ENSEIGNEMENT PONTIFICAL

LETTRES APOSTOLIQUES

LETTRE APOSTOLIQUE 
Ex supremo Apostolatus  
RÉTABLISSANT LA HIÉRARCHIE ÉPISCOPALE EN ÉCOSSE
4 mars 1878

LETTRE APOSTOLIQUE

DE N. T. S. PÈRE EN JÉSUS-CHRIST ET SEIGNEUR 
LEON XIII  
Pape par la divine Providence
RÉTABLISSANT LA HIÉRARCHIE ÉPISCOPALE EN ÉCOSSE


LÉON, ÉVÊQUE
serviteur des serviteurs de Dieu

En perpétuelle mémoire

Du fait de l'apostolat où Nous venons d'être récemment élevé, non en vertu de Nos mérites, mais par une disposition de la divine bonté, les Pontifes romains, Nos prédécesseurs n'ont jamais cessé de considérer comme du sommet d'une montagne, toutes les parties du champ du Seigneur, pour reconnaître ce qui dans le cours des ans convenait le mieux à la condition, à la dignité et à l'affermissement de toutes les Eglises ; conséquemment, et autant qu'il leur a été donné d'en haut, ils ne furent pas moins soucieux de ressusciter les anciens sièges épiscopaux qui avaient péri par l'injure du temps que d'en ériger de nouveaux dans tout le monde. Car le Saint-Esprit ayant établi les évêques pour régir l'Eglise de Dieu, dès que l'état de la sainte religion dans un pays permet d'y introduire ou d'y organiser le régime de l'ordinaire épiscopal, il convient de lui conférer aussitôt les bienfaits qui découlent naturellement de cette divine organisation. 

C'est pourquoi Notre prédécesseur, de sainte mémoire, Pie IX, dont nous déplorons tous la perte toute récente, dès le commencement même de son Pontificat, comme il apparaissait que la prospérité des Missions établies dans le très illustre et très florissant royaume d'Angleterre permettait de leur donner le mode de constitution ecclésiastique qui existe dans presque toutes les autres nations catholiques, s'empressa de rendre aux Anglais leurs évêques ordinaires par ses lettres apostoliques du 1er octobre de l'an de l'Incarnation 1850, commençant par ces mots : Universales Ecclesiae. Et peu de temps après, ayant jugé que les illustres contrées de la Hollande et du Brabant pouvaient jouir des mêmes dispositions salutaires, il ne tarda pas à y rétablir aussi la hiérarchie épiscopale, par d'autres lettres apostoliques datées du 4 mars 1853, et commençant ainsi : Ex qua die

Ces mesures, sans parler du rétablissement du patriarcat de Jérusalem, ont été prises avec un à-propos si manifeste que le résultat, à la faveur de la grâce divine, a pleinement répondu à l'attente de ce Saint-Siège ; car tout le monde connaît assez l'avantage qui est résulté pour l'Eglise catholique du rétablissement de la hiérarchie épiscopale dans ces deux pays.

Mais l'esprit du très pieux Pontife supportait difficilement que l'Ecosse n'eût pas encore pu partager cette condition. Le chagrin de son âme paternelle était d'autant plus grand qu'on savait combien avaient été féconds autrefois les progrès de l'Eglise catholique en Ecosse. Et certes, quiconque est un peu versé dans l'histoire ecclésiastique, sait parfaitement que la lumière de l'Evangile a lui de bonne heure pour les Scots ; car sans parler de ce que la tradition nous rapporte des antiques missions apostoliques dans ce royaume, l'histoire raconte qu'au quatrième siècle saint Ninian qui, au témoignage du vénérable Bède avait été instruit à Rome dans la foi et les mystères de la vérité, et au cinquième siècle saint Palladius, diacre de l'Eglise romaine, tous deux honorés du bandeau sacré, y ont prêché la foi de Jésus-Christ ; puis, que saint Columban, abbé, qui débarqua dans ce pays au sixième siècle, y construisit un monastère d'où beaucoup d'autres sont sortis. Et quoique depuis le milieu du huitième siècle jusqu'au onzième les documents historiques manquent à peu près sur l'état de l'Eglise en Ecosse, il est de tradition cependant qu'il y a eu là plusieurs évêques, quoique quelques-uns fussent sans sièges fixes. 

Mais après que Malcom III se fût emparé du pouvoir, en l'an 1057, la religion chrétienne, qui avait subi de graves dommages, soit à cause des excursions des peuples étrangers, soit en raison des vicissitudes politiques, commença, par les soins et à l'instigation de sainte Marguerite, sa femme, à se relever et à s'accroître ; et les ruines encore debout des édifices sacrés, des monastères et des autres monuments religieux, rendent un éclatant témoignage à la piété des anciens Scots. Mais pour continuer sommairement ce qui se rapporte plus particulièrement à notre sujet, il est constant qu'au quinze siècle les sièges épiscopaux s'étaient déjà tellement multipliés, qu'on en compte treize, savoir : ceux de Saint-André, de Glascow,de Dunkeld, d'Aberdeen, de Murray, de Bréchin, de Dumbar, de Ross, de Caithness, de Gallway, de Lismor, de Sodor ou d'Agrgyll et des Orcades, qui tous relevaient immédiatement de ce siège apostolique. Il est constant aussi, ce dont les Scots se glorifient à juste titre, que les Pontifes romains, prenant le royaume d'Ecosse sous leur protection particulière, entourèrent d'une bienveillance spéciale les dites Eglises, et c'est pourquoi, en se conduisant comme métropolitains d'Ecosse, ils ont plusieurs fois décrété que les privilèges et immunités qui leur avaient été concédés depuis longtemps par l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres, devaient être maintenus dans leur intégrité, en sorte que l'Eglise d'Ecosse, selon ce qu'avait établi Honorius III, de sainte mémoire, était soumise, sans aucun intermédiaire, au siège apostolique, comme une fille privilégiée.

Jusqu'alors donc, comme l'Ecosse n'a vait pas de métropolitain. Sixte IV, considérant les dépenses et les difficultés résultant pour ses habitants des rapports avec la métropole de Rome, érigea, par lettres apostoliques du 17 août 1472 commençant ainsi : Triumphans Pastor aeternus, en métropole et en siège archiépiscopal pour tout le royaume le siège de Saint-André, qui, tant par l'antiquité de son origine qu'à cause de la vénération pour l'apôtre, patron du royaume, avait acquis le premier rang, et lui donna les autres sièges pour suffragants. Cela eut lieu aussi en 1491 pour le siège de Glascow, qui, ayant été distrait de la province ecclésiastique de Saint-André, fut élevé par Innocent VIII à la dignité de métropole et eut pour suffragants quelques-uns des sièges nommés plus haut. 

