ENSEIGNEMENT PONTIFICAL

LETTRES

Lettre de S. S. le Pape Léon XIII à S. M. l'Empereur d'Allemagne
20 février 1878

Comme à notre grand regret les heureux rapports qui existaient autrefois entre le Saint-Siège et Votre Majesté ont été rompus, Nous faisons un appel à la magnanimié de votre coeur pour obtenir que la paix et la tranquilité des consciences soient rendues aux catholiques qui sont une partie notable de vos sujets. Quant à eux, ils ne manqueront pas, comme la foi qu'ils professent le leur prescrit, de se montrer, avec le plus consciencieux dévouement, déférents et fidèles à votre Majesté. Pleinement convaincu des sentiments de justice de Votre Majesté, nous invoquons le Seigneur pour qu'il vous accorde la plénitude de ses dons célestes, et nous le supplions d'unir Votre Majesté et Nous dans les liens de l'amour chrétien le plus parfait.



Réponse de S. M. l'empereur d'Allemagne à la notification de S. S. le Pape Léon XIII en date de Berlin, le 24 mars 1878.


J'ai reçu avec reconnaissance, par l'intermédiaire du gouvernement confédéré de S. M. le roi de Bavière, la lettre du 20 février par laquelle Votre Sainteté a eu la bonté de m'informer de son élévation au siège papal.
Je vous félicite sincèrement de ce que les voix du Sacré-Collège se soient réunies sur votre personne, et je vous souhaite de tout coeur un gouvernement béni de l'Église confiée à votre garde, Votre Majesté relève avec raison ce fait que mes sujets catholiques, de même que les autres, prêtent à l'autorité et aux lois l'obéissance qui répond aux enseignements de la commune foi chrétienne.
Me référant au coup d'oeil que Votre Sainteté a jeté sur le passé, je puis ajouter que, pendant des siècles, les sentiments chrétiens du peuple allemand, ont conservé la paix dans le pays et l'obéissance envers les autorités de ce pays, et qu'ils garantissent que ces biens précieux seront également sauvegardés dans l'avenir. 

J'emprunte volontiers aux paroles amicales que vous m'avez adressées l'espoir que vous serez disposé, avec l'influence puissante que la constitution de votre Eglise accorde à Votre Sainteté sur tous les serviteurs de cette Eglise, à agir en sorte que ceux de ces serviteurs qui l'ont négligé jusqu'ici, suivent dorénavant l'exemple de la population dont l'éducation spirituelle leur est confiée, obéissent aux lois du pays qu'ils habitent [l'empereur fait référence à l'opposition massive des catholiques aux lois de mai].

Je prie Votre Majesté de vouloir bien agréer l'assurance de ma plus haute con sidération.

Guilemus, imperator et rex (en latin)
Contresigné : de Bismarck

A sa Majesté le Pape Léon XIII

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Lettre du prince impérial Frédéric-Guillaume
du 10 juin 1878.


L'empereur, mon père, n'est malheureusement pas encore en état de remercier Votre Sainteté pour la sympathie témoignée à l'occasion de l'attentat du 2 de ce mois [l'empereur Guillaume avait été atteint par plusieurs balles tirées par un militant socialiste].

Je considère donc volontiers comme un de mes premiers devoirs de vous remercier sincèrement à sa place pour l'expression de vos sentiments amicaux. L'empereur avait retardé sa réponse à la lettre de Votre Sainteté du 17 avril, daus l'espoir que des explications confidentielles fourniraient la possibilité de renoncer à exprimer par écrit une opposition de principes qui ne saurait être évitée si l'on continue l'échange de correspondances dans le sens de la lettre de Votre Sainteté datée du 17 avril.

La teneur de cette dernière lettre m'amène malheureusement à admettre que Votre Sainteté ne croit pas pouvoir accomplir l'espoir exprimé dans la lettre de mon père datée du 24 mars, que Votre Sainteté recommanderait aux serviteurs de votre Eglise l'obéissance envers les lois et l'autorité de leur pays.

Quant à la demande exprimée dans votre lettre du 17 avril, que la constitution et les lois de la Prusse soient modifiées conformément aux dogmes de l'Eglise catholique romaine, aucun monarque prussien ne saurait l'accepter, par la raison que l'indépendance de la monarchie, dont la sauvegarde m'est confiée en ce moment comme l'héritage de mes ancêtres, comme un devoir à remplir envers le pays, serait diminuée si le libre mouvement de sa législation était subordonné à une puissance étrangère. 

Si donc il n'est pas en mon pouvoir, et que, peut-être, il ne soit pas au pouvoir de Votre Sainteté de clore maintenant une lutte de principes qui, depuis un siècle, a été plus sensible dans l'histoire de l'Allemagne que dans l'histoire des autres pays, je n'en suis pas moins prêt à traiter les difficultés qui résultent pour les deux parties du conflit que nous ont légué nos pères, dans un esprit de conciliation et dans des sentiments favorables à la paix qui sont le fruit de mes convictions chrétiennes. 

Dans la supposition que ces dispositions sont conformes à celles de Votre Sainteté, je ne renoncerai pas à l'espoir que là où une entente n'est pas possible sur le terrain des principes, les dispositions conciliatrices des deux parties ouvriront pour la Prusse aussi les voies pacifiques qui n'ont jamais été fermées à d'autres Etats.

Que Votre Sainteté agrée l'expression de mon dévouement personnel et de mon respect.

Frédéric-Guillaume, prince impérial.

Prince de Bismark

A Sa Sainteté  le Pape Léon XIII

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Lettre à S. M. l'Empereur de Russie
20 février 1878
(Communiquée par l'Agence Havas et publiée, sous toutes réserves, par l'Univers, le 31/03/1878)

Pape Léon XIII.

Au Très Sérénissime et Très Puissant Empereur et Roi, salut.

Par les voies impénétrables du Seigneur et sans aucun mérite de notre part, nous avons été élevé au siège du prince des Apôtres, et nous nous faisons l'agréable devoir de porter avec empressement ce fait à la connaissance de Votre Majesté Impériale et Royale, sous le sceptre puissant et glorieux de laquelle se trouvent un si grand nombre d'adhérents de notre très sainte religion.

Regrettant de ne plus trouver les rapports qui existaient autrefois entre le Saint-Siège et Votre Majesté, Nous en appelons à la magnanimité de son coeur pour obtenir que la paix et la tranquilité des consciences soient rendues à cette partie considérable de ses sujets. Et les sujets catholiques de Votre Majesté ne manqueront pas, ainsi que le leur impose la foi même qu'ils professent, de se montrer avec la plus scrupuleuse soumission respectueux et fidèles envers Votre Majesté.

Pleinement assuré de la justice de Votre Majesté, nous Implorons le Seigneur de lui accorder les dons du ciel avec abondance et le supplions de daigner unir Votre Majesté à nous par les liens de la charité la plus parfaite. 

Donné à Rome, à la basilique Saint Pierre, le 20 février 1878, et de notre règne la première année.

Léon XIII, Pape



Réponse de S. M. l'empereur à la notification de S. S. le Pape Léon XIII en date de Saint-Pétersbourg, le 22 février (6 mars) 1878.

Nous avons reçu la notification que Votre Sainteté nous a faite de son avènement au trône pontifical et les voeux qu'elle nous exprime afin que les bonnes relations entre notre gouvernement et le Saint-Siège catholique romain puisse se rétablir, à l'avantage des populations de notre empire qui professent cette religion. Nous partageons ce désir de Votre Sainteté. La tolérance religieuse est un principe consacré en Russie par les traditions politiques et nationales.

Il n'a pas dépendu de nous que l'Eglise catholique romaine, comme toutes celles existant dans notre empire sous l'égide des lois, n'accomplisse en pleine sécurité la mission que la religion, strictement étrangère aux influences politiques, est appelée à exercer pour l'édification et la moralisation des peuples. Votre Sainteté peut être convaincue que, dans ces limites toute la protection compatible avec les lois fondamentales de notre empire, que notre devoir est de faire respecter, sera accordée à l'Eglise, dont elle est le chef spirituel et que nous seconderons avec empressement tous ses efforts tendant au bien-être religieux de nos sujets du rite catholique romain.

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[Pour donner une idée de la situation des catholiques dans l'Empire de Russie en 1878, voici une souscription publiée par l'Univers le 29 mars 1878.]

SOUSCRIPTION EN FAVEUR DES PRÊTRES POLONAIS EXILES EN SIBERIE ET DANS L'INTÊRIEUR DE LA RUSSIE

Au milieu de l'apathie et de l'indolence qui caractérisent notre époque, il est consolant de voir parmi les catholiques de divers pays une solidarité croissante dans les oeuvres consacrées aux intérêts de l'Eglise et au sort des confesseurs de la foi. Un des nobles témoignages de cette solidarité est présenté par notre oeuvre d'assistance, qui, malgré les difficultés locales et le grand nombre de prêtres déportés, toujours croissant, continue à se développer et sauva de la plus affreuse misère tant de victimes de la cruauté moscovite.
Le moment est arrivé où les dénégations systématiques du gouvernement russe sont mises officiellement à néant [par les révélations d'un religieux polonais étant parvenu à s'enfuir des prisons russes]. La vérité se fait jour, et les soi-disant libérateurs des chrétiens d'Orient sont dénoncés comme les persécuteurs les plus acharnés des chrétiens dans leur propre empire. Cet acte de justice et de sollicitude est dû au Saint-Siège, à ce Pape illustre dont la mort est pleurée par des millions d'hommes [le Pape Pie IX], et pour lequel la Pologne est en deuil aujourd'hui.
La destruction systématique du rit latin, prédite il y a longtemps en Pologne, a suivi celle du rit grec-uni, et elle prend des proportions alarmantes. Le gouvernement sème à pleines mains la corruption dans les écoles comme dans les séminaires ; il supprime l'enseignement du catéchisme, ou il le fait remplacer par celui du schisme : il introduit violemment la langue russe dans la liturgie, supprime les couvents et les églises, empêche leur restauration, continue à déporter les prêtres, ruine systématiquement les catholiques pour les forcer d'abjurer leur religion. 
C'est ainsi que la province de Podlachie, fidèle à l'Eglise malgré les affreuses persécutions qu'elle endure, est complètement ruinée par les extorsions, les amendes et les contributions permanentes, par les milliers de soldats entretenus aux frais de ses habitants. Cette ruine se propage d'une manière effrayante en Lithuanie, où les catholiques sont privés même de la faculté de devenir propriétaires et d'avoir des fonctions quelconques.
Ea 1877, la Lithuanie, la Podolie, la Volhynie et l'Ukraine ont été forcées de payer 4 millions et demi de francs pour les frais de 143 nouvelles églises russes construites au milieu des populations catholiques. Le gouverneur de Pinsk a intimé l'ordre au curé de cette ville de lire l'évangile en langue russe, le curé a refusé, et il sera probablement déporté ; les sermons lui ont été interdits par ce gouverneur. 
En Samogitie un vicaire apostat, protégé par les autorités, a annoncé après le sermon à ses paroissiens qu'il allait se marier avec sa cousine. L'évêque a eu les plus grandes difficultés pour lui faire quitter le vêtement ecclésiastique. Plus l'auteur du scandale est coupable, plus il est honoré par le gouvernement et ses agents. 
Dans le gouvernement de Radom, la direction de l'instruction publique est confiée à Zehiedincew, connu par les moeurs les plus scandaleuses, qui provoquent une opposition même parmi les Russes.
Hochanow, le gouverneur de Piosthrow, a blâmé publiquement les habitants d'avoir témoigné leurs respectueuses sympathies à Mgr Popiel pendant sa visite diocésaine. Il a dit que c'était un acte d'opposition au gouvernement. 

[...] A Nieswiz le dernier des trois couvents, celui des bénédictines, vient d'être supprimé, à cause de leur refus d'introduire le rituel russe. Les souffrances des prêtres déportés sont inouïes ; elles ont été décrites par l'un d'eux, l'abbé Miéléchowicz, qui après quinze ans d'exil est parvenu à arriver à Lemberg. Ce digne prêtre a remis au Saint-Père l'adresse des prêtres exilés. Leur nombre ne fait que s'accroître ; parmi ces victimes de la cruauté moscovite se trouvent l'abbé Zaoska, envoyé malade à Archanjel pour avoir lu, en polonais, le manifeste de l'empereur relatif à la guerre déclarée à la Turquie ; les curés Strumillo, Hiter, Sram, déportés pour le même motif ; l'abbé Buterlewicz, de Rahow ; l'abbé Pintrowski, de Wilna, pour avoir brûlé le rituel russe ; les curés Kuczewski, de Dunabourg ; Bubownik, du gouvernement de Minsk ; l'abbé Zurizvodaki, professeur du séminaire supprimé de Zytomir ; les abbés Zutkalik, du rit geec-uni du d'ocèse de Chelm ; Romanowski, du diocèse de Wilna ; les curés Lapinski et Sowinski, l'abbé Sarwicki, de Machnowka, et bien d'autres. 

L'archevêque Félinski, exilé à Jaroslaw, est persécuté par le nouveau gouverneur, qui a expulsé de cette ville les deux prêtres servant la messe dite par l'archevêque ; sa pension est considérablement réduite. Gromeka, dont les actes de cruauté ont rendu si malheureux les uniates de Podlachie, est mort ; il a reçu pour ses crimes 120.000 roubles du gouvernement. Malgré les difficultés locales, la direction de l'oeuvre d'assistance a pu se procurer un grand nombre de reçus signés par les prêtres exilés, dispersés en Sibérie et dans l'intérieur de la Russie ; ils expriment leur plus vive gratitude à ceux qui les sauvent, de la plus affreuse misère. 

[...] Villa Broelberg, près Zurich, 15 février 1878

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Lettre à Son Excellence le président de la Confédération suisse, à Berne
20 février 1878
(Communiquée par l'Agence Havas et publiée, sous toutes réserves, par l'Univers, le 16/04/1878)

Léon XIII, Pape


Excellence, salut.
Elevé par la volonté divine, bien que sans mérite de notre part, à la sublime chaire du Prince des apôtres, nous nous empressons d'en donner connaissance à Votre Excellence, dans la conviction que cette communication personnelle pourra vous être agréable et bien venue.

Nous sommes affligé, à cette occasion, que les relations amicales qui existaient autrefois entre le Saint-Siège et la Confédération suisse aient subi, ces dernières années, une interruption déplorable ; d'autre part, que la situation de l'Eglise catholique en Suisse soit également déplorable. 

Confiant dans les sentiments de justice qui animent Votre Excellence et le peuple suisse, Nous espérons qu'on ne tardera à pas trouver des remèdes opportuns et efficaces à ces maux, et, dans cette douce espérance, Nous prions le Seigneur de répandre sur elle toute l'abondance des dons célestes, en même temps que Nous le supplions de daigner la réunir à nous par les liens de la plus parfaite charité.
Donné à Saint-Pierre de Rome, le 20 février 1878, la première année de notre pontificat.

Signé : LÉO P. P. XIII.

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Réponse du Président de la Confédération

Très Saint-Père,

Par bref daté du 20 février de cette année, Votre Sainteté a bien voulu donner au Conseil fédéral de la Confédération suisse connaissance de son avènement au Siège apostolique, survenu le même jour.

C'est avec le plus haut intérêt que le conseil fédéral suisse a pris acte de cette communication. Aussi, ne veut-il pas laisser passer cette occasion de présenter à Votre Sainteté, avec ses meilleurs remerciements pour le bref dont elle l'a honoré, ses félicitations les plus sincères.

