évêques, aux ministres, aux magistrats, aux journalistes, il toucha aux plus hautes questions de la religion et de la politique avec un tact très fin et avec autant de science que d'érudition, quoiqu'il prétende, parcequ'il est aussi affable que modeste, que le meilleur de ses idées lui a été suggéré par d'autres. Il accueille tout le monde indistinctement et est aimable avec les riches comme avec les pauvres. Aux premiers il offre toujours une de ses œuvres, et s'il en reçoit quelque chose, il le distribue aux pauvres ou au Denier de Saint Pierre. Il a été créé Cardinal le 15 de Mars 1852, du titre de Santa Marie In Via.

Par reconnaissance nous signalerons ici un fait qui honore ce digne prélat et les citoyens de Bordeaux. En novembre 1876, un groupe de Missionnaires Salésiens devant embarquer à Bordeaux vers l'Uruguay et la République d'Argentine, ils arrivèrent après le départ de leur bateau. Le magnanime Prélat en apprenant la chose les recueillit dans son séminaire avec une bienveillance et une charité telles qu'il n'aurait certainement pu faire davantage avec ses propres frères. Le Vicaire Général, le Supérieur du Séminaire, les séminaristes eux-mêmes et les différents ordres religieux semblèrent rivaliser de courtoisie envers nos Missionnaires Italiens. Après quinze jours ces derniers purent embarquer à bord d'un autre bateau qui les porta dans les régions reculées dont le Ciel leur avait confiée la culture. Dans leurs lettres, nos missionnaires se rappellent toujours avec reconnaissance de l'hospitalité et de l'esprit de charité avec lesquels ils furent reçus à Bordeaux.

[Le Cardinal Donet est mort le 23 décembre 1882 à Bordeaux. Son épiscopat, qui dura plus de 47 ans, compte parmi les plus longs dans les annales de l'Église de France.]

Cardinaux prêtres :  
XI. Le Cardinal Antonio ANTONNUCI

Le Cardinal Antonio Maria Antonucci

Il est né à Subiaco le 17 septembre 1798. Il a toujours accomplit son devoir en silence, avec une modestie édifiante, et avec une grande délicatesse de conscience, en portant la pourpre comme la bure. Aimable et doux avec les fidèles, bon et juste avec le clergé, il fait ses délices de servir l'Église. Archevêque d'Ancône, il est l’ange de ce diocèse, dans lequel il a vécu saintement au milieu de son peuple. Il fut d’abord chargé d'affaires en Hollande, puis Évêque de Montefeltro et de Ferentino, et Nonce à Turin de 1844 à 1850. Il représenta Sa Sainteté Pie IX lorsque ce dernier daigna tenir sur les fonts baptismaux la princesse Maria Pia, maintenant Reine du Portugal, et c’est lui qui a offert au nom du même Pontife la rose d'or à Marie Adelaïde, la femme de Victor-Emmanuel, alors Duc de Savoie. Mais lorsque ce dernier commença la guerre contre l'Église, il abandonna la Nonciature pontificale de Turin et retourna à Rome, où il fut nommé Archevêque de Tarse in partibus, au siège résidentiel d'Ancone et Umana le 5 septembre de 1851.

Sa Sainteté Pie IX l’a nommé cardinal du titre de Santi Silvestro e Martino ai Monti au Consistoire du 15 Mars 1858. Prélat très pieux, il se plait à des œuvres de charité ou d'hospitalité chaque fois que s'en présente l’occasion. Au mois de Juin 1877 Mgr Aneyros, Archevêque de Buenos Ayres, vint en Italie avec son clergé auprès du Chef de l'Église, le Grand Pie IX, à l’occasion de son Jubilée Épiscopal. Au retour il visita le Sanctuaire de Lorette et passa par Ancône. Lorsque le Cardinal Antonucci sut qu’il arrivait, il vint le recevoir à la gare et le retint avec tous les pèlerins durant plusieurs jours en montrant à chacun une exquise bonté. "Je vois en votre personne une Colonne de l'Église, dit cet Archevêque au Cardinal, je vois un héros qui soutient l'Évangile parmi les peuples déjà Chrétiens comme je le répand parmi les sauvages de Pampas et Patagonie. Je suis heureux d’être honoré de vous ainsi que par votre Clergé."

[Le cardinal Antonucci meurt à Ancône le 29 janvier 1879 à l'âge de 80 ans.]

Cardinaux prêtres :  
XII. Le Cardinal Antonio Maria PANEBIANCO

Le Cardinal Antonio Maria Panebianco

Antonio Maria Panebianco est né à Terranova, au diocèse de Piazza en Sicile, le 13 août 1808. Il est entré dans l'Ordre des Mineurs Conventuels et est vite parvenu aux premières charges de l’ordre à cause de la solidité de sa doctrine ; il a été Recteur du Collège de Saint Bonaventure à Rome. Le Pape, appréciant ses qualités d'esprit, le choisit d’abord comme Consulteur du Saint Office et de la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Au Consistoire du 27 septembre 1861 il l’a ensuite élevé à l'honneur du Cardinalat avec le titre de Santi XII Apostoli. Il a participé au travail de beaucoup des principales Congrégations, et à la mort du Cardinal Cagian De Azevedo, Évêque de Frascati, le Pape l’a nommé Pénitencier Majeur du Saint-Siège, l'une des plus hautes charges du Sacré Collège ; il a dû abandonner cette fonction l'an dernier, ne pouvant plus suffire à un tel travail. Le Cardinal Panebianco a continué, quoique Cardinal, à vivre selon la règle de son Ordre. Nous avons eu l'honneur de l’observer en avril de 1867 lorsque nous dûmes traiter des affaires relatives à la Sacrée Pénitencerie. Nous avons pu alors admirer la bonté, la prudence et le vif amour dont il est animé envers l'Église.

[Le Cardinal Panebianco fut provincial de son ordre en Sicile. En 1858 il fit partie de la mission de Transylvanie appelée à résoudre les problèmes en relation avec les mariages mixtes dans cette province. Il est mort le 21 novembre 1885 à Rome.]

Cardinaux prêtres :  
XIII. Le Cardinal Antonino DE LUCA

Le Cardinal Antonino De Luca

Il est né à Bronte en Sicile, au diocèse de Catane, le 28 octobre 1805. Il a accompli avec grand succès ses premières études au Collège du Vénérable Capizzi ; au séminaire archiépiscopal de Monreale il a ensuite étudié la rhétorique, la physique, les mathématiques, la théologie dogmatique et la théologie morale, le droit canonique, les langues latine, grecque, anglaise, française et allemande, en surpassant tous ses condisciples. En 1829 il vint à Rome, où il dirigea avec talent les Annali delle scienze religiose, revue savante dans laquelle il a montré une très vaste érudition. Il a été membre des Académies Tiberine, des Arcades et d’archéologie. Grégoire XVI l’avait nommé consulteur des Sacrées Congrégations de la Propagande et de l'Index ; il le nomma également professeur honoraire de l'Université de Rome, directeur de la typographie Polyglotte de la Sacrée Congrégation de la Propagande, vice-président de l’Académie pontificale des nobles ecclésiastiques, avec le titre et le rang de camérier secret surnuméraire de la Cour pontificale.

En 1845 le même Pontife le promu évêque d'Aversa dans le royaume de Naples. Pasteur très vigilant, il a institué d’innombrables œuvres de zèle et de pitié pour le clergé et les fidèles qui lui étaient confié. Il a pourvu à l'éducation morale et littéraire du jeune clergé, il a ouvert un séminaire pour les clercs pauvres ; il a fondé une communauté religieuse des Pères Passionistes pour catéchiser les petites gens ; il a appelé un grand nombre de Filles de la Charité de l’Institut de S. Vincent de Paul, et leur a confié la direction de l'Orphelinat des filles pauvres ainsi que la direction des écoles gratuites pour l'instruction des filles.

Pie IX l’a promu en 1853 à l'Archevêché de Tarse in partibus infidelium en l'envoyant à la Nonciature de Bavière, poste qu’il a occupé plus de deux ans à l’entière satisfaction du Pape et du Roi Maximilien II. En 1856 il a été transféré de cette nonciature à celle plus importante auprès de S. M. R. l’Empereur à Vienne. Dans cet office Mgr De Luca a coopéré efficacement à l’exécution du célèbre Concordat conclu l'année précédente entre cette Cour et le Saint-Siège, acte qui marqua une glorieuse page dans l'histoire de la monarchie Austro-hongroise et qui aurait produit d’excellents résultats pour l'Église et pour l'Empire si celui-ci avait davantage tenu ses engagements. Le zèle et les fatigues du célèbre Nonce furent appréciés par l'immortel Pontife, qui le revêtit de la Pourpre Sacrée au Consistoire du 16 Mars 1863, le créant le Cardinal du titre presbytéral de l'Église des Ss. Quattro Coronati. L’empereur d'Autriche lui conféra à cette occasion la Grande Croix de Saint Etienne de Hongrie. Rappelé à Rome le Cardinal De Luca occupa successivement de très honorables charges. Il fut membre des Sacrées Congrégations de l'Inquisition Universelle, de la Propagande et des Évêques et Réguliers. Vers la fin de 1864 il fut promu Préfet de la Sacrée Congrégation de l'Index, et au Concile du Vatican Pie IX le nomma à l’une des cinq présidences de la vénérable assemblée. Le nouveau Pontife Léon XIII, après la mort du Cardinal Amat, l’a nommé Vice-chancelier du Saint-Siège, et Sommiste des Lettres Apostoliques. Sa charité, qui n'exclut jamais personne, est particulièrement digne d'éloge et sa courtoisie et ses belles manières charment tous ceux qui l'approchent.

[Le Cardinal De Lucas est mort Rome en 1883 à l'âge de 78 ans et a été enterré au cimetière Verano de Rome.]

Cardinaux prêtres :  
XIV. Le Cardinal Jean-Baptiste PITRA

Cardinal Jean-Baptiste Pitra

Jean-Baptiste Pitra est né en Champforgeuil au diocèse d'Autun, en France, de 31 août 1812. Devenu prêtre, il a été professeur de rhétorique au petit séminaire d'Autun. Il est ensuite entré dans l'Ordre des Bénédictins de l'abbaye de Solesmes d'où il fut envoyé à Ligugé. Comme membre de ce monastère, il intervint au Concile provincial tenu en 1856 à Périgueux. Sa perspicacité et son esprit patient le portèrent à l'étude de l’archéologie sacrée et des sciences orientales. Après avoir publié son Histoire de Saint Leger, il fut nommé professeur d'archéologie et de sciences orientales à Solesmes où il eut le grand honneur de publier son Spicilegium Solesmense, imprimé à Paris en cinq magnifiques volumes chez Didot (1852-1860), œuvre hautement recommandée par le Pape Pie IX. Ce dernier invita don Pitra à parcourir l'Europe pour recueillir les éléments d'un travail de longue haleine qu’il publia sous le nom d'Iuris Ecclesiastici Graecorum historia et monumenta. Ses vastes connaissances et sa piété furent récompensées par Pie IX qui l’éleva au Cardinalat lors du Consistoire du 16 Mars 1863.

Jean-Baptiste Pitra est de haute taille, d’un tempérament sec, le visage doux ; ses yeux, ombragés d’épaisses sourcils, sont méditatifs et ont parfois des éclairs qui semblent tantôt voilés de piété, tantôt vivifiés du feu de l'intelligence. Il est bibliothécaire du Saint-Siège et correcteur des livres de l'Église orientale.

[Le Cardinal Pitra avait le titre de San Tommaso in Parione mais il opta pour celui de San Callisto à partir du 22 février 1867. Il fut transféré dans l'ordre des Cardinaux évêques par le Pape Léon XIII qui lui confia le Siège suburbicaire de Frascati à partir du 12 mai 1879. Le Pape lui conférat la consécration épiscopale le 1er juin à la chapelle Sixtine. Il fut ensuite transféré aux Sièges suburbicaires de Porto et Sainte Rufine et devint sous-doyen du Sacré Collège des Cardinaux à partir du 24 mars 1884. Il est mort à Rome le 9 février 1889 et est enterré au cimetière de Campo Verano dans la chapelle de la Propagation de la Foi.]

Cardinaux prêtres :  
XV. Le Cardinal Henri BOISNORMAND de BONNECHOSE

Le Cardinal Henri-Marie-Gaston Boisnormand de Bonnechose

Henri Marie Gaston de Bonnechose est né à Paris le 30 mai 1800. [Le père du futur Cardinal était catholique, ancien Page de Louis XVI, mais sa mère, néerlandaise, était protestante. Il se convertit au catholicisme à 18 ans étant baptisé sub conditione le 13 septembre 1819.] Avant d'entrer dans les ordres il appartint à la magistrature et fut substitut du procureur aux Andelys et à Rouen, procureur du Roi à Neufchâtel, substitut à la Cour de Bourges et avocat général à Riom et à Besançon. Passé dans la milice ecclésiastique après la Révolution de Juillet, il devient vite professeur de rhétorique et d'histoire au petit Séminaire de Strasbourg. Etant bon orateur et possédant très belle diction, il abandonna l'enseignement pour se donner à la prédication. À Paris, à Cambrai, à Rome, il reçu des applaudissements et mérita que le Saint Père, le Pape Pie IX, qui savait apprécier les talents particuliers, le désignat le 17 janvier 1848, au gouvernement du diocèse de Carcassonne. Il fut transféré le 23 Mars 1855 au diocèse d'Evreux, qui avait besoin d'un homme pratique et prudent pour réprimer les discordes et aplanir les difficultés. Il accomplit cette mission avec un tel esprit de charité et de justice qu’il fut promu le 18 Mars 1858 à l'Archevêché de Rouen, siège qu’il occupe depuis vingt ans.

Il a un port noble, de la prestance et des manières très aimables. Le Saint Père Pie IX le créa et publia Cardinal au Consistoire du 21 de décembre 1863, du titre de San Clémente. Elu au Sénat français, il s’est montré un ardent défenseur du pouvoir temporel des Papes. Nous avons de lui deux volumes publiés en 1875 sous le titre : Philosophie du Christianisme

[En 1865, le Cardinal de Bonnechose procéda à la translation, du fort de Braine (près de Soissons) à Rouen, des reliques de Saint Victrice (évêque de Rouen), qui avaient été soustraites et protégées des invasions normandes au IXe siècle. Au nom du Saint-Père et des chanoines du chapitre de la Basilique Vaticane, il procède au Couronnement de la Vierge de Notre-Dame de La Délivrande (Calvados) le 22 août 1872. En 1883, il se rend une dernière fois à Rome, mais, pris d'un malaise le 16 octobre à la gare Saint-Lazare, il meurt le 28 octobre suivant. Il est enterré dans la chapelle de la Vierge à la cathédrale de Rouen.]

Cardinaux prêtres :  
XVI. Le Cardinal Paul CULLEN

Le Cardinal Paul Cullen

Il est né à Dublin le 27 avril 1803. Ayant quitté l’Irlande et s’étant rendu en Italie pour étudier la théologie, il fut élève du Collège Urbain de la Propagande à Rome. Ses études terminées, il s'établit dans la Ville Éternelle. Grégoire XVI le nomma recteur du Collège Urbain, puis du Collège Irlandais, où il fit fleurir la discipline ecclésiastique. Entré à la Chancellerie du Vatican, il dirigea pendant quinze ans les affaires religieuses de sa nation. Mgr Crolly, archevêque d'Armahg, étant mort en 1849, la nomination de son successeur donna lieu parmi les Évêques ses suffragants à des opinions diverses, et le Pape Pie IX voulu en terminer en nommant, le 8 janvier 1850, par motu proprio, Mgr Cullen Archevêque d'Armagh et Primat de l'Église Catholique d'Irlande. Le docte et zélé Prélat dans ses Lettres pastorales s’est élevé contre le système d'éducation mixte [catholique-protestant] imposé par le gouvernement dans les Universités et dans les Collèges récemment institués, opposant aux lois humaines le jugement de l'infaillible Chef de la chrétienté et demandant la pleine obéissance au Saint Père. Il fut transféré d'Armagh à l'Archevêché de Dublin en mai 1852 et fait Cardinal du titre de San Pietro in Montorio le 22 juin 1866. 

On dit de lui à juste titre qu’il est « un gentleman anglais, adouci par la bonne grâce irlandaise et la piété catholique. » Il descend d'une noble famille qui resta fidèle, au prix des plus grands sacrifices, à la Sainte Eglise Romaine.

[Le Cardinal Cullen est mort à Dublin le 24 octobre 1878.]

Cardinaux prêtres :  
XVII. Le Cardinal Gustav-Adolf de HOHENLOHE-SCHILLINGSFÜRST

Le Cardinal Gustave-Adolphe de Hohenlohe-Schillingsfürst

Gustav-Adolf de Hohenlohe-Schillingsfürst est né à Rothenburg ob der Tauber le 26 février 1823. Dans les premiers temps de sa prêtrise [il fut ordonné prêtre le 25 août 1849 des mains mêmes de Pie IX] il parcourut les degrés de la prélature romaine : il fut témoin de la magnanimité de Pie IX en 1848, et de la noire ingratitude qu’il reçut en retour, et il l'accompagna dans son exil et à son retour de Gaète. Après être revenu à Rome avec le Pape, il fut préconisé en 1857 Archevêque d'Edesse et fut choisi comme grand aumonier du Saint Père. Dans cette charge il se montra toujours pieux, modeste et excellent ecclésiastique. Sa Sainteté le Pape Pie IX, au Consistoire du 22 juin 1866, le créat Cardinal du titre de Santa Maria en Traspontina. Une indisposition de santé le força à abandonner Rome et à retourner en Allemagne. Mais puisque les Cardinaux sont tenus de résider à Rome, il y revint, démentant ainsi les injurieux soupçons jetés contre lui par une presse ennemie de l'Église et des honnêtes gens.