Pendant que l'Eglise d'Ecosse ainsi constituée florissait, l'irruption de l'hérésie au seizième siècle la réduisit malheureusement à la dernière extrémité ; cependant ni le zèle, ni la sollicitude, ni l'intérêt des souverains Pontifes, Nos prédécesseurs, ne manquèrent jamais aux Ecossais, en sorte que les forts persévérèrent dans la foi, comme on le voit manifestement par plusieurs documents. Car voyant grandir au loin la tempête, pleins de commisération pour ce peuple, ils s'appliquèrent incessamment, soit par des envois réitérés de missionnaires des diverses familles de réguliers, soit par des légations apostoliques et d'autres secours du même genre, à venir en aide à la religion déchue. Par leurs soins, dans cette citadelle du monde catholique un collège particulier, outre le collège Urbanien, s'ouvrit à des jeunes gens choisis dans la nation écossaise, pour qu'ils pussent s'y former dans les études sacrées et être promus au sacerdoce, afin d'exercer le sacré ministère dans leur patrie et de porter le secours spirituel à leurs concitoyens. Et comme cette partie chérie du troupeau du Seigneur était veuve de ses pasteurs, GrégoireXV, de sainte mémoire, envoya, dès qu'il le put, en Angleterre et en Ecosse à la fois, Guillaume créé évêque de Chalcédoine et muni de pleins pouvoirs même de ceux qui sont propres aux ordinaires, afin qu'il prît la charge pastorale de ces brebis dispersées, comme on peut le voir dans les lettres apostoliques Ecclesia Romana du 23 mars 1623. Les lettres Inter gravissimas, en forme de bref, du 18 mai de l'an 1630 de la nativité de Notre-Seigneur, montrent que François Barberini, cardinal de la sainte Eglise romaine, reçut d'Urbain VIII, en qualité de protecteur des Anglais et des Ecossais, une grande provision de pouvoirs, à l'effet de rétablir la foi orthodoxe dans l'un et l'autre royaume et de procurer le salut de leurs habitants. Les autres lettres Multa sunt du même Pontife, adressées, le 12 février 1633, à la reine de France, pour recommander à sa bienveillance les fidèles de ce pays et cette Eglise plongée dans l'affliction, tendent aussi au même but. 

Mais afin de pourvoir de la manière la plus efficace à l'administration spirituelle des Ecossais, le Pape Innocent XII envoya, en 1693, en qualité de nonce apostolique, Thomas Nicholson, revêtu du titre et du caractère d'évêque de Perth, en confiant tout le royaume et les îles adjacentes à ses soins. Et peu après, comme un seul vicaire apostolique ne pouvait plus suffire à cultiver cette vigne du Seigneur, Benoit XIV s'empressa d'adjoindre un compagnon à cet évêque, ce qu'il put heureusement mettre à exécution en 1727. Il arriva ainsi que tout le royaume d'Ecosse fut divisé en deux vicariats apostoliques, dont l'un comprenait la partie inférieure, et l'autre la partie supérieure. Mais cette division, qui avait paru suffisante pour le gouvernement des catholiques qu'il y avait alors, ne pouvait plus convenir après que leur nombre se fut accru de jour en jour ; aussi, le siège apostolique trouva bon de procurer un nouveau moyen de conserver et de propager la religion en Ecosse par l'institution d'un nouveau vicariat. A cet effet, Léon XII, d'heureuse mémoire, par les lettres apostoliques Quanta laetitia affectisimus, en date du 13 février 1827, divisa l'Ecosse en trois districts ou vicariats apostoliques, savoir : celui d'Orient, celui d'Occident et celui du Nord. Personne n'ignore quels fruits abondants l'Eglise catholique y a dès lors recueillis par le zèle des nouveaux prélats et les soins de Notre Propagande ; par où l'on voit assez que ce Saint Siége n'a jamais rien négligé, dans sa sollicitude de toutes les Eglises, pour relever et remettre la nation écossaise de toutes ses anciennes et déplorables calamités.

Mais le Pape Pie IX, de sainte mémoire, désirait surtout ardemment qu'il lui fût donné de ramener l'insigne Eglise d'Ecosse à son ancienne noblesse et à sa constitution ; car les illustres exemples de ses prédécesseurs, qui semblaient avoir voulu lui aplanir la voie, l'excitaient particulièrement à cette oeuvre. Et, certes, considérant, d'un côté, la situation de la religion catholique en Ecosse, et le nombre de jour en jour croissant des fidèles du Christ, des ouvriers sacrés, des églises, des missions, des maisons religieuses et des autre institutions du même genre, ainsi que l'état des ressources temporelles ; et, de l'autre, voyant disparaître de plus en plus, grâce à la liberté accordée aux catholiques par l'illustre gouvernement britannique, tous les obstacles à la reconstitution du régime des évêques ordinaires en Ecosse, ce Pontife s'était convaincu qu'il ne fallait plus du tout différer le rétablissement de la hiérarchie épiscopale. 

Sur ces entrefaites, les vicaires apostoliques eux-mêmes et beaucoup de membres du clergé, et parmi les laïques des hommes recommandables par leur noblesse et par leurs vertus, lui demandèrent instamment de ne pas retarder davantage l'accomplissement de leurs voeux. Ces supplications lui furent renouvelées lorsque les chers fils des diverses classes de ce pays, sous la conduite du vénérable frère Jean Strain, évêque d'Abyla in partibus itfidelium, et vicaire apostolique du district oriental, vinrent ici pour se réjouir avec lui du cinquantième anniversaire de sa consécration épiscopale. Les choses étant ainsi, le vénérable pontife avait confié l'affaire, en raison de sa gravité, à Nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine préposés à la propagation de la foi, pour être examinée à fond ; et leur avis l'avait confirmé de plus en plus dans son dessein. Mais tandis qu'il se réjouissait de pouvoir enfin accomplir l'oeuvre tant et si longtemps désirée, il fut appelé par le juste juge à recevoir la couronne de la justice.