En ce qui concerne la situation de la religion catholique en Suisse, que Votre Sainteté qualifie de deplorevola (déplorable), le conseil fédéral doit relever que cette religion jouit, comme tous les autres cultes, d'une liberté garantie par la Constitution, sous la seule réserve que les autorités ecclésiastiques n'empiètent ni sur les droits et compétences de l'Etat, ni sur les droits et libertés des citoyens.

Le conseil fédéral sera heureux de seconder, dans sa sphère d'action, les efforts de Votre Sainteté pour la paix confessionnelle et la bonne harmonie entre les divers cultes en Suisse, et c'est dans ces sentiments qu'il saisit avec empressement cette première occasion de présenter à Votre Sainteté l'expression de sa haute considération et de son profond respect, et de se recommander avec elle à la protection du Tout-Puissant.
Berne, 5 avril 1878.

Au nom du conseil fédéral suisse, le président de la confédération.
Signé : Schexk.
Le chancelier de la confédération,
Signé : Schiess

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[Pour donner une idée de la situation des catholiques dans la Confédération helvétique en 1878, voici un article paru dans l'Univers du 18 avril 1878.]

On lit dans le Courrier de Genève :
Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la révoltante nouvelle de l'emprisonnement de M. le curé de Chêne. [...] C'est à cinq heures du soir, le lundi de la Semaine sainte, que M. le curé a été jeté en prison. La paroisse de Chêne est dans la consternation et les larmes : on a voulu la priver de son vénérable curé pendant les jours où elle en a le plus besoin. 
C'est comme voleur que M. le curé Delétraz a été conduit en prison.On l'accuse d'avoir détourné à son profit les objets servant au culte, les calices, ciboires et ostensoirs dont le gouvernement de Genève est venu faire razzia dans l'église de Chêne, juste au moment où les fidèles étaient réunis autour du Saint-Sacrement pour les prières des quarante heures. 

L'accusation de détournement des objets, dont on l'a privé ces jours-ci, a déjà été élevée, il y a quatre ans, contre M. le curé de Chêne ; et par un arrêt de non-lieu,la chambre d'instruction a reconnu que la « réclamation étant purement civile ne pouvait donner lieu à une instance pénale ». A Genève, ce qui ne peut donner lieu à une instance pénale peut donner lieu à une pénalité préventive. C'est le procédé de justice dans cette aimable république. La faute, cette fois, est bien à la chambre d'instruction. Elle est arrivée à déclarer, comme résultat de sa procédure, qu'il n'y avait de la part de l'inculpé aucune intention malicieuse de soustraire les objets, qu'on l'accusait de détenir sans droit, aux recherches de ceux qui s'en pouvaient estimer légitimes propriétaires. D'après cette décision, si l'Etat ou tout autre prétendait à la légitime propriété des objets en question, il devait assigner M. le curé de Chêne qui les détenait et qui légalement restait présumé propriétaire. En justice, c'est au demandeur à démontrer le droit qu'il revendique. L'Etat de Genève ne l'entend pas ainsi. Il veut être défendeur, et il tient à être assigné par M. Deletraz, à qui il prétend imposer le rôle de demandeur. Pour intervertir les positions et contraindre M. Deletraz a répéter contre lui, l'Etat s'est emparé violemment et sacrilègement des objets servant au culte catholique. M. le curé ne se montrait pas disposé à se prêter à ce jeu, et à reconnaître à l'Etat la qualité de possesseur légitime des objets en litige. Pour faire court, on l'emprisonne, comme voleur. Il y a bien l'arrêt de la chambre d'instruction que nous avons signalé. Il y a bien encore le code qui déclare que tout prévenu ayant bénéficié d'un arrêt de la chambre d'instruction, ne peut plus être du même chef traduit devant les cours, criminelle ou correctionnelle, à moins qu'il ne survienne de nouvelles charges contre lui. Le code parle de prévenu en général ; mais le gouvernement de Genève estime, lui qui se tient pour le plus fort, que le prévenu catholique et surtout prêtre catholique ne peut exciper d'aucune loi, ni d'aucun droit, et est passible de tous les sévices, exil, confiscation, emprisonnement, qu'il plaît au gouvernement de lui infliger.

C'est là, à Genève, la pratique de cette "liberté dont jouit  l'Eglise catholique, - assure effrontément le conseil fédéral, dans sa lettre au souverain Pontife - et garantie par la Constitution, sous la seule réserve que les autorités ecclésiastiques n'empiètent ni sur les droits et compétences de l'Etat, ni sur les droits et libertés des citoyens." M. le curé de Chêne, autorité ecclésiastique dans sa paroisse, en achetant et en possédant les vases sacrés nécessaires à l'exercice du culte catholique, empiétait sans doute sur les compétences de l'Etat et aussi sur les libertés des citoyens. C'est pour cela que le gouvernement de Genève, contrairement au texte de la loi, dont bénéficierait tout voleur émérite, met un prêtre vénérable en prison. La garantie de liberté donnée par la Constitution fédérale a l'Eglise catholique le veut ainsi.


Le7 mai 1878, le correspondant à Genève de l'Univers lui transmettait :

...On affole toujours nos genèvois au moyen d'un spectre, celui de l'ultramontanisme, et il n'est pas nécessaire de se couvrir d'un masque pour leur jeter des phrases comme celle-ci : "Il faut constituer une gigantesque ligue pour combattre l'ultramontanisme sous toutes ses formes... La lute contre la papauté, contre le cléricalisme et l'ultramontanisme doit donc se poursuivre avec une énergie persévérante. Tout projet de conciliation serait une duperie, toute trêve une défaite." Ce programme si tolérant, si conciliant, émane de la feuille qui sert d'organe officieux au consistoire : c'est donc l'expression des pensées charitables qui animent un grand nombre de révérends ministres.

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Lettre à Son Excellence le président d'Haïti
20 février 1878
(à paraître)

Réponse du Président d'Haïti

Boisrond Canal, président d'Haïti, à Sa Sainteté le Pape Léon XIII

Très Saint-Père,
C'est avec la plus vive satisfaction que je m'empresse de répondre à la lettre par laquelle Votre Sainteté a bien voulu m'annoncer qu'elle vient d'être élevée au sublime siège de Saint Pierre. En la félicitant d'avoir été appelée à être le souverain Pontife du monde catholique, je supplie Votre Sainteté de croire que le peuple haïtien et moi-même nous ne cesserons jamais de Lui manifester les sentiments de profonde vénération et de respectueux et filial attachement que nous avons toujours eus pour son glorieux prédécesseur. 
Je remercie Votre Sainteté de l'assurance qu'elle daigne me donner de me témoigner son affection paternelle dans toutes les circonstances, et de la bénédiction qu'elle a eu la bonté de répandre sur moi. Je prie Dieu, très Saint-Père, de vous accorder de longs jours pour le bonheur de l'Eglise. 

Donné à Port-au-Prinoe, aujourd'hui 24 avril 1878.

Da Votre Sainteté
Le très dévoué fils,
Boisrond-Canal.


Lettre au Président du Mexique, 25 février 1878.


A Son Excellence le président de la république Mexicaine, Léon XIII Pape, salut.

Excellence,

Elevé par la volonté divine, quoique sans aucun mérite de notre part, à la chaire sublime du Prince des apôtres, Nous Nous empressons de le porter à votre connaissance, persuadé que cette communication personnelle pourra vous être agréable et sera bien accueillie. Nous sommes actuellement affligé de voir que les relations amicales qui existaient jadis entre le Saint-Siège et la république Mexicaine ont subi dans ces dernières années une interruption déplorable, et que la situation de l'Eglise catholique du Mexique soit également regrettable.

Appuyé sur les sentiments de justice qui animent Votre Excellence et le peuple mexicain, Nous espérons qu'on ne tardera pas à trouver les remèdes opportuns et efficaces à ces maux.

Dans ce doux espoir, Nous demandons au Seigneur de verser sur Votre Excellence l'abondance des dons célestes en même temps que nous le prions de daigner la réunir à Nous par les liens de la plus par faite charité.

Fait à Saint-Pierre de Rome, le 25 février 1878, premier de notre pontificat.

Léon XIII,  P. P.

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Lettre à Mgr Jean-Marie Bécel, évêque de Vannes, 18 mars 1878.

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

Les sentiments d'affection qui rattachent à ce siège apostolique les fidèles de France et, entre tous, les Bretons d'Armorique, se sont manifestés, vénérable frère, par
des témoignages si éclatants, qu'ils ont répandu partout la gloire du nom breton. 

En voyant donc leur très grande piété filiale s'affirmer de nouveau par l'aumône généreuse que votre diocèse a réunie, Nous n'avons pu qu'être touché de cette riche offrande et l'accepter avec bonheur, d'autant plus qu'elle Nous est présentée par vous, qui avez toujours encouragé, fortifié, entretenu avec zèle, dans votre clergé et votre peuple, la vénération et l'amour de leurs aïeux envers la chaire de Saint-Pierre.

Recevez l'expression de notre très vive reconnaissance : transmise par vous à votre troupeau, Nous ne doutons pas qu'elle soit bien accueillie. Recevez aussi les voeux par lesquels Nous demandons à Dieu, pour vous et vos fidèles, les trésors abondants de la grâce et tous les biens. En même temps, comme gage de la faveur céleste et comme marque de notre affection toute particulière, Nous accordons, avec beaucoup d'amour, vénérable frère, à vous et à votre diocèse entier, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint Pierre, le 18 mars 1878, en la première année de notre pontificat.

Léon XIII,  Pape

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Lettre au vénérable frère Bernard Pinol y Aytinena, archevêque du Guatemala, mars 1878.

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique. La joie que vous Nous avez exprimée dans votre lettre du 12 mars, en Nous félicitant de notre exaltation à la suprême dignité apostolique Nous a vivement ému. Car Nous voyons avec admiration que vous, quoique exilé depuis longtemps, et injustement éloigné de votre diocèse, vous vous intéressez en notre faveur, et vous aimez l'épouse de Jésus-Christ au point que vous vous réjouissez de ce qui regarde notre honneur, plus que vous ne regrettez les déboires et les douleurs de votre exil.

Aussi avons-Nous accueilli vos hommages avec une bienveillance toute particulière, en vous sachant gré de votre dévouement avec vive reconnaissance. Nous souhaitons de tout notre cœur, et Nous demandons à Dieu que vous soyez réintégré sur le siège de votre dignité. Puisse, par votre retour dans l'Eglise du Guatemala, cesser le deuil causé par votre absence.

En attendant, trouvez une consolation dans la pensée que vous soutenez persécution pour la justice. Cette souffrance est un gage de la magnifique récompense que le Pasteur éternel réserve à votre constance et à votre patience. Et Nous, qui, quoique sans mérites, sommes son représentant, Nous vous accordons, comme présage de cette récompense, très affectueusement dans le Seigneur, à vous, vénérable frère, à voire clergé et au peuple que vous gouvernez, la bénédiction apostolique. 

Léon XIII,  Pape

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Lettre à C. A, Pantaléon Pelletier, membre du conseil privé du gouverneur 
général du Canada, et autres sénateurs catholiques, 
6 mai 1878.


Bien-aimés fils, salut et bénédiction, apostoliques, 

Ce siège apostolique a déjà reçu de la part des Canadiens de nombreux témoignages de leur profonde vénération, et votre conduite en cette circonstance, bien-aimés fils, nous le prouve amplement.

De même qu'un père se réjouit des marques d'amour filial qu'il reçoit chaque jour de la part de ses enfants, de même Nous Nous réjouissons agréablement de votre affection à notre égard. Nous Nous réjouissons d'autant plus que par cette admirable disposition de votre esprit, Nous remarquons votre sollicitude à favoriser la paix entre l'Eglise et l'Etat, et à protéger la liberté de l'Eglise catholique et ses droits sacrés. Cela est pour Nous la plus grande preuve de votre amour a notre égard, et afin que vous puissiez manifester ces heureuses dispositions, Nous demandons au Ciel de vous accorder lumière, prudence et fermeté.

De plus, comme gage de ces faveurs célestes, et en même temps pour preuve de notre paternelle et toute spéciale bienveillance, Nous donnons à tous et chacun de vous, bien-aimés fils, dans toute l'effusion, de notre coeur, la Bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 6 mai 1873.
Première année de notre Pontificat.

Léon XIII, Pape


Lettre à Mgr Amerio, évêque de Porto, en réponse à son adresse d'adhésion absolue et d'entier dévouement à S. S. Léon XIII
17 juin 1878.


LÉON XIII, PAPE

Vénérable frère et bien-aimés fils, salut et bénédiction apostolique.

L'on raconte d'un de nos prédécesseurs [vraisemblablement St Clément Ier] exilé en haine de la loi au désert de Chersonnèse, qu'il dit aux fidèles qui se trouvaient là condamnés pour le même motif et persécutés : Ce n'est pas à cause de mes mérites que le Seigneur m'a envoyé au milieu de vous pour prendre part à vos couronnes. Ce n'est pas sans raison que Nous aussi, Nous croyons pouvoir répéter ces mêmes paroles avec toute la famille catholique, et avec vous, vénérable frère et très chers fils ; car les desseins de la divine Providence nous ayant dans ces temps calamiteux placé à la tête de l'Eglise, Nous voyons presque partout les évêques, le clergé, les fidèles, en butte à une persécution moins acharnée, moins cruelle et moins sanglante peut-être qu'autrefois, mais plus dangereuse, soit que l'on considère la haine contre la religion qui lui est particulière et qui l'enflamme, soit que l'on regarde les moyens astucieux et les artifices qui la font de plus en plus redoutable, soit enfin que l'on ait en vue la simultanéité avec laquelle elle s'étend dans le monde entier.

Nous aussi, nous avons été envoyé pour prendre part à vos couronnes ; mais, outre cela, notre mission est de venir au secours de ceux qui souffrent, de confirmer ceux qui vacillent, de servir à tous de phare lumineux, soit par la parole, soit par les oeuvres. Dans de si pénibles circonstances, qu'est-ce que notre faiblesse, soumise à un aussi lourd fardeau, pourrait faire, si l'aide unanime et l'union intime des évêques et des fidèles ne Nous soutenaient pas ?

C'est pourquoi, Nous avons été particulièrement encouragé par les protestations que vous Nous avez envoyées, non-seulement en Nous exprimant votre amour et votre réspect, mais principalement en Nous témoignant le dessein de professer tout ce que professe et enseigne cette chaire de vérité, et de repousser et rejeter tout ce qu'elle réprouve et condamne. Or, cette adhésion catholique de l'intelligence et de la volonté des directeurs et des professeurs non moins que des élèves, sans parler de l'obéissance due au vicaire de Jésus-Christ, est pour Nous, en réalité, une assistance considérable pour combattre les doctrines erronées et perverses qui sont la source de nos maux ; car Nous ne pouvons pas douter que non-seulement les professeurs instruiront le nouveau clergé dans la science sainte et solide, en harmonie avec les doctrines du Saint-Siege, mais Nous sommes aussi assuré que ce même clergé, instruit aussi soigneusement, deviendra de tout point apte à réfuter les erreurs, et à former le peuple à la vraie piété et aux bonnes moeurs. Et nous ne saurions certes désirer rien de plus agréable pour Nous, de plus honorable pour vous, et de plus utile pour l'Eglise, que la constance et la réalisation de vos nobles projets. 

Aussi, en accueillant avec beaucoup de reconnaissance vos sentiments de déférence, nous demandons à Dieu de daigner confirmer et augmenter par des grâces nouvelles et plus abondantes celles qui vous ont déjà été accordées comme augure de la protection divine que Nous vous désirons, et comme gage de notre bienveillance spéciale, Nous vous donnons de tout notre coeur à vous vénérable frère, à nos bien-aimés fils et à tout votre diocèse, notre bénédiction apostolique. 