La vie du Cardinal Hohenlohe, de l’aveu même de ses adversaires, fut toujours sans tache. Dernièrement il fut créé par Léon XIII Archiprêtre de la Basilique Libérienne, Sainte Marie Majeure, [et évêque d'Albano].

[Le Cardinal de Hohenlohe est mort à Rome le 30 octobre 1896.]

Cardinaux prêtres :  
XVIII. Le Cardinal Lucien BONAPARTE

Le Cardinal Lucien Bonaparte

Lucien Louis Joseph Napoléon Bonaparte est né à Rome le 28 novembre 1828, de Carlo, prince de Canino et de Musignano, et de Zénaïde, fille de Joseph Bonaparte, roi de Naples puis d'Espagne. Lucien Bonaparte eut pour parrain celui qui fut plus tard Napoléon III, et fut baptisé par le Cardinal Fesch, Archevêque de Lyon, oncle de Napoléon Ier, famille qui trouva une pieuse et généreuse hospitalité à l'ombre du Vatican dans les jours de malheur. Le prince Lucien Bonaparte avait à peine vingt ans lorsqu’il vit Pie IX forcé de fuir Rome par l'ingratitude des hommes, et il le vit y revenir triomphant. Dans les jours de la République Lucien Bonaparte demeura à Naples, puis il vint à Rome où il continua quelque temps à mener une vie très pieuse, jusqu'à ce que malgré les hésitations de sa délicate conscience, Pie IX l'ordonna prêtre et le nomma camérier secret et protonotaire apostolique. Le 13 Mars 1868, le même Pie IX ayant remarqué ses grandes vertus sacerdotales, et voulant marquer son estime et son affection envers Napoléon III, qui avait expédié son armée pour défendre Rome, le créa Cardinal du titre de Santa Pudenziana en octobre 1867. La pourpre sacrée fit briller davantage encore la belle lumière des mérites du Cardinal Bonaparte. On loue beaucoup son désintéressement. Il se défait avec une sainte indifférence de ses biens pour les œuvres de bienfaisance et les beaux-arts, comme l’attestent les superbes restaurations accomplies par son ordre à Sainte Pudentienne. A Rome, il est connu pour sa charité.

[Le Cardinal Bonaparte est mort à Rome le 19 novembre 1895.]

Cardinaux prêtres :  
XIX. Le Cardinal Innocento FERRIERI

Le Cardinal Innocento Ferrieri

Le 14 septembre 1810 naissait à Fano, dans les Marches, Innocento Ferrieri, qui devait rapidement être élevé à de grandes charges dans l'Église à cause de sa doctrine et de sa piété. Admis parmi les chapelains pontificaux, le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d'État de Grégoire XVI, ne tarda pas à connaître ses talents de perspicacité, d'intelligence et de générosité. Il lui donna à exercer diverses nonciatures. Internonce en 1847, Pie IX le préconisa Archevêque de Sida au Consistoire du 4 octobre 1847, le consacrant le 10 du même mois dans la chapelle Pauline au palais apostolique du Quirinal. Il l'envoya en Turquie avec une mission extraordinaire auprès du Sultan Abdul-Medijd, pour le remercier des hommages présentés par ce Souverain au Pape à l'occasion de son élection. Mgr Ferrieri alla à Constantinople sur un paquebot de la marine militaire sarde, mis à la disposition du Saint Père par le roi Charles Albert en cette circonstance. Il fut accueilli par la Porte avec de grands égards. À son retour il fut nommé Nonce à Naples, puis, lors de la promotion à la pourpre sacrée du cardinal Di Pietro, transféré à Lisbonne. Dans ses deux nonciatures il se montra d’une grande prudence et d’une grande habileté pour mener à terme de très difficiles négociations diplomatiques. Pie IX le créa Cardinal le 13 Mars 1868 avec le titre de Santa Cecilia, le nommant aux plus importantes Congrégations, notamment celle des Évêques et Réguliers, pendant la longue maladie de l'éminent cardinal Bizzarri.

Le cardinal Ferrieri est infatigable dans les multiples occupations de ses diverses charges. Il est apprécié pour sa très grande amabilité à Rome, où il jouit d’une grande réputation de doctrine et d'expérience.

[Le Cardinal Ferrieri est mort à Rome le 13 janvier 1887.]

Cardinaux prêtres :  
XX. Le Cardinal Giuseppe BERARDI

Le Cardinal Giuseppe Berardi

La science du droit canonique et du droit civil ont introduit Giuseppe Berardi dans le Sacré Collège des Cardinaux. Il est né à Ceccano le 28 septembre de 1810 et a fait ses premières études au Collège de Ferentino qu’il a poursuivi ensuite à Rome au Collége Romain. Il a été auditeur à l'Université de la Sapiens comme jurisconsulte, et est devenu un avocat de grande valeur, hautement apprécié des cardinaux Lambruschini, Mattei et Polidori. Le Pape Grégoire XVI, le 28 novembre 1844, le nomma au tribunal suprême de la Sacrée Consulte, et l'année d’après juge à la Chambre apostolique. En 1848 il suivit Pie IX à Gaète, et sur le commencement de 1849 il fut chargé par le Pape de la très honorable tâche de rétablir le Gouvernement Pontifical. Aidé des troupes espagnoles et napolitaines il rétablit l’autorité du Pape dans les provinces maritimes de la région de Rieti et d’une partie de la Comarca et de l'Ombrie. Il a eu l'éminent honneur de recevoir le Pape Pie IX, près de Terracine, en avril 1850 lorsque ce dernier revenait à Rome. Un an après, en avril de 1851, il fut nommé substitut au secrétaire d'État, et en 1857 il accompagna Pie IX dans son glorieux voyage à travers l'Italie centrale. En 1862, Mgr Berardi, préconisé le 7 d'avril Archevêque de Nicée, fut désigné comme Nonce apostolique auprès de l'Empereur de Russie ; mais l’état d'esprit des schismatiques ne lui permit pas d’accomplir sa mission. Resté à Rome, Pie IX en reconnaissance de ses services, le créa et publia Cardinal de l'Ordre des prêtres au Consistoire du 13 Mars 1868, lui conférant le titre de San Pietro e Marcellino. La même année 1868, le 19 Mars, Pie IX le choisit comme ministre du commerce et des beaux-arts. Pendant le Concile du Vatican le cardinal Berardi, sollicité d'un autographe, écrivit cette belle sentence de St Ambroise à propos du vaisseau de l'Église : « Quae in alto saeculi istius natat, ut pereunte mundio, omnes quos suscepit, servet illaesos. »

Il aimait l'étude à laquelle il s’adonnait de manière infatigable, si bien qu’il sortait rarement de sa maison. Ces dernières années son état de santé s’est dégradé. Durant l'été 1877 il s’est rendu en Piémont pour consulter un médecin sur le mal qui gênait sa respiration. Toutefois, rien ne laissait craindre qu'il pût être si voisin de la mort. Il fut douloureusement touché par celle de Pie IX, et sa santé s’en ressentit gravement. Un coup d'apoplexie lui enleva la vie la nuit du 6 avril 1878, alors qu'on se disposait à lui donner la haute charge de Camerlingue du Sacré Collège en remplacement du cardinal Ferrieri.

Cardinaux prêtres :  
XXI. Le Cardinal Giovanni Ignazio MORENO

Le Cardinal Giovanni Ignazio Moreno

Le cardinal Giovanni Ignazio Moreno est né au Guatémala, en Amérique centrale, le 24 novembre 1817. Son père était conseiller à la Cour d'appel de Madrid. A la fin de sa jeunesse, sa doctrine et sa pitié étant déjà très en renom, il fut appelé à professer le droit canonique. En 1849 il embrassa l'état ecclésiastique et devint rapidement archidiacre de Burgos et auditeur au tribunal suprême de la Nonciature apostolique de Madrid. Ces fonctions lui permettaient d’occuper l’un des Sièges épiscopaux d'Espagne, et Sa Sainteté Pie IX, au Consistoire du 25 septembre 1857, le préconisa Évêque d'Oviedo. Son habileté et ses vertus lui méritèrent d'être transféré à l'Archevêché de Valladolid le 1er octobre 1863. Lorsque le roi Alfonse XII renoua les anciennes relations qui existaient entre le Saint-Siège et le Gouvernement de la reine Isabelle sa mère, on pensa pourvoir le siège de l'église archiépiscopale de Tolède, la première parmi les sièges d'Espagne ; le choix tomba sur Giovanni Ignazio Moreno, qui, le 13 Mars 1868, fut créé Cardinal du titre de Santa Maria della Pace.

Le cardinal Moreno est renommé pour ses sages lettres Pastorales et ses éloquents discours dans lesquels il a toujours soutenu les droits du Saint-Siège. Il a la majesté espagnole ornée de la douceur sacerdotale. Il a hérité de sa famille l'affection et la dévotion envers l'Église qu’il a noblement défendue dans son ouvrage nell’Ensayo sobre la supremacia del Papa con respecto à la institucion de los Obispos.

[Le Cardinal Moreno est mort à Madrid le 28 août 1884. Il fut inhumé à Tolède.]

Cardinaux prêtres :  
XXII. Le Cardinal Raffaele MONACO LAVALETTA 

Le Cardinal Raffaele Monaco Lavalletta

Raffaele Monaco Lavalletta est né à Aquila le 23 février 1827 d’une famille de Chieti très considérable par sa noblesse et ses richesses. Il alla à Rome dès son jeune âge, où en présence du Saint Père le Pape Pie IX, il a fait resplendir la sagesse de ses études à l'occasion de sa licence doctorale en théologie et dans les deux droits. Désigné à la Prélature Romaine, Pie IX le nomma assesseur du Tribunal de la Sainte Inquisition Romaine et Universelle et le promu Archevêque d'Eraclés. Au Consistoire du 13 mai 1868 il le revêtit de la pourpre sacrée, en lui conférant le titre de Santa Croce in Gerusalemme. Plus tard il fut élu Abbé commendataire perpétuel et ordinaire de Subiaco et secrétaire des Mémoriales de Sa Sainteté. A la mort du cardinal Patrizi, en décembre 1876, la charge de Vicaire général de Rome étant vacante, Pie IX la conféra au cardinal Monaco, la réputation de piété et de prudence dont il était orné le rendant digne de succéder à cet illustre Prélat. Durant une brève période de vingt mois l’éminent Monaco a su gagner l'estime et l'affection de tous ceux avec lesquels il a eu à traiter, et il tient son nom aussi dignement que celui de tant d'autres de ses prédécesseurs. Louis Teste, dans le Siècle de Milan du 17 février, écrit de lui : « L’éminent Lavalletta ne fait pas comme ceux qui considèrent la vie comme âpre et difficile à parcourir, et qui trouvent un parterre fleuri pour s’étendre et se reposer en répétant avec joie : Deus mihi hanec otia fecit de l’auteur latin. Pour Lavalletta la vie est un travail incessant. Très riche et très puissant, il se lève à quatre heures du matin, été comme hiver ; il dit sa messe et fait sa méditation. Il se met ensuite au travail ; à huit heure il donne audience, puis se rend à ses bureaux, et ne retourne chez lui qu’au crépuscule pour écrire. Une vie aussi active nous donne le secret de sa chasteté. Les tentations sont pour ceux qui les attendent dans l'oisiveté. »

Lorsqu’il fut élu, Léon XIII demanda au cardinal Monaco si sa charge était à vie ou si elle cessait à la mort du Pontife régnant : Elle est à vie, répondit le cardinal. S'il en était autrement, répliquât le Saint Père, je vous nommerais mon Vicaire à cet instant.

Le Saint Père a pu déjà expérimenter l’habilité de cet éminent Prélat dans beaucoup d’affaires délicates qu’il sut traiter avec une sagesse et une prudence admirables. Qui s'approche du cardinal Monaco trouve un père qui conseille, un ami qui aide, un supérieur qui cherche à secourir et à faire du bien à qui il peut, et du mal à personne.

[De 1884 à 1889 le Cardinal Monaco Lavalletta est secrétaire de la Congrégation de l'inquisition universelle et de 1889 jusqu'à sa mort il est préfet de la Congrégation des cérémonies. Avec sa nomination comme cardinal-évêque d'Ostie en 1889, il devient doyen du Collège des cardinaux. Il meurt à Rome le 14 juillet 1896.]

Cardinaux prêtres :  
XXIII. Le Cardinal Moraes CARDOSO

Le Cardinal Moraes Cardoso

Ignazio do Nascimento Moraes Cardoso est né à Murca, archidiocèse de Braga, le 20 décembre 1811. Il était chanoine de la basilique patriarcale de Lisbonne et trésorier de la chapelle royale lorsque le Saint Père Pie IX le préconisa Évêque de Pare au Consistoire du 28 septembre 1863. A la mort du Cardinal Rodriguez, il fut transféré le 23 avril 1871 au Patriarcat de Lisbonne et promu à la pourpre sacrée le 22 décembre 1873. Le Cardinal Moraes Cardoso s'employa beaucoup pour que l’on célèbre solennellement au Portugal le jubilée épiscopal de Pie IX en 1877, et à cette occasion il s’est rendu à Rome pour recevoir le chapeau cardinalice qui lui fut conféré le 25 juin de 1877, du titre de l'église de Santi Nereo e Achilleo martiri. Depuis la fin de 1873, il a pour suffragant Mgr Giuseppe De Fieitas Honorato, Archevêque de Mytilène, qui partage avec lui les soins de l'administration du Patriarcat et celui de gagner les âmes à Dieu.

[Le Cardinal Cardoso est mort à Lisbonne le 23 février 1883.]

Cardinaux prêtres :  
XXIV. Le Cardinal René François REGNIER

Le Cardinal René François Régnier

Il est le plus vieux des Cardinaux du Saint Siège, étant né à Saint Quentin, au diocèse d'Angers, le 17 Juillet de 1794. Il compte trente-six ans d'épiscopat, et au milieu des honneurs de l'Église il a conserver une aimable simplicité qui le fait aimer de tous. Le 22 Juillet 1842 Grégoire XVI le préconisait Évêque d'Angoulême, et Pie IX, le 30 septembre de 1850, le transférait à l'Archevêché de Cambrai rendu vacant par la mort du Cardinal Giraud. Pasteur d'un des plus vastes et des plus riches diocèses de France, il veut promouvoir toutes les œuvres visant à la gloire de Dieu et au bien de l'Église. C’est à lui que l’on doit que le dernier de Saint Pierre a recueilli dans cette partie de la France le plus grand nombre d’offrandes, méritant à cet archidiocèse de Cambrai d’être proposé en modèle de générosité pour les besoins du Vicaire de Jésus-Christ. Par ailleurs, c’est à l'éminent Cardinal Regnier que l'Université catholique doit d’avoir été fondée il y a trois ans à Lille, et depuis peu érigée canoniquement par le Pape Pie IX. Dans cette entreprise, il trouva un zélé coadjuteur dans la personne de son suffragant, Mgr Lequette, Évêque d'Arras, et ce sont les efforts réunis de ces deux Évêques qui ont obtenu cet heureux résultat.

Le Cardinal Régnier, homme vraiment apostolique, est d'une charité sans borne, donnant aux pauvres tout ce qu’il possède, croyant ne rien posséder, comme l’écrivait Luigi Teste dans son livre Préface au Conclave, puisqu’il destine aux pauvres tout son patrimoine. Pie IX le créa Cardinal dans la première promotion faite après 1870, au Consistoire du 22 décembre 1873, et il lui a conféré le titre presbytéral de Santissima Trinità al Monte Pincio. Il fut le dernier Cardinal étranger qui alla visiter le Saint Père dans les derniers jours de sa vie, et Pie IX l'accueillit en s’exclamant : Hourra Cambrai ! Hourra Lille ! Au mois de janvier le Cardinal Régnier est passé à Turin en revenant de Rome, et questionné sur la santé du Saint Père, il a manifesté de tristes pressentiments : Je crains, disait-il, de devoir repasser ici d’ici dix jours en retournant à Rome pour le Conclave !

[Le Cardinal Régnier est mort à Cambrai le 3 janvier 1881]

Cardinaux prêtres :  
XXV. Le Cardinal Flavio CHIGI 

Le Cardinal Flavio Chigi

Flavio prince Chigi, oncle du prince Mario Chigi qui fut custode du Conclave et maréchal du Saint Siège, est né à Rome le 31 mai 1810 d'Agostino Chigi et d'Amalia princesse Barberini. Après avoir fait partie du Corps des gardes-nobles de Sa Sainteté, il est entré en 1850 au Séminaire de Tivoli à l’âge de quarante ans. Pie IX l’intégra rapidement à la prélature romaine en le nommant camérier-secret et en lui conférant un canonicat à la Basilique du Vatican. Le 19 juin 1856 il le nomma Archevêque de Mire, puis, à l'automne suivant, il l’envoya comme Nonce apostolique extraordinaire au couronnement du Czar Alexandre II. Mgr Chigi fut honorablement accueilli par l'Empereur et la société russe. Il fut nommé ensuite à la Nonciature de Bavière et à la fin de 1860 à celle de Paris, où il demeura quatorze ans. Au palais des Tuileries, il fut aimé de Napoléon III, et il sut se montrer bienveillant dans la défense énergique des droits du Saint-Siège au milieu des méandres de la politique impériale. Il soutint avec dignité et splendeur son office, et, toujours égal à lui-même, il vit, pendant sa Nonciature, la chute de l'Empire, l’entrée des Prussiens à Paris et les horreurs de la Commune. En de telles circonstances il sut garder une très prudente retenue et obtint d’importantes concession pour la religion en France. Ses mérites le désignaient naturellement au Cardinalat, mais l'avantage de laisser la Nonciature de Paris entre les mains d’un tel personnage, possédant en France une si grande autorité, fit différer cette promotion. Ce n’est que le 22 décembre 1873 que Pie IX le créa Cardinal du titre de Santa Maria del Popolo, et à la mort de l’éminent Patrizi, il le nomma grand Prieur à Rome de l'Ordre des hiérosolomytains et archiprêtre de la basilique patriarcale Du Latran.