Ainsi, ce que Notre prédécesseur n'a pu faire, en ayant été empêché par la mort, le Dieu riche en miséricorde et plein de gloire en toutes ses oeuvres, Nous l'a permis, afin que Nous inaugurions comme par un heureux présage le pontificat suprême que Nous avons accepté en tremblant, au milieu de ces temps si calamiteux. C'est pourquoi, ayant pris une entière connaissance de toute cette affaire Nous avons jugé qu'il fallait, sans retard, mettre à exécution ce qui avait été décrété par Pie IX, de récente mémoire. Ayant donc levé les yeux vers le Père des lumières, de qui vient toute chose excellente et tout don parfait, Nous avons invoqué le secours de la grâce divine, réclamant en même temps l'aide de la bienheureuse Marie, vierge conçue sans péché, de saint Joseph, son époux et le patron de l'Eglise universelle, des saints apôtres Pierre et Paul, de saint André et des autres habitants du ciel que les Ecossais vénèrent comme leurs protecteurs, afin que, par leurs suffrages auprès de Dieu, ils nous aidassent à terminer heureusement cette affaire. Après quoi, de notre propre mouvement, de science certaine et par l'autorité dont Nous jouissons sur toute l'Eglise, pour la plus grande gloire de Dieu et l'exaltation de la foi catholique Nous établissons et décidons que dans, le royaume d'Ecosse revivra, selon les prescriptions des lois canoniques, la hiérarchie des évèques ordinaires qui seront appelés aux sièges que par cette Constitution, Nous érigeons et constituons en province ecclésiastique. Or, Nous voulons que pour le présent, il y ait à ériger et il soit érigé dès maintenant des sièges au nombre de six, savoir : celui de Saint-André, auquel s'ajoutera le titre d'Edimbourg, ceux de Glascow, d'Aberdeen, de Dunkeld, de Galloway et d'Argyll.

Mais, Nous rappelant les fastes illustres de l'ancienne église de Saint-André, et tenant compte de ce que cette ville est au jourd'hui la principale du royaume, prenant en considération d'autres raisons encore, Nous n'avons pu nous refuser, tirant pour ainsi dire du sépulcre ce siège célèbre, et lui adjoignant le titre d'Edimbourg, de l'élever ou plutôt de le rétablir dans 1e rang et la dignité de siège métropolitain ou archiépiscopal, dont l'avait décoré notre prédécesseur de vénérée mémoire, Sixte IV, et de lui assigner comme suffragants quatre des sièges nommés plus haut, savoir : Aberdeen, Dunkeld, Galloway et Argyll, comme par la teneur des présentes et en vertu de Notre autorité apostolique, Nous les lui assignons, adjoignons, attribuons. 

Quant au siège de Glascow, considérant l'ancienneté de cette ville, sa grandeur, sa noblesse, et surtout ayant égard à l'état très florissant de la religion dans ces murs, en même temps qu'aux privilèges archiépiscopaux qui lui furent conférés jadis par Innocent VIII, Nous avons cru qu'il convenait d'attribuer à son évêque le nom et les insignes d'archevêque, comme en fait Nous le lui accordons par la teneur des présentes, sous cette condition toutefois qu'aussi longtemps qu'il n'en aura pas été autrement décidé par Nous ou Nos successeurs, il n'exercera, en dehors de la prérogative comprenant le nom et les insignes, aucun droit propre du vrai archevêque et métropolitain. Or, Nous voulons et ordonnons que l'archevêque de Glascow, tant qu'il restera sans suffragants, se réunisse aux autres évêques dans le synode provincial d'Ecosse.

Quant au siège archiépiscopal et métropolitain de Saint-André et d'Edimbourg, il comprendra les comtés d'Edimbourg, de Lennox, d'Haddington, de Bervik, Selkirk, Pseblgs, Roxbury et la partie méridionale de Fife qui est à droite du fleuve Eden ; le comté de Stirling, à l'exception toutefois des territoires de Baldernock et de Kilpatrik est. 

Dans l'archidiocèse de Glascow seront compris les comtés de Lanark, de Renfrew, de Bray, les territoires de Baldernock et de Kilpatrik est, situés dans le comté de Stirling, la partie nord du comté d'Ayr, qui est séparée de la partie est par la rivière de Lugdon qui se jette dans le fleuve de Garnock, plus la grande et la petite île de Cumber.

La diocèse d'Aberdeen comprendra les comptés d'Aberdeen, Kincardine, Bauff, Elégin ou Murray, Nairn, Rose (à l'exception de Leog), de Cromarty, de Sutherland, de Caithness, les îles Orcades et Sethland ; enfin cette partie d'Inverness qui est au nord du lac Luing jusqu'aux confins est du même comté d'Inverness, au point où se rencontrent les comtés d'Aberdeen et de Baeff.

Le diocèse de Dunkeld comprendra les comtés de Perth, Forfary, Clacman, Kinross et la partie nord de Fife qui est à gauche du fleuve Eden, ainsi que les parties du comté de Stirling qui sont isolées et entourées par les comtés de Perth et de Clacman.

Le diocèse de Galway comprendra les Comtés de Dumfries, de Kirkudbright, de .Wington, et la partie du comité d'Ayr qui sétend à gauche de la petite rivière de Lugdon allant à l'est se Jeter dans le fleuve Garnock.

Enfin le diocèse d'Ergadi et d'Argyll comprendra le comté d'Argyll, les îles de Bute et d'Aran, Abuda et la partie est du comté d'Inverness qui s'étend du lac Luing jusqu'aux confins est du même comté en suivant la ligne droite indiquée plus haut. 

Par conséquent, il y aura donc en Ecosse, outre l'archevêché d'honneur de Glascow, une seule province ecclésiastique, se composant d'un seul archevêque ou évêque métropolitain et de quatre évêques suffragants. 

Et maintenant, Nous ne doutons pas que les nouveauxévêques, suivant les traces de leurs insignes prédécesseurs, qui par leur propre mérite ont illustré l'ancienne Eglise d'Ecosse, ne donnent tous leurs soins à ce que le nom de la religion catholique brille dans leurs régions du plus vif éclat, et que le bien des âmes et l'accroissement du culte divin soient poursuivis par les meilleurs moyens qui seront en leur pouvoir. Dans cet espoir, Nous déclarons Nous réserver, ainsi qu'à Nos successeurs sur ce Saint-Siège, le droit de partager ces diocèses en d'autres diocèses, lorsqu'il sera besoin d'en augmenter le nombre, d'en changer les limites, en un mot d'accomplir librement tout ce qui aura paru dans le Seigneur devoir mieux servir à la propagation de la foi orthodoxe.