Fait à Rome, près Saint-Pierre, le 17 juin 1878, premier de notre pontificat.

LEON XIII, Pape.

A Monseigneur Amerio, évêque de Porto, et aux directeurs, professeurs et élèves de son séminaire (Portugal).


Lettre In mezzo alle au Cardinal La Valetta, vicaire général de Rome, sur la suppression du catéchisme dans les écoles de Rome, 6 juin 1878


Monsieur le cardinal,

Si, dès le commencement de notre pontificat nous avons eu de nombreux motifs de consolation et de contentement dans les témoignages d'affection et de respect qui Nous arrivaient de tous les côtés du monde, les graves amertumes ne Nous ont pas fait défaut, soit que Nous considérions les conditions générales de l'Eglise en butte presque partout à une cruelle persécution, soit que Nous portions notre regard sur ce qui se passait dans cette ville même de Rome, centre du catholicisme et siège auguste du Vicaire de Jésus-Christ, où l'on voit : ici, une presse sans frein, des journaux poursuivant sans relâche ce seul but de combattre la foi par le sophisme et par l'ironie, et d'anéantir les droits sacrés de l'Eglise et d'en diminuer l'autorité : ici des temples protestants, dûs à l'or des sociétés bibliques, s'élevant dans les rues populeuses, comme une insulte à notre foi ; ici des écoles, des asiles, des hospices ouverts à la jeunesse dans le but en apparence philanthropique de lui être utile aussi bien dans la culture intellectuelle que dans ses besoins matériels, mais dans le dessein véritable d'en former une génération ennemie de la religion et de l'Eglise de Jésus-Christ. Et comme si cela n'était pas assez, un décret a paru récemment de la part de ceux qui par devoir de leur état seraient tenus à veiller sur les intérêts véritables de la population de Rome, et ce décret proscrit le catéchisme catholique des écoles municipales : Mesure très blâmable, qui vient rompre cette digue à l'hérésie et à l'incrédulité qui font irruption de toute part et laisse la voie ouverte à un nouveau genre d'invasion étrangère, plus funeste et dangereux que l'ancien, en ce qu'il tend plus directement à arracher du coeur des Romains le précieux trésor de la foi et des fruits qui en dérivent. 

Ce nouvel attentat à la religion et à la piété de notre peuple Nous a rempli l'âme d'un vif et cuisant chagrin, et Nous contraint à vous adresser, monsieur le cardinal, qui tenez notre place dans le gouvernement spirituel de Rome, la présente lettre sur ce douloureux sujet pour nous en plaindre hautement à la face de Dieu et des hommes.

Et ici dès le commencement, en vertu de notre ministère pastoral, Nous devons rappeler à tout catholique le devoir très grave que la loi naturelle et la loi divine lui imposent d'instruire ses enfants dans les vérités surnaturelle de la foi et l'obligation qui pèse sur les hommes, qui ont entre les mains l'administration d'une ville catholique, de faciliter et veiller à l'accomplissement de ce devoir des pères de famille. En même temps qu'au nom de la religion Nous élevons notre voix pour en défendre les droits sacrés, Nous voulons aussi que l'on comprenne combien cette mesure imprévoyante est contraire au vrai bien de la société.

Certainement on ne saurait imaginer le prétexte qui a pu donner lieu à cette mesure, si ce n'est peut-être celui de la déraisonnable et pernicieuse indifférence en fait de religion, dans laquelle on voudrait maintenant élever les peuples. Jusqu'ici la raison, et même le simple bon sens naturel, ont enseigné aux hommes de mettre de côté, et comme hors d'usage, tout ce que l'expérience n'a pas montré utile ou qui a été reconnu inutile en vue de certains changements survenus. Mais qui pourra affirmer que l'enseignement du catéchisme n'ait pas produit un grand bien ? N'est-ce pas l'enseignement religieux qui a relevé le monde, sanctifié et adouci les rapports mutuels des hommes, qui a rendu plus délicat le sens moral et formé cette conscience chrétienne qui réprime moralement les excès, réprouve les injustices et élève les peuples fidèles sur tous les autres ? Dira-t-on que les conditions sociales de notre âge ont rendu cet enseignement superflu ou nuisible ? Mais le salut et la prospérité des peuples n'ont pas d'abri en dehors de cette vérité et de cette justice, dont la société actuelle a le plus vif besoin, et auxquelles le catéchisme catholique conserve leurs droits dans leur intégrité. Pour l'amour donc des fruits précieux qu'on a déjà recueillis et qu'on pourra encore recueillir de cet enseignement, non-seulement on ne devrait pas le bannir des écoles, mais on devrait chercher à l'y répandre par tous les moyens. 

C'csl là d'ailleurs ce que demande aussi la nature de l'enfant et la condition toute spéciale où Nous vivons. On ne peut, cela est hors de doute, renouveler sur l'enfant le jugement de Salomon et le partager d'un coup d'épée déraisonnable et cruel qui sépare son intelligence de sa volonté. Tandis que l'on cultive la première, il est nécessaire d'acheminer la seconde à la conquête des habitudes vertueuses et au but final. Celui qui, dans l'éducation, néglige la volonté et concentre tous les efforts à la culture de l'intelligence, parvient à faire de l'instruction une arme dangereuse dans les mains des méchants, car c'est l'argumentation de l'intelligence qui vient parfois s'ajouter aux mauvais penchants de la volonté et leur donner une force contre laquelle il n'y a plus moyen de résister.

C'est-là une chose si évidente qu'elle a été reconnue, même au prix d'une contradiction par ceux-là mêmes qui veulent que l'enseignement religieux soit banni des écoles. En effet, ils ne bornent point leurs efforts à la seule intelligence, mais ils les étendent aussi à la volonté, en faisant enseigner dans ces écoles une éthique qu'ils appellent civile et naturelle et en acheminant la jeunesse à l'acquisition des vertus sociales et civiques. Mais, outre qu'une morale de cette espèce ne peut mener l'homme au but très haut que la Divine Bonté lui a destiné, qui est la vision béatifique de Dieu, cette morale n'a pas même la force suffisante sur l'âme de l'enfant pour lui donner le goût de la vertu et le maintenir inébranlable dans le bien. Cette morale ne répond pas aux vrais et profonds besoins de l'homme, qui est en même temps un être animal religieux et un être animal sociable, auquel les progrès de la science ne pourront jamais arracher de l'âme les racines très profondes de la religion et de la foi. Pourquoi donc ne pas se servir du catéchisme catholique pour élever dans la vertu le coeur des jeunes gens, de ce catéchisme, le moyen le plus parfait et la semence la plus féconde d'une saine éducation ? 

L'enseignement du catéchisme ennoblit et élève l'homme dans son propre esprit en lui apprenant à respecter, en tout temps, soi-même et les autres. C'est un grand malheur que la plupart de ceux qui condamnent le catéchisme à sortir des écoles, aient oublié ou ne veuillent plus considérer ce qu'ils ont appris eux-mêmes du catéchisme, lorsqu'ils étaient enfants. Autrement il leur serait bien facile de comprendre la valeur d'un enseignement qui apprend à l'enfant qu'il est sorti des mains de Dieu et est le fruit de l'amour que Dieu a mis en lui ; que tout ce qu'il voit est soumis à lui, roi et seigneur de toute la création ; qu'il est si grand et a une telle valeur que le Fils éternel de Dieu ne dédaigna point de se revêtir de sa chair pour le racheter ; que son front est baigné dans le baptême du sang de l'Homme-Dieu; que sa vie spirituelle se nourrit des chairs de l'agneau divin ; que le Saint-Esprit demeurant en lui comme en un temple vivant lui communique une vie et une vertu toute divine ; ils comprendraient que cet enseignement équivaut à donner à la jeunesse une impulsion très efficace pour garder soigneusement la qualité glorieuse de fils de Dieu et l'honorer par une conduite vertueuse. Ils comprendraient aussi qu'il est permis d'attendre de grandes choses de la part de l'enfant qui apprend à l'école du catéchisme qu'il est appelé à un but très haut tel que la vision et l'amour de Dieu ; qui s'instruit à veiller sans relâche sur lui-même et se trouve soutenu par des secours de toute nature, dans la guerre que lui font des ennemis implacables : que l'on exerce à être soumis et docile et qui apprend à vénérer dans ses parents l'image du Père qui est dans les cieux, et dans le prince l'autorité qui vient de Dieu et puisée en Dieu la majesté et sa raison d'être ; qui est conduit à respecter dans ses frères la divine ressemblance qui resplendit sur son front même et à reconnaître sous les guenilles du pauvre le Rédempteur lui-même ; qui est soustrait de bonne heure aux angoisses du doute et de l'incertitude, par un bienfait de la doctrine catholique, doctrine qui porte l'empreinte de son infaillibilité et authenticité dans son origine divine, dans le fait prodigieux de son établissement sur la terre et dans les fruits très doux et très salutaires qu'elle produit. Finalement, ils comprendraient que la morale catholique, escortée de la crainte du châtiment et de l'espérance certaine de très hautes récompenses, ne court pas le sort de cette éthique civile qu'on voudrait lui substituer, et ils n'auraient jamais pris la funeste résolution de priver la génération présente d'un si grand nombre de précieux avantages, en bannissant des écoles l'enseignement du catéchisme. 

Nous disons bannir, parce que la transaction à laquelle on est venu de donner l'instruction religieuse aux seuls jeunes gens dont les parents en feront la demande formelle, est un tempérament illusoire. On ne parvient pas à comprendre en effet comment les auteurs de cette disposition malencontreuse ne se sont pas aperçus de l'impression sinistre que devait produire sur l'âme des enfants le fait que l'enseignement religieux allait se trouver dans des conditions si différentes de tous les autres enseignements. La jeunesse, qui a besoin d'apprécier L'importance et la nécessité de ce qu'on lui enseignée, pour se consacrer avec ardeur à l'étude, quelle stimulation, quelle impulsion pourra-t-elle sentir pour un enseignement envers lequel l'autorité scholastique se montre ou froide ou hostile et qu'elle ne semble tolérer qu'à contre-coeur ? En outre, s'il y avait (et il n'est pas difficile qu'il y en ait) des parents qui, par perversité d'âme ou bien plus peut-être par ignorance ou par négligence, ne s'avisaient pas de demander pour leurs enfants le bienfait de l'instruction religieuse, une grande partie de la jeunesse demeurerait privée des doctrines les plus salutaires au détriment de la société civile. Les choses étant en cet état, ne serait-il pas du devoir des personnes qui président aux écoles de rendre vaine la malice ou la négligence des parents ? Comme on en espérait des avantages, bien moins importants sans doute que ceux que nous venons d'indiquer, on a pensé tout récemment à rendre obligatoire l'instruction élémentaire et à contraindre, même par les amendes, les parents à envoyer leurs enfants à l'école, et maintenant, comment pourrait-on avoir le triste courage de soustraire les jeunes catholiques à l'instruction religieuse, qui est, sans nul doute, la plus solide garantie d'une sage et vertueuse direction de notre existence ici-bas ? N'est-ce pas une cruauté de prétendre que les enfants grandissent en dehors des idées et des sentiments de la religion, jusqu'à ce qu'ils atteignent la bouillante adolescence où ils se trouveront face à face avec la séduction et la violence des passions, sans armes pour les combattre, sans aucun frein, avec la certitude d'être traîné sur le chemin glissant du crime ? C'est une grande douleur pour notre coeur paternel de considérer les conséquences lamentables de cette délibération insensée, injustifiable, et notre peine s'accroît encore en réfléchissant qu'aux temps actuels les excitations au vice sont plus fortes et plus nombreuses que jamais. 

Vous, monsieur le cardinal, qui dans l'exercice de la haute charge de notre vicaire, êtes plus à même que tout autre de suivre pas à pas toutes les phases de la guerre qui se fait, dans notre Rome, contre Dieu et contre son Eglise, vous savez bien, sans que nous ayons besoin de plus longs développements, combien sont nombreux et puissants les dangers de pervertissement pour la jeunesse ; on répand des doctrines pernicieuses et subversives de tout ordre constitué, on s'abandonne à des pensées audacieuses et violentes au détriment et à l'abaissement de toute autorité légitime. Enfin, l'immoralité marche sans obstable et sans voile, et s'ouvre le chemin à ternir les yeux et à corrompre les coeurs. 

Lorsque la foi et les moeurs sont aux prises avec ces assauts et d'autres semblables, on peut juger si on a vraiment choisi le moment opportun pour repousser l'éducation religieuse des écoles. Est-ce que l'on voudrait, par aventure avec de semblables dispositions, changer la nature du peuple Romain, qui était vanté pour sa foi, même dès les temps apostoliques et a été jusqu'à nos jours admiré pour l'intégrité et la Religieuse culture de ses moeurs, pour en faire un peuple sans religion, dissolu, et le conduire ainsi à la condition de barbare et de sauvage ? Et au milieu de ce peuple, ainsi perverti avec une inique déloyauté,comment le Vicaire de Jésus-Christ pourrait-il, lui, le Maître de tous les fidèles, tenir avec honneur le siège auguste qu'il occupe et veiller, respecté et tranquille, aux obligations de son ministère pontifical ? Voilà, monsieur le cardinal, la condition qui Nous est déjà faite en partie et que l'on Nous prépare dans l'avenir si Dieu, dans sa miséricorde, ne veut point mettre une limite à cette suite d'attentats, plus condamnables l'un que l'autre.

Mais, tant que la Providence,dans ses jugements adorables, voudra permettre la durée de l'épreuve présente, s'il
n'est pas dans notre pouvoir de changer l'état des choses, il est de notre devoir de chercher à en amoindrir les maux et à rendre moins sensibles les dommages, qui en sont la conséquence. Il est donc nécessaire que non-seulement les curés redoublent de diligence et de zèle dans l'enseignement du catéchisme, mais qu'on cherche par des moyens nouveaux et efficaces à remplir les vides qui résulteront des fautes d'autrui. Nous sommes persuadé que le clergé de Rome ne faillira pas, dans 
cette circonstance encore, à l'accomplissement des devoirs sacrés de son ministère sacerdotal, et qu'il s'emploiera, par les soins les plus affectueux à préserver la jeunesse romaine des périls qui menacent sa foi et sa moralité. Nous sommes certains aussi que les sociétés catholiques, qui fleurissent dans cette ville avec tant de profit pour la religion, voudront apporter le concours de tous les moyens qui sont entre leurs mains à la sainte entreprise qui consiste à empêcher que cette noble ville, en perdant le caractère sacré et auguste de la religion et la gloire enviée de ville sainte ne devienne une victime de l'erreur et un théâtre d'incrédulité. Et vous, monsieur le cardinal, avec cette sagacité et cette fermeté qui forment l'ornement de votre personne, veuillez prendre souci de la mulplication des oratoires et des écoles, où les jeunes gens se rassemblent pour être instruits sur la très sainte religion catholique, dans laquelle, par une grâce spéciale du Ciel, ils sont nés.

Tâchez, ainsi que cela se fait déjà avec fruit dans quelques églises, que des laïques vertueux et charitables, sous la surveillance d'un ou de plusieurs ecclésiastiques, donnent leurs soins à enseigner le catéchisme aux enfants ; veuillez faire en sorte que tous les pères de famille soient exhortés par leurs curés à envoyer leurs enfants à ces réunions, et qu'il leur soit rappelé qu'ils ont le devoir d'exiger pour leurs enfants, l'instruction religieuse même dans les écoles. Les catéchismes pour les adultes, qu'on pourra tenir dans des endroits adaptés, seront aussi très utiles, parce qu'ils maintiendront dans les âmes le souvenir des préceptes salutaires reçus dans l'enfance. Ne cessez jamais de ranimer la piété et de réchaufferle zèle des ecclésiastiques et des laïques, en attirant leur attention sur l'importance de leur oeuvre, des mérites dont ils s'enrichiront envers Dieu, envers Nous et envers l'entière société. Pour Notre part, Nous saurons tenir dans toute la considération qui leur est due, les plus zélés d'entre eux.