[Le Cardinal Chigi est mort à Rome le 15 février 1885.]

Cardinaux prêtres :  
XXVI. Le Cardinal Alessandro FRANCHI

Le Cardinal Alessandro Franchi

Alessandro Franchi, romain, est né le 25 juin 1819, et, auditeur en philosophie et en théologie, il devint, encore tout jeune, référendaire et prélat domestique de Sa Sainteté. Ses belles qualités n’échappèrent pas à l'œil vigilant de Pie IX, qui, le préconisa Archevêque de Thessalonique le 19 juin 1856, avant de l’envoyer Nonce à Florence puis à Madrid, où il avait déjà demeuré quelques années auparavant. Il y avait pris une part très active à la conclusion du Concordat de 1851, dans lequel furent négociés d'importants accords entre les deux pouvoirs en Espagne. Mgr Franchi revint à Rome au moment où se déroulèrent les évènements désastreux pour l'Église et pour la reine Isabelle. Il y séjournât quelque temps avant d’être envoyé, en 1871, à Constantinople, en qualité d'ambassadeur extraordinaire pour aplanir les difficultés survenues à l'occasion du schisme arménien. Accueilli avec de très grandes démonstrations d'honneur tant par la Sublime Porte et que par les Catholiques, tout annonçait que sa mission serait couronnée de la plus heureuse réussite. Mais ces espoirs ne se confirmèrent qu'en partie. Pie IX le créa Cardinal le 21 décembre 1873, avec le titre de Santa Maria in Trastevere, lui confiant l’année suivante la très importante charge de Préfet général de la Congrégation de la Propagation de la Foi et de la Congrégation des affaires du Rite oriental. Pie IX eut recours à lui dans différentes négociations avec les puissances étrangères, et il eut d’intimes relations avec le cardinal Pecci. Lorsque celui-ci fut élu Souverain Pontife, il appela l'Eminentissime Franchi à la délicate et importante charge de Secrétaire d'État. Frappé d'une fièvre pernicieuse, après avoir rendu tant de services signalés au Saint-Siège durant le peu de temps durant lequel il occupa cette charge, il rendit son âme à Dieu, dans la résignation à Sa volonté, la nuit du 31 juillet dernier, entouré des regrets de toute l'Église.

Cardinaux prêtres :  
XXVII. Le Cardinal Joseph Hippolyte GUIBERT

Le Cardinal Joseph Hippolyte Guibert

L'illustre Archevêque de Paris est né à Aix le 13 décembre 1802. Après ses études, il est entré dans la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, institut dans lequel il s’est attiré l’estime de tous pour ses vertus et l’étendue de sa science. Il fut choisi par l'Évêque d'Ajaccio comme recteur de son Séminaire, puis comme Vicaire général. Le 14 janvier de 1842, il a été préconisé Évêque de Viviers par le Souverain Pontife Grégoire XVI. Imprégné des doctrines romaines, on le vit alors se réjouir dans ses lettres pastorales de ce que l'ancien gallicanisme n'existait plus en France, que c’était désormais un mot vide de sens et qui avait été abandonné dans l'enseignement de presque tous les Séminaires français. Mgr Guibert mérita d’être transféré par le Pape Pie IX, au Consistoire du 19 mars 1857, à l'église de Tours, d’où il fut transféré à l'Archevêché de Paris le 27 octobre 1871. En 1870 Sa Sainteté Pie IX lui adressa un très beau bref en l'excitant à s'employer auprès du gouvernement de la Défense Nationale pour mettre un terme à l’inutile effusion de sang et à conclure la paix au plus vite. A Paris, le très zélé Mgr Guibert s’employa toujours à apaiser les esprits et à rendre moins douloureux les malheurs qui avaient frappé sa nation. Il prit noblement la défense de son clergé calomnié, et il demanda plus d'une fois aux ministres qui persécutaient ses fils, tel le Divin Maître : Cur me caedisPourquoi me frappes-tu ? Sa Sainteté Pie IX le créa et publia cardinal au Consistoire du 22 décembre 1873, lui conférant le titre de San Giovanni a Porta Latina. Tous ceux qui le connaissent, en plus de son esprit très cultivé et de ses écrits vigoureux et élégants, admirent en lui sa simplicité de vie et sa mortification semblable à celle d'un ermite, comme on a pu le dire.

[Le Cardinal Guibert est décédé le 8 juillet 1886. Selon son désir il fut enterré dans la crypte du Sacré-Cœur et non dans celle de la cathédrale Notre-Dame comme il est d'usage pour les archevêques de Paris.]

Cardinaux prêtres :
XXVIII. Le Cardinal Luigi OREGLIA

Le Cardinal Luigi Oreglia

Luigi Oreglia dei Baroni di S. Stefano vient du Piémont, comme le cardinal Bilio. Il est né en effet à Benevagenna dans le diocèse de Mondovi le 9 juillet 1828. Il a fait ses études théologiques à Turin sous la direction de nos éminents professeurs, qui en admiraient l'esprit de perspicacités et l'amour infatigable du travail. Il est ensuite passé à Rome, à l'Académie ecclésiastique, où il a terminé son éducation religieuse, s’adonnant à l'étude des langues et principalement de l'allemand qu’il maîtrise très bien. Entré dans la prélature, il fut nommé référendaire de la signature de justice le 15 avril 1858, et envoyé comme internonce à la Cour de Hollande. Puis il est passé au Portugal, après avoir été préconisé Archevêque de Damiette, succédant dans cette importante charge diplomatique à l'éminent cardinal Perrieri. Il trouva au Portugal certaines traditions de Pombal, qu’il combattit avec beaucoup d’intelligence et de courage. Aussi ne réussit-il pas à se faire aimer. Il est retourné à Rome, où, pour montrer qu’il n’avait rien à se reprocher dans sa légation du Portugal, le Saint Père le créa et publia Cardinal au Consistoire du 22 décembre 1873, du titre de Santa Anastasia, et le nomma préfet de la Sacrée Congrégation des indulgences et des sacrées reliques. Le Cardinal Oreglia a les nobles manières d’un gentilhomme s’ajoutant aux vertus d’un prêtre exemplaire. Pie IX l'eut toujours en grande affection, et aimait sa conversation pleine de retenue et de grâce. Il va doucement pour s'engager dans une affaire, mais lorsqu’il l’exécute il ne s’occupe plus ni des fatigues et ni des désagréments pourvu que cela réussisse. Il fait beaucoup d’aumônes. Le nouveau Pontife le tient en grande considération, et il l’a confirmé dans sa charge de préfet de la Sacrée Congrégation des Indulgences et des sacrées reliques

[Le Cardinal Luigi Oreglia fut évêque d'Ostie et doyen du Collège des cardinaux de 1896 jusqu'à sa mort, à Rome, le 7 décembre 1913. A la mort du Pape Léon XIII en 1903, il était le seul cardinal survivant des cardinaux créés par Pie IX.]

Cardinaux prêtres :  
XXIX. Le Cardinal Janos SIMOR

Le Cardinal Giovanni Simor

L'éminent Cardinal Janos Simor est né à Alba Reale (Hongrie) le 23 d'août de 1813. Il a été préconisé Évêque de  Győr (Raab) par Sa Sainteté Pie IX au Consistoire du 17 Mars 1857. Fidèle en tout à l'Église et au Souverain Pontife, il intervint en 1863 au troisième centenaire du Concile de Trente, qu'on célébra dans cette ville, et il souscrivit avec le Cardinal Schwarzenberg et bien d’autres Évêques qui se trouvaient à ces célébrations, une très belle adresse au Saint Père. Ce noble hongrois défens toujours la liberté des fils de Dieu, aimable et fort, il est grand et charitable. Au Consistoire du 22 février 1867 il a été promu à l'archevêché de Esztergom [devenant ainsi Primat de Hongrie], et six ans après, le 22 décembre 1873, il a été créé et publié Cardinal du titre de San Bartolomo all'Isola. Il parle le latin avec grande facilité et élégance, même en conversation privée, et il n'a au cœur d'autres affections que celle de l'Église et de la patrie

[Le Cardinal Janos Simor est mort le 23 janvier 1891].

Cardinaux prêtres :
XXX. Le Cardinal Tommaso Maria MARTINELLI

Le Cardinal Tommaso Maria Martinelli

Tommaso Maria Martinelli, né à Lucques le 3 février 1827, est entré dès l’âge de seize ans dans l'Ordre des Ermites de Saint Augustin. Il s’y est montré toujours un modèle de bonté, de discipline et de science de sorte qu’il fut désigné pour enseigner aux novices la pitié et la doctrine. Les supérieurs de l'Ordre ne tardèrent pas à le promouvoir aux charges les plus importantes, il fut régent des études du Collège de Saint Augustin à Rome, secrétaire et assistant du général de l'Ordre. Son activité ne se renferma pas dans le cloître. Il fut en effet professeur de théologie au collège romain de la Sapienza, consulteur de la Congrégation de l'Index, membre de l'Académie romaine de religion catholique, examinateur au concours de l'œuvre de bienfaisance Carolina, proviseur du Collège théologique, et finalement théologien au Concile du Vatican. Avant de se voir confier ces attributions importantes et variées, le P. Martinelli exerça avec pitié et zèle l’office de sacristain dans l'église de Sant'Agostino de Rome, employant tout son zèle à l'accroissement de la beauté du culte dans la Maison de Dieu. Ce fut lorsqu’il exerçait cette fonction qu'il reçut du cardinal Bilio l'annonce que le Saint Père voulait lui donner la Pourpre Sacrée. L’humble religieux ne voulait pas croire à un si grand honneur dont il se croyait indigne, il s'agenouilla en pleure au pied de la statue de la Madonne du Sansovino dans son église, mais on le releva Cardinal. Et il fut créé d'abord de l'Ordre des diacres avec le titre de San Giorgio in Velabro, mais au Consistoire du 22 décembre de 1873 il passa dans l’ordre des Cardinaux prêtres avec le titre de Santa Prisca. Il appartient à diverses et importantes Congrégations : il fut quelque temps pro-préfet de la Congrégation des Études pendant la longue maladie du cardinal Capalti, puis préfet de celle des Rites à la place du cardinal Bilio devenu pénitencier majeur. Léon XIII l’a constitué préfet de la sacrée Congrégation de l'Index.

[Le Cardinal Martinelli fut camerlingue du Sacré Collège en 1883 et 1884. Il meurt le 30 mars 1888 à Rome. Il était le frère aîné du cardinal Sebastiano Martinelli, membre comme lui de l'ordre des ermites de St Augustin et nommé Cardinal par le Pape Léon XIII en 1901.]

Cardinaux prêtres :
XXXI. Le Cardinal Roggero ANTICI-MATTEI

Le Cardinal Roggero Antici-Mattei

Pie IX a revêtu de la pourpre sacrée Roggero Antici-Mattei, le réservant in pectore, au Consistoire du 17 mars 1875, puis en le publiant dans celui du 17 septembre de la même année. C’est un très pieux Prélat, appartenant à la noble famille des Antici de Recanati et à la très noble famille des Mattei de Rome, dont les membres ont souvent joui d’honneurs très signalés de la part des Pontifes Romains, en particulier celui de l'ancien privilège de custode du Conclave. Clément XI a nommé Princes Romains en 1719 les chefs de la famille Mattei qui avaient déjà le titre de Ducs de Giove. Nombreux sont les Cardinaux de la famille Mattei qui ont déjà fleuris dans le Sacré Collège. La mémoire d'Alexandre, archevêque de Ferrare, est encore vivante et respectée pour son comportement exemplaire lors des turbulences révolutionnaires du siècle passé et qui, à cause de son affection envers Pie VII, fut exilé par Napoléon à Rethel, et privé de ses rentes et bénéfices. Le Cardinal Roggero Antici-Mattei dont nous parlons, est né à Recanati le 23 Mars de 1811. Il était doyen des chanoines du Chapitre de la basilique patriarcale du Vatican, prélat domestique de Sa Sainteté, protonotaire apostolique surnuméraire et secrétaire de la sacrée Congrégation consistoriale et du Sacré Collège, lorsque le Saint Père Pie IX le préconisa patriarche de Constantinople au Consistoire du 8 janvier 1866. Créé Cardinal, comme il a été dit plus haut, il lui fut conféré le titre presbytéral de San Lorenzo in Panisperna. La simplicité de ses rapports, sa bonté d'esprit, la pureté de ses mœurs, son humilité et sa pitié lui apportent l’estime et l’amour de tous ceux qui l'approchent. Malheureusement ses infirmités lui défendent d'accomplir à tout le bien qu'il désirerait faire de grand cœur

[Le Cardinal Antici-Mattei est mort le 21 avril 1883 à Rome].

Cardinaux prêtres :
XXXII. Le Cardinal Pietro GIANNELLI

Le Cardinal Pietro Giannelli

Pietro Giannelli est né dans une modeste famille de Terni le 11 août 1807. Ordonné prêtre, il a parcouru honorablement la carrière prélatrice, en montrant toujours dans les divers offices qu’il a occupé un zèle constant et éclairé et une ferme pitié. Il est très versé dans le droit canonique et dans les littératures latine et italienne. En mars 1858 le Secrétariat d'État a nommé Mgr Giannelli nonce apostolique auprès de la Cour de Naples en remplacement du cardinal Ferrieri, transféré à Lisbonne. Il a occupé cette fonction jusqu'à ce que le roi Ferdinand II ayant été forcé de s'éloigner de ses Etats, il dut revenir à Rome. La nonciature de Mgr Giannelli à Naples marque une page glorieuse dans l'histoire ecclésiastique de ce Règne. Il a en effet appuyé l'œuvre du cardinal Riario Sforza et de ses collègues dans l'Épiscopat, pour obtenir du roi Ferdinand II plusieurs mesures visant à rendre à l'Église sa liberté diminuées par les théories de Tannucci qui dominaient jusque-là dans les Conseils de la Couronne. Revenu à Rome, Mgr Giannelli est devenu secrétaire de la Sacrée Congrégation du Concile, et, le 15 Mars 1875, il a été créé et publié Cardinal du titre de Sant’Agnese fuori le mura. Il appartient à la Sacrée Congrégation romaine et universelle de l’Inquisition, à celle des affaires ecclésiastiques extraordinaires, à celle des Évêques et Réguliers et à d’autres encore. Louis Teste l'appelle « un des membres les plus érudits du Sacré Collège » et il dit admirer chez lui le zèle, la pitié, la modestie et en particulier cette amabilité, « qui est le propre des anciens Prélats de Rome. »

[Le Cardinal Gianneli a également été secrétaire de la Commission préparatoire du concile de Vatican I entre 1864 et 1868. Il est décédé le 5 novembre 1881.]

Cardinaux prêtres :
XXXIII. Le Cardinal Mieczysław Halka LEDOCHOWSKI

Le Cardinal Mieczysław Halka Ledóchowski

Descendant d'une famille aussi grande par la pitié que par la noblesse, Mieczysław Ledóchowski en a poursuivis les traditions et en a augmenté la gloire par sa générosité dans la défense des droits de l'Église et sa vie intègre de prêtre et d'Évêque. Il est né à Gorki, petite ville du Palatinat de Sandomir en Pologne, le 19 octobre de 1822. Il fut éduqué dans la maison paternelle sous la direction de sa mère qui mourut dans un couvent de Franciscaines après avoir professé la règle du tiers-ordre. Il fut ensuite scolarisé à Varsovie et entra au séminaire de cette ville à dix-huit ans. A la fin de ses études à l'Académie des nobles ecclésiastiques à Rome, il fut ordonné prêtre dans la basilique de Saint Jean de Latran le 13 Juillet 1845. Nommé par Pie IX Prélat domestique, il fut auditeur de nonciature à Lisbonne, puis nommé délégué apostolique de la Nouvelle Grenade en 1853 où il demeura 5 ans. Revenu à Rome il fut préconisé Archevêque de Tèbe et Nonce en Belgique ; vers la fin de 1865 Pie IX le proposa aux suffrages des deux Chapitres de Poznan et de Gnesen, et il fut élu Archevêque par acclamation et reconnu officiellement par le Gouvernement prussien. Mgr Ledochowski a gouverné avec grande sagesse ses archidiocèses en s’efforçant de conserver les meilleures relations avec l’Etat. En 1870, étant à Versailles auprès du Roi de Prusse [lors de défaite française de 1870] il prit l’initiative très noble de le solliciter à soutenir le Souverain Pontife : son œuvre fut inutile, mais Pie IX lui sut gré de sa tentative. Les lois anticléricales étant décrétées à Berlin, l'Archevêque de Poznan avec tout le clergé allemand refusa de les reconnaître, ce qui fut l’origine d’un conflit qui dure depuis cinq ans à la gloire des catholiques d'Allemagne sous l'égide de l’Épiscopat. Tous savent que, le 3 février  1874, Mgr Ledochowski fut, de nuit, arraché à son siège et enfermé dans une prison où il reçut la Pourpre conférée par le Saint Père au Consistoire du 15 mars 1875. Le cardinal Ledochowski sortit de la prison d'Ostrowo en février 1876 et il vint se réfugier à Rome prés du Saint Père, qui lui a conféré le titre de Santa Maria in Ara coeli  et l'a affecté à diverses Congrégations. Le voyage de son diocèse à la Ville Éternelle fut une série continue d’hommages rendus au valeureux champion des droits de l'Église. Le Chancelier de l'Empire allemand aurait voulu le faire éloigner de Rome, où sa présence avait une très haute signification, mais Pie IX a accueilli le Cardinal au Vatican s’opposant ainsi à toute nouvelle menace de persécution.