Puis,voyant à cela un grand avantage pour ces Eglises, Nous voulons et ordonnons que les prélats à qui elles sont confiées n'omettent jamais de transmettre les rapports sur l'état de leurs sièges et des fidèles qui leur sont confiés, à notre congrégation de la Propagande, qui a toujours eu jusqu'ici une si grande sollicitude et un soin particulier pour tout ce qui concerne ces régions ; afin que, par cette congrégation, Nous soyons tenu au courant de tout ce que les évêques jugeront nécessaire ou utile pour remplir leur charge pastorale et pour procurer l'accroissement de leurs églises. Qu'ils n'oublient pas qu'ils sont tenus de fournir ce rapport et de faire le voyage ad limina SS. Apostolorum tous les quatre ans, ainsi qu'il est porté en la constitution de Sixte V, de sainte mémoire, commençant par ces mots : Romanus Pontifex et donnée le 22 décmbre 1584. Pareillement et pour tout ce qui est de leur ministère pastoral, les archevêques et évêques nommés ci-dessus jouissent et jouiront des mêmes droits et des mêmes pouvoirs que les autres évêques catholiques des autres nations, et cela en vertu des dispositions ordinaires des saints canons et des constitutions apostoliques. Ils seront de même astreints aux mêmes obligations dont sont tenus les autres archevêques et évêques en raison de la dsicipline commune et générale de l'Eglise catholique. C'est pourquoi, tout ce qui, en fait de privilèges ou de coutumes particulières, aurait été précédemment en vigueur, soit en raison des anciennes coutumes des Eglises d'Ecosse, soit dans la suite et à cause de l'état des missions, en vertu de constitutions particulières, tout cela désormais, les circonstances, ayant changé, ne conférera aucun droit et n'imposera aucune obligation. A cette fin et pour qu'il ne puisse, dans l'avenir, s'élever aucun doute à cet égard, Nous enlevons, par la plénitude de notre autorité apostolique tous ces statuts particuliers, ordonnances, privilèges et coutumes de quelque genre que ce soit, et à quelque temps ancien et immémorial qu'ils remontent, toute valeur, soit pour obliger, soit pour conférer un droit. 

Par conséquent les évêques d'Ecosse auront toute liberté de décréter ce qui concerne l'exécution du droit commun et ce qui est permis aux évêques, de par la discipline générale de l'Eglise. Qu'ils aient donc pour certain que Notre autorité apostolique leur viendra volontiers en aide pour tout ce qui paraîtra devoir augmenter la gloire du nom divin et exciter le bien spirituel des âmes. Et afin que Nous produisions un témoignage de cette bienveillance envers la chère fille du Saint-Siège l'Eglise d'Esosse, Nous voulons et déclarons que ces évêques, lorsqu'ils auront été revêtus du nom et des droits des évêques ordinaires, ne doivent jamais être privés des avantages et des plus amples pouvoirs dont ils jouissaient auparavant sous le titre de vicaires apostoliques de Nous et de ce Saint-Siége. Car il n'est pas permis de faire tourner à leur détriment ce qui a été décrété par Nous, d'après le voeu des catholiques écossais, pour le plus grand bien de la religion parmi eux. Et, puisque l'état de l'Ecosse est tel qu'il n'y a point de temporalités suffisantes pour l'entretien des ministres de Jésus-Christ et les diverses nécessités de chaque Eglise, Nous avons le ferme espoir que, dans l'avenir, Nos chers fils les fidèles de Jésus-Christ, dont Nous avons volontiers accueilli les supplications pressantes pour la restauration de la hiérarchie épiscopale, auront à coeur, par des aumônes et des dons, de venir largement au secours des pasteurs que Nous mettons à leur tête, afin que ceux-ci puissent travailler à l'édification des maisons épiscopales, des temples, à la splendeur du culte, au soutien du clergé et des pauvres et parer aux autres nécessités de l'Eglise.

Et maintenant Nous adressons nos très humbles pensées à Celui en qui il a plu à Dieu le Père d'instaurer toutes choses, dans la dispensation de la plénitude des temps, afin que, comme Il a commencé toute bonne oeuvre, Il l'achève, la confirme et la fortifie ; afin qu'à tous ceux dont c'est le rôle d'accomplir les choses que Nous que avons décrétées, Il accorde la lumière de la grâce céleste et cette force qui fera entièrement tourner au bien de l'Eglise catholique cette hiérarchie épiscopale rétablie par Nous dans le royaume d'Ecosse. C'est à cette même fin que Nous invoquons l'intercession, auprès de Jésus-Christ, notre réparateur, de sa très sainte mère, de saint Joseph, son père putatif, des saints apôtres Pierre et Paul, de saint André, que l'Ecosse entoure d'un culte particulier, des autres saints et surtout de sainte Marguerite, reine des Ecossais, l'honneur et la sauvegarde de ce royaume, afin qu'ils veuillent entourer de leur bienveillante faveur cette Eglise renaissante.

Enfin Nous décrétons que ces lettres apostoliques ne pourront jamais, ni en aucun temps, être notées ou attaquées pour vice de subreption ou d'obreption, ou pour quelque autre défaut d'intention de Notre part ; qu'elles seront toujours valides et fermes, qu'elles doivent en toutes choses obtenir tous leurs effets et être observées inviolablement ; nonobstant tout ce qui pourrait être allégué de contraire, en invoquant soit les édits généraux ou les sanctions spéciales des conciles synodaux, provinciaux et universels, soit les droits et privilèges des anciens sièges d'Ecosse, des missions et vicariats apostoliques qui y ont été constitués par la suite, des églises et des lieux pies, qui auraient été consacrés par serment, par confirmation apostolique ou de quelque autre manière. A tout cela, en tant que cela s'oppose à ce qui est dit plus haut, Nous dérogeons expressément, même si, pour cette dérogation, l'on devait faire une mention spéciale ou observer une forme requise, quelle qu'elle soit. Nous déclarons donc nul et sans effet tout ce qui, par qui conque et par quelque autorité que ce soit, sciemment ou non, pourrait être fait à l'encontre de ces lettres. 
Et Nous voulons qu'aux exemplaires de ces lettres, même imprimées, signées d'un notaire public et munies du sceau d'un personnage constitué en dignité dans l'Eglise, on accorde la même foi qu'on aurait sur le vu du diplôme même, à la signification de Notre volonté. 

Qu'à personne donc, il ne soit permis de déchirer cette page de notre érection,constitution, restitution, institution, assignation, adjonction, attribution, décret, mandat et volonté, ou d'aller à rencontre par une audace téméraire. Que si quelqu'un osait commettre cet attentat, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout puissant et de ses saints apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'an de l'incarnation du Seigneur mil huit cent soixante-dix-huit, le 4 mars, la première année de notre pontificat.
              C. card. Sacconi                           P. card. Asquinius,

                 prodataire.
                    Visa.
       Lieu du sceau.                                         J. Cugnonius

Enregistré à la secrétairie des brefs.