Il ne Nous échappe pas, en dernier lieu, que pour mieux atteindre notre but, les subsides matériels sont nécessaires, et que ceux-ci ne sont point proportionnés au besoin. Mais si, contraints que Nous sommes, à vivre de l'obole des fidèles, qui sont eux-mêmes dans de graves détresses, à cause des temps troublés et de deuil où Nous vivons, Nous ne pouvons pas abonder en secours, ainsi que notre coeur le voudrait, Nous ne laisserons cependant pas de faire tout ce qu'il Nous sera possible pour détourner les affreuses conséquences que peut produire, au détriment de l'enfance et de la société civile, l'absence de l'éducation religieuse.

Au reste, il est nécessaire avant tout d'invoquer l'aide divine, sans laquelle tous nos desseins et toutes nos sollicitudes demeureraient sans aucun espoir de succès. Nous nous adressons donc à vous, monsieur le cardinal, et vous recommandons chaudement d'exhorter vivement le peuple romain à élever au trône de Dieu Notre-Seigneur des prières ferventes pour qu'il daigne maintenir entière en cette sainte ville, la lumière de la foi catholique que prétendent obscurcir ou même éteindre les sectes hérétiques qu'on accueille maintenant avec honneur : ces sectes et les autres conspiration de l'impiété qui s'épuisent en effort pour renverser la pierre très solide contre laquelle, ainsi qu'il est écrit, les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. Dans le coeur des Romains la dévotion envers l'Immaculée Mère du Sauveur est ancienne ; mais en ce moment où les périls sont plus pressants, ils doivent recourir plus souvent et avec plus d'ardeur à celle qui a écrasé le serpent et vaincu toutes les hérésies.

Dans ces jours qui ramènent la mémoire solennelle des glorieux apôtres Pierre et Paul, que les Romains se prosternent dans leurs basiliques et les conjurent d'intercéder auprès de Dieu en faveur de la ville qu'ils ont sanctifiée de leur sang, et à laquelle ils ont laissé le dépôt de leurs cendres presque comme un gage de leur protection incessante. Faisons une douce violence de supplications aux célestes patrons de Rome, lesquels tant par le sang que par les oeuvres du ministère apostolique et par les saints exemples, ont rendu plus ferme dans le coeur de nos pères la foi que l'on voudrait arracher du sein de leurs enfants. Et Dieu se laissera attendrir, il aura pitié de nous, il ne permettra pas que sa religion devienne le jouet des impies.

En attendant, recevez, monsieur le cardinal, la bénédiction apostolique que Nous vous donnons du fond de Notre coeur à vous, au clergé et à tout votre peuple bien-aimé.

Du Vatican, le 26 juin 1878.

Léon XIII,  Pape

Lettre à Mgr Besson évêques de Nimes (extraits)
juillet 1878

[...] Nous avons très favorablement reçu, non-seulement vos hommages de dévouement et vos félicitations, mais encore la lettre qui les exprime et tous les voeux qu'elle contient. Vous avez mis une délicatesse particulière à Nous la faire présenter par un homme très attaché au Saint-Siège, le R. P. d'Alzon, votre vicaire général. Il Nous a été très agréable d'y trouver le souvenir des belles actions de votre prédécesseur, dont vous reconnaissez avec tant de raison les rares mérites.

Nous n'attachons pas moins de prix au zèle que vous déployez pour continuer et développer les oeuvres que la mort l'a empêché d'achever. Vous avez réjoui notre coeur en Nous demandant une bénédiction spéciale pour obtenir le salut de tant d'âmes qui, dans votre diocèse, s'obstinent à marcher sur les pas de leurs pères, dans les voies de l'hérésie et s'égarent ainsi loin du bercail du Christ. Brebis infortunées ! pour les ramener, vous ne négligez aucun moyen de les instruire, et vous ne reculez devant aucune démarche. Ces efforts de votre zèle Nous le font grandement estimer, et donnent un charme inexprimable aux témoignages d'amour et d'obéissance que vous vous êtes empressé de Nous offrir, et auxquels vous avez soin de Nous dire que votre clergé et votre peuple sont heureux de s'associer. [...]

Léon XIII, Pape


Lettre circulaire du Cardinal Franchi, Secrétaire d'Etat, aux Nonces, 24 juin 1878

24 juin 1878

Lors de son avènement au pontificat, Sa Sainteté Léon XIII a reçu de toutes les parties du monde des félicitations en si grand nombre qu'il était impossible de remercier chacun des signataires. Cependant le Saint-Père, voulant témoigner au monde catholique les sentiments que lui faisait éprouver cette grande manifestation, a chargé le cardinal Franchi d'écrire aux nonces à ce sujet. C'est ce que fit le cardinal secrétaire d'Etat, à la date du 24 juin, par une circulaire :


Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

Peu de jours après l'élévation de notre Saint-Père le Pape Léon XIII à la chaire de saint Pierre, une quantité innombrable d'adresses, de déclarations et de lettres pleines de respect commencèrent à arriver à Sa Sainteté, non-seulement de l'Italie, mais de tous les diocèses et de toutes les régions de l'Univers. Prélats, chapitres métropolitains et cathédraux, institutions religieuses de tout genre, associations de charité et de bienfaisance, corps littéraires et scientifiques, personnages illustres, soit clercs soit laïques, tous ont envoyé à l'envi, par le télégraphe ou par les voies ordinaires, les félicitations les plus sincères, unies aux plus touchantes protestations de profond et filial dévouement envers le nouveau Pontife.

Dans ces adresses et ces hommages,qui révèlent suffisamment l'esprit d'unité et concorde qui règne dans l'Eglise de Dieu, le sentiment douloureux causé par la pénible condition du Père commun des fidèles se mêlait à l'expression de voeux et d'espérances, souvent appuyés de pieuses et généreuses offrandes destinées à alléger les difficultés et la gêne ou se trouve, depuis plusieurs années, ce Siège apostolique. 

Vous comprendrez facilement, illustrissime et révérendissime seigneur, l'impression que de telles démonstrations d'amour ont produite dans l'âme du Saint-Père. Reconforté dès les premiers instants de son élévation au trône pontifical par la démonstration aussi imposante que spontanée que lui fit son bien-aimé peuple de Rome, Léon XIII a vu se reproduire d'une manière extraordinaire et merveilleuse et se développer de jour en jour, comme par enchantement, cet universel sentiment de respect et d'amour qui avait accompagné jusqu'à la tombe le regretté Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, et qui a toujours fait l'admiration et l'étonnement, non-seulement du peuple chrétien, mais encore des ennemis eux-mêmes de l'Eglise et du Pontificat romain.

Le souverain Pontife,ému de reconnaissance à la vue de si grandes et si manifestes preuves d'amour et de dévouement de son très cher troupeau, aurait vivement désiré répondre à ces hommages par des paroles de gratitude et d'affection paternelle adressées à chacun des signataires des lettres et adresses qui lui ont été envoyées. Mais leur grand nombre, ainsi que les graves occupations qui sont naturellement inséparables des débuts d'un pontificat, surtout lorsqu'il s'ouvre au milieu de difficultés et d'embarras croissants, n'auraient guère pu permettre de réaliser une si généreuse pensée avec cette promptitude que l'affection des enfants attend avec impatience de la bonté du plus tendre des pères.

Sa Sainteté, dans l'impossibilité où elle s'est trouvée et se trouve de remplir directement et personnellement ce devoir paternel, qui lui aurait été si agréable, veut au moins qu'il soit donné indirectement quelque suite à son désir. 

Elle m'a donc ordonné de m'adresser à votre V. S. I. et R., en l'invitant à user des moyens qui lui sembleront les plus opportuns pour rendre publics les sentiments de joie très vive produit dans son âme par les témoignages si affectueux qu'il a reçus, soit individuellement soit collectivement, des ecclésiastiques et des laïques de France. Sa Sainteté désire en même temps qu'on fasse connaître sa paternelle reconnaissance, à laquelle ont droit les auteurs des félicitations et souhaits exprimés dans ladite circonstance.

Notre Saint-Père a l'espoir que la foi et la piété de ses enfants trouveront dans cette manifestation de son amour tous les encouragements et la consolation qu'ils attendent. Sa Sainteté espère qu'ils les trouveront encore plus dans l'abondante bénédiction qu'elle envoie du fond du coeur à chacun d'eux en particulier et à tous les diocèses auxquels ils appartiennent. Le Saint-Père prie Dieu pour qu'une telle bénédiction hâte la fin des tribulations de l'Eglise et rende efficaces la prière et les voeux que ces fils pleins d'amour ont faits pour la liberté et la tranquillité de leur Père et Pasteur 

Ayant ainsi exécuté les ordres du Saint-Père, il ne me reste plus qu'à vous confirmer les sentiments de ma considération la plus distinguée.

Rome, le 24 juin 1878.

A., cardinal Franchi.

Lettre à MM. Bonnety et Perny, 24 juin 1878

Notre Saint-Père le Bape a daigné adresser la lettre suivante à MM. Bonnetty et Perny à l'occasion de la publication de leur ouvrage intitulé : Vestiges des principaux dogmes chrétiens tirés des anciens livres chinois, par le P. de Premare S. J.

A nos chers fils le chevalier Bonnetty, directeur des Annales de philosophie chrétienne, et Paul Perny, prêtre, ancien missionnaire en Chine.
LÉON XIII, PAPE.


Chers fils, salut et bénédiction apostolique,

On ne doit point s'étonner, chers fils, que le peuple fier jusqu'à l'excès de son antiquité et très conservateur de cette gloire dans ses doctrines et ses moeurs, ait en mépris les nations modernes et leur sagesse ; et, comme il ignore que la vraie religion a été révélée par Dieu au premier père des hommes, qu'il ait en dédain la religion catholique qu'il n'estime pas être une explication plus grande de la religion antique, mais une invention de la sagesse moderne. 

Celui dontc qui s'attache, par des preuves convaincantes, à dissiper cette erreur dont les esprits sont imbus, accomplit certainement une oeuvre excellente en faisant disparaître un grand obstacle a la propagation de l'Evangile. C'est pourquoi Nous vous félicitons, chers fils, vous qui vous aidant des doctes recherches faites au siècle passé par un des pères de la société de Jésus, remplissant les fonctions de missionnaires dans ces régions, vous êtes attachés avec une nouvelle diligence à étudier les livres sacrés des Chinois et les ouvrages des sages antiques, et en avez extrait les vestiges très clairs des dogmes et des traditions de notre très sainte religion, lesquels vestiges prouvent qu'elle a été depuis longtemps annoncée dans ces régions, et que, par son antiquité, elle précède de beaucoup les écrits des sages, d'où les Chinois tirent la règle et l'enseignement de leur religion.

Que Dieu favorise votre but et vos études lesquels si, par le secours de la lumière céleste, ils pénétraient dans les esprits des sages, ouvriraient certainement une voie royale à la vérité et procureraient le salut d'âmes innombrables.

C'est ce que nous vous souhaitons de tout notre coeur, et en même temps, comme augure de la faveur divine, et gage de notre bienveillance paternelle, Nous vous donnons avec amour, cher fils, notre bénediction apostolique.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 12 du mois d'août 1878, an 1er de notre pontificat.


LEON XIII, PAPE.

Lettre à Mgr Caraguel, évêque de Perpignan, 12 juillet 1878

LÉON XIII, PAPE.

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique,

Nous vous remercions, vénérable frère, des félicitations et des témoignages de dévouement que vous Nous adressez ; mais ce qui excite encore davantage notre gratitude, c'est le soin avec lequel vous vous efforcez de consoler notre coeur attristé par tant de maux qui affligent l'Eglise. 

Sans doute les paroles de Jésus-Christ ne passeront pas et les portes de l'enfer ne prévaudront point : toutes leurs manoeuvres seront déjouées et resteront sans effet. Cependant, les persécutions tous les jours plus cruelles que subit la religion, son état de plus en plus critique, déchirent l'âme d'angoisses si vives que la faiblesse humaine ne saurait les endurer avec constance si cette confiance assurée ne venait la fortifier. 

Aussi vous Nous avez fait grandement plaisir en vous appliquant à la ranimer en Nous ; notre satisfaction augmente encore dans l'espoir certain que, par la persévérance de vos prières et de celles de votre peuple, vous ne cesserez de demander au Tout-Puissant l'accomplissement de vos voeux. Puissiez-vous, avec la protection de Dieu, contempler vousmême de vos propres yeux la félicité de Jérusalem que votre âme entrevoit !

En attendant, qu'il vous fortifie de sa vertu et vous comble de ses faveurs ! Comme gage de ces biens que Nous vous souhaitons, et pour vous donner un témoignage de notre bienveillance particulière, Nous vous accordons de grand coeur, à vous, vénérable frère, et à tout votre diocèse, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 18 juillet 1878, an 1er de notre pontificat.


LEON XIII, PAPE.

Lettre à Mgr Popiel, évêque de Cniavic-Kalisch, en Pologne russe, 29 juillet 1878

LÉON XIII, PAPE.

A notre vénérable frère salut et bénédiction apostolique.
Si ce fut une joie pour tous les fidèles de voir le veuvage de l'Eglise sitôt terminé par la grâce de la divine Providence, Nous ne sommes pas surpris, vénérable frère, que ce pays, célèbre par sa foi, en ait été également heureux.
Aussi acceptons-Nous avec gratitude vos voeux sincères venant du coeur, ainsi que vos assurances de vénération et d'amour pour le Vicaire du Christ dans notre humble personne. Nous les acceptons comme un gage de cet amour parfait qui ne cessera de vous unir avec Nous comme il nous unit en ce moment. 
Que notre bénédiction apostolique, que Nous vous transmettons de tout notre coeur, vénérable frère, à vous et à tout votre diocèse comme une messagère de la grâce divine et comme un témoignage de notre affection particulière, entretienne et augmente de plus en plus cet amour.

Fait à Rome, à Saint-Pierre, le 29 juillet 1878, l'an premier de notre pontifîcat.

LEON XIII, PAPE.

Lettre à Mgr l'évêque d'Autun, Chalon et Macon
du 24 août 1878

A notre vénérable frère Adolphe-Louis, évêque d'Autun, Chalon et Macon.
Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.
L'empressement avec lequel vous Nous avez écrit pour Nous féliciter de notre exaltation, Nous a clairement montré quel zèle et constant souvenir nous Nous gardiez, et de quels sentiments d'affection et de respect vous étiez animé à notre égard.
Nous avons reçu avec toute la considération qu'il méritait ce témoignage de votre zèle et de votre si parfait dévouement envers notre personne. Nous avons été particulièrement heureux d'apprendre que, par vos soins, une messe mensuelle sera dite pour Nous, à jour fixe (le deuxième vendredi de chaque mois), dans le célèbre sanctuaire de votre diocèse qui est dédié au Sacré-Coeur de Jésus, et qui est visité par une si nombreuse affluence de pieux pèlerins.
Non seulement cette attention que vous avez eue vous vaut de notre part les meilleurs sentiments, mais encore elle Nous fortifie dans l'espérance que Nolre-Seigneur Jésus-Christ daignera manifester à l'Eglise si affligée et si éprouvée les richesses de son amour, dont elle a en ce moment, un si pressant besoin.
Appuyé sur cette confiance, Nous vous rendons de justes actions de grâces pour vos bons offices, et Nous vous accordons avec toute notre affection, à vous, à votre clergé et aux fidèles confiés à votre sollicitude pastorale, la bénédiction apostolique, gage des dons célestes.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 21 août 1878, de notre pontificat l'an premier.