[Lorsque le Kulturkampf s'apaise, le nouveau pape Léon XIII consent à admettre la démission du Cardinal Ledochowski en 1885 pour que puisse être nommé un nouveau pasteur aux archevêchés de Poznan et Gnesen. Il est nommé préfet de la Sacrée congrégation de la propagande de la foi en 1892, office qu'il remplit jusqu'à sa mort. En 1893 Guillaume II se rend en visite officielle auprès du pape, le Kulturkampf est officiellement terminé. Le Cardinal Ledochowski décède le 22 juillet 1902 à Rome. Ses cendres reposent dans la cathédrale de Poznan. Son cœur se trouve derrière une plaque commémorative portant son portrait dans la Cathédrale de Gniezno où furent couronnés les cinq premiers rois de Pologne.]

Cardinaux prêtres : 
XXXIV. Le Cardinal John MAC-CLOSKEY

Le Cardinal Giovanni Mac-Closkey

Il a été le premier américain à entrer dans le Sacré Collège. Né à Brooklyn le 20 Mars 1810, il s’est rendu à Rome où il a passées quelques années pour y apprendre la théologie et le droit canonique. Revenu aux Etats-Unis, il s’est consacré aux Missions. Grégoire XVI le préconisa Évêque d'Axièri in partibus infidelium le 21 novembre 1843. Pie IX le transférera à Albany le 21 mai 1847 puis, le 5 mai 1864, le promut Archevêque de New York. Il eut une large part dans l'organisation des diocèses aux Etats Unis qui se sont multipliés en peu de temps. Aimant d’une paternelle affection ses fils au-delà de l'Atlantique, Pie IX le créa et publia Cardinal au Consistoire du 17 Mars 1875, lui conférant, lorsqu’il vint en Italie, le titre presbytéral de Santa Maria sopra Minerva. Cette promotion de l'Archevêque de New York au cardinalat fut aux Etats Unis un événement qui excita un véritable enthousiasme dans toutes les classes de la société, et lorsqu’en avril 1875 Mgr Cesare Roncetti, présentement Archevêque de Seleucia et nonce au Brésil, porta le barrette cardinalice au vénérable Prélat américain, il fut accueilli avec des démonstrations de très grande estime. Le cardinal Mac-Closkey fait partie des Congrégations du Concile, des Évêques et Réguliers, et des Sacrés Rites.

[Le Cardinal Mac-Closkey est décédé à New-York le 10 octobre 1885].

Cardinaux prêtres :  
XXXV. Le Cardinal Henry Edward MANNING

Cardinal Manning

Il est le second Archevêque de Westminster depuis le rétablissement de la hiérarchie catholique en Angleterre. Il a été nommé à cet archevêché par le Pape Pie IX en 1850. Il est né à Totteridge dans le Hertfordshire, le 15 Juillet 1808. Il est le fils de William Manning, ancien membre du Parlement. Il fut éduqué à l'école aristocratique de Hanon, et en 1827 il entra à l'Université d'Oxford. Trois ans après il fut agrégé au Merton Collège. Etant entré dans le clergé anglican, Manning obtint en 1833 le bénéfice de Lavington-with-Graffham dans le comté de Sussex, et en 1840 il fut promu archidiacre de Chichester. Il avait alors déjà publié un cours de sermons très applaudis. Le Dr Manning, de noble intelligence et plus noble encore de cœur, s'aperçut rapidement du vide que laissent dans l'esprit les erreurs des sectes séparées du centre de l’unité catholique. Il put donc apercevoir dans le mouvement d'Oxford les commencements de cette vérité qu’il cherchait très ardemment et à laquelle il adhéra ; mais la grâce de Dieu devait le saisir tout entier, et en 1851 il abjura l'anglicanisme. C'était là une splendide conquête que Dieu accordait aux soins incessants du cardinal Wiseman dans son action pour promouvoir en Angleterre le retour à l'Église de Rome. Ordonné prêtre [le 14 juin 1851], Manning se rendit à Rome pour revigorer sa science dans les pures doctrines professées dans le centre de la catholicité sous les yeux du Pontife Romain. En 1854, étant retourné à Londres, il devint rapidement prévôt canonique du Chapitre de Westminster, protonotaire apostolique, prélat domestique de Sa Sainteté, et à la mort de l'éminent Wiseman il lui succéda [le 8 juin 1865]. Il est inutile de rappeler à quel point Mgr Manning s’est employé tant par la parole que par la plume en faveur de la doctrine catholique et des droits de Saint Siège.

Il n’est, pour ainsi dire, aucune une question de quelque importance au sujet de l'Église et de ses relations présentes à la société, qui n'ait donné lieu à de très sérieuses études et à une habile exposition de la part de ce très savant apologiste catholique. Sa doctrine, jointe à la sainteté de sa vie et à son zèle infatigable pour promouvoir le retour de l'Église catholique en Angleterre, le placèrent en très haute estime non seulement auprès de ses compatriotes, mais même dans toute l'Europe. Pie IX, lors de la convocation du Concile œcuménique en 1869 lui a adressé un Bref très important autour de la prétendue intervention des ministres protestants au Concile, et, lorsque celui-ci fut rassemblé, les Pères qui en faisaient partie admirèrent l'éloquence et la foi du vénérable Archevêque anglais. Sa promotion au Cardinalat, le 15 Mars 1875, combla de joie non seulement l'Angleterre, mais toute l'Église catholique. Il eut le titre presbytéral de Santi Andrea e Gregorio al Monte Celio, et fut nommé à d’importantes Congrégations. Le Cardinal Manning continua, sous la pourpre sacrée, à écrire pour la défense de la vérité, et pour réfuter savamment les erreurs de Gladstone sur le Vatican. Parmi ses derniers travaux il faut signaler l'Histoire du Concile Vatican [Palmé, Paris 1872] et son livre sur l'indépendance du Saint-Siège. Quoiqu’accablé par l'étude et les fatigues, l'éminent Cardinal Manning est toujours sur le champ de bataille parmi les plus vigoureux soldats de Jésus-Christ. Lorsqu'il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes, son cœur d'Évêque et de Prince de l'Église n'a pas de repos tant qu’il n'a pas obtenu l'une et l'autre.

[Le Cardinal Manning a exerçé une grande influence sur les questions sociales. Ses relations amicales avec le pape Léon XIII, et ses idées ultramontaines donnèrent d'autant plus de poids à ses positions. Ces idées se retrouvent en partie dans l'encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum. Le cardinal Manning soutint les revendications des dockers du port de Londres au cours de leur grève du 14 août 1889 durant laquelle il fut appelé à jouer un rôle actif comme médiateur. Son intervention permit la conclusion d'un accord appelé par la suite la « Paix du cardinal ». Il joua également un rôle important dans les conversions de personnalités protestantes anglaises. Il est décédé le 14 janvier 1892 à Londres. En 1907, ses restes ont été transférés dans la cathédrale de Westminster, récemment achevée.] 

Cardinaux prêtres : 
XXXVI. Le Cardinal Victor Auguste DECHAMPS

Le Cardinal Victor Auguste Dechamps

Victor Auguste Isidore Dechamps, né à Melle, au diocèse de Gand, le 6 décembre de 1810, passa les premières années de sa jeunesse dans les controverses politiques, en écrivant avec son frère dans l’Emancipateur le Journal des Flandres. Il ne tarda pas à s'apercevoir des théories erronées de Lamennais, et abandonnant cette école, il entra en 1831 au séminaire de Tournay pour faire ses études de théologie qu’il termina à l'Université catholique de Louvain. Entré dans la Congrégation du Très Saint Rédempteur, il y fut préfet de théologie au bout de deux ans dans la maison de Witten, où il s’adonna à la prédication dans laquelle il remporta des vrais triomphes. Nommé supérieur de la maison des Rédemptoriste de Tournay, il fut préconisé par Pie IX Évêque de Namur le 25 septembre 1865, d’où il fut transféré le 20 décembre 1867 au siège archiépiscopal de Malines vacant depuis la mort de l'éminent cardinal Sterckx. Finalement le même Pape à couronné ses grands mérites en le revêtant de la pourpre sacrée au Consistoire du 15 mars 1875, en lui conférant le titre de San Bernardo alle Therme. Homme de grand talent et élégant écrivain, le cardinal Dechamps est l’auteur de diverses œuvres polémiques religieuses très importantes. Parmi d’autres nous citerons Le Christ et les Antéchrists dans les Ecritures, l’histoire et les consciences, et la Question religieuse résolue par les faits. Tous connaissent la noble conduite que le cardinal Dechamps tint au le Concile Vatican et ses très savantes lettres sur l'infaillibilité pontificale. Un de ses derniers écrits est une lettre sur le libéralisme dans laquelle sont courageusement réfutés beaucoup de préjugés et beaucoup d'erreurs, avec lesquelles on veut justifier ce système, aussi nuisible aux intérêts religieux que civils.
[Le Cardinal Dechamps a pris une part active à la formation des zouaves pontificaux et persuada le général Lamoricière d’offrir ses services à Pie IX. Ses œuvres complètes, révisées par lui-même, ont été publiées en dix-sept volumes à Malines. En présentant quatorze des dix-sept volumes au pape Léon XIII le 7 février 1879, le Cardinal écrit : "Il y a une chose qui me console, Saint Père, en vous envoyant mes pauvres œuvres : elles sont toutes consacrées aux vérités de notre sainte foi." Le Cardinal Dechamps est mort le 29 septembre 1883 à Malines. Il est enterré à Rumilliers.]

Cardinaux prêtres :
XXXVII. Le Cardinal Godefroy BROSSAIS SAINT MARC

Le Cardinal Godefroy Brossais Saint Marc

Godefroy Brossais Saint-Marc, cardinal Archevêque de Rennes, a passé sa vie dans l'exerçasse assidu du ministère ecclésiastique, auquel il s'était dédié dès la fin de ses premières années. Né à Rennes le 4 février 1803, il était curé et vicaire général, lorsque Mgr Claude Louis de Lesquen ayant démissionné, Grégoire XVI, le nomma Évêque du diocèse le 12 Juillet 1841, sur la proposition du roi Louis Philippe. Il s’y teint avec zèle et amour jusqu'au terme de sa vie. En 1859, Napoléon III voulant faire de la Bretagne une nouvelle province ecclésiastique, avec comme Rennes comme ville archiépiscopale, et ce désir ayant été approuvé par le Pape Pie IX, l'Évêque de Rennes se trouva à sa tête. Durant tout son long gouvernement épiscopal Mgr Brossais Saint Marc sut obtenir l'affection de ses diocésains par sa charité et par sa simplicité. Son zèle dans la défense des droits de l'Église et sa doctrine purement romaine le rendirent très cher à Pie IX. Celui-ci le nomma le 18 septembre 1875 Cardinal du Saint Siège, en lui conférant le titre de Saint Maria de la Victoire, et en l'affectant aux Congrégations du Concile, des Évêques et Réguliers, de l'Index et des Indulgences et des sacrées reliques. Il désirait se rendre à Rome pour participer au conclave, mais l'état de sa santé l'en empêcha. Son mal s'étant aggravé, il mourut le 27 février cette année [1878] à l’âge de 75 ans. La nouvelle de sa mort fut douloureusement ressentie par tous les catholiques Bretons qui admiraient dans le Cardinal Archevêque de Rennes un Prince de l'Église qui avait fait revivre les exemples et les vertus des premiers Évêques chrétiens.
[Le Cardinal Brossais Saint Marc est enterré à la Cathédral St Pierre de Rennes dont il avait obtenu l’élévation comme Basilique Romaine.]

Cardinaux prêtres :
XXXVIII. Le Cardinal Giovanni SIMEONI

Le Cardinal Giovanni Simeoni

L’éminent Simeoni, Secrétaire d'État durant les derniers jours du Pontificat de sa Sainteté Pie IX, doit à son seul mérite personnel d'avoir parcouru une splendide carrière. Né en Paliano, au diocèse de Palestrina le 23 Juillet 1816, et ordonné prêtre, il parvint à des postes considérables à cause de la pureté de sa doctrine. En 1847 il fut auditeur de Nonciature à Madrid. Après quelques années nous le retrouvons à Rome préfet des études au lycée pontifical du Séminaire Romain, examinateur des Évêques, Prélat domestique de Sa Sainteté et protonotaire apostolique participant. Il fut pendant bien des années Secrétaire de la Congrégation de la Propagande de la Foi, et il est consulteur à celle de l’Inquisition Romaine et universelle, à celle de la Propagande pour les affaires de rite oriental, à celle du Concile pour la révision de Conciles provinciaux et à celle des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Lorsque le Concile Œcuménique fut convoqué, Mgr Simeoni fut un des consulteurs de la Commission des Églises et Missions orientales et pour la discipline ecclésiastique. Les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Cour d'Espagne ayant été rétablies en 1875, sa Sainteté Pie IX l'envoya Nonce à Madrid, en le préconisant Archevêque de Calcédoine. Les difficultés de cette nonciature étaient grandes, mais grâce à sa perspicacité et à sa prudence Mgr Simeoni sut les surmonter honorablement et obtenir qu'une grande partie des diocèses restées vacants soit pourvus d'Évêques. Le 15 Mars 1875, Pie IX le créa Cardinal, en le réservant in pectore, et le 17 septembre de la même année il le publia en Consistoire. Il arrive parfois que les Nonces crées Cardinaux restent quelque temps à la Cour auprès de laquelle ils sont accrédité et ils prennent alors le titre de prononce. Ainsi Pie VII écrivit au cardinal Pacca au Portugal, Pro-Nonce du Siège Apostolique. Mais il n’arrive qu’exceptionnellement et provisoirement, comme l’écrit le cardinal de Luca dans son Cardinal pratique, ch. XVI, que les cardinaux exercent la charge de Nonce apostolique. Aussi l’éminent Simeoni, devenu Cardinal, resta en qualité de prononce à la Nonciature de Madrid, et à la mort du cardinal Antonelli en 1876, il devint Secrétaire d'État de Sa Sainteté, Préfet des sacrés palais apostoliques et de la Sacrée Congrégation Lauretana. Le nouveau pontife Léon XIII, voulant utiliser ses profondes connaissances des Missions Etrangères et de la Congrégation de la propagande, l’a nommé Préfet de Propagande de la Foi. 

[Le cardinal Simeoni devint président des séminaires missionnaires à Rome et camerlingue du Sacré Collège en 1885-1886. Il est mort le 14 janvier 1892 à Rome.]

Cardinaux prêtres :
XXXIX. Le Cardinal Domenico BARTOLINI

Le Cardinal Domenico Bartolini

Ce très docte Prélat est né à Rome le 16 mai 1813. Entré dans la Prélature le 18 novembre 1847, il fut référendaire de la Signature de justice et pendant de longues années secrétaire de la Congrégation des Rites et consulteur du Concile pour la révision des Conciles provinciaux, de la Propagande, pour les affaires du rite oriental, de l'Index, des Indulgences et des Sacrées Reliques. Il appartint au Collège des protonotaires apostoliques participants et Pie IX le nomma Prélat domestique. Lors de la convocation du Concile Vatican il fut l'un des membres des Commissions cérémoniale et politico-ecclésiastique. Le Cardinal Vicaire de Rome l'a inscrit parmi les membres les plus considérables de la Commission d'archéologie sacrée et, sous sa présidence, aux antiquités de Rome chrétienne. Mgr Domenico Bartolini est l’auteur de nombreux écrits, tous marqués par une abondante érudition et par une sûre doctrine. On  peut citer en particulier ses dissertations sur l'ancien temple de Salomon à Jérusalem, la nouvelle édition des œuvres poétiques de Giona, son illustration de la canonisation des martyrs japonais, celle de la statue de bronze du Prince des Apôtres dans la Basilique Vaticane, celle de l'an 67 de l'ère vulgaire, à l'occasion du centenaire de Saint-Pierre, des Actes du martyre de Sainte Cécile, etc. Le 15 Mars de 1875 Pie IX a créé Mgr Bartolini Cardinal de l'ordre des diacres, du titre de Saint-Nicolas in Carcere, qu’il échangea le 3 avril 1876 pour le titre presbytéral de San Marco. Il fait partie de beaucoup de Congrégations, dans lesquelles il montre ses belles qualités, ses talents et l'affection qu’il nourrit envers l'Église. Le Cardinal Bartolini a parcouru l'Orient et presque toute l'Europe, et il a tiré de ses explorations un important bagage d'érudition tant sacrée que profane. Son nom est connu à Rome pour sa doctrine, pour sa bonté d'esprit et pour toutes les vertus qui en font un très bel exemple de Prince de la Sainte Eglise. Le Pontife régnant l’a constitué préfet de la sacrée Congrégation des Rites.

[Le cardinal Bartolini fut Camerlingue du Sacré Collège en 1886-1887. Il est mort à Rome le 2 octobre 1887.]