LETTRE APOSTOLIQUE 
Pontifices Maximi 
ANNONCANT UN JUBILE UNIVERSEL
15 février 1879

LETTRE APOSTOLIQUE

 
DE S. S. LE PAPE LÉON XIII 

PAR LAQUELLE EST ANNONCÉE UN JUBILÉ UNIVERSEL 

EN VU D’IMPLORER LE SECOURS DIVIN 

A TOUS FIDELES DU CHRIST QUI VERRONT LES PRÉSENTES LETTRES
SALUT ET BENEDICTION APOSTOLIQUE


 Les souverains pontifes, Nos prédécesseurs, suivant une vieille institution de l'Eglise romaine, ont accoutumé, dès le commencement du service Apostolique dont ils étaient chargés, d'ouvrir à tous les fidèles, avec une paternelle libéralité, les trésors des dons célestes et d'ordonner par toute l'Eglise des prières communes, afin de fournir aux fidèles l'occasion d'un profit spirituel et salutaire, et de les exciter à se concilier l'aide du Pasteur éternel par des prières, par des œuvres pies et par le soulagement des pauvres. C'était, d'une part, comme un don d'avènement que les chefs suprêmes de la religion distribuaient, dès le début de leur ministère apostolique, à leurs fils en Jésus-Christ, et comme un gage sacré de cette charité dont ils entouraient la famille de Jésus-Christ ; d'autre part, c'était un devoir solennel de piété et de vertu chrétienne dont s'acquittaient, auprès de Dieu, les fidèles unis, avec leurs pasteurs, au chef visible de l'Église, afin que le Père des miséricordes regardât favorablement, protégeât, daignât garder et paître non-seulement, son troupeau, pour nous servir des paroles de S. Léon (Serm. III, al. V, en l’anniversaire de son élection), mais aussi le pasteur de ses brebis.

Conduit par ce dessein, et, à l'approche du jour anniversaire de Notre élection, suivant les exemples de Nos prédécesseurs, Nous avons résolu d'annoncer à tout l'univers catholique une indulgence en forme de jubilé général. En effet, Nous savons parfaitement combien l'abondance des grâces divines est nécessaire à Notre faiblesse dans le difficile ministère dont Nous avons la charge ; Nous savons, par une longue expérience, quel est le lamentable état des temps où Nous sommes venus, et de quels grands orages l'Eglise est assaillie, au temps présent ; enfin les affaires publiques qui se précipitent vers la ruine, les funestes desseins des hommes impies et aussi les menaces de la colère céleste, qui déjà s'est appesantie sévèrement sur quelques-uns, Nous font redouter la venue de maux de jour en jour plus grands.


Mais, comme le bienfait particulier d'un jubilé tend à faire expier les souillures de l'âme, à faire exercer des œuvres de pénitence et de charité, à multiplier les exercices de prières ; comme les sacrifices de justice et les prières qui sont offerts par le zèle unanime de toute l'Eglise, sont si féconds et agréables à Dieu, qu'ils semblent faire violence à la divine miséricorde, il faut avoir une ferme confiance que le Père céleste considérera l'humilité de son peuple, et que, tournant les choses à un meilleur état, il nous apportera le soulagement et la lumière désirée de ses miséricordes. Car si, comme le disait le même Léon le Grand (Serm. I. de carême), nos ennemis spirituels sont vaincus par la correction des mœurs que nous aura obtenue la grâce de Dieu, la force de nos ennemis corporels succombera aussi, et ceux-là seront affaiblis par notre conversion, qui pèsent sur nous, non à cause de leurs mérites, mais à cause de nos péchés. C'est pourquoi Nous exhortons vivement tous et chacun des fils de l'Eglise, et Nous les prions, dans le Seigneur, d'unir leurs prières aux nôtres, ainsi que les supplications et les exercices de discipline chrétienne et de piété ; Nous les prions d'user, Dieu aidant, avec le plus grand zèle, pour le profit de leurs âmes et l'utilité de l'Eglise, de cette grâce du jubilé qui leur est offerte, de ce temps des célestes miséricordes.

Maintenant donc, par la miséricorde du Dieu tout-puissant, et Nous appuyant sur l'autorité des saints-apôtres Pierre et Paul, au nom du pouvoir de lier et de délier que le Seigneur Nous a conféré, tout indigne que Nous en soyons ; — à tous et à chacun des fidèles chrétiens de l'un et l'autre sexe résidant dans notre vénérable ville ou y advenant, qui depuis le premier dimanche de carême, c'est-à-dire depuis le 2 mars jusqu'au 2 juin inclusivement, dimanche de Pentecôte, auront visité deux fois les basiliques de Saint-Jean de Latran, du prince des apôtres et de Sainte-Marie-Majeure, et y auront, pendant quelque temps, adressé à Dieu de pieuses prières, pour la prospérité et l’exaltation de l'Eglise catholique et de ce Siège apostolique, pour l’extirpation des hérésies, et la conversion de tous ceux qui sont dans l'erreur, pour la concorde des princes chrétiens, pour la paix et l'unité de tout le peuple fidèle et selon nos intentions ; à ces fidèles qui, une fois pendant le temps ci-dessus indiqué, auront jeûné en n'usant que des mets permis, en dehors des jours non compris dans l'indult quadragésimal ou des autres jours consacrés par le précepte de l'Eglise comme soumis au même jeûne de droit strict ; et qui, ayant confessé leurs péchés, auront reçu le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie et qui auront fait quelque aumône, soit aux pauvres, soit à quelque œuvre pieuse, selon que sa dévotion le suggérera à chacun ; — quant aux autres, qui habitent quelque part que ce soit en dehors de Rome, et qui, dans le délai des trois mois indiqués ci-dessus, auront visité deux fois trois églises de la même ville, ou du même lieu ou des faubourgs, à désigner par les ordinaires des lieux ou leurs vicaires ou les officiaux, ou, à leur défaut et selon leur ordre, par ceux qui y exercent le ministère des âmes (ces visites auront lieu trois fois s'il n'y a que deux églises et six s'il n'y en a qu'une), et qui auront dévotement accompli les autres actes énumérés plus haut, à tous Nous donnons et accordons l'indulgence plénière de tous leurs péchés, comme on a coutume de l'accorder à ceux qui, dans l'année du Jubilé, visitent des églises déterminées à l'intérieur et au dehors de Rome. Nous accordons aussi que cette indulgence puisse être valablement appliquée, par mode de suffrage, aux âmes qui ont quitté cette vie en union de charité avec Dieu. En outre, Nous accordons aux ordinaires des lieux de pouvoir, selon leur sage avis, réduire les visites à un nombre moindre pour les chapitres et congrégations tant séculières que régulières, pour les associations, confréries, universités et collèges quelconques, qui visiteront processionnellement les églises dont il a été fait mention ci-dessus.


Nous accordons aux navigateurs et aux voyageurs, dès qu'ils seront rentrés à leur domicile, ou ailleurs, en quelque station fixe, l'autorisation de gagner valablement la même indulgence, en accomplissant les œuvres prescrites ci-dessus et en visitant six fois l'église cathédrale ou majeure, ou l'église paroissiale de leur domicile ou du lieu de ce stationnement. Pour les réguliers de l'un ou l'autre sexe, même ceux qui sont perpétuellement cloîtrés, et pour tous autres ecclésiastiques ou laïques, séculiers ou réguliers, détenus en prison ou en captivité, ou empêchés par quelque infirmité ou par tout autre obstacle, qui ne pourraient pas accomplir les œuvres susdites ou quelques-unes d'entre elles, Nous accordons également et permettons à tout confesseur, de ceux qui sont spécialement approuvés par les Ordinaires des lieux, de changer ces œuvres en d'autres œuvres de piété, ou de les remettre au temps le plus rapproché, et d'en prescrire que Ies pénitents puissent remplir, pareillement de dispenser de la communion les enfants qui n'ont pas encore été admis à la première communion.