LEON XIII, PAPE.

Lettre Da grave sventura au Cardinal Nina, nouveau Secrétaire d'Etat, 27 août 1878 


Monsieur de cardinal,
La mort inopinée du cardinal Alexandre Franchi, notre secrétaire d'Etat, Nous a frappé d'un grand malheur et a rempli notre âme d'un profond chagrin. Appelé par Nous à ces hautes fonctions par suite de la confiance que Nous avaient inspiré les rares dons de son esprit et de son coeur et les longs services qu'il avait rendus à l'Eglise, il sut répondre pleinement à notre attente pendant le peu de temps qu'il a passé près de Nous que sa mémoire ne s'effacera jamais de notre souvenir et que son nom restera cher et béni dans l'avenir comme aujourd'hui.
Mais puisqu'il a plu au Seigneur de Nous soumettre à cette épreuve, adorant avec une âme résignée les décrets divins, Nous avons fixé toutes nos pensées sur le choix d'un nouveau secrétaire d'Etat, et Nous avons arrêté nos regards sur le cardinal dont la grande expérience des affaires, la fermeté d'âme, l'esprit de généreux sacrifice qui l'anime pour l'Eglise, Nous étaient bien connus.
Il Nous a paru, toutefois, opportun, en lui confiant cette nouvelle charge, de lui adresser cette présente lettre, pour Nous ouvrir à lui de nos sentiments sur quelques points importants, auxquels il devra particulièrement consacrer tous ses soins. Déjà, depuis les premiers jours de notre Pontificat, du haut du Siège Apostolique, Nous avons jeté nos regards sur la société présente pour en connaître les conditions, en rechercher les besoins et aviser aux remèdes. Et, depuis lors, dans les Lettres Encycliques écrites à tous nos vénérables frères dans l'épiscopat, Nous avons déploré l'obscurcissement des vérités, non seulement des vérités surnaturelles qu'enseigne la Foi, mais aussi les vérités naturelles, soit spéculatives, soit pratiques, le règne des plus funestes erreurs et le très grave péril que court la société par les désordres toujours croissants dans lesquels elle est plongée.

Nous avons dit que la cause principale de tant de ruines était la séparation proclamée et l'apostasie tentée envers le Christ et son Eglise, qui seule possède la vertu capable de remédier à de si grands maux. A la lumière éclatante des faits, Nous avons montré alors que l'Eglise, fondée par le Christ pour renouveler le monde, depuis sa première apparition sur la terre, a commencé à lui faire sentir le grand secours de sa vertu souveraine, et que dans les époques les plus ténébreuses et funestes, elle fut le seul phare qui éclairât la voie sûre, le seul refuge qui promît la tranquillité et le salut. De cela il était très facile de conclure que si, dans ces temps-là, l'Eglise avait suffi à répandre sur la terre des bienfaits aussi signalés, elle le peut encore certainement aujourd'hui ; que l'Eglise, comme le tient pour certain tout catholique, aimée toujours de l'esprit de Jésus-Christ, qui lui a promis son assistance infaillible, fut constituée maîtresse de la vérité et gardienne d'une loi sainte et immaculée, et, comme telle, possède encore aujourd'hui toute la force nécessaire pour s'opposer à la corruption intellectuelle et morale qui empoisonne la société, et la ramener au salut. 
Et puisque des ennemis très rusés, pour la déconsidérer et la faire haïr, répandent de graves calomnies contre elle, Nous avons d'abord tâché de dissiper les préjugés, de confondre les accusations, certain que les peuples connaissant l'Eglise telle qu'elle est réellement dans sa douceur seraient volontiers revenus de toutes parts dans son sein.
Guidé par de telles intentions, Nous avons voulu faire entendre notre voix à ceux qui règlent le sort des nations, les invitant chaleureusement à ne pas refuser, dans ces temps où le besoin s'en fait tant sentir, l'appui très solide que leur offre l'Eglise, et poussé par la charité apostolique Nous Nous sommes retourné aussi vers ceux qui ne Nous sont pas unis par le lien de la religion catholique, désireux que leurs sujets éprouvent la bienfaisante influence de cette divine institution.

Vous savez bien, Monsieur le cardinal, que pour seconder ces impulsions de notre coeur, Nous avons même adressé la parole au puissent empereur de l'illustre nation allemande, laquelle par les difficiles conditions faites aux catholiques réclamait d'une façon particulière notre sollicitude.
Cette parole, inspirée uniquement par le désir de voir restaurer la paix religieuse en Allemagne, fut accueillie favorablement par l'auguste empereur et a produit l'heureux effet d'amener des négociations amicales dans lesquelles notre intention n'a pas été d'arriver à une simple trêve qui laisserait une voie ouverte à de nouveaux conflits, mais d'assurer, en enlevant tout obstacles, une paix véritable, solide et durable.
L'importance de ce fait, apprécié justement par la haute intelligence de ceux qui ont en main les destinées de cet empire, les conduira, Nous en avons la confiance, à Nous donner la main pour achever l'oeuvre. Sans doute l'Eglise se réjouirait de voir la paix rétablie dans cette noble nation, mais l'empire ne s'en réjouirait pas moins, parce que, les consciences une fois pacifiées, il trouverait comme autrefois dans les fils de l'Eglise catholique les sujets les plus fidèles et les plus généreux.

Notre vigilance paternelle ne pourrait non plus oublier les contrées de l'Orient, dans lesquelles les graves évènements qui s'y passent préparent un meilleur avenir aux intérêts de la religion. Rien de la part du Siège Apostolique ne sera omis pour les favoriser, et Nous avons l'espérance que les Eglises illustres de ces régions en viendront à vivre finalement d'une vie féconde et à briller de leur antique splendeur.

Ces brèves indications vous le disent assez, Monsieur le cardinal, notre dessein est de porter largement l'action bienfaisante de la papauté au milieu de toute la société actuelle ; il est nécessaire que vous aussi vous employiez toutes vos lumières et tous vos efforts à accomplir ce dessein que Dieu a mis dans notre coeur. En outre, vous devrez porter toute votre attention sur un autre point de très haute importance, c'est-à-dire sur la condition très difficile faite au Chef de l'Eglise en Italie et à Rome depuis qu'il a été dépouillé du domaine temporel que la Providence lui avait conféré, afin d'assurer la liberté de son pouvoir spirituel. Nous ne voulons pas ici Nous appesantir sur la réflexion que la violation des droits les plus sacrés du Siège Apostolique et du Pontife Romain est fatale même au bien-être et à la tranquillité des peuples, lesquels, voyant les droits les plus sacrés et les plus anciens impunément violés dans la personne même du Vicaire du Christ, voient ébranler en eux l'idée du devoir et de la justice, diminuer le respect des lois et renverser les lois de la société civile. 
Cependant Nous voulons vous amener à considérer que les catholiques des divers Etats ne pourront jamais être tranquilles tant que le Pontife Suprême, le maître de leur Foi, le modérateur de leurs consciences, ne sera pas environné de liberté vraie et d'une réelle indépendance. Nous ne pouvons cependant Nous dispenser d'observer que, puisque notre puissance spirituelle, par sa divine origine et sa destination surhumaine, doit exercer une bienfaisante influence en faveur du genre humain, il est nécessaire qu'elle jouisse d'une pleine liberté ; qu'au contraire, par les conditions actuelles, elle demeure très gênée, que le gouvernement de l'Eglise universelle lui devient très difficile.
Cela est notoire et confirmé par des faits quotidiens. Les plaintes solennelles de notre prédécesseur Pie IX, d'heureuse mémoire, dans son allocution consistoriale du 12 mars 1877 peuvent être répétées par Nous avec les mêmes raisons et en y ajoutant d'autres non moins graves, suscitées par de nouveaux obstacles à l'exercice de notre suprême pouvoir. Il est certain que Nous ne devons pas seulement Nous plaindre comme notre illustre prédécesseur de la suppression des ordres religieux, qui enlève au Pontife un secours puissant dans les congrégations où se traitent les plus graves affaires de l'Eglise ; mais encore Nous devons Nous plaindre de ce qu'on enlève au culte divin ses ministres avec la loi sur le recrutement militaire, qui contraint indistinctement tout le monde au service des armées ; de ce qu'on vienne soustraire à Nous et au clergé les institutions de charité et de bienfaisance élevées dans Rome, ou par les Pontifes Romains ou par les nations catholiques qui les mirent sous la garde de l'Eglise ; aussi de ce que, à l'immense amertume de notre coeur de Père et de Pasteur, Nous sommes contraint de voir sous nos yeux le progrès de l'hérésie, dans cette même ville de Rome, centre de la religion catholique, où des temples et des écoles hérétiques s'élèvent impunément en grand nombre, et de constater la perversion qui en résulte, surtout dans une grande partie de la jeunesse à laquelle on vient offrir une instruction d'incrédulité ; mais, comme si c'était peu de chose, on tente même de rendre vains les actes de notre juridiction spirituelle.
Il vous est bien connu, Monsieur le cardinal, comment depuis l'occupation de Rome, afin de tranquilliser les consciences des catholiques grandement préoccupés du sort de leur chef, on a protesté par de solennelles et publiques déclarations de la volonté de laisser à la pleine liberté du Pontife la nomination des évêques aux divers sièges de l'Italie ; mais ensuite, sous prétexte que les actes de leur institution canonique n'avaient pas été soumis à l'agrément du gouvernement, on refusa aux nouveaux investis les rentes de leur mense, occasionnant ainsi une très lourde dépense au Siège Apostolique, obligé de pourvoir à leur entretien, ainsi qu'un grand dommage aux âmes confiées aux soins des évêques. On n'a pas non plus voulu reconnaître les actes émanés de leur juridiction épiscopale, tels que nominations dans les paroisses et autres bénéfices ecclésiastiques. Et quand, pour obvier à ces grands maux, le Siège Apostolique toléra que les évêques d'Italie nouvellement élus présentassent les bulles de nomination et d'institution, rendus suivant les canons, la condition de l'Eglise n'en est pas devenue pour cela plus tolérable : nonobstant la présentation voulue, on a continué à refuser les traitements et à méconnaître la juridiction des évêques ; ensuite, ceux qui peuvent exercer leurs fonctions voient leurs demandes renvoyées de bureaux en bureaux et assujetties à des retards indéfinis ; et des hommes respectables et distingués par leur vertu et par leur science, jugés par le Pontife dignes d'exercer les premières charges de la hiérarchie ecclésiastique, sont contraints de subir l'humiliation de se voir soumis à de minutieuses et secrètes inquisitions, comme des personnes suspectes et vulgaires. Notre vénérable frère choisi par Nous pour administrer en notre nom l'Eglise de Pérouse, quoique déjà préposé au gouvernement d'un autre diocèse et légalement reconnu dans ce diocèse depuis longtemps, attend en vain une réponse. Ainsi avec une déplorable astuce on enlève à l'Eglise de la main gauche ce que par des raisons politiques on feint de lui donner de la main droite.
Pour rendre plus grave l'état des choses dans beaucoup de diocèses d'Italie, on a voulu mettre en avant les droits du patronat royal avec des prétentions si exagérées et de si odieuses mesures qu'on a non seulement judiciairement notifié à notre vénérable frère, l'archevêque de Chieti, qu'on interdisait sa juridiction, mais qu'en outre on a déclaré vaine sa nomination et méconnu son caractère épiscopal.
Il n'entre pas dans nos vues de Nous arrêter à démontrer le peu de fondement de pareils droits, même dans l'opinion de beaucoup d'esprit du camp adverse. Il Nous suffit seulement de rappeler que le Siège Apostolique, auquel est réservé la provision des évêques, n'a pas eu coutume de céder le droit de patronat, sinon à quelque prince qui avait bien mérité de l'Eglise en défendant ses droits, en favorisant l'extension et en accroissant son patrimoine ; et que ceux qui la combattent en attaquant ses droits, en s'apropriant ses biens, deviennent par cela seul, en vertu des canons, incapables de l'exercer.

Les fait que Nous avons effleurés se rapportent évidemment au plan de continuer toujours en Italie un système d'hostilité croissante envers l'Eglise et montrent bien clairement quelle sorte de liberté lui est réservée et de quel respect on veut environner le chef de la religion catholique.
Dans cette condition de choses si déplorables Nous n'ignorons pas, Monsieur le cardinal, les devoirs sacrés que Nous impose le ministère apostolique et, les yeux fixés vers le Ciel avec l'âme fortifiée par l'espérance certaine du secours divin, Nous Nous étudierons à ne jamais faillir à ces devoirs. Vous qui par suite de notre confiance êtes appelé à une partie de nos très hauts soucis, apportez comme votre illustre prédécesseur à l'accomplissement de nos desseins le concours de vos efforts, certain que vous ne verrez jamais diminuer notre concours.

En attendant, en signe de notre particulière affection, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous accordons de tout notre coeur.
Du Vatican, 27 août 1878.

LEON XIII, PAPE.

Lettre aux anciens élèves du Séminaire français de Rome, 19 septembre 1878 


Lettre envoyée par les anciens élèves du séminaire Français de Rome au Pape Léon XIII.
BEATISSIME PATER,
Alumni, tum antiquiores quam hodierni, seminarii Gallici in Urbe, pro triennali piæ associationis, quam inter se ad Dei gloriam promovendam mutuamque charitatem fovendam constituunt, coadunatione congregati, ad pedes Sanctitatis Vestræ, fulgentis e cœlo divinitus immissi luminis, humillime provoluti, Benedictionem, Apostolicam suppliciter expostulant.
Hæc enim Supremi Pastoris et virtutum opificis fœcundissima benedictio erit ipsius associationis vis ac robur, singulorum ejusdem membrorum gaudium et preesidium, omnium prædicti Seminarii moderatorum, quos institutionis nostræ ecclesiasticæ tutissimos duces diligimus, merces pretiosa, tandem venerandissimæ Spiritus Sancti ac purissimi Cordis Maria : Congregationis, quæ omnium virtutum et devotionis erga Apostolicam Sedem exemplum nobis præbuit,  promeritum solatium.
Jam non semel sanctissimæ memoriæ Pii Papæ IX benedictionibus ditati, atque in incœpto a nobis proposito contra errores in immensum crescentes vitiaque ubique nostris temporibus serpentia strenue pugnandi, roborati, nunc ad nova periculosioraque prælia sustinenda parati, ad Cathedram Petri, lucernam supra montem positam, propinquius, si posset, accedentes, firmiusque adhærentes, auxilium expectabimus tempore opportuno.
Itaque, ut non modo voluntas nostra coram Deo sit recta zelusque sincerus, verum etiam illam certissimam ineamus viam, qua sacerdotes propriam ac fidelium sibi creditorum consequuntur salutem, semper præ oculis habebimus veras doctrinæ sanctissimæque disciplinas decreta, ab infallibili Magisterio successorum Petri dimanantia. Sic, mediante Christi Vicario, in ipso Christo de sub cujus pede fons vivus emanat, hauriemus aquam salientem in vitam æternam.
Sanctitatis Vestræ, quam ad decus suæ Ecclesiæ Deus perdiu sospitem servet, devotissimi atque obsequentissimi filii.
 