Cardinaux prêtres :  
XL. Le Cardinal Bartolomeo d'AVANZO

Le Cardinal Bartolomeo d'Avanzo

La promotion au cardinalat de l'Évêque de Calvi et Teano fut une récompense méritée par sa doctrine vaste et profonde et par son zèle incessant dans le gouvernement de l'Église. Bartolomeo d'Avanzo est né à Avella, au diocèse de Nola, le 3 Juillet 1811. Il a fait ses études de théologie au séminaire diocésain, puis à l'Université de Naples où il s’est spécialisé dans l’exégèse biblique. Il fut nommé professeur de théologie et d’hébreux au même séminaire alors qu'il était déjà canonique théologale dans le collège de sa patrie. Plus tard lui fut conférée la dignité de primicier et il fut nommé examinateur et juge prosynodale, réviseur de la presse, visiteur du diocèse, et transféré au canonicat abbatial de Nola. Le 18 Mars 1852 le Saint Père Pie IX le préconisait Évêque des sièges unis de Castellaneta et Mottula, dans la province ecclésiastique de Tarente, et 8 ans après, le 13 Juillet 1860, lui confiait le gouvernement des deux autres sièges de Calvi et de Teano, en lui laissant, jusqu'à 1873, l’administration du diocèse de Castellaneta. Mgr Bartolomeo d'Avanzo était déjà célèbre pour ses Lettres pastorales et ses discours académiques. Simple primicier canonique de la collégiale d'Avella, il avait publié beaucoup d'articles pleins d'érudition et de profonds raisonnements contre les rationalistes et les socialistes actuels. Mais les travaux et les discours de Mgr d’Avanzo à l'occasion du Concile œcuménique, dont il fut membre de la Commission dogmatique, allait placer en pleine lumière ses profondes connaissances et sa vaste érudition. Il fut rapporteur au Concile de la Constitution sur l'infaillibilité du Pape, et son travail produisit un effet extraordinaire pour la clarté vraiment admirable avec laquelle fut exposé la doctrine catholique.
Les principales instructions pastorales du Cardinal d’Avanzo sont celle du premier dimanche de l’Avent de 1859, sur l'autorité du Pontife Romain, et celle du 14 novembre 1869 sur le premier splendide triomphe de l'Église catholique. Il écrivit en octobre 1870 sur la suspension du Concile, et le 24 avril 1871 et le 18 janvier 1872 il attaqua Döllinger : les deux lettres avec lesquelles il réduisait à néant les déclarations de ce malheureux [contre le Dogme de l'infaillibilité pontificale], méritèrent à leur auteur un Bref du Pape. Mgr D'Avanzo consacra solennellement son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, et célébra les jubilées du Saint Père Pie IX. Le 4 novembre 1874 il écrivit aux professeurs du séminaire de Calvi une lettre très éclairante sur l'enseignement mixte des auteurs classiques païens et chrétiens. En avril 1875 Pie IX lui adressa un Bref, le félicitant pour la sagesse avec laquelle il avait traité cette question. Très zélé pour la gloire de Dieu, dans les diocèses de Castellaneta, Calvi et Teano, il fonda presque entièrement les séminaires, leur donnant des rentes. Il a fait restaurer élégamment le dôme de Teano qu’il a dessiné, et dont la façade commencée il y a 130 ans avait été abandonnée. Pie IX l’a créé cardinal de la Sainte Eglise le 3 avril 1876 du titre de S. Susanna, et en le nommant à huit Congrégations très importantes.
[Le Cardinal d’Avanzo est mort le 20 octobre 1884 à Avella.]

Cardinaux prêtres :
XLI. Le Cardinal Giovanni FRANZELIN 

Le Cardinal Giovanni Franzelin

Le 15 avril 1816 naissait à Aldino au diocèse de Trente  Giovanni Battista Franzelin, créé Cardinal le 3 d'avril 1876. Le 21 Juillet 1834 il entrait dans la Compagnie de Jésus et le 2 février 1853 il obtenait la licence de docteur dans les sciences sacrées. Destiné à professer de théologie dogmatique au Collège Romain, il fut nommé successivement consulteur de la Commission dogmatique au Concile du Vatican et de la Congrégation de la Propagande pour les affaires de rite oriental, de l'Index et de la Suprême Congrégation de la Sacrée Inquisition. Lorsqu’il enseignait la théologie, ses leçons étaient très fréquentées et tenues en grande estime, et ses élèves lui montrèrent dans quel sentiment ils le tenaient lorsqu'il fut promu au Cardinalat. Tous attestèrent de l'honneur qu’ils rendaient à leur savant et bienaimé maître en lui offrant des compositions poétiques et par d’autres marques. Franzelin a publié ses traités qui sont en grandes réputation pour la science avec laquelle il a su réfuter les erreurs modernes contre la religion et l'Église. Le très savant professeur s’est en effet montré puissant dans la démonstration de la vérité catholique. L'étude assidue et ses immenses lectures durant près de trente ans lui donnent une grande habilité dans la Sainte Ecriture, les Pères et les Scolastiques, et sa connaissance des langues dans lesquelles sont écrits les monuments sacrés et ecclésiastiques, latins, grecs, hébreux et syriaque, lui permet d’en comprendre à fond la doctrine. Les notions que l’on trouve dans ses livres ne se retrouvent pas ailleurs aussi complétement exposées, et il a apporté de vrais progrès et a véritablement fait progresser la science théologique. Il fait précéder l'observation à la polémique dans laquelle il combat ses adversaires. Sa connaissance des principales langues d'Europe lui est fort utile. Il est au courant de beaucoup des œuvres théologiques qui se publient en Allemagne, en Angleterre et en France, et ainsi il combat non seulement les sophismes des protestants, mais aussi les rationalistes modernes et les anglicans. La stratégie qu’il utilise contre eux est remarquable. Il ne se contente pas d’exposer leurs objections en fin d’exposé, mais il forme avec elles de véritables thèses polémiques, dans lesquelles sous des points de vue communs il ramasse le fond des objections, et à partir des principes généraux et il donne la clé des objections pour vaincre toutes les difficultés en saisissant l’ennemi au corps de telle manière et avec un tel à-propos et une telle vigueur qu’en quelques coups il met à terre de gros rangs d'opposants. Le cardinal Franzelin a reçu le titre presbytéral de Santi Bonifacio et d'Alessio, et a été attaché à des diverses Congrégations. Ce Prince de l'Église unit à sa vaste doctrine la plus profonde humilité, et, quoiqu’élevé à de tels honneurs, il rappelle dans sa tenue et par sa vertu les qualités du parfait religieux.

[Le Cardinal Franzelin est décédé à Rome le 11 décembre 1886.]

Cardinaux prêtres : 
XLII. Le Cardinal Francesco de Paola BENAVIDES

Le Cardinal Francesco de Paola Benavides

Francesco de Paola Benavides y Navarrete est né à Baza, archidiocèse de Grenu, le 14 mai 1810 et appartient à une famille illustre de l'Andalousie. Son frère, le marquis Antonio de Benavides, est un des principaux personnages du parti modéré en Espagne, et fut pendant quelques temps ambassadeur extraordinaire du Roi Alfonse XII prés de Sa Sainteté lors du premier rétablissement des relations diplomatiques de l'Espagne avec le Vatican. Mgr Benavides, d'abord doyen canonique de la cathédrale de Cordou s'acquit renommée d'éloquent orateur et de pure et élégant écrivain. Au Consistoire du 21 décembre 1857 il fut promu à l'épiscopat, et, après avoir dirigé dix-huit ans la diocèse de Siguenza, il fut nommé le 5 Juillet 1875 Patriarche des Indes occidentales. Lorsqu'il était Évêque de Siguenza, Mgr Benavides montra souvent son affection au Saint Père Pie IX, et dans sa lettre du 12 Juillet les 1859 il offrit même sa maison et tous ses biens en témoignage du respect dû à sa personne sacrée, et de l'« intime adhésion et de cordiale soumission au Siège de Saint-Pierre, et d'obéissance absolue au Vicaire de Jésus Christ. »
Il se rendit à Rome en 1862 pour la canonisation des martyrs japonais et en 1869 pour le Concile du Vatican. Mgr Benavides est conte romain, grand aumônier du Roi Alfonse XII, grande croix et grand chancelier des ordres de Charles III et d'Isabelle la Catholique, chapelain majeur de l'armée et chevalier de St Jacques. On loue sa pitié et son zèle pour l'Église. Pie IX le créa Cardinal de l'Ordre des Prêtres le 12 mai 1877, en lui conférant le titre de San Tommaso en Parione, et en le nommant aux Congrégations des Évêques et Réguliers, de la Propagande, de l’Index, des Indulgences et des Sacrées Reliques.

[Le Cardinal Benavides est mort le 30 mars 1895 à Saragosse.]

Cardinaux prêtres :
XLIII. Le Cardinal Saverio APUZZO

Le Cardinal Saverio Apuzzo

Ce Prélat, qui par sa doctrine et sa pitié est l’ornement de l'Épiscopat napolitain, est né à Naples le 9 avril de 1807. Il fut vite nommé professeur de théologie dogmatique à l'Université de Naples, et eut, par sa grande réputation de science, une grande partie de la direction de l'enseignement dans le royaume des Deux Sicile. Ferdinand II lui confia l'éducation de son fils ainé, le Duc de Calabre, qui lui a succédé sur le trône sous le nom de François II. En 1854 Apuzzo fut nommé Évêque d'Anastasiopoli in partibus infidelium, et l'année suivant transféré à l'Archevêché de Sorrento, au Consistoire du 23 Mars. Mgr Apuzzo se montra parmi plus vaillants défenseurs du Saint Siège.
Après 16 ans d'épiscopat, Pie IX voulant pourvoir l'éminente Église de Capua restée de huit ans sans Pasteur depuis la mort de l'éminent Cardinal Giuseppe Cosenza le 30 de Mars 1863, préconisait Mgr Apuzzo Archevêque le 24 novembre 1871, puis le 12 Mars 1877 le créait Cardinal de la Sainte Eglise du titre presbytéral de Sant’Onofrio, en le nommant aux Congrégations du Concile, des Rites, des Indulgences et des sacrées Reliques et de la Fabbrique de Saint-Pierre.
Le Cardinal Apuzzo, avant d'être revêtu de la pourpre sacrée, avait fait partie, comme consulteur, des Congrégations de l'Index et des Évêques et Réguliers, et, lorsque fut convoqué le Concile œcuménique du Vatican, il fut élu membre de la Députation chargée de recevoir et d'examiner les questions des Pères. Ayant participé aux discussions de cette auguste Assemblée, il a gagné l'estime et l’affection de tous ceux qui la composaient. Par sa charité et par sa bonté le Cardinal Archevêque de Capoue est également cher aux pauvres et au clergé.

[Le Cardinal Apuzzo est mort le 30 juillet 1880 à Capoue.]

Cardinaux prêtres :
XLIV. Le Cardinal Manuel GARCIA-GIL 

Le Cardinal Manuel Garcia-Gil

Manuel Garcia-Gil est né à San Salvador de Camba, dans le diocèse de Lugo, le 14 Mars 1802. Entré très jeune dans l'Ordre Dominicain, avant la suppression des couvents en Espagne, il fut professeur de théologie dogmatique à l'Université de Santiago en 1835, puis lecteur à Oviedo. Il exerçait depuis dix-huit ans les fonctions de vice-recteur du Séminaire de Lugo lorsque le 29 juin 1854 il fut appelé à diriger le diocèse de Badajoz, et cinq ans après il fut transféré à l'Archevêché de Saragosse. Mgr. Manuel Garcia-Gil écrivit beaucoup d'éloquentes et savantes Pastorales pour le bon gouvernement de son archidiocèse.
Il intervint à Rome pour la canonisation des martyrs japonais de 1802, au centenaire des saints apôtres à Pierre et Paul en 1867, et au Concile du Vatican en 1869, et on se rappelle encore de ses savants et éloquents discours dans cette auguste assemblée. On doit en très grande partie au cardinal Garcia-Gil l'œuvre de réparation de la Basilique de Notre Dame du Pilar. C’est un philosophe et un théologien de grand de mérite. Sa promotion au Cardinalat, le 12 Mars 1877, a enrichi le Sacré Collège d'un élément précieux, provoquant dans toute l’archidiocèse de Saragosse de grandes démonstrations de joie. Le Cardinal Garcia-Gil appartient à l'Ordre des Prêtres et a le titre de Santo Stefano al Monte Celio.
[Le Cardinal Garcia-Gil est mort le 28 avril 1881 à Saragosse]

Cardinaux prêtres :
XLV. Le Cardinal Edward Henry HOWARD 

Le Cardinal Edward Henry Howard

Parmi les plus illustres personnages que le Saint Père Pie IX a élevé à l'honneur de la pourpre sacrée on compte Edward Henry Howard, qui appartient à plus noble aristocratie anglaise.
Il est né à Hainton, au diocèse de Nottingham, le 13 février 1829. Il entra d'abord dans la carrière militaire et servit avec honneur comme officier au second régiment des Life Guards. Mais il échangea rapidement l'uniforme militaire pour l’habit clérical, et fut reçu comme élève à l'Académie des nobles ecclésiastiques de Rome. Ordonné prêtre, Pie IX qu’il l’avait pris en affection, le voulut prés de lui et il le chargea de diverses missions dans lesquelles le jeune Prélat montra beaucoup de zèle et d'habileté. Connaissant diverses langues et possédant toutes les finesses de la courtoisie, qui le rendirent généralement aimé de tous, il su rendre d’utiles services à l'Église. Les Anglais qui vont à Rome, catholiques comme protestants, ne cessent de faire de très grands éloges à son propos.
Etant déjà, malgré son jeune âge, référendaire de la Signature de justice et consulteur de la Congrégation spéciale de la Propagande pour les affaires de rite oriental, le Saint Père le préconisa, le 22 juin 1872, Archevêque de Néo-Césarée et adjoint au cardinal Nicolas Clarelli Paracciani, évêque suburbicaire de Frascati. Mais une telle promotion n'était que le prélude de plus grands honneurs. En effet, il ne s’était encore pas écoulé cinq ans lorsque la Pourpre Romaine vint honorer l'illustre Prélat. - À l'occasion de sa promotion on raconte que l’on demanda à Saint Père pourquoi il favorisait ainsi visiblement la nation anglaise, qui comptait trois sujets de la reine Vittoria parmi les Cardinaux. « Oui, répondit-il, c’est parce qu’en Angleterre, quoique nation protestante, l'Église catholique jouit d’une plus grande liberté et d’un plus grand  respect que dans beaucoup d'autres pays. » La promotion de l'éminent Howard fut très applaudie à Rome, et les acclamations du Tibre résonnèrent jusque sur les rivages de la Tamise.
Le cardinal Howard fut admis dans le Collège des Cardinaux le 12 Mars 1877, et il reçut le titre presbytéral de Santi Giovanni e Paolo. On loue spécialement dans cet éminent prélat la pitié et la charité. Le Saint-Père Léon XIII, à peine monté sur le trône pontifical, conférait à l'éminent Howard la charge de protecteur de l'Institut des Petits frères de Marie des Écoles.

[En décembre 1881, le cardinal Howard devint archiprêtre de la basilique Saint-Pierre. Le 24 mars 1884, il devint cardinal-évêque du diocèse suburbicaire de Frascati. Il se retira à Brighton peu de temps avant son décès, survenu le 16 septembre 1892. Il est enterré à la chapelle Fitzalan à Arundel, West Sussex.]

Cardinaux prêtres :
XLVI. Le Cardinal Michele PAYA Y RICO 

Le Cardinal Michele Paya y Rico

Le dernier Prélat Espagnol que Sa Sainteté le Pape Pie IX a admis au Sacré Collège est le cardinal Michele Paya y Rico, archevêque de Compostelle. Il est né à Beneixama, dans l'archidiocèse de Valence, le 20 décembre 1811. Ordonné prêtre, il devint professeur de métaphysique et de mathématiques à l’Université de cette même ville et professeur de théologie au Séminaire. Il obtint plus tard un bénéfice par concourt, et en 1845, il fonda El Eco della Religione journal publié à Valence. Sur la proposition de la reine Isabelle, le Saint-Père Pie IX, au Consistoire du 25 juin 1858, le préconisa Évêque de Cuenca. Il se montra très zélé dans sa charge épiscopale et il ne négligea jamais une occasion de montrer son amour envers le Saint-Siège.
Le 25 juin 1859 Mgr Paya y Rico adressait une lettre au Saint Père, dans laquelle il se mettait à sa disposition ainsi que tous ses biens, cum omnibus quae ad me quomodocumque pertinent. Par circulaire du 3 novembre de la même année il invitait son clergé à prier pour le triomphe de la justice et de la raison. Il publiait ensuite le 2 janvier 1860 une savante Pastorale dans laquelle il réfutait l’opuscule français Le Pape et le Congrès [d'Arthur de La Guéronnière], en en montrant l'hypocrisie et l'iniquité [De la Guéronière prétendait justifier la duplicité de Napoléon III vis-à-vis du Saint-Siège attaqué par la Révolution]. Au Concile du Vatican il brilla par sa doctrine et son éloquence. Son discours lui valut les remerciements du Saint Père Pie IX et de beaucoup des Pères qui formaient cette illustre assemblée. Le roi Alfonse XII étant monté sur trône à Madrid rétablit les relations diplomatiques avec le Saint-Siège interrompues depuis la révolution de 1868. Un des principaux sujets à traiter en priorité avec le Saint-Siège était de pourvoir d’évêques les sièges vacants. Parmi ceux-ci il y avait Saint Jacques de Compostelle, le plus célèbre d'Espagne à cause de la mémoire qui s'y conserve de l'apôtre St Jacques, et qui était resté veuf de son dernier Archevêque, le cardinal Michele Garcia Cuesta mort le 14 avril 1873. Le Roi Alfonse XII proposa que Mgr Paya y Rico y fut promu. Pie IX agréa aux désirs du Roi, et le savant Évêque de Cuenca devint Archevêque Compostelle. A la dernière création de Cardinaux par le Saint Père Pie IX, le 12 Mars 1877, le même Mgr Paya y Rico fut promu recevant le titre de Santi Quirico et de Giulitta, et il fut nommé aux Sacrées Congrégations des Évêques et Réguliers, de la Propagande, de l'Index et des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Homme apostolique, l’éminent Paya y Rico est exact dans l’accomplissement de ses devoirs, dans l'étude et dans la prière. Sa parole sage et éloquente se fait entendre au peuple comme aux Rois, et dans le discours adressé au Roi Alfonse XII à l'occasion de la visite de ce Souverain au Sanctuaire de Saint Jacques, il a rappelé la vraie grandeur de la monarchie chrétienne : « Sire, a dit le Cardinal à Alfonse XII, les Rois ne se montrent jamais aussi grands que lorsqu’ils se présentent revêtus du magnifique manteau de toutes les vertus, de celles-là spécialement qui sont naturels aux monarques : la pitié, la justice, la clémence, la magnanimité. La pitié est la première par son excellence et aussi parce qu'elle est à l’origine des autres, et sans elle ne sauraient exister ni la justice, ni la clémence, ni la magnanimité. Jamais les rois ne sont plus grands que lorsqu'ils suivent les exemples laissés par le plus illustre des Souverains des temps bibliques, le Saint roi David, et les rois de l'histoire comme Charlemagne, St Louis de France, Récarède et Ferdinand d'Espagne. Jamais ces rois ne furent plus grands que quand ils justifièrent leur glorieux titre par leurs œuvres. »

[C'est durant son épiscopat à Compostelle que les restes de Saint-Jacques-le-Grand ont été redécouverts. Le Cardinal Paya y Rico fut transféré à l'archidiocèse de Tolède en 1886 et nommé patriarche des Antilles. Il est mort à Tolède le 25 décembre 1891. Il est enterré à la cathédrale.]