En outre, Nous accordons la permission et la faculté à tous les fidèles chrétiens, et à chacun d'eux, tant laïques qu'ecclésiastiques, séculiers et réguliers, de tout ordre et institut qu'il faudrait même spécialement nommer, de se choisir à cet effet tel confesseur qu'il leur plaira, séculier ou régulier, parmi ceux qui sont approuvés (ce qui s'applique même aux religieuses, aux novices et aux autres femmes qui vivent en clôture, pourvu que ce confesseur soit approuvé pour les religieuses), avec pouvoir et autorité pour le confesseur, à l'égard de ceux ou de celles qui viendront se confesser à lui dans l'esprit de profiter du présent jubilé et d'accomplir les autres œuvres nécessaires pour le gagner, et dans le laps de temps déterminé, de les absoudre, pour cette fois et pour le for intérieur seulement, en leur imposant une pénitence salutaire et les autres conditions de droit, (et s'il s'agit d'hérésie, après leur avoir fait abjurer et rétracter préalablement, comme de droit, leurs erreurs), de l'excommunication, de la suspense et autres sentences ecclésiastiques, des censures de droit ou prononcées et infligées par le juge, pour quelque cause que ce soit, même dans les cas réservés aux ordinaires des lieux et à Nous et au Siège apostolique, même dans ceux qui sont réservés à chacun d'eux et au souverain Pontife et au Siège apostolique, sous une forme particulière, et qui ne paraîtraient pas compris par ailleurs dans d'autres concessions si larges qu'elles fussent, ainsi que de tous péchés et de toutes fautes, si graves et si énormes qu'elles soient, même de celles, comme il est dit, qui sont réservées auxdits Ordinaires et à Nous et au Siège apostolique ; pareillement de commuer en autres œuvres pies et salutaires les vœux et tous autres serments réservés au Siège apostolique (excepté toujours les vœux de chasteté de religion, et d'obéissance qui ont été reçus par un tiers, ou ceux dans lesquels il y aurait préjudice pour un tiers, excepté aussi les peines qui sont dites préservatives du péché, à moins que la commutation à intervenir ne soit jugée de nature à prévenir aussi efficacement du péché que le premier objet du vœu), et de dispenser les pénitents de cette classe engagés dans les ordres sacrés, même les réguliers, pour l'exercice de ces ordres et l'obtention des ordres supérieurs, de l'irrégularité occulte encourue seulement pour violation des censures.


Toutefois, Nous n'entendons point, par les présentes, accorder dispense pour quelque autre irrégularité, soit publique, soit occulte, soit connue, résultant soit d'un délit, soit d'un défaut, ni pour toute autre incapacité, ou inaptitude contractée de quelque manière que ce soit ; ni dans les cas susdits, accorder la faculté de donner ces dispenses, ou de rendre l'aptitude, ou de rétablir les coupables en leur premier état, même au for de la conscience, non plus que déroger à la constitution publiée avec les déclarations convenables par Notre prédécesseur Benoît XIV, d'heureuse mémoire, et commençant ainsi : Sacramentum pœnitentiae. Enfin, les présentes ne pourront non plus et ne devront pas profiter à ceux qui, soit par Nous et le Siège apostolique, soit par quelque prélat ou juge ecclésiastique, auront été nominativement excommuniés, suspendus, interdits, ou bien qui auront été signalés ou dénoncés publiquement comme ayant encouru d'autres jugements et censures, à moins que dans le laps de temps indiqué ils n'aient satisfait et qu'ils ne se soient mis en règle, autant que de besoin, avec leur devoir. Que si ils n'ont pu, au jugement du confesseur, satisfaire dans le délai prescrit, Nous leur permettons d'être absous au for de la conscience et à l'effet seulement de gagner le Jubilé, moyennant l'obligation de satisfaire dès qu'ils pourront.

C'est pourquoi, en vertu de la sainte obéissance, Nous enjoignons formellement et ordonnons par la teneur des présentes, à tous et à chacun des Ordinaires des lieux, en quelque endroit qu'ils soient établis, et à leurs vicaires et officiaux, et, à leur défaut, à ceux qui ont charge d'âmes, dès qu'ils auront reçu des copies ou des exemplaires imprimés des présentes lettre, de les publier et faire publier dans leurs églises et diocèses, dans les provinces, cités, Villes, terres et tous autres lieux, et de désigner l’église ou les églises à visiter comme il est marqué ci-dessus, à leurs peuples, après les avoir, autant qu'il sera possible, convenablement préparés par la prédication de la parole de Dieu.

Et ce, nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques, surtout celles où la faculté d'absoudre, dans certains cas exprès, est réservée au souverain Pontife régnant, tellement que des concessions semblables où différentes d'indulgences et de grâces du même genre ne puissent être appliquées à personne à moins qu'il n'en soit fait mention expresse ou dérogation spéciale ; nonobstant aussi la règle relative aux indulgences qui ne doivent pas être concédées ad instar, nonobstant les statuts et usages établis par le serment des ordres religieux quels qu'ils soient, congrégations ou instituts, par la confirmation apostolique ou par quelque autre consécration, et les privilèges, induits et lettres apostoliques accordés, approuvés et renouvelés de quelque manière que ce soit à ces ordres religieux, congrégations et instituts et à leurs membres. De tous ces actes et de chacun d'eux, bien qu'il dût être fait mention, ainsi que de leur teneur, d'une manière spéciale, spécifique, expresse et individuelle, et non par des clauses générales tendant au même but, bien qu'elles dussent être exprimées de quelque autre manière, ou qu'il fallut observer à cet effet quelque autre forme requise, Nous tenons pour insérée la teneur et la forme à leur usage pour observée suffisamment par ces présentes, et pour cette fois en particulier et nommément, et en vue seulement des effets susdits, Nous y dérogeons ainsi qu'à toutes autres choses contraires.

Mais pour que Nos présentes lettres, qui ne peuvent être portées en chaque lieu, arrivent plus facilement à la connaissance de tous, Nous voulons que les copies ou exemplaires imprimés des présentes, souscrits de la main de quelque notaire public et munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi en tous lieux de la terre, aussi bien que les présentes elles-mêmes, si elles étaient représentées ou produites.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'anneau du pêcheur, le 15 du mois de février 1879, la première année de Notre pontificat.