Réponse de Sa Sainteté le Pape Léon XIII
 
DILECTIS FILIIS
Alphonso ESCHBACH, Sacerdoti Cangregationis Sancti Spiritus et Purissimi Cordis Mariæ, Rectori in Urbe Seminarii Gallici, hujusque Alumnis præsentibus et præteritis ad sacras exercitationes obeimdas coactis.

Lutetiam PARISIORUM.

LEO PP. XIII

Dilecti Filii, salutem et apostolicam benedictionem. Spiritualis conventus a vobis nuper habiti indoles, dilecti filii, rursum Nobis ostendit, quam prudenti consilio Decessor noster sa. me. Romæ instituerit seminarium Gallicum, illudque omni ope overit, omnique favore sit prosequutus, et quam merito Nos perutilem hanc institutionem nuperis litteris nostris commendavimus.
Spontanea enim illa consociatio a vobis inita conveniendi e variis commorationis aut ministerii vestri locis quolibet tartio anno in communes spirituales exercitationes ea præsertim mente, ut, una cum spiritu Congregationis vestræ, illum renovaretis in vobis, quem Romæ hauseratis, eumdemque postea discedentes afferretis quocumque, concordi et uniformi sic nisu adjabaraturi culturæ partis Dominicæ vineæ, unicuique vestrum commissæ, luculenter omnino docet, quam alte cordi vestro insederit studium unitatis vobis inditum ab hac Apostolica Sede, et quam obsequenti lubentique animo dqocumenta inde accepta custodire et propagare contendatis.
Id certe non parum adjecit jucunditatis et pretii signifleationibus observantiæ devotionisque vestræ, quas dum læti excipimus, ultra vobis gratulamur, non solum, quod adeo apte respondeatis institutionis Seminarii Gallici proposito, sed etiam quod per obsequans hujusmodi studium erga Sedem hanc Apostolicam, et per accuratam istam doctrinæ sententiæque ejus custodiam, uberiores profecto vobis operibusque vestris, cœlestes benidictiones comparaturi sitis, et ampliora Congregationi vestræ incrementa. Quorum interim auspicem excipite Benedictionem Apostolicam, quam paternæ nostræ benevolentiæ testem vobis omnibus, Dilecti Filii, totique vestræ Congregationi peramanter impertimus.
Datum Romæ, apud Sanctum Petrum, Die 19 septembris 1878, Pontificatus Nostri anno primo.
Leo PP. XIII

Lettre au président et aux conseillers du comité permanent de l'OEuvre des congrès catholiques en Italie, 23 septembre 1878 


Très chers fils, salut et bénédiction apostolique,

Puisque les événements publics graves et inopinés ont coutume de jeter l'hésitation dans les âmes et d'interrompre le cours des affaires, Nous ne sommes pas étonnés que les commencements malheureux de cette année aient comme rompu le fil et arrêté les préparatifs de votre nouveau congrès général. 
Si jusqu'aujourd'hui ces congrès n'ont pas contribué d'une façon plus efficace à l'avantage de la cause catholique et des besoins religieux du peuple, il n'en faut qu'avec plus d'empressement empêcher que par inertie on ne les laisse tomber en désuétude. C'est pourquoi Nous croyons qu'il est très sage qu'en attendant (cette convocation générale) on convoque les congrès régionaux, auxquels les comités diocésains, saisis par les comités paroissiaux, ont coutume d'en référer sur la situation et les besoins locaux, ainsi que sur les remèdes et les secours qu'il convient d'adopter pour chaque cas.
Et ainsi ces congrès aplaniront la voie ; ils prépareront les éléments d'un congrès général, ils exciteront aussi à l'action les âmes et les réveilleront de
cette inertie produite d'abord par les événements et ensuite entretenue par ces écrits, pleins de l'esprit du siècle, qui ont enseigné à dédaigner et à attaquer comme un vain et puéril effort l'oeuvre catholique de votre association qui lutte avec tant d'avantages contre les maux toujours croissants de l'Église.
En attendant, non-seulement Nous approuvons la convocation projetée des congrès régionaux, mais Nous la recommandons hautement à ceux qui en feront partie comme aux comités diocésains et paroissiaux, afin qu'ils s'empressent de préparer un rapport sur la situation religieuse de leur ressort ; et alors les étudès de ces premiers congrès régionaux ne manqueront pas de suggérer au congrès général qui se tiendra ensuite des résolutions opportunes et appropriées aux besoins particuliers de tous les lieux. 
Que Dièu assiste de sa lumière et de sa grâce, et qu'il comble de ses dons tous ceux qui, pour son nom, pour l'Eglise et le salut des âmes, se consacrent à ces oeuvres très pieuses et très utiles. 
En signe de la faveur divine, pour vous tous et chacun de vous nominalement recevez la bénédiction apostolique que, comme gage de Notre paternelle bienveillance, Nous accordons à vous tous et à chacun de vous en particulier. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 23 septembre de l'année 1878, la première de Notre pontificat.

LEON XIII, PAPE.

Lettre à M. Jean-Baptiste Rossi le nommant préfet du musé chrétien du Vatican, 23 octobre1878 


LÉON XIII, PAPE
Cher fils, salut el bénédiction apostolique.
Nous Nous réjouissons vivement, à bon droit, de pouvoir vous appliquer les paroles que le très savant Pape Benoît XIV écrivait à un illustre personnage, la gloire de la bibliothèque vaticane : « La grande œuvre que vous vous êtes chargé d'accomplir avec un zèle extrême, au prix d'un incroyable travail et d'une application continue, mérite assurément d'être consacrée par la publicité de la louange apostolique, comme aussi d'être honorée et garantie par les témoignages et les faveurs de notre bienveillance et de notre autorité. » Nous n'ignorons pas, en effet, que vous avez copié avec un soin infatigable beaucoup de vieux manuscrits et que vous en avez dressé des états détaillés et des catalogues raisonnés ; Nous connaissons vos remarquables ouvrages d'épigraphie chrétienne sur Rome souterraine, qui vous ont valu dans le monde entier une juste gloire et une célébrité impérissable ; Nous savons aussi avec quelle ardeur vous n'avez cessé de vulgariser, soit dans les réunions des académies, soit dans les journaux, les connaissances d'archéologie sacrée que vous avez acquises par le génie et l'érudition.
Mais si l'usage de ce Saint-Siège a toujours été d'encourager et de combler d'honneurs les hommes érudits qui avaient bien mérité des lettres et des sciences, rien ne sollicite plus notre faveur et notre bienveillance que cette science qui met en lumière les origines de l'Eglise et qui fait que les pierres elles-mêmes, pour ainsi dire, et les monuments prennent la cause de la religion et attestent l'antiquité et la permanence de la foi et de l'autorité romaine.
Afin donc de favoriser, autant qu'il est en notre pouvoir, ces études dans lesquelles vous avez été élevé dès votre jeunesse, sous la -direction d'hommes tels que Angelo Maï et Cajetan Marini, dont vous êtes l'émule par le savoir, Nous avons résolu de confier à vos soins et à votre activité, avec le titre de préfet ou curateur, le musée chrétien adjoint à la bibliothèque vaticane, sous la réserve toutefois du droit de direction et de surveillance qui compète au cardinal bibliothécaire et au sous-bibliothécaire. En ajoutant cette charge à celles que vous remplissez déjà avec éclat, Nous voulons qu'elle soit comme un témoignage particulier de notre intention envers vous, et qu'on sache qu'elle vous est conférée et attribuée à vous exclusivement, votre vie durant, et en considération seulement de votre personne, à raison de vos mérites insignes.
Enfin, avec ces lettres qui vous sont le garant de notre paternelle bienveillance, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous accordons affectueusement, comme présage du secours céleste et des biens d'en haut.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le23 octobre 1878, l'an premier de notre pontificat.
LEON XIII, PAPE.

Lettre au cardinal Regnier, en réponse à l'envoi d'un don de 150 000 francs pour le Denier de Saint-Pierre. 4 novembre1878 


LÉON XIII, PAPE
Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.
Vous avez pu affirmer à bon droit, notre cher fils, que jamais ne s'éteindrait le zèle que votre clergé et vos fidèles mettent à secourir le Siège apostolique, privé depuis longtemps non-seulement de ses Etats temporels, mais encore de tous les revenus qui lui seraient nécessaires pour le gouvernement de l'Eglise. Votre diocèse, en effet, s'est tellement distingué parla libéralité avec laquelle il a payé ce tribut de piété filiale, qu'il n'a jamais souffert qu'aucun autre le mît au second rang. Et en cela, il est d'autant plus louable que, pendant qu'il agissait ainsi envers le Saint-Siège, il a dépensé des sommes énormes pour la création de l'Université catholique destinée adonner à la jeunesse un enseignement sain et solide, et à défendre les intérêts de la religion et de la patrie, en même temps qu'elle sera pour le diocèse lui-même une grande gloire. Vous ne douterez pas que Nous avons dû attacher le plus haut prix à votre nouvelle offrande et la recevoir avec une vive satisfaction.
Vous comprendrez facilement aussi que Nous désirons que vous, qui avez transmis cette offrande, et qui avez eu soin d'exciter envers cette chaire de Pierre le respect et l'amour du clergé et des fidèles de qui nous avons reçu ce nouveau témoignage de dévouement, vous exprimiez à tous, pour la religieuse part qu'ils y ont apportée, notre très-vive reconnaissance et nos félicitations. Que Dieu vous conserve et vous garde longtemps. Qu'il féconde également et qu'il fasse progresser les œuvres que vos diocésains entreprennent pour le vrai bien de la Religion et de la société civile, de telle sorte qu'ils aient la joie d'en recueillir et d'en goûter les fruits, même en ce monde. Recevez, vous et eux, un gage de la faveur céleste dans la bénédiction Apostolique que Nous vous donnons très affectueusement comme témoignage de notre bienveillance particulière, à vous, notre cher Fils, et à tout le troupeau confié à vos soins.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 4 novembre 1878, la première année de notre Pontificat. 
LEON XIII, PAPE.

Lettre à Mgr Couillé, évêque d'Orléans, 7 novembre1878 


LÉON XIII, PAPE

Vénérable Frère, salut et bénédiction.

La douleur que Nous avons ressentie, Vénérable Frère, en apprenant la mort de votre prédécesseur, a trouvé un heureux adoucissement dans l'éclat des pieuses manifestations qui se sont produites à ses obsèques, et des honneurs empressés rendus à la mémoire de ce très illustre évêque, qui a livré tant et de si vaillants combats pour la défense des droits de l'Eglise.

Et c'est aussi, pensons-nous, ce qui doit être pour vous-même, un juste sujet de consolation ; car, bien que vous sentiez vivement le lourd fardeau, les sollicitudes et toutes les difficultés des affaires, qui, par cette mort, retombent sur vous, votre courage, d'autre part, doit se trouver bien relevé par l'évidente preuve qu'en cette occasion vous a donnée de ses religieux sentiments le peuple fidèle commis à vos soins. Les fonctions auxiliaires, d'ailleurs, que vous avez, quelque temps remplies près de l'illustre défunt, auront eu déjà pour vous l'avantage de vous avoir fait connaître l'esprit, et les besoins du diocèse, en même temps que le titre de coadjuteur vous aura ouvert et aplani les voies au gouvernement épiscopal.

A cela se joint encore, comme on l'assure de toutes parts, que cette connaissance, acquise par vous, du diocèse d'Orléans, vous en avez toujours usé jusqu'ici avec une prudence qui vous a rendu agréable à tous, et que votre zèle, votre piété, votre application aux affaires vous ont fait également aimer de Dieu et des hommes. C’est donc sous les plus heureux auspices, que vous entrez dans la charge pastorale ; et comme, selon la remarque de saint Bernardin de Sienne, ceux que Dieu appelle à de hauts emplois, Sa Providence ne manque jamais de leur départir largement les grâces dont ils ont besoin pour remplir leur charge convenablement et avec honneur, l'assurance d'un si puissant secours d'En-Haut vous doit donner la ferme confiance que vous pourrez suffire à tout ce qui sera de votre devoir.

Quant à Nous, plus sont humbles les sentiments que vous avez de vous-même, et plus aussi Nous espérons que seront grandes les grâces dont Dieu vous comblera. C'est ce que, de tout cœur, Nous vous prédisons, en même temps que, comme gage de la faveur divine et de Notre particulière bienveillance envers vous, Nous vous accordons, avec grande affection, à vous, vénérable frère, et à tout le clergé et aux fidèles de votre diocèse, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 7 novembre de l'année 1878, de Notre Pontificat la première.

LEON XIII, PAPE.

Lettre à M. l'abbé Antonin Uccelli, 7 décembre1878 


LEO PP. XIII

Dilecle Fili, Salutem et Aposlolicam Benedictionem. Oplimo sane consilio factum aesse putamus, ut codex autographus S. Thomae Aquinatis contra gentiles, in iis partibus quae supersunt, per industriam eximii Bergomatium Episcopi ex aere collato redemptus, et Pio IX decessori Nostro donatus, potuerit, quasi e naufragio, in bibliotheca Vaticana tanquam in portu recipi, in qua studiose diligenterque conservaretur.Utinam réliqua etiam S. Doctoris autographa, quae nondum interciderunt, si forte alicubi neglecta jacent, reperiri possent, atque in tuto collocari ! Itaque gratulamur tibi plurimum, Dilecte Fili, quod curas laboresque tuos in hoc tam insigne opus contuleris, in quo S. Doctor, divite vena, thesauros penitioris philosophiae effundit, et arma praebet ad refellendos nostri temporis errores peropportuna : sic enim effecisti, ut ipsum hujus operis autographum nitide et fideliter rite descriptum, ex umbratili domesticaque sua statione, in adspectum lucemque publicam, ad omnium commodum et, utilitatem, prodierit.

Qua quidem in re summopere laudanda est sapientia et alacritas sacri Nostri Consilii propagando nomini Christiano, quod nec studio nec impensis parcens, rem totam éleganti exquisitaque ratione perficiendam curaverit. Nos itaque ad incrementum graviorum disciplinarum, ad Dei et S. Doctoris gloriam, te hortamur, ne ab incepto deficias, sed caetera quae parata et in promptu habes sive e Nostra bibliotheca, sive foris collecta S. Thomae autographa prelo committere, cum primum fieri poterit, enitaris.

Denique paternae Nostrae benovolentiae testimonium sit tibi, Dilecte Fili, quam ex animo impartimur, Apostolica Benedictio.

Datum Roma apud S. Pelrum die 7 Decembris 1878, Pontificatus Nostri Anno Primo.

LEO PP. XIII.
Dilecto Filio
Petro Antonio Uccelli.

Lettre à Mgr Fonteneau évêque d'Agen, 14 décembre1878 


ON XIII, PAPE

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons lu avec le plus grand plaisir l'obligeante lettre que vous Nous avez envoyée avec celle des prêtres de votre diocèse, qui ont embelli leur âme dans les pieux exercices de la retraite sacrée. Tout ce qui était contenu dans cette lettre Nous a procuré une grande joie ; mais ce qui Nous a surtout réjoui, c'est d'y voir qu'entre vous et votre clergé il n'y a qu'un cœur et qu'une âme, et que vous brillez d'un désir d'autant plus ardent d'être très étroitement uni à ce centre de l'unité catholique que les difficultés et les périls de l'Eglise sont plus graves.

De cet esprit d'union ne naissent pas seulement une consolation réciproque et des forces plus grandes dans le combat contre les ennemis de la vérité, mais encore l'espérance que des prières communes seront plus tôt et plus pleinement exaucées. « Car si deux d'entre vous, dit notre Sauveur, s'unissent, ensemble, pour prier, quelque chose qu'ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. » Veillez donc, vénérable frère, a ce que vos prêtres demeurent toujours dans les mêmes sentiments et dans la pratique vigilante des œuvres de zèle sacerdotal qu'ils inspirent. Comme présage des grâces célestes, que Nous vous souhaitons abondantes, et comme témoignage de notre affection, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous donnons avec amour, à vous, à votre clergé et aux autres fidèles confiés à votre sollicitude.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 14 décembre de l'année 1878, de notre Pontificat la première.