Cardinaux prêtres :
XLVII. Le Cardinal Louis CAVEROT 

Le Cardinal Louis Caverot

Le successeur de St Potin et de St Irénée à l'église métropolitaine et primatiale de Lyon, de cardinal Louis-Marie Joseph Eusèbe Caverot, est né à Joinville, petite ville du diocèse de Langres, le 28 mai 1806. Il fit ses études dans les collèges de Troyes et de Dole et les termina à Saint-Acheul, dans le diocèse d'Amiens. Il passa ensuite à Paris une licence en droit et fut quelques temps employé auprès du Ministère de la guerre. En 1831 il fut ordonné prêtre et suivit à Besançon le cardinal Louis de Rohan Chabot ; en 1832 il fut vicaire et trois ans après archiprêtre de la cathédrale. Dès son entrée au service de l'Église, sa vie fut toute entière consacrée à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Le ministère ecclésiastique, l'étude, la prière, la prédication, les œuvres de charité furent ses occupations de prêtre, puis comme Évêque et Cardinal. L'éminent cardinal Mathieu, une des gloires de l'Église de France, ne tarda pas à reconnaître dans l'abbé Caverot les vertus qui se cachaient sous les plus humbles apparences, et il le nomma chanoine en 1841 et puis en fit son Vicaire Général en 1846. Sa conduite dans l'exercice de cette charge lui ouvrit l'épiscopat.
Le 20 avril 1849 sa Sainteté Pie IX au Consistoire tenu à Gaète, après avoir prononcé l'Allocution Quibus quantisque malorum procellis contre la République romaine, préconisa quelques Évêques et parmi eux le chanoine Caverot, lui confiant l'église de Saint-Diè. Le nouveau pasteur prit dès lors possession de son diocèse où il resta vingt-sept ans. Le soin qu’il prit de toutes choses, sa préoccupation pour la soumission envers l'Église et sa dévotion envers le Saint-Siège, qui signalaient déjà l’abbé Caverot parmi les ecclésiastiques de France, furent davantage mis en lumière ; la douceur et la bonté avec lesquelles il gouvernait paternellement son diocèse lui gagnèrent tous les cœurs. Saint-Diè pensait l'avoir pour toujours, mais Dieu en disposa autrement, et lorsqu’il fut transféré à Lyon, la séparation d’avec un si bon Père fut bien douloureuse.
Mgr Caverot prit à Saint-Dié un soin tout particulier des instituts d'éducation ecclésiastique : Foucharupt à Saint-Dié et les petits séminaires de Châtel-sur-Moselle et d'Autrey furent l'objet de toutes ses attentions. Il créa des conférences ecclésiastiques et il rendit obligatoire la liturgie romaine; il fonda une caisse de secours pour les prêtres âgés, favorisa le pèlerinage au sanctuaire du Bx Fourier, l'apôtre de Loraine, et convoqua enfin le Synode diocésain.
Il se rendit à Rome à l'occasion des fêtes de canonisation des martyrs japonais, et il souscrivit une célèbre adresse que les Évêques assemblés présentèrent au Saint-Père, dans laquelle un splendide hommage à l’infaillibilité de son magistère était exprimé, sujet sur lequel il revint encore lors du Concile du Vatican, faisant admirer sa dévotion envers l'autorité du Pape.
L’Église de Lyon étant restée sans pasteur à la mort de Mgr Ginouilhac, le Gouvernement français voulant proposer la nomination d’un successeur, présenta au Saint-Siège l'Évêque de Saint-Diè. Pie IX accepta ce choix, et au Consistoire du 26 juin 1876 Mgr Caverot étaient promu Archevêque de Lyon et de Vienne. C’était une nomination méritée et qui fut favorablement et universellement accueillie. N’ayant pas tardé à se rendre dans son archidiocèse, il participa avec empressement à l'inauguration de la nouvelle Université catholique de Lyon fondée par Mgr Thibaudier, l'insigne Évêque de Soissons, qui avait été quelques temps Évêque auxiliaire et Vicaire capitulaire chargé du gouvernement diocésain durant la maladie et après la mort de Mgr Ginouilhac.
Sa Sainteté Pie IX, le 12 Mars 1877 créa Mgr Caverot Cardinal prêtre de la Sainte Eglise Romaine du titre de San Silvestro in Capite, et l'appela à faire partie des Congrégations du Concile, de la Propagande, de l'Index, des Indulgences et des Sacrées Reliques. Mgr Giuseppe Francia-Nava de Bontifé, camérier secret de Sa Sainteté, fut chargé de lui porter le chapeau cardinalice, et le Maréchal Mac-Mahon, se prévalant de la faculté accordée par le Saint-Siège à quelques Chefs d'État, le lui imposa, en rendant hommage aux vertus du nouveau Prélat.

[Le Cardinal Caverot meurt à Lyon le 23 janvier 1887.]

Cardinaux prêtres :
XLVIII. Le Cardinal Luigi DE CANOSSA 

Le Cardinal Luigi de Canossa

Louis, marquis de Canossa, Évêque de Vérone, perpétue par ses vertus les nobles traditions de son illustre famille.
Né dans cette ville le 21 d'avril 1809, il donna dès ses premières années des signes d'une vocation spéciale dans le service de Dieu, préférant à la splendeur et aux aises de sa maison l’humble vie des fils de Saint Ignace. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1837 il se signala par son humilité. Il enseigna dans plusieurs Collèges italiens, prêcha avec beaucoup d'onction et de simplicité en diverses églises de la Péninsule, et il se préparait à faire profession lorsque se trouvant sérieusement menacé par une maladie de poitrine, il dut abandonner la Compagnie et entrer dans le clergé séculier. Etant revenu à Vérone, ses vertus ne tardèrent pas à briller en pleine lumière, et il fut élu chanoine de la Cathédrale, charge qu'il n’accepta que sur la volonté exprimée de Grégoire XVI. Il n'y eut pas d’œuvre de charité à laquelle le chanoine de Canossa ne donnait volontiers la main, pas institution qui par un simple mot ou par de généreuses aumônes ou encore par l’autorité de son nom il ne favorisait. Il obtint la familiarité de l'Évêque qui l’avait en particulière affection, et qui le nomma consulteur du tribunal pour les causes matrimoniales. En 1855, lorsque Mgr Benedetto di Riceabona, qui avait subrogé sur le Siège de St Zenone Mgr Trevisanato, fut nommé Évêque de Trente puis promu archevêque et transféré peu après à l'église patriarcale de Venise et fait Cardinal, l'empereur François-Joseph proposa au Saint-Siège, en vertu des privilèges qu’il conservait, Mgr de Canossa Évêque de Vérone. Ce dernier, qui refusait catégoriquement, ne fut réduit à accepter la mitre que lorsque Sa Sainteté Pie IX lui en fit la solennelle injonction. Il fut ainsi préconisé au Consistoire du 30 septembre 1861.
On ne peut ici énumérer toutes les œuvres de zèle qui signalèrent le gouvernement épiscopal de l'Évêque de Vérone. On peut dire de lui qu’il a fait sien les mots du Saint-Esprit fortiter et suaviter dans le gouvernement de son diocèse. S'inspirant de la charité du Prince des Pasteurs, toute de douceur et de charité, il ne négligea aucune occasion de montrer sa dévotion au Saint-Siège et à l'auguste personne du Saint Père Pie IX, qui le lui rendait par une très tendre affection.
Mgr Luigi Di Canossa participa aux fêtes solennelles célébrées à Trente en 1863 pour le troisième centenaire de la convocation du Concile.
Le Cardinal Monchini étant promu au début de 1877 au siège suburbicaire d'Albano, le Saint-Père voulait que Mgr de Canossa soit nommé à l'Archevêché de Bologne, mais lui, ne voulant pas abandonner sa chère Vérone, fit tant de prières et de si chaudes instances au du Saint-Père qu’il fut dispensé de cette charge. Cependant il ne put éviter la Pourpre sacrée qui lui fut conférée le 12 Mars 1877 avec le titre presbytéral de San Marcello. Peu après il fut attaché à aux Sacrées Congrégations de l'Immunité, du Concile, des Évêques et Réguliers et des Indulgences et Sacrées Reliques. Sa nomination comme membre du Sacré Collège fut fêtée à Vérone dans toutes les classes de la société, chacun admirant tant de vertus dans leur vénérable Pasteur. Il est le second de Vérone à être en même temps Évêque de sa patrie et Cardinal de la Sainte Eglise, son prédécesseur dans cette double dignité ayant été Adelardo de Lendinara, créé Cardinal du même titre de S. Marcello par Lucius III, légat apostolique en Orient, Évêque de Vérone de 1188 à 1224, et de mort en 1225.
[En 1891, une attaque d’apoplectie réduisit considérablement les forces du Cardinal De Canossa. Il est décédé à l'âge de 90 ans et son corps est enterré dans un monument funéraire érigé dans la cathédrale de Vérone.]

 

Cardinaux prêtres :
XLIX. Le Cardinal Luigi SERAFINI 

Le Cardinal Luigi Serafini

Luigi Serafini, cardinal évêque de Viterbe et Toscanella est d’une ancienne famille originaire d'Urbino, patricienne, qui compte parmi des plus considérables de Magliano dans la Sabine. Il est né à Magliano le 7 juin 1808. Il a obtenu une licence dans l’un et l’autre droit et est entré à Rome dans la prélature romaine. Le 11 janvier 1844 il fut admis parmi les référendaires de marque, puis il fut successivement nommé ponent de la Congrégation du Bon Gouvernement et du tribunal suprême de la Sacrée Consulte. A la Congrégation du Bon Gouvernement Mgr Sérafiini occupa divers postes administratifs, et dans la Sacrée Consulte il fut appelé à étudier et à décider de procédures criminelles. Le 8 Juillet 1850 Pie IX le promut Auditeur de la Sacrée Rote Romaine, puis le fit substitut de la Sacrée Congrégation des Rites, secrétaire général de la Commission des subsides et Vicaire de l’archibasilique patriarcale du Latran.
Dans ces diverses charges Mgr Luigi Serafini a acquis une renommée de Prélat très prudent et très diligent obtenant l'approbation universelle.
Sa Sainteté Pie IX ne tarda pas à récompenser ses mérites en lui confiant, au Consistoire du 27 juin les 1870, les églises épiscopales de Viterbe et de Toscanella, restée vacante deux mois depuis la mort du cardinal Eustachio Matteo Gonella turinois, décédé le 15 avril.
Dans son diocèse Mgr Sérafini vainquit les ennemis de l'Église par la douceur et gagna le cœur par les aimables qualités qui le distinguent. Le 12 Mars 1877 il fut créé et publié cardinal de la Sainte Eglise Romaine, le titre presbytéral de San Girolamo des Sciavoni lui étant conféré. Il lui fut assigné aux Congrégations des Évêques et Réguliers, du Concile, de la Discipline Régulière, des Indulgences et des sacrées Reliques.
Sa promotion au Cardinalat mit davantage en lumière les vertus pastorales de l'Évêque de Viterbo, qui se prépare dans le silence et la prière à promouvoir incessamment la gloire de Dieu, son culte, le salut des âmes, et à défendre avec une tranquille fermeté les droits de l'Église contre ses adversaires.

[Le cardinal Serafini renonce à l'administration de son diocèse en 1880 et devient préfet de Tribunal suprême de la Signature apostolique en 1884 et préfet de la Congrégation du Concile de Trente (1885-1893). Il fut aussi camerlingue du Sacré Collège en 1887-1888 et secrétaire des lettres apostoliques à partir de 1893. Il est mort à Rome le 1er février 1894.] 

Cardinaux prêtres :
L. Le Cardinal Josip MIHALOVITZ

Le Cardinal Josip Mihalovitz

Le Cardinal Josip Milhalovitz est né le 16 janvier 1814 à Torda, au diocèse de Czanad en Hongrie. Ordonné prêtre il a occupé divers offices ecclésiastiques, et il était notaire du Saint-Siège, directeur de la chancellerie épiscopale et abbé de S. Martino de Vaska, lorsqu'il fut élevé à l'honneur de l'épiscopat sur la proposition de l'empereur François-Joseph. Les mêmes vertus qui l’avaient appelé à cette nomination le firent aimer sur le siège épiscopal, et tous purent se louer de cette charité et de cette doctrine que St Paul demande dans celui qui doit guider les autres dans le gouvernement de l’Église de Jésus-Christ. Nous ne tairons pas la vive affection que l'Archevêque de Zagreb nourrissait envers la personne du Saint Père Pie IX, et comment l'an passé elle participa très activement à la constitution d'un Comité chargé de fêter solennellement en Croatie le Jubilée épiscopale du vénéré Pontife.
L'Archevêque de Zagreb jouit d'une grande influence dans tout le Royaume de Croatie et dans la Dalmatie. Dans ces provinces, malgré les efforts du panslavisme, l'attachement au Siège Romain se maintient, et l’on peut se féliciter d'avoir de tels catholiques comme rempart de la chrétienté à la limite de l'Orient civilisé.
Mgr Mihalovitz est conseiller intime la Cour impériale de Vienne où il jouit à cause de ses mérites d’une grande réputation. Lorsque le Sainte Père Pie IX voulut l'an passé nommer de nouveaux Cardinaux pour réparer les pertes subies par le Sacré Collège, pour donner une preuve de bienveillance à l'empereur François-Joseph à cause de ses grands mérites envers l'Église, malgré la dissipation de grands espoirs suite aux lois confessionnelles adoptées en Autriche, la Pourpre Sacrée fut attribuée à l'Archevêque de Zagreb le 22 juin 1877. Il fut nommé aux Congrégations des Évêques et Réguliers, de l'Index, des Sacrés Rites et de la Discipline Régulière. Le titre cardinalice du cardinal Mihalovitz est celui de San Pancrazio.

[Le Cardianl Mihailovitz décède à Zagreb le 19 février 1891 à l'âge de 77 ans. Il est enterré dans la cathédrale. Le journal libéral Obzor, qui l'avait souvent défié de son vivant, lui a rendu hommage en publiant un article dans lequel il déclarait notamment: "[Josip Mihalović] n'a pas justifié les craintes du peuple [croate], ... Pour lui, l'empire de la douceur et la justice n'étaient pas des mots vides de sens".]

Cardinaux prêtres :
LI. Le Cardinal Johann Baptist Rudolf KUTSCHKER 

Le Cardinal Johann Baptist Rudolf Kutschker

La pitié et la doctrine brillent à la fois en Giovanni Kutschker, Archevêque et Prince de Vienne, depuis peu élevé à l'honneur du Cardinalat par le Saint Père Pie IX. Il est né le 11 avril de 1810 à Wiese, dans l’archidiocèse d'Olmutz où il a accompli ses études au lycée. Il s’est ensuite consacré à la théologie au Grand Séminaire de Vienne où il a reçu l’ordination sacerdotale en 1833.
Ayant rapidement obtenu son doctorat, il fut envoyé comme professeur de théologie à l'Université d'Olmutz, et en cette qualité il a publié beaucoup d'écrits dignes d'observation, spécialement sur les mariages mixtes [entre deux époux hérétiques et catholiques]. En raison de ce travail il fut nommé conseiller archiépiscopal et membre du Vicariat général à Vienne. Quelques années après il fut honoré des mêmes charges dans le diocèse de Briinn. Mgr Kutschker fut ensuite nommé recteur de l'Institut de Saint Augustin, consulteur de l'instruction publique et prélat domestique de Sa Sainteté ainsi qu'abbé mitré de Pagranz. Les Universités d'Olmutz et de Prague lui accordèrent les honneurs académiques pour ses travaux de droit canonique et de théologie.
Sa Sainteté Pie IX, au Consistoire du 7 avril, le préconisait Évêque de Carre in partibus infidelium, le désignant comme coadjuteur de l'éminent cardinal Ottomaro De Rauscher, Archevêque de Vienne.
Au décès du cardinal de Rauscher, le gouvernement impérial le proposa au Saint-Siège comme successeur et il fut nommé le 3 avril 1876. Dans sa première Lettre Pastorale Mgr Kutschker expliquait avec sagesse les trois vertus théologales et montrait les dangers dérivant de la propagation de l'athéisme pour l'État, la famille, la société, la propriété et l'ordre public. Le 22 juin 1877 il fut créé cardinal du titre de S. Eusébio, en même temps que Mgr Mihalovitz, archevêque de Zagreb. Il fut attaché aux Congrégations de la Propagande, des Sacrés Rites, des Affaires ecclésiastiques Extraordinaires et des Études. 

[Le Cardinal Kutschkerest mort à Vienne en 1880 à l'âge de 70 ans et son corps est enterré dans la cathédrale.] 