L. CARD. NINA.



SANCTISSIMI D0MINI NOSTRI


LEONIS
DIVINA PROVIDENTIA
PAPAE XIII
LITTERAE APOSTOLICAE
QUIBUS INDICITUR
JUBILEUM UNIVERSALE
AD IMPLORANDUM DIVINUM AUXILIUM
LEO PP. XIII
Universis christi fidelibus
pressentes litteras inspecturis
Salutem et apostolicam benedictionem.


 Pontifices Maximi prædecessores Nostri, ex veteri Romanæ Ecclesiæ instituto, ab ipso susceptæ Apostolicæ servitutis initio, cœlestium munerum thesauros universis fidelibus paterna liberalitate aperire et communes in Ecclesia preces indicere consueverunt, ut ipsis spiritualis et salutaris lucri opportunitatem præberent, atque ut eosdem ad æterni Pastoris auxilium precibus, piacularibus operibus et solatiis pauperum conciliandum excitarent. Quod quidem ex una parte tamquam auspicale donum erat, quod supremi Religionis Antistites ab exordio Apostolici ministerii filiis in Christo suis largiebantur, ac veluti sacrum pignus illius caritatis qua Christi familiam complectebantur ; ex altéra, vero solemne erat christianæ pietatis et virtutis officium, quo fideles cum suis Pastoribus visibili Ecclesiæ Capiti corjuncti fungebantur apud Deum, ut Pater misericordiarum non modo gregem suum, ut S. Leonis verbis utamur (Serm. III, al. V, in Anniv. Assump. suæ), sed et ipsum Pastorem ovium suarum propitius respiceret, adjuvaret et custodire dignaretur ac pascere.

Hoc Nos consilio adducti, appropinquante jam Natali die electionis Nostræ, Prædecessorum Notrorum exempla secuti, indulgentiam ad instar generalis Jubilæi universo orbi catholico denunciare constituimus. Apprime enim novimus quam necessaria sit infirmitati Nostræ in arduo ministero quod sustinemus, divinorum charismatum copia ; novimus diuturno experimento quam luctuosa sit temporum in quæ incidimus conditio, et quibus quantisque in fluctibus prasenti ævo Ecclesia laboret : ex publicis autem rebus in deterius ruentibus, ex funestis impiorum hominum consiliis, ex ipsis cœlestis censuræ minis, quæ jam in aliquos severe incubuit, graviera in dies mala obventura formidamus.

Jamvero cum peculiare Jubilæi beneficium eo spectet, ut expientur animi labes, pœnitentiæ et caritatis opera exerceantur, precationum officia adhibeantur impensius, et cum sacrificia justitiæ et preces, quæ concordi totius Ecclesiæ studio offeruntur, usque adeo sint grata Deo ac frugifera ut divinæ pietati vim facere videantur, firmiter confidendum est fore, ut Pater cœlestis plebis suæ humilitatem respiciat, et conversis in melius rebus, optatam suarum miserationum lucem ac solatium adducat. Nam si, ut idem Leo Magnus aiebat, donata nobis, per Dei gratiam, morum rorrectione, spirituales inimici vincantur, etiam corporeorum nobis hostium fortitudo succumbet, et emendatione nostra infirmabuntur, quos graves nobis, non ipsorum merita, sed nostra delicta fecerunt. Quapropter omnes et singulos Catholicæ Ecclesiæ filios enixe hortamur, et rogamus in Domino, ut Nostris suas etiam conjungant preces, supplicationes et christianæ disciplinæ ac pietatis officia, atque oblata hac Jubilæi gratia, hoc cœlestium miserationum tempore, in animarum suarum lucrum et Ecclesiæ utilitatenm Deo juvante, studiosissime utantur.


Itaque de Omnipotentis Dei misericordia, ac beatorum Apostolorum Petri et Pauli aucloritate confisi, ex illa ligandi atque solvendi potestate, quam Nobis Dominus licet indignis contulit, universis et singulis utriusque sexus Christi fidelibus in aima urbe Nostra degentibus, vel ad eam advenientibus, qui Sancti Joannis de Laterano, Principis Apostolorum, et S. Mariæ Majoris Basi- licas a Dominica prima Quadragesimæ, nimirum a die secunda Martii usque ad diem primam Junii inclusive, quæ erit Dominica Pentecostes, bis visitaverint, ibique per aliquod temporis spatium pro Catholicæ Ecclesiæ et hujus Apostolicæ Sedis prosperitate et exaltatione, pro extirpatione hæresum, omniumque errantium conversione, pro Christianorum Principum concordia, ac totius fidelis populi pace et unitate ac juxta mentem Nostram pias ad Deum preces effuderint, ac semel intra præfatum tempus esurialibus tantum cibis utentes jejunaverint, præter dies in quadragesimali indulto non comprehensos, aut alias simili stricti juris jejunio ex præcepto Ecclesiæ consecratos, et peccata sua confessi sanctissimum Eucharistiæ Sacramenturn susceperint, et aliquam eleemosynam in pauperes vel in pium aliquod opus, prout unicuique devotio suggeret, erogaverint ; ceteris vero extra urbem prædictam ubicumque degentibus, qui tres Ecclesias ejusdem Civitatis aut loci, sive in illius suburbiis existentes, ab Ordinariis locorum vel eorum Vicariis seu Officialibus, aut de eorum mandato, et ipsis deficientibus, per eos qui ibi curam animarum exercent designandas, bis, vel si duæ tantum ibi adsint Ecclesiæ, ter, aut si dumtaxat una, sexies, spatio trium prædictorum mensium visitaverint, aliaque reconsita opera devote peregerint, plenissimam omnium peccatorum suorum indulgentiam, sicut in anno Jubilæi visitantibus certas Ecclesias intra et extra urbem memoratam concedi consuevit, concedimus et impertimus ; annuentes etiam ut hæc induJgentia animabus, quæ Deo in caritate conjunctæ ex hac vita migraverint, per modum suffragii, applicari possit et valeat. Præterea locorum Ordinariis indulgemus ut Capitulis et Congregationibus tam sæcularium quam regularium, sodalitatibus, Confraternitatibus, Universitatibus, seu Collegiis quibuscumque memoratas Ecclesias processionaliter visitantibus, easdem visitationes aîd minorem numernum pro suo prudenti arbitrio reducere queant.