LÉON XIII, PAPE.

Lettre à Solatio Nobis adressée à Mgr Paul Melchers archevêque de Cologne au sujet de la situation de l'Eglise en Allemange, 24 décembre 1878 


LÉON XIII, PAPE

Vénérable Frère, salut et bénédiction.

C'est avec, une grande joie et une grande consolation, que nous avons reçu la lettre affectueuse par laquelle, à l'approche de la solennité de Noël, vous avez voulu Nous exprimer vos souhaits et vos vœux ; Nous, y voyons clairement en effet, et vos excellentes dispositions à notre égard et votre attachement inviolable an Siège apostolique. Ces sentiments, en augmentant encore l'affection que Nous avons pour vous, vous honorent et font votre éloge ; ils confirment en outre le dévouement sans réserve que professent à notre égard les fidèles du diocèse de Cologne confiés à votre sollicitude pastorale.

D'autre part, Nous croyons que c'est par la permission et la volonté de Dieu, qui dirige et gouverne toutes choses, que tous nos vénérables frères, les autres évêques du monde catholique, Nous ont exprimé des sentiments de piété et de dévouement pareils aux vôtres ; car, dans un si grand trouble des événements, cette merveilleuse concorde Nous console et Nous soulage. Elle Nous fait dire du fond du cœur avec l'Apôtre : Béni soit Dieu qui nous console dans toutes nos tribulations (II Cor. I.) Et en vérité lorsque, à peine élevé à ce Siège apostolique, Nous Nous sommes adressé à tous nos vénérables frères dans l'Episcopat, Nous avons saisi dans leurs réponses un tel accord de pensées, de jugements et presque de paroles, que non seulement Nous avons pu Nous réjouir de l'admirable unité qui vit dans l'Eglise de Dieu, mais qu'il a été manifestement constaté que les évêques de l'univers entier étaient de fidèles interprètes de la saine doctrine et qu'ils seraient, pour l'avenir, de vaillants compagnons de notre sollicitude pastorale et de nos travaux.

Or, cette, unité dans les doctrines, dans les conseils et dans les œuvres, nous donne l'espoir que toutes choses arriveront selon nos vœux, c'est-à-dire que l'Eglise non-seulement jouira des plus grands avantages, mais que la société civile en recevra des fruits de salut très abondants. Vous le savez en effet, vénérable frère (et souvent nous l'avons dit et nous en avons témoigné publiquement), c'est notre conviction que ces périls lamentables qui menacent la société doivent être surtout attribués à ce que de toutes parts l'autorité de l'Eglise a été combattue afin qu'elle ne pût exercer sa salutaire influence pour le bien de la société ; à ce que sa liberté a été entravée, de telle sorte qu'il lui est à peine permis de pourvoir privément aux besoins et au bien des individus. Or, cette persuasion est venue à notre esprit, non-seulement par ce motif que Nous connaissons parfaitement la nature et l'efficace vertu de l'Eglise, mais aussi par les incontestables documents de l'histoire qui établissent à l'évidence que la société est florissante alors surtout que l'Eglise jouit de sa pleine liberté d'action ; tandis que les principes et les doctrines par lesquels se dissout toute association humaine qui en est entachée se répandent davantage toutes les fois que l'Eglise est chargée de chaînes.

Cette persuasion étant en Nous depuis longtemps déjà, il était urgent que, dès les commencements de notre pontificat, Nous fissions tous nos efforts pour ramener les princes et les peuples à la paix et à l'amitié avec l'Eglise. Et vous avez bien compris, vénérable frère, que Nous Nous sommes sérieusement appliqué à ce que la noble nation d'Allemagne, apaisant ses dissensions, pût jouir, les droits de l’Eglise étant sauvegardés, des biens et des fruits d'une paix durable. Nous croyons aussi qu'il ne vous a pas échappé qu'en ce qui Nous regarde, Nous n'avons rien négligé pour atteindre un but si considérable et digne de notre sollicitude. Ce que Nous avons ainsi tenté, ce que Nous avons voulu faire aura-t-il enfin un résultat prospère ? Celui-là le sait qui est l'auteur de tout bien et qui Nous a mis au cœur un zèle et un désir si ardents de la paix.

Mais, de quelque façon que tournent les choses et en adhérant aux desseins de la volonté divine, Nous persévérerons, tant que durera notre vie, dans l'accomplissement du devoir qui Nous est confié. Il n'est pas permis, en effet, de reléguer ou de négliger une affaire de cette importance. Lorsque nous voyons l'ordre religieux politique et social si gravement compromis par les mauvaises doctrines et les conseils audacieux d'hommes perfides qui s'attaquent à tout frein venant de la loi, Nous croirions manquer aux obligations de notre ministère apostolique si Nous ne préparions pour la société humaine, entraînée aux bords extrêmes de l'abîme, les remèdes efficaces qu'elle trouvera dans l'Eglise. Aussi, de ce dessein de veiller au salut commun et, par suite, à celui de votre nation, vénérable frère, nuls obstacles ne Nous détourneront, de quelque part qu'ils viennent. Car jamais notre cœur ne pourra se tenir en repos, tant que, au grand détriment des âmes, Nous verrons les pasteurs des églises condamnés ou en exil, le ministère sacerdotal embarrassé dans des entraves de tout genre, les confréries religieuses et les pieuses congrégations dissoutes, enfin l'éducation de la jeunesse, sans en excepter les clercs eux-mêmes, soustraite à l'autorité et à la surveillance des évêques.

Mais, pour que cette œuvre de salut entreprise par Nous puisse s'achever plus pleinement et plus promptement, Nous vous adjurons, vénérable frère, et avec vous tous les illustres évêques de ces autres régions, d'y appliquer en commun vos forces, en ayant soin que les fidèles confiés à votre garde se montrent de plus en plus dociles aux enseignements de l'Eglise et remplissent plus assidument de jour en jour les prescriptions de la loi divine, afin que « leur-participation à la foi soit plus manifeste par la connaissance de tout le bien qui se fait parmi eux dans le Christ Jésus. » (Ad Philém., 6.) Il en résultera certainement que, grâce à leur déférence et à leur soumission aux lois qui ne répugnent pas à la foi ni aux devoirs des catholiques, ils se montreront dignes de recouvrer les biens de la paix et de jouir longtemps de ses heureux fruits.

Vous comprenez parfaitement, du reste, vénérable frère, que Nos efforts dans une aussi grave affaire n'aboutiraient à rien, si Dieu n'était notre guide et notre soutien ; « car s'il ne bâtit pas lui-même la maison, c'est en vainque travaillent ceux qui la construisent. » (Ps. 126.)

C'est pourquoi Nous devons répandre des vœux ardents et nos prières devant Lui, et Le supplier instamment, afin qu'il éclaire de sa divine lumière son Vicaire sur la terre et les évêques ; et, comme les cœurs des rois sont dans sa main, qu'il incline Lui-même à des dispositions plus bienveillantes l'illustre et puissant empereur des Allemands et les hommes éminents qui l'assistent.

Enfin, comme l'union de prières d'un grand nombre de cœurs fait en quelque sorte violence à la bonté divine, Nous souhaitons que les évêques d'Allemagne exhortent en commun leurs troupeaux respectifs, afin que par leurs prières réunies ils Nous obtiennent l'assistance divine et Nous la rendent favorable.

Comme gage des bienfaits célestes et en témoignage de notre affection, Nous vous donnons en Dieu, du plus profond de notre cœur, à vous et aux autres évêques d'Allemagne et aux fidèles confiés à votre vigilance, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le24ième jour de décembre 1878, la première année de notre pontificat.

LEON XIII, PAPE.

Lettre à adressée à Mgr Eugène Lachat, évêque de Bâle, 13 janvier 1879 


LÉON XIII, PAPE

A Notre Vénérable Frère Eugène, évêque de Bâle, à Lucerne.

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Votre fidélité et votre tendre attachement Nous sont connus depuis longtemps. Nous ne sommes donc pas surpris, Vénérable Frère, que vous viviez en même temps auprès de Nous et en Helvétie et que, particulièrement à cette heure de crise religieuse, vous dirigiez vos pensées et vos regards attentifs vers cette Chaire de vérité pour en obtenir tout appui et toute consolation. Il Nous a été assurément très agréable de recevoir les témoignages d'amour, d'obéissance et de dévouement, ainsi que les vœux de paix et de prospérité dont est remplie votre lettre. Ces vœux et ces témoignages découlent si spontanément de votre filiale piété envers Nous, de votre zèle pastoral et aussi des circonstances dans lesquelles vous vous trouvez, qu’ils se produisent évidemment comme l'expression de vos sentiments les plus intimes.

Si, d'un côté, Nous avons la douleur de vous voir banni de votre siège, pleurant sur les murs renversés de Jérusalem et sur les obstacles apportés à leur restauration, étant en outre, par la permission de Dieu, privé du concours et de l'aide de vos auxiliaires, Nous ne pouvons, d'un autre côté omettre de vous féliciter en même temps d'avoir été jugé digne d’une si dure épreuve.

Nous vous félicitons d'autant plus qu’au sein de cette tribulation vous déployez non- seulement une vertu et un courage in trépides, mais encore une si grande sollicitude pour vos ouailles dispersées, que celles -ci s'attachent plus étroitement à vous, s'affermissent dans leur noble des sein et reçoivent ainsi de nouvelles forces pour défendre les droits sacrés de leur religion. En rendant grâces à Dieu de toutes ces choses, Nous prions le Seigneur de vous protéger constamment ; Nous le supplions de répandre sur vous chaque jour plus abondamment tous les trésors de sa grâce ; Nous lui demandons que, réconcilié avec son peuple, il vous fasse jouir longtemps, dans le calme et la paix, du fruit de vos labeurs, et qu'ensuite il vous orne de cette couronne, que par vos peines vous vous tressez à présent de jour en jour plus splendide.

En l'attendant, recevez-en le gage par la bénédiction apostolique que Nous vous accordons avec amour à vous, vénérable frère, à tous ceux qui vous prêtent assistance, à tout le clergé et à votre peuple, comme témoignage de notre bienveillance toute particulière.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 13 janvier 1879, la première année de notre pontificat.

LEON XIII, PAPE.

Lettre en faveur du séminaire français à Rome,  20 janvier 1879 

A notre cher Ignace Schwindenhammer, supérieur général de la congrégation des prêtres du Saint-Esprit et de l'Immaculée-Cœur de Marie, à Paris.

LEON XIII, PAPE

Cher Fils, salut et bénédiction apostolique.

Nous Nous réjouissons, cher Fils, de voir que le séminaire français, établi dans notre ville de Rome sans fondations assurée, et se soutenant, depuis lors au moyen d'emprunts, de dons et de la pension des élèves, ait enfin, grâce à la libéralité de quelques-uns des évêques lui confiant leurs sujets et de plusieurs pieux laïques, été gratifié de quelques rentes annuelles, qui lui permettent de recevoir gratuitement un petit nombre d'élèves moins fortunés. Quoique ces ressources ne suffisent encore que pour bien peu de jeunes ecclésiastiques, Nous Nous réjouissons cependant de ce premier début.

Mais comme le susdit séminaire a été fondé pour l'utilité de tout le clergé français, et que le clergé, en général, se recrute principalement parmi cette classe de jeunes gens dont beaucoup, sans doute, se font remarquer par la pureté des mœurs, la piété et le talent, mais dont bien peu sont pourvus des moyens pécuniaires indispensables pour se livrer, pendant le temps voulu et sans préoccupations, à l'étude des hautes sciences sacrées, la création de bourses faite par la générosité des fidèles peut seule leur venir en aide et enrichir l'Eglise d'un grand nombre de ministres sages et choisis, dont autrement elle serait privée.

Nous vous félicitons donc, cher fils, et, avec vous, Nous félicitons avec bonheur les personnes pieuses qui, inspirées par le véritable amour de la patrie et de la religion, ont pensé qu'elles ne pouvaient travailler plus efficacement à la prospérité de l'une et de l'autre, qu'en consacrant leur fortune à la formation d'un clergé instruit et vertueux. Ceux qui auront de la sorte employé si sagement une partie de leurs richesses, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, ne manqueront pas de recevoir une abondante récompense au ciel. Comme gage de cette récompense future, Nous Nous plaisons à leur accorder à tous et à chacun une indulgence plénière, qu'ils pourront gagner à l'article de la mort, aux conditions ordinaires, et cette faveur Nous l'étendons à leurs parents et à leurs proches jusqu'au troisième degré inclusivement.

Daigne le Seigneur multiplier et féconder les bénédictions qu'il répand visiblement sur ce séminaire, comme le prouvent l'estime universelle dont il est entouré, l'accroissement du nombre de ses élèves, les secours inespérés qu'il a reçus et les fruits merveilleux qu'il a produits. Recevez le présage de ces faveurs célestes, vous et tous ceux qui secondent cette œuvre de leurs générosités, dans la bénédiction apostolique que Nous vous accordons de tout cœur, cher fils, en témoignage de notre bienveillance à vous, aux susdits bienfaiteurs et à toute votre congrégation.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 20 janvier 1879.

LÉON XIII, PAPE.


C'est le R.P. Ignace Schwindenhammer qui, en 1859, peu de jours après son élection comme supérieur général de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, envoya un membre de son institut, le R. P. Lannurien, commencer à Rome l'œuvre du séminaire français.

Lettre à Mgr Antonius von Steichele archevêque de Munich et Freysing (extrait), mars 1879 


L'Univers du 14 mars 1879 :

Notre Saint-Père le Pape vient d'adresser une lettre à Mgr l'archevêque de Munich et de Freysing, pour le remercier de l'offrande pour le Denier de Saint-Pierre, envoyée par ses diocésains. La lettre pontificale contient en outre le passage suivant :

« Vous Nous avez exprimé, cher frère, le désir de voir rendre à l'Allemagne la paix religieuse par Nos efforts et Nos conseils ; Nous sommes vivement animé du même désir et Nous ne cessons pas d'apporter à sa réalisation toute Notre diligence et tous Nos soins. »

Lettre à Mgr Pierre-Louis-Marie Cortet, évêque de Troyes, 12 mars 1879 


L'Univers du 14 avril 1879 :

Mgr l'évêque de Troyes, ayant écrit au Souverain Pontife, au jour anniversaire de son exaltation sur le Siège apostolique, pour lui offrir ses hommages et ses vœux et pour lui transmettre une adresse signée par les membres du comité catholique de Troyes, Sa Sainteté a daigné répondre par la lettre suivante :

LEON XIII, PAPE

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

L'attention que vous avez eue de Nous écrire, au jour anniversaire de notre élection, pour Nous exprimer vos félicitations et vos hommages, a été accueillie par Nous avec le plus grand plaisir. Votre lettre Nous a été d'autant plus agréable qu'elle Nous rappelait le souvenir de ce temps où, pour notre consolation mutuelle, Nous avons pu vous entretenir de vive voix pendant notre séjour à Rome. Notre joie s'est encore accrue de ce que vous Nous avez écrit au sujet de la vénération du clergé et des fidèles de votre diocèse à l'égard de ce Siège apostolique, surtout quand Nous avons vu cette assurance, en grande partie confirmée par la lettre que vous Nous avez fait parvenir au nom du président et du conseil du comité catholique de Troyes.