Cardinaux prêtres :
LII. Le Cardinal Lucido PAROCCHI

Le Cardinal Lucido Parocchi

A 44 ans, le Cardinal Lucido Parocchi est le plus jeune des Cardinaux de la Sainte Eglise, étant né le 13 août 1833 à Mantoue d'Antonio Parocchi et de Ginevra Soresina, qui eut la consolation de le voir Évêque, et qui est morte il y a peu de temps à Pavie. Doué d’un noble talent et d’un excellent cœur, Lucido Parocchi a choisi la meilleure part de l’héritage du Seigneur, revêtant l’habit clérical le 13 octobre 1847. Il se rendit à Rome et fut admis parmi les élèves du Collège Romain. En septembre de 1857 il obtint son doctorat de théologie et peu de mois plus tard (le 17 mai) le cardinal Costantino Patrizi, vicaire général de Sa Sainteté, l'ordonnait prêtre. Revenu dans sa patrie, l’évêque de Mantoue, Mgr Court, le nommait professeur de théologie morale, et peu après professeur d’histoire civile et ecclésiastique et de droit canonique dans son séminaire. En 1863 il devint curé de Saints Gervaso et Protaso à Mantoue, examinateur prosynodal et membre du Conseil d'administration du diocèse alors vacant.
Vaillant polémiste, l’abbé Parocchi tint de savantes conférences sur le protestantisme et sur le rationalisme qui furent publiés en 1869 et qui reçurent les éloges les plus mérités. Pour récompenser ses mérites le Saint Père Pie IX le nomma Prélat domestique.
Mais ces honneurs n’étaient qu'une préparation à une plus éminente promotion. Sa Sainteté voulant pourvoir aux nombreux évêchés vacants en Italie, nomma en 1871 beaucoup de nouveaux pasteurs. Depuis plusieurs années Pavie attendait son Évêque, dont les fonctions étaient subrogées à Mgr Angelo Ramazzotti, qui avait été transféré au siège patriarcal de Venise où il était mort la veille de sa promotion au Cardinalat. Mgr Ferrè, Évêque de Crema, avait été promu à ce siège, mais le retrait de l’Autriche en Lombardie empêcha cette nomination. Pie IX nomma alors Évêque Mgr Lucido Parocchi le 27 septembre 1871. Il reçut la consécration épiscopale à Rome avant de se rendre rapidement dans son diocèse. On ne peut dire combien il s’est employé au gouvernement spirituel des âmes, que ce soit en annonçant fréquemment la parole de Dieu ou en promouvant les institutions liturgiques et les Congrégations religieuses. Un des soins principaux de l'éminent Évêque fut donné à l'éducation du jeune clergé. Il est plein de zèle pour l'enseignement de la théologie dans son séminaire. Connaissant la nécessité d'opposer la presse Catholique à la presse impie, il fut l’initiateur et dirigea pendant plusieurs années la Scuola Cattolica, petite revue milanaise. Le Pontife Romain, qui du haut de son siège ne pouvait pas ne pas voir les grandes leçons apportées à la presse libérale, bénit l'œuvre de l'Évêque par un très beau Bref du 23 janvier 1873. L'an passé, en 1877, le cardinal Monchini archevêque de Bologne ayant besoin de repos, Mgr Parocchi fut transféré sur son siège. Ainsi s’annonçait sa nomination prochaine au cardinalat. Quittant sa chère Pavie, Mgr Parocchi entra dans son nouveau diocèse à la fin du Carême. Dans sa première lettre pastorale, l'Archevêque rendit des honneurs mérités aux gloires religieuses et scientifiques de cette ville, se promettant un concours facile de ses fils à sa mission.
Le 22 juin Pie IX le créait cardinal de l'Ordre des Prêtres, et il lui conférait le titre de S. Sisto en l’attachant aux Congrégations du Concile, de l'Index, des Indulgences et des Sacrées Reliques et des Etudes. En prenant possession de son titre, il prononçat un savant discours, rappelant que l'église de S. Sisto, fut le berceau de l'Ordre dominicain et que Bologne conserve les reliques de son saint fondateur. Le cardinal Parocchi a su gagner l’estime et l’amour de tous les bons à Bologne comme à Pavie. Il est connu pour son affection à l'Église et le courage avec lequel il combat pour ses droits.

[Le Cardinal Parocchi démissionna du gouvernement pastoral de l'archidiocèse de Bologne le 28 juin 1882. Il opta pour le titre de cardinal-prêtre de Santa Croce in Jerusalem le 24 mars 1884. Il fut nommé Camerlingue du Sacré Collège des cardinaux par le pape Léon XIII le 1er juin 1888. Il fut transféré à l'ordre des cardinaux évêques et nommé au siège suburbicaire d'Albano le 24 mai 1889. Le pape Léon XIII le nomma secrétaire de la Suprême Congrégation du Saint-Office le 5 août 1896, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. Il a opté pour le siège suburbicaire de Porto e Santa Rufina en 1896. Il est décédé à Rome en 1903.]

Cardinaux prêtres :
LIII. Le Cardinal Vincenzo MORETTI 

Le Cardinal Vincenzo Moretti

Le dernier Cardinal de l'Ordre des Prêtres créé par Sa Sainteté Pie IX le 28 décembre 1877 est Vincenzo Moretti, du titre de San Sabina, Archevêque de l'éminente église de Ravenne. Nous dirons de lui qu’à la plus profonde humilité s'unit une science considérable. Ses commencements furent modestes, mais dans l'Église le véritable mérite s’impose et peut briller de toute sa lumière. Il est né à Orvieto le 14 novembre 1815 et, entré au service de l’Eglise, il fut professeur d’Ecritures Saintes et d’Histoire ecclésiastique au séminaire épiscopal de sa patrie, examinateur prosynodal, chanoine et finalement Provicaire général du même diocèse.

Les vertus sacerdotales du chanoine Vincenzo Moretti furent appréciées du Saint Père Pie IX qui le préconisa évêque du diocèse de Comacchio au Consistoire du 17 décembre 1855. A la tête de son diocèse Mgr Moretti s’est attaché l’affection de tous les bons. Le nouvel Évêque s’est consacré autant qu’on peut le désirer à la gloire de Dieu et au salut des âmes malgré la difficulté des temps et les luttes de partis. Il resta douze ans à Comacchio jusqu'à ce que Pie IX, le 27 Mars 1867, le nomma Évêque d'Imola. Ce Siège comptera parmi ses plus beaux jours l’époque durant laquelle Mgr Vincenzo Moretti y siégea, autant qu’elle se glorifie comme une de ses plus belles gloires d’avoir eu pour Pontifes les Papes Pie VII et Pie IX.

Le cardinal Orfei, qui gouvernait saintement l’archidiocèse de Ravenne étant décédé, il ne se trouva personne parmi les Évêques qui puisse sembler meilleur pour lui succéder sur le siège d'Imola. Comme dans ses précédents diocèses, Mgr Moretti fut à Ravenne le véritable Évêque décrit par St Paul dans ses lettres. Il ne s’exempta d’aucune partie du ministère épiscopal et très zélé observateur des lois ecclésiastiques il s’est fait aimer par sa douceur, ses sages homélies, et par ses lettres affectueuses il sait resserrer les liens qui doivent exister entre les Évêques et leurs fidèles.

Sa promotion au cardinalat a réjoui toutes les Romagne où sont connus les mérites de l'Archevêque de Ravenne. Comme Cardinal il est attaché aux Sacrées Congrégations de la Visite apostolique, des Évêques et Réguliers, du Concile et de l'Immunité ecclésiastique. Il a enfin été chargé des fonctions d'administrateur apostolique du diocèse de Comacchio et de Pomposiana, ce siège étant dépourvu de Pasteurs.

[Le Cardinal Moretti renonce au gouvernement de l’archidiocèse de Ravenne en septembre 1879. Il meurt à Bologne le 6 octobre 1881.]

Cardinaux prêtres :
LIV. Le Cardinal Edoardo BORROMEO

Le Cardinal Edoardo Borromeo

Appartenant à l'ancienne et noble famille Borromeo, Edoardo Borromeo Arese est né à Milan le 3 août 1822. Se destinant à la carrière ecclésiastique, Edoardo vint à Rome où le Pontife Pie IX le fit prélat romain, camérier secret participant et secrétaire d'ambassade. Lorsque Mgr Aleramo Pallavicini, archevêque de Pirgi, premier Majordome de Grégoire XVI résigna son office sous Pie IX, il eut pour successeur Francesco De Medici Prince d'Ottaiano, protonotaire apostolique et maître du Palais de ces deux Pontifes. Lors de la promotion au Cardinalat de Mgr Medici, Pie IX, alors exilé à Gaète, nomma Majordome son Maître du palais Edoardo Borroméo en juin de 1856. On peut donc dire que ce dernier est, parmi les prélats romains vivants, et avec le cardinal Pacca, celui qui a approché le plus longtemps le grand Pontife qui a glorieusement gouverné l'Église.

Dans l'exercice de ses fonctions Mgr Borromeo sut associer la plus grande dévotion au Pontife avec la plus exquise courtoisie. Les difficultés ne manquèrent pas au Prélat, mais il sut courageusement les dépasser. En conséquence, Pie IX voulant récompenser ce zèle envers sa personne et les services rendus à la Cour pontificale, le créa cardinal Diacre dans la promotion du 13 Mars 1868, et il lui donna le titre des Ss. Vito et Modesto, qui déjà avait autrefois été celui de Saint Charles. Le Pontife, multipliant ses grâces, nomma encore le Cardinal archiprêtre de la basilique patriarcale du Vatican, Préfet de fabrique de Saint-Pierre, et l’attribua aux Congrégations du Concile, de l'Immunité ecclésiastique, à la Consistoriale et au Cérémonial, lui conférant en outre diverses distinctions et lui donnant de très nobles tâches.

Le pourpre montra davantage les splendides vertus déjà appréciée en Borromeo durant sa carrière prélatrice. Louis Teste raconte que « un jour il administrait la première communion aux pauvres élèves des écoles de Borgo. Après leur avoir adressé les plus émouvantes exhortations, il s'agenouilla devant chacun d’eux et leur baisa les pieds. » Cet acte d'humilité n'a pas besoin de commentaires, et le même écrivain ajoute que « tous louent sa bonté, sa simplicité et sa générosité. » Son palais à Rome est ouvert à tous, et s’y cotoient les premiers représentants du monde catholique qui se rendent à Rome pour vénérer le tombeau de St Pierre et rendre leurs respects à son successeur. Aujourd’hui il n’existe à Rome aucune œuvre catholique qui ne soit pas sûre de trouver dans l'éminent Borromeo le plus chaud et le plus zélé partisan.
Lors la première réunion de Cardinaux, tenue au Vatican sous le règne du Souverain Pontife Léon XIII, le Cardinal Borromeo résigna le titre diaconal de Santi Vito et Modesto et passa à l'Ordre des Prêtres avec le titre de San Prassede, vacant depuis la mort de l’éminent Vannicelli, Archevêque de Ferrare, et qui avait été lui aussi celui de St Charles. Le même Pontife ayant décidé de lui conférer la dignité d'Évêque, le désigna à l’Archevêché d'Adana, et pour montrer l’estime et la bienveillance dans laquelle il le tient, il l’a lui-même consacré le 19 mai de cette année.

[De février 1879 à février 1880, le Cardinal Borromeo est Camerlingue du Sacré Collège. Il est mort à Rome à l'âge de 59 ans, le 30 novembre 1881, et a été enterré dans le cimetière Verano.]

Cardinaux diacres :
LV. Le Cardinal Prospero CATERINI 

Le Cardinal Prospero Caterini

Le premier des Cardinaux diacres est Prospero Caterini, né à Onano au diocèse d'Acquapendente le 15 octobre 1795, et revêtu de la pourpre cardinalice depuis plus d’un quart de siècle. Sa vie s’est passée toute entière dans les Congrégations romaines, où il s’est distingué par son savoir et ses vertus au milieu de tous les hommes illustres qui les composent. Grégoire XVI, grand connaisseur des hommes, apprécia avec le temps les qualités de Mgr Caterini et il le nomma secrétaire de la Sacrée Congrégation des études. Dans cet office, Mgr Caterini publia en 1841 la Collectio legum et ordinationum de recta studiorum ratione qu’il a fait précéder d’une belle préface. Peu après il fut nommé auditeur du Pape, charge des plus importantes, et il fut ensuite élu successivement Chanoine de la Basilique patriarcale du Vatican et protonotaire apostolique participant. Fin novembre 1845 Grégoire XVI le promut assesseur du Saint Office. Dans tous ces emplois Prospero Caterini correspondit dignement à la confiance de l'auguste Pontife.

Son successeur Pie IX poursuivit à employer les talents du docte et prudent Prélat et le créa Cardinal de la Sainte Eglise au Consistoire du 7 Mars 1853. Dans l'Allocution prononcée à cette occasion, le Saint Père loua l’intégrité de sa vie, sa piété, sa ferveur et l’intégrité de sa doctrine. Il lui assigna le titre diaconal de San Maria della Scala et le nomma à diverses Congrégations. L'exaltation au Cardinalat de Mgr Caterini fut fêtée avec de grandes démonstrations de joie dans sa patrie et ces solennités se renouvelèrent davantage encore à la chirographie pontificale dont il a été nommé protecteur près du Saint-Siège.

Lorsqu'en 1860, le cardinal Cagiano de Azevedo, évêque de Frascati, fut nommée pénitencier majeur à la mort du cardinal Gabriele Ferretti, évêque de Sabina, qui occupait cette charge, Sa Sainteté le Pape Pie IX nomma le cardinal Caterini préfet de la Sacrée Congrégation du Concile, charge qu’aujourd’hui encore il occupe malgré son âge avancé en même temps que celle de préfet de la Congrégation spéciale pour la révision des Conciles provinciaux.

Le Cardinal Caterini fut par ailleurs nommé par le Saint Père membre de la Commission cardinalice préparatoire au Concile Œcuménique du Vatican, et président de la Commission spéciale pour la Discipline Ecclésiastique. Il appartient actuellement aux Congrégations de la Visite Apostolique, des Sacrés Rites, de la Propagande et à celle de la Propagande pour les affaires de rite oriental, ainsi qu’à celle du Cérémonial et enfin à celles des Réguliers et de l'examen des Évêques.

Après la mort des Cardinaux Patrizi et Antonelli le cardinal Caterini reçut de nouveaux honneurs. Le Saint Père Pie IX l’a en effet choisi comme premier secrétaire de la sacrée Inquisition romaine et universelle, et il a succédé au cardinal Antonelli comme premier diacre du titre de San Maria in via Lata. C’est en cette qualité qu’il annonça l'élection du Souverain Pontife Léon XIII de la Loggia extérieure de la basilique du Vatican.

[Le Cardinal Caterini est mort à Rome le 28 octobre 1881.]
 

Cardinaux diacres :
LVI. Le Cardinal Teodolfo MERTEL

Le Cardinal Teodolfo Mertel

Le nom de l'éminent Teodolfo Mertel est entouré à Rome d’un grand respect tant à cause de sa doctrine que des services qu’il a rendu au Saint Siège. Il est né à Allumiere au diocèse de Civitavecchia, le 9 février 1806. Licencié en droit, sa valeur de jurisconsulte s’est révélée de bonne heure. Entré dans la Prélature, il appartint à la Chambre apostolique et à la signature papale de justice. En 1848 il était auditeur de la Rote. Connaissant son habilité, Pie IX le nomma membre d'une Commission qui avait pour mission de coordonner et d’assurer les réformes accordées dans les premiers mois de son pontificat, sur la nature du Gouvernement ecclésiastique conformément aux besoins de l’époque. Avec Mgr Mertel faisait partie de cette Commission les cardinaux Ostini, Castracane, Orioli, Altieri, Antonelli, Bofondi et Vizzardelli, Mgr Bernabò, nommé Cardinal en 1856, et Mgr Corboli Bussi. Tous aujourd’hui sont décédés.

Les évènements survenus en Italie durant les dix-huit mois qui suivirent l'élection de Pie IX à la fin de 1847, et le progrès des idées révolutionnaires en Europe, avaient excité dans les Provinces pontificales une fermentation insolite. Les premières mesures de Pie IX, inspirés par le bien de ses sujets et par sa grande affection envers ses fils, avaient donné naissance à de grandes espérances de changements dans le Gouvernement politique de l'Église. Pendant qu'à Naples, à Florence et à Turin certains s’assuraient déjà de la promesse d'une Constitution, la Commission procédait à l’étude de réformes. Le Roi Louis-Philippe, peu de temps avant sa chute, fit sentir à Rome qu’il ne permettrait jamais que le pouvoir du Pape soit écrasé à Rome. Peu après que la République ait été proclamée à Paris le 24 février 1848, le ministère s'étant retiré à Rome un nouveau présidé par le cardinal Antonelli fut constitué le 10 Mars. Quatre jours plus tard Pie IX promulguait le Statut approuvé par les Cardinaux et rédigé par Mgr Mertel. Quel que soit le jugement que l’on peut porter sur ce qui empêcha l'entière exécution de cet acte, qui fera époque dans l'histoire du Pontife Romain, personne ne pourra cependant nier que le compilateur du Statut avait heureusement résolu le problème de la représentation populaire associée à l'autorité suprême dans l'exercice du pouvoir, lequel se trouve réuni dans la même personne par le Chef de l'Église Catholique, et qui diffère donc grandement de l’organisation des autres Gouvernements.

La révolution paya Pie IX par l’ingratitude que tous connaissent, et le Gouvernement temporel du Pape fut renversé par la Constitution romaine de février 1849. Après la Restauration, et pour remédier aux graves désordres, le Pontife avait besoin du concours d'hommes droits et décidés. Mgr Mertel fut justement l’un de ceux qui ont permis à Pie IX de conserver Rome dans son obéissance durant les vingt et un ans suivant jusqu'au 20 septembre 1870. La Commission gouvernementale de l'État à peine formée à Rome, le 30 Juillet 1849, ses membres les Cardinaux Della Genga Sermattei, Vannicelli Casoni et Altieri, se donnèrent comme coadjuteur Mgr Mertel sans le dégager des fonctions qui lui étaient déjà attribuées, et le Conseils des ministres étant reconstitué en 1850, il fut appelé à en faire partie, bien qu’il n'ait tenu aucun portefeuille.