Concedimus vero, ut navigantes, et iter agentes, ubi ad sua domicilia seu alio ad certam stationem se receperint, operibus supra scriptis peractis, et visitata sexies Ecclesia Calhedrali, vel Majori, aut parochiali loci eorum domicilii, seu stationis hujusmodi, eamdem Indulgentiam consequi possint, et valeant. Regularibus vero personis utriusque sexus, etiam in Claustris perpetuo degentibus, nec non aliis quibuscumque tam laicis, quam Ecclesiasticis, sæcularibus, vel regula ribus in carcere aut captivitate existentibus, vel aliqua corporis infirmitate, seu alio quocumque impedimento detentis, qui memorata opera, vel eorum aliqua præstare nequiverint, ut illa Confessarius ex actu approbatis a locorum Ordinariis in alia pietatis opera commutare, vel in aliud proximum tempus prorogare possit, eaque injungere, quæ ipsi pœnitentes efficere poterunt, cum facultate etiam dispensandi super Communione cum pueris, qui nondum ad primam Communionem admissi fuerint, pariter concedimus, atque indulgemus.

Insuper omnibus, et sirigulis Christi fidelibus tam laicis quam Ecclesiasticis Sæcularibus, et Regularibus cujusvis Ordinis, et Instituti etiam spficialiter nominandi, licentiam concedimus, et facultatem, ut sibi ad hunc effectum eligere possint quemcumque Présbyterum Confessarium tam sæcularem, quam regularem ex actu approbatis (qua facultate uti possint etiam Moniales, Novitiæ, aliæque mulieres intra Claustra degentes dummodo Confessarius approbatus sit pro Monialibus), qui eosdem vel easdem intra dictum temporis spatium, ad confessionem apud ipsum paragendam accedentes animo præsens Jubilæum consequendi, et reliqua opera ad illud lucrandum necessaria adimplendi, hac vice et in foro conscientiæ dumtaxat ab excommunicationis, suspensionis, et aliis Ecclesiasticis sententiis, et censuris a jure, vel ab homine quavis de causa latis, seu inflictis etiam Ordinariis locorum et Nobis seu Sedi Apostolicæ, etiam in casibus cuicumque ac Summo Pontiflci et Sedi Apostolicæ speciali licet modo reservatis, et qui alias in concessione quantumvis ampla non intelligerentur concessi, nec non ab omnibus peccatis et excessibus quantumcumque gravibus et enormibus, etiam iisdem Ordinariis ac Nobis et Sedi Apostolicæ, ut præfertur, reservatis, injuncta ipsis pœnitentia salutari aliisque de jure injungendis, et, si de hæresi agatur, abjuratis prius et retractalis erroribus, prout de jure, absolvere ; nec non vota quæcumque etiam jurata ac Sedi Apostolicæ reservata (castitatis, religionis, et obligationis, quæ a tertio acceptata fuerint, seu in quibus agatur de præjudicio tertii semper exceptis, nec non pœnalibus, quæ præservativa a peccato nuncupantur, nisi commutatio futura judicetur ejusmodi, ut non minus a peccato committendo refrenet, quam prior voti materia) in alia pia et salutaria opera commutare, et cum pœnitentibus hujusmodi in sacris ordinibus, super occulta irregularitate ad exercitium eorumdem ordinum, et ad superiorum assecutionem, ab censurarum violationem dumtaxat contracta, dispensare possit et valeat.

Non intendimus autem per præsentes super alia quavis irregularitate sive ex delicto, sive ex defectu, vel publica, vel occulta, aut nota, aliave incapacitate, aut inhabilitate quoquomodo contracta dispensare, vel aliquam facultatem tribuere super præmissis dispensandi, seu habilitandi et in pristinum statum restituendi etiam in foro conscfientiæ : neque etiam derogare Constitutioni cum appositis declarationibus editæ a fel : rec : Benedicto XIV Prædecessore Nostro, quæ incipit « Sacramenturn Pœnitentiæ » ; neque demum easdem præsentes iis, qui a Nobis, et Apostolica Sede, vel aliquo Prælato, seu judice Ecclesiastico nominatim excommunicati, suspensi, interdieci, seu alias in sententias et censuras incidisse declarati, vel publice denunciati fuerint, nisi intra prædictum tempus satisfecerint, et cum partibus, ubi opus fuerit, concordaverint, ullo modo suffragari posse, aut debere. Quod si intra præfinitum terminum, judicio Confessarii satisfacere non potuerint, absolvi posse concedimus in foro conscientiæ ad effectum dumtaxat assequendi Indulgentias Jubilei, injuncta obligatione satisfacendi statim ac poterunt.

Quapropter in virtute sanctæ obedientiæ tenore præsentium districte præcipimus, atque mandamus omnibus, et quibuscumque Ordinariis locorum, ubicumque existentibus eorumque Vicariis, et officialibus, vel ipsis deficientibus, illis qui curam animarum exercent, ut cum præsentium litterarum transumpta, aut exempla etiam impressa acceperint, illa, per suas Ecclesias, ac Dioeceses, Provincias, Civitates, oppida, terras, et loca publicent, vel publicari faciant, populisque etiam Verbi Dei priedicatione, quoad fieri possit, rite præparatis, Ecclesiam seu Ecclesias visitandas, ut supra désignent.

Non obstantibus constitutionibus et ordinationibus Apostolicis, præsertim quibus facultas absolvendi in certis tunc expressis casibus ita Romano Pontifi pro tempore existenti reservatur, ut nec etiam similes vel dissimiles Indulgentiarum, et facultatum hujusmodi concessiones, nisi de illis expressa mentio, aut specialis derogatio fiat, cuiquam suffragari possint ; nec non regula de non concedendis lndulgentiis ad instar, ac quorumcumque Ordinum et congregationum, sive Institutorum etiam juramento, confirmatione Apostolica, vel quavis firmitate alia roboratis statutis, et consuetudinibus, privilegiis quoque induitis, et Litteris Apostolicis eisdem Ordinibus, Congregationibus et Institutis, illorumque personis quomodolibet concessis, approbatis, et innovatis ; quibus omnibus et singulis, etiamsi de illis eorumque totis tenoribus, specialis, specifica, expressa et individua, non autem per clausulas generales idem importantes, mentio, seu alia quævis expressio habenda, aut alia aliqua exquisita forma ad hoc servanda foret, illorum tenores præsentibus pro sufficienter expressis, aç formam in iis traditam pro servata habentes, hac vite spécialiter nominatim et expresse ad effectum præmissorum, derogamus, ceterisque contrariis quibuscumque.

Ut autem præsentes Nostræ, quæ ad singula loca deferri non possunt, ad omnium notitiam facilius deveniant, volumus ut præsentium transumptis, vel exemplis etiam impressis, manu alicujus Notarii publici subscriptis, et sigillo personæ in dignitate Ecclesiastica constitutæ munitis, ubicumque locorum, et gentium eadem prorsus fides habeatur, quæ haberetur ipsis præsentibus, si forent exhibitæ vel ostensæ.

Datum Romæ apud S. Petrum sub annulo pis- catoris die XV mensis februarii anno MDCCCLXXIX, Pontificatus Nostri anno primo.

L. CARD. NINA.