Mgr Savelli, vice-Camerlingue de la Sainte Église, ministre de l'intérieur et directeur général de police, étant promu au Cardinalat en 1853, Pie IX conféra définitivement ce ministère à Mgr Mertel, qui pendant cinq ans tint avec beaucoup d’éloges l'administration intérieure des États Pontificaux. Ce n'est pas ici le lieu de dire à quel point durant cette période le gouvernement fut bon, ni comment y contribua le ministre de l'intérieur. Nous pouvons seulement préciser qu'en 1858, pour le récompenser de tant de services, Sa Sainteté Pie IX lui conféra le Cardinalat avec le titre diaconal de San Eustachio. [Teodolfo Mertel n’était pas encore diacre à l’époque ; il est ainsi le dernier laïc de l'histoire à avoir été élevé à la dignité de cardinal. Il sera ordonné diacre par Pie IX le 16 mai 1858.]

Entré dans le Sacré Collège, le Cardinal fut vite employé aux tâches les plus brillantes et les plus graves. C’est à lui que fut confiée la présidence du Conseil d'État, et en 1877 la préfecture de la Signature papale de justice. Il appartient en outre aux Congrégations du Sainte Inquisition Romaine et universelle, de la Visite apostolique, des Évêques et Réguliers, du Concile, de la révision des Conciles, de la Propagande pour les affaires de rite oriental, de la Discipline régulière, de Fabrique de St Pierre et des Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Dernièrement Léon XIII l’a nommé secrétaire des Mémoriaux.

[Le Cardinal Mertel est vice-chancelier de la Sainte-Église de 1884 jusqu’à sa mort. À ce titre, il est nommé au titre de San Lorenzo in Damaso. Il se retire à Allumiere durant les dernières années de sa vie et y meurt le 11 juillet 1899 après un cardinalat de plus de 41 ans.]
 

Cardinaux diacres :
LVII. Le Cardinal Domenico CONSOLINI

Le Cardinal Domenico Consolini

Le marquis Domenico Consolini est né à Sinigallia le 7 juin 1806, et, admis dans la Prélature, il a passé sa jeunesse dans diverses délégations dans lesquelles il s’est acquis une réputation méritée de prudence, de modération, de fermeté et de charité. En 1853 Pie IX, connaissant son expérimence dans la gestion administrative ainsi que son zèle et sa dévotion envers le Saint-Siège, le nomma vice-président du Conseil d'État institué à son retour de Gaète après les événements de 1849.

Mgr Consolini y resta 13 ans durant lesquels il se maintint égal à lui-même. En 1866 le Saint Père voulut l’élever à de plus grands honneurs et le revêtit de la pourpre cardinalice en même temps qu’Antonio Matteucci et les éminents Bilio, Cullen et Hohenlohe.

L’éminent Consolini, en plus d'avoir tenu pendant quelque temps la présidence de Consulte d'État pour les finances, fut attaché aux Congrégations du Concile, pour la révision des Conciles provinciaux, de l'Immunité ecclésiastique, de la propagande, de Laurette, de l'Index et des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Dans chacune d’elles l'illustre Prélat a montré sa capacité d’étude et son expérience. Le titre diaconal assigné à l’éminent Consolini est celui de Santa Maria in Dominica. Lui ont été assignées les charges de préfet de l'économie de la Sacrée Congrégation de la Propagande de la Foi et de président de la révérende Chambre des dépouilles. Pie IX lui a en plus confié la présidence du Conseil central de l'œuvre de bienfaisance de la Propagation de la foi, du Séminaire des Saints Apôtres Pierre et de Paul pour les missions étrangères, et de l'Orphelinat et du Patronage de Vigna Pia. Ces deux dernières institutions doivent à Pie IX leur création et l’assurance de leur avenir. Dans cette tâche le Saint Père a trouvé dans le Cardinal le concours le plus utile qu’il puisse désirer.

Ceux qui ont la chance d'approcher cet illustre Prélat trouve en lui la personnification de la courtoisie, de la bonté et d’une charité sans limites. Les hommes d’œuvre ne partent jamais de chez lui sans un mot d’encouragement et quelque soulagement. 

Cardinaux diacres :
LVIII. Le Cardinal Lorenzo RANDI

Le Cardinal Lorenzo Randi

Le 12 Juillet 1818 naissait à Bagnacavallo, au diocèse de Faenza, Lorenzo Ilarione Randi, qui dut à son mérite sa rapide carrière. Entré dans l'administration pontificale, après avoir été référendaire de la signature de justice en 1852, il fut rapidement nommé délégué pontifical à Rieti, et de là successivement transféré à Pérouse et à Ancone. Il se trouvait dans cette dernière villle en 1860, au moment où la défaite de Castelfidardo donnait au Gouvernement sarde la domination de ce qui restait des provinces de l'État romain et le Royaume de Naples. Ancone étant incorporée au royaume de Victor Emanuel, Mgr Randi fut transféré à Civitavecchia, et en 1865, il fut promu au poste de vice-Camerlingue de la Sainte Eglise et directeur général de la police à Rome. Lorsque les Piémontais entrèrent dans Rome l’office de Mgr Randi cessa de fait et il se retira avec Saint Père au Vatican.

Le nouveau Gouvernement ayant supprimée sa charge, Mgr Randi dut abandonner une partie des registres de son administration. Enfin, 13 Mars 1875, Sa Sainteté Pie IX le nommait Cardinal In pectore, le publiant le 17 septembre suivant avec le titre diaconal de Santa Maria in Cosmedin, en l’assignant aux quatre Congrégations du Concile, des Évêques et Réguliers, de l'Immunité ecclésiastique, des Indulgences et des Sacrées Reliques.

Cardinaux diacres :
LIX. Le Cardinal Bartolomeo PACCA

Le Cardinal Bartolomeo Pacca

Bartolomeo Pacca est né le 25 février 1817 à Bénévent d’une famille d’illustre noblesse.

Entré très jeune dans la prélature romaine, Sa Sainteté Grégoire XVI l’a nommé chanoine de la basilique patriarcale du Vatican, et l’a envoyé peu après en qualité d'ablégat pontifical porter le chapeau cardinalice à S. Ex. révérendissime le Cardinal de la Tour d'Auvergne évêque d'Arras, créé Cardinal du titre de S. Agnès hors les murs au Consistoire du 23 décembre 1839. Le cardinal Pacca ayant dans son testament institué une Prélature à bénéfice pour l’un des membres de sa famille qui embrasserait l'état ecclésiastique, le premier à en être revêtu fut son neveu Mgr Bartoloméo Pacca, qui avait été admis le 22 avril 1841 parmi les référendaires de la signature. En 1847 il fut élu membre du Consulte d'État. Plus tard il fut vice-président du tribunal criminel de Rome.

Sa Sainteté Pie IX le nomma son maître de chambre et il fut promu Majordome en 1868. Sept ans après, le 15 Mars 1875, il fut nommé Cardinal in pectore par le même Pontife et publié le 17 septembre avec le titre diaconal de Santa Maria in Portico, étant attaché aux Congrégations du Concile, des Évêques et Réguliers, de l'Immunité ecclésiastique, des Indulgences et des Sacrées Reliques.

Le cardinal Pacca est un homme de grande piété. Parfait gentilhomme, tous les membres de la Cour pontificale font son éloge. Son amour pour les beaux-arts le rende particulièrement cher aux peintres et aux sculpteurs qui trouvent en lui un zélé protecteur de ce qui peut servir l'art et la religion. 

Cardinaux diacres :
LX. Le Cardinal Lorenzo NINA

Le Cardinal Lorenzo Nina

Le premier des Cardinaux diacres créés par Pie IX dans son avant-dernière promotion du 12 mars 1877 fut Lorenzo Nina de Recanati, né le 12 mai 1812. Encore jeune il montra un talent précoce qui dès lors donnait de grandes espérances. Il apprit les belles lettres et la philosophie dans le séminaire de sa patrie et obtint un doctorat en théologie et en droit à l'Université de Rome. Il fut ordonné prêtre à vingt-trois ans. S’étant adonné à l'étude des lois, il fut choisi par le secrétaire de Mgr Camillo Di Pietro, auditeur de la Rote romaine et avocat de grande renommée, actuellement sous-doyen du Sacré Collège et Camerlingue de la Sainte Eglise Romaine. Le Cardinal préfet de la Sacrée Congrégation du Concile le voulut aussi comme auditeur, et il se signala tant dans cette fonction qu’il fut rapidement promu sous-secrétaire de cette même Congrégation. Il fut conseiller de l'éminent Cardinal Amat le vice-chancellier du Saint Siège et doyen du Sacré Collège, décédé il y a quelques mois.

Mgr Nina fut ensuite nommé à la Congrégation des avocats de St Yves et se trouva désigné parmi les Prélats abréviateurs dont il fut doyen. Il fut également membre du chapitre du Vatican et fut parmi les plus zélés et les plus capables dans la défense des intérêts et de la magnificence de cette Basilique. Sachant pouvoir compter sur sa science et sur son adresse, le Saint-Siège lui confia le soin de mener des négociations très importantes qu’il sut terminer avec un tel brio que cela lui valu l'estime et l'affection du Saint Père le Pape Pie IX qui lui conféra la très importante fonction d'Assesseur de la Sacré Inquisition romaine et universelle.

En dernier lieu il a été élu Préfet des Études au Lycée pontifical de St Apollinaire auquel sont annexés les Séminaires Pie et Romain, et où il a su mériter l'estime et l'affection de tous. Sa Sainteté Pie IX le choisit en outre parmi les membres de la Commission préparatoire pour la discipline ecclésiastique au Concile du Vatican, et il l’intégra parmi ses Prélats domestiques ; il fut en outre référendaire de la Signature, protonotaire apostolique surnuméraire et consulteur de la Sacrée Congrégation des Rites.

Sa Sainteté Pie IX le récompensa par la pourpre sacrée, lui conférant le titre de Sant'Angelo in Pescheria. Le Cardinal Nina fait partie de cinq Congrégations, celles de la Sainte Inquisition Romaine et universelle, celle sur l'état des Réguliers, celle de la Propagande, celle pour les affaires de rite oriental, et celle pour les affaires ecclésiastiques extraordinaires. Le cardinal Nina a été nommé, peu après sa promotion à la pourpre sacrée, Préfet de l'Économie de la Sacrée Congrégation de la Propagande et Président de la révérable Chambre des Dépouilles. Pendant plusieurs mois il a tenu la préfecture de la Congrégation des études durant la longue maladie de l’éminent Capalti, et, après la mort de ce dernier, il fut préfet effectif de cette même Congrégation. 

Léon XIII l'a finalement appelé à la haute charge de Secrétaire d'État devenue vacante par la mort inattendue de l’éminent Cardinal Franchi.

Cardinaux diacres :
LXI. Le Cardinal Enea SBARRETTI

Sbarretti est né à Spolète le 27 janvier 1808. Admis au Séminaire archiépiscopal, il ne tarda pas à se signaler par son bon esprit, sa conduite exemplaire et sa science ecclésiastique. Pie IX, qui était alors archevêque de Spolète, ne tarda pas à s’apercevoir de ses grandes vertus et l'appela auprès de lui. Ayant été transféré par Grégoire XVI au diocèse d'Imola en 1832, il emmena Sbarretti avec lui et le promu Chanoine de la cathédrale et Vicaire général du diocèse. Tous connaissent combien fécond en bonnes œuvres a été l’épiscopat de Mgr Mastai à Imola, mais l’on doit ajouter qu'il eut en Mgr Sbarretti un digne interprète et un juste exécuteur de ses saintes pensées. La discrétion, la prudence, la doctrine de cet ecclésiastique étaient au-dessus de tout éloge, et Mgr Mastai avait coutume dire : « Voici un vrai prêtre selond Dieu : on chercherait en vain le moindre reproche à lui faire. »

Lorsque le cardinal Mastai Ferretti fut appelé au Cardinalat par Grégoire XVI, l’église d’Imola resta quelques temps vacante avant que ne soit nommé le Cardinal Baluffi, déjà Archevêque de Camerino et revêtu de la pourpre sacrée le 21 décembre 1846. Le chanoine Sbarretti eut à gouvernemer le diocèse entre le départ du cardinal Mastai et l'arrivée de son successeur.

Mais Pie IX ne tarda pas à appeler à Rome son ancien Vicaire général. Il le fit son Prélat domestique et il lui confia de très importantes tâches. Le 20 janvier 1854 il fut élu auditeur de la Rote, alors que le 11 janvier 1850 il s’était déjà vu attribuer la charge de référendaire de la signature et plus tard admis parmi les Prélats officiels de la Sacrée Congrégation des Rites. Enfin, après la promotion à la pourpre sacrée du cardinal Salvatore Nobili Vitelleschi, le Saint Père le nomma secrétaire de la Congrégation des Évêques et Réguliers, consulteur de celle des affaires ecclésiastiques extraordinaires, de la Discipline régulière, de la Suprême Inquisition Romaine et de celle pour la révision des Conciles provinciaux.

Le 12 Mars 1877 Pie IX le créait Cardinal de la Sainte Eglise, et lui conférait le titre diaconal de Santa Maria ad Martyres, en l'attribuant aux Congrégations des Évêques et Réguliers, des Études, de l'Immunité ecclésiastique et du Concile, dans lesquelles le Cardinal fait preuve de sa grande doctrine et de l’infatigable zèle avec lequel il s'emploie pour le Saint-Siège et l’Église universelle.

Cardinaux diacres :
LXII. Le Cardinal Federic DE FALLOUX

Le Cardinal Federic De Falloux

Frederic Alfred Pierre comte de Falloux du Coudray est né à Bourg d'Iré, au diocèse d'Angers, le 15 août 1815, d'une famille ancienne et annoblie du titre de comte par le gouvernement de la Restauration pour récompenser son zèle monarchique . Une place de la ville d'Angers porte le nom de Falloux et cette famille, pendant une famine qui décimait la capitale de l’Anjou, fournit à manger pendant six semaines à ses habitants. Une inscription sculptée sur le château d'Angers rappelle cette éminente générosité, et ils on y lit ces mots : Non meum sed populo.

Le jeune Frédéric de Falloux, ayant accompli à Paris des études littéraires, fit un voyage en Italie au cours duquel il revêtit l’habit clérical et ayant été admis à Rome à l'Académie des Nobles ecclésiastiques, il fut ordonné prêtre. Sa Sainteté Grégoire XVI le nomma Camérier secret et le fit chevalier de l'Ordre du Christ sur les éloges qu’avait fait de lui Mgr De Quélen, archevêque de Paris. Le 12 Juillet 1838 il fut reçu parmi les Prélats référendaires de la signature. Chargé d'une mission très délicate relative à la paroisse de Saint Louis des Français, il obtint pleinement satisfaction, et était sur le point de revenir à Paris lorsque le Pape voulut à Rome l’honorer du titre de Prélat domestique, de Protonotaire apostolique surnuméraire et de Ponent de la Congrégation du Bon Gouvernement aujourd’hui supprimée. Pie IX au début de son Pontificat (1847) le nomma secrétaire de la Congrégation de la Discipline régulière, office qu’il occupa jusqu'à sa promotion au Cardinalat.

En 1849 Mgr de Falloux s'employant beaucoup pour le bien de l'Église, se rendit auprès du Pontife à Gaète. Au retour de Pie IX il obtint un canonicat à la Basilique patriarcale du Vatican. En 1861 il fut nommé régent de la Chancellerie apostolique, et tous se rappellent avec quel zèle  il se dépensa en 1870 pour sauver ce suprême tribunal de la Curie romaine.

Rome et les Évêques de France connaissent la charité du cardinal de Falloux, son zèle pour les bonnes œuvres, son goût pour les beaux-arts. Son appartement est plein de chef-d'œuvre. Mais ce qui est le plus admirable dans l’éminent de Falloux c’est sa dévotion à l'Église et au Saint-Siège.

Le 12 Mars 1877 Pie IX le créait Cardinal diacre, lui conférant le titre de Sant'Agata alla Suburra. Les Congrégations auxquelles il appartient sont celles de l'Index, des Sacrés Rites, du Cérémonial et de la Discipline Régulière.
 

Cardinaux diacres :
LXIII. Le Cardinal Antonio PELLEGRINI

Le matin du 28 décembre 1877 Pie IX rassemblait autour de lui au Vatican les Cardinaux de la Sainte Eglise, et après avoir préconisé beaucoup d'Évêques, le Saint Père créait deux nouveaux Cardinaux, l'Archevêque de Ravenne et Mgr Antonio Pellegrini, déjà doyen des clercs de la Chambre apostolique. 

Ce grand Prélat est né à Rome le 11 août 1812 et compte trente-cinq ans de Prélature, ayant été admis le 3 mars 1842 parmi les référendaires de la Signature. Le 11 janvier 1847 il fut nommé par Pie IX vice-légat à Velletri. De là, il fut promu votant de la signature, après la restauration du Gouvernement pontifical et de la chute de la République de Mazzini en 1849. Le 23 mars de 1858 il devint clercs de la vénérable Chambre apostolique.

Mgr Antonio Pellegrini a la réputation méritée d’être un très savant jurisconsulte. Le Saint-Siège employa cette capacité en lui confiant la charge très importante de Président des Archives. Il fut aussi compté parmi les Prélats domestiques du Pape, Protonotaire apostolique surnuméraire, et consulteur de la Congrégation spéciale pour la réédification de la Basilique de Saint Paul. Il a  fait partie de la Chambre des finances. Dans chacun de ces offices il a su remporter les éloges les plus mérités.

Son humilité lui fit refuser les ordres sacrés jusqu'en novembre dernier. Il a reçu en décembre de l’éminent Cardinal Pecci, alors Camerlingue de la Sainte Église, les ordres du sous-diaconat et du diaconat, et a pu ainsi recevoir le chapeau cardinalice. Le titre de l’éminent Pellegrini est celui de diacre de Santa Maria in Aquiro. Le Cardinal fait partie des Congrégations du Concile, des Rites, des Indulgences et des Sacrées Reliques et de la Fabrique de Saint Pierre.