Nous vous félicitons donc de ce que, malgré le malheur des temps, l'amour de la religion et l'esprit de piété sont encore vivants et florissants dans le troupeau que vous avez à diriger ; et en même temps Nous vous prions, sachant bien que vous le ferez avec plaisir, d'assurer nos chers fils du comité catholique de la paternelle affection avec laquelle Nous avons accueilli leurs hommages. Nous supplions Dieu de regarder toujours avec bonté et de combler de grâces chaque jour plus abondantes et plus fécondes cette partie de sa vigne qui vous a été confiée, et, comme témoignage de Notre tendresse, Nous vous accordons avec amour, ainsi qu'au clergé et au peuple confiés à votre vigilance, Notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, à Saint Pierre, le 12 mars 1879, la deuxième année de Notre Pontificat.

LÉON XIII, Pape.

A Notre vénérable frère Pierre, évêque de Troyes. 

Lettre à Louis Imperatori, prêtre, docteur en théologie, et Mairengo, curé, rédacteurs du journal du Tessin, intitulé le Credente cattolico, 17 mars 1879 


A nos chers fils Louis Imperatori, prêtre, docteur en théologie, et Mairengo, curé, rédacteurs du journal du Tessin, intitulé le Credente cattolico, à Locarno (Suisse).

LÉON XIII, PAPE

Chers fils, salut et bénédiction apostolique.

Dans ces temps-ci, où l'abondance des mauvais journaux corrompant toutes choses ne peut être combattue presque uniquement que par les journaux catholiques, il faut louer hautement le courage viril de ceux qui, dédaignant les haines des ennemis de la religion et l'entraînement général des esprits vers les faux principes, ne tenant compte ni des obstacles, ni des dépenses, ni de la fatigue, s'attaquent avec intrépidité aux erreurs, leur opposent la lumière de la vérité, déjouent les embûches cachées des habiles, affirment les droits de l'Eglise, défendent la sainteté de la religion, protègent les droits de la justice.

Puisque vous vous efforcez de faire cela, chers fils, en n'ayant sous les yeux d'autre doctrine que celle qui émane de cette Chaire de vérité, vous devez nécessairement plaire aux cœurs des catholiques et mériter leurs suffrages. Nous vous félicitons donc de Nous en avoir donné une preuve indubitable. Car cette offrande recueillie par l'intermédiaire de votre journal et que vous Nous avez présentée, montre évidemment que vous avez de nombreux lecteurs qui goûtent vos écrits et adhèrent à votre œuvre.

Vous avez entrepris résolument la défense de la meilleure des causes ; attachez-vous-y donc d'une manière si étroite, que vous ne puissiez décliner ni à droite ni à gauche, ce qui vous sera facile si, comme vous vous le proposé, vous avez toujours les yeux fixés sur cette Chaire de Pierre, maîtresse de vérité.

Nous vous souhaitons une telle conduite accrue de tous les secours du Ciel et du suffrage humain ; en attendant, comme présage de ces faveurs et comme gage de notre paternelle bienveillance, nous accordons de tout cœur, chers fils, notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 17 mars 1879, la deuxième année de notre pontificat.

LÉON XIII, PAPE. 

Lettre à S. Em, le cardinal Raphaël Monaco La Valetta, cardinal vicaire de Rome, pour la défense des écoles catholique à Rome, 25 mars 1879


Monsieur le cardinal,

Il Nous parut nécessaire, l'an passé, au mois de juin, de vous écrire au sujet du très grave péril que courent la foi et les mœurs de notre peuple de Rome, depuis que tant de voies sont ici ouvertes au vice et à l'incrédulité. Aujourd'hui, Nous Nous sentons obligé de vous écrire de nouveau sur un sujet étroitement lié au précédent, et qui n'est pas moins de la plus haute Importance : Nous voulons parler des écoles de Rome.

On sait trop, par une douloureuse expérience, que, dans a guerre aujourd’hui déclarée à l’Eglise, les ennemis prennent surtout pour point de mire le jeune âge, avec le dessein manifeste de façonner d'après leurs idées les générations qui s'élèvent et de les gagner de bonne heure à leur cause. Ainsi, après avoir refusé à l'Eglise tout pouvoir dans le gouvernement de la chose publique, après avoir accordé l'égalité des droits à tout genre de religions et de cultes, on veut encore soustraire l'instruction publique à la vigilance et à l'autorité de l'Eglise, à jamais mère et maîtresse de tout savoir ; tandis qu'on donne libre et universel accès à tout enseignement, fût-il infecté d'athéisme ou d'hérésie.

Vous savez, monsieur le Cardinal, que le mode d'instruire la jeunesse, en dehors de la bienfaisante influence de l'Eglise, a été introduit même dans les Etats de l'Eglise, à mesure qu'ils ont été enlevés au légitime gouvernement du Souverain Pontife. Bien plus, sans tenir nul compte des conditions très spéciales et du caractère exclusif que présente Rome à tous les regards, en tant qu'elle est le siège du Vicaire du Christ et le centre de la catholicité, ici même, on a ouvert à l'erreur la porte de la plus ample liberté. D'où il est advenu que, dans l'enceinte de ces murs augustes où il n'y avait place que pour l'enseignement très pur voulu par l'Eglise, maintenant, au contraire, le catéchisme catholique est à peine toléré quelques heures dans les écoles publiques ; et dans celles qui sont ouvertes et tenues par les protestants, les tendres intelligences des enfants et des jeunes filles sont imbues de doctrines perverses, conformes à l'esprit hétérodoxe de ceux qui les enseignent.

C'est ainsi que des faits nombreux et bien connus révèlent clairement le dessein conçu par les ennemis de la Religion catholique, de répandre largement dans Rome les faux principes du protestantisme, et de profiter de la liberté accordée par certaines lois, pour tourner principalement sur Rome les efforts tentés jusqu'à ce jour dans les diverses cités de la péninsule, afin d'établir ici comme le centre de la propagande hétérodoxe en Italie, à l'aide des influences et des puissants secours qui viennent du dehors. On veut réaliser ce dessein spécialement dans les écoles et par les écoles. Celles-ci, en conséquence, au lieu de diminuer avec le temps, vont croissant d'année en année, grâces aux menées et à l'argent des étrangers, qui en arrivant ici les ouvrent et les multiplient, employant toute sorte d'artifices pour y attirer une nombreuse jeunesse.

Dans ce but, à ceux qui sentent l'aiguillon et les privations de l'indigence, on offre de larges subsides, on aide à subvenir aux multiples besoins de la vie. Aux autres, on prodigue les promesses, les récompenses, les caresses et les appâts de tout genre.

Nous ne pouvons taire qu'avec une impudence étrange, on en est venu jusqu'à ouvrir des écoles anti-catholiques, sous nos propres yeux, aux portes du Vatican, siège vénérable dés pontifes romains. — Et, par contre, tandis qu'on accorde une liberté si effrénée aux écoles hétérodoxes, on s'efforce, par des moyens, détournés, mais souverainement efficaces, d'empêcher l'accroissement et le développement des écoles catholiques. Contre elles, à cet effet, on ne néglige ni les insinuations méchantes, ni les rigueurs spéciales, ni les menaces aux parents pour les détourner de confier leurs enfants à des maîtres sincèrement chrétiens.

Nous ne Nous arrêterons pas à vous démontrer, monsieur le cardinal, combien la prospérité publique et l'intérêt social sont compromis par une instruction telle qu'on la veut aujourd'hui, en dehors de l’esprit du christianisme. En effet, chacun voit à quelles extrémités sera portée la société, quand on aura laissé croître dans son sein une génération dépourvue d’enseignement chrétien, dégoûtée des pratiques de la religion, privée des fermes principes de morale. Les lamentables effets déjà produits jettent sur l'avenir de plus sinistres présages.

Nous voulons seulement faire observer combien, en ce point, on a mal pourvu à la dignité et à la liberté du Pontife romain, après qu'on lui a enlevé la possession de ses Etats. Car, la situation qui résulte pour Nous de la série douloureuse des faits que Nous venons de toucher est telle, que Nous sommes contraint de voir l'erreur, sous la tutelle des lois publiques, libre d'élever sa chaire dans notre ville sans qu'on Nous laisse user des moyens efficaces pour lui imposer silence. Or, il est facile de comprendre combien il est odieux que la cité où siège le Vicaire de Jésus-Christ soit impunément souillée par l'hérésie, et devienne, comme aux temps païens, le réceptacle de l'erreur, l'asile des sectes. Il faut, tout le démontre, que la sainte cité, consacrée par le sang des Princes des Apôtres et de tant de héros du christianisme, vantée par sa Foi dès les temps apostoliques, la cité d'où la vie et la lumière de la vérité et de l'exemple doivent se répandre, comme d'un centre, sur le monde entier, il faut que la religion de Jésus-Christ règne là en souveraine et en maîtresse.

Il faut que le docteur universel de la foi, le vengeur de la morale chrétienne, ait le libre pouvoir de fermer l'accès à l'impiété et de maintenir la pureté de l'enseignement catholique. Les fidèles eux-mêmes, qui de toutes les parties du monde arrivent en pèlerinage à Rome, s'attendent à bon droit à ne trouver dans la cité de leur chef suprême qu'encouragement pour leur foi, nourriture pour leur piété, exemples éclatants à imiter. Aussi doivent-ils être abreuvés de douleur et indignés, en voyant que l'erreur ici serpente et se répand avec un immense ravage des âmes.
Il est facile de comprendre, monsieur le cardinal, combien un attentat si perfide à la foi de Rome est amer pour notre cœur ; comment il Nous est impossible de Nous résigner à un état de choses aussi contraire au sentiment de notre dignité, et si peu conciliable avec les droits et les devoirs sacrés de notre suprême puissance.

Toutefois, au milieu des très graves difficultés dont Nous sommes investi, l'unique parti qui Nous reste, est de consacrer spécialement nos efforts pour atténuer au moins l'excès du mal, et empêcher, selon la mesure possible, son développement.

Après mûres réflexions, sans rien innover quant aux institutions dépendant de la congrégation des études, Nous avons pris la résolution de nommer une commission de prélats et seigneurs du patriciat romain. Tout en laissant chaque école sous le soin vigilant des personnes et des instituts qui les gouvernent présentement, sous la dépendance de notre suprême autorité, cette commission aura dans Rome la haute direction et la surveillance de toutes les écoles catholiques élémentaires et d'instruction primaire. Elle sera comme le centre commun d'où elles recevront l'unité et l'accroissement, autant que le permettent les conditions présentes. — La commission que Nous nommons est ainsi constituée :

Président,          Mgr Jules Lenti, archevêque de Sida, vice-gérant de Rome.
Membres,           Mgr François Ricci-Paracciani, notre majordome ;
                          Mgr Charles Laurenzi, évêque d'Amata, i. p. i. ;
                          Mgr Pierre Crostarosa ;
                          Le marquis Jean Patrizi Montoro ;
                          Le prince Camille Rospigliosi ;
                          Le prince de Sarsina, Pierre Aldobrandini ;
Secrétaire,         Le chanoine Auguste Guidi.

Cette commission, se pénétrant des nombreuses et graves difficultés qu'elle devra affronter, aura pour tâche principale d'acquérir une connaissance exacte de l'état des écoles catholiques dans les divers quartiers de Rome; de s'informer si, par leur nombre et leur extension, elles correspondent aux besoins et à la multitude des enfants de l'un et de l'autre sexe qui se présentent pour y recevoir l'enseignement ; d'examiner comment et où elles pourraient être agrandies et multipliées ; de veiller enfin à ce que les écoles soient confiées à des maîtres capables, qui unissent à une bonne conduite éprouvée le talent et l'habileté nécessaires pour enseigner avec un véritable fruit. Les membres de la commission, outre les fréquentes séances devant le président pour se concerter entre eux et délibérer sur les mesures à prendre, devront de plus se réunir quelquefois dans l'année sous votre présidence, monsieur le cardinal, afin que par votre conseil et votre autorité les résolutions les plus opportunes soient adoptées pour vaincre les obstacles et pour voir aux besoins de l'œuvre.

Comme cette lutte de l'erreur contre la vérité est soutenu principalement par l’or qu'on sème largement au sein d'un peuple réduit à des conditions de fortune peu prospère, le succès de l'entreprise dépend de ressources pécuniaires abondantes, dont on puisse disposer. Aussi Nous Nous proposons de concourir chaque année, avec munificence, de notre trésor privé, à une œuvre d'un but si élevé. Et comme la conservation de la foi dans Rome est intimement liée aux intérêts du monde catholique, notre intention est que l'obole de Saint-Pierre contribue à la prospérité de nos écoles, autant que les besoins de l'Eglise universelle Nous le permettront. – Malgré cela, Nous aurons encore besoin du concours spécial de tous ceux qui, vrais et francs catholiques (et grâces à Dieu, dans la ville de Rome, ils sont encore très nombreux), ont à cœur le bien de la religion et la gloire de Dieu.

Nous savons déjà que de nobles et illustres familles du patriciat romain, à leur grand mérite aux yeux de Dieu et avec un honneur rehaussé par les graves difficultés contre lesquelles il leur faut continuellement lutter, ont fondé et maintiennent à leurs frais plusieurs écoles, où les enfants des deux sexes en même temps reçoivent l'instruction correspondant à leur état, apprennent le catéchisme catholique, et sont formés à la pratique des vertus chrétiennes. Ces âmes généreuses, avec tous ceux qui, animés de l'esprit du bien, ont reçu de la Providence une plus large part des richesses de la terre, convaincus de la nécessité de pourvoir le jeune âge d'écoles chrétiennes, ne peuvent manquer d'aspirer à l'honneur de Nous fournir les moyens de les fonder et de les maintenir.

Et dans cette glorieuse émulation, le clergé romain ne se laissera vaincre par personne. Le sacerdoce catholique a toujours été à la tête de toute œuvre entreprise pour l'honneur de Dieu et le bien des âmes, et les nobles traditions du clergé de Rome attestent avec éclat combien il a toujours compris sa sublime mission. Déjà les chapitres des basiliques patriarcales ont mis entre nos mains chacun leur offrande. Nous ne doutons pas que cet exemple n'entraîne des imitateurs. Nous destinons exclusivement ces offrandes à cette fin très élevée, vraiment digne de notre clergé, de procurer au peuple de Rome, avec l'instruction, cette éducation chrétienne qui est une semence féconde de civilisation même et de prospérité sociale. Si tous ne peuvent faire des largesses d'argent, tous peuvent prêter leur concours, soit en rappelant aux parents le très grave devoir qui leur est imposé d'élever chrétiennement leurs enfants et de les tenir éloignés de tout ce qui peut nuire à leur foi, soit en s'appliquant eux-mêmes aux fonctions de maîtres d'écoles, soit en enseignant le catéchisme et en distribuant aux petits le pain de la divine parole.

Ainsi les Romains se montreront dignes d'eux-mêmes et auront la gloire d'imiter le dévouement et la générosité des catholiques d'autres pays d'Europe, qui, zélés pour la foi de leurs ancêtres, donnent au monde de splendides, exemples de désintéressement et de sacrifices pour conserver dans leurs écoles l'éducation chrétienne. Vous-même, monsieur le cardinal, vous qui déployez tant d'activité et de vigilance pour le salut des âmes, ne cessez pas de recommander à tous de s'appliquer avec une volonté ferme, un dévouement actif, un cœur généreux, à poursuivre le but que Nous Nous proposons. Puisque les jours que Nous traversons sont mauvais (Eph. V, 16), ne Nous laissons pas surmonter par le mal, mais triomphons plutôt du mal par le bien (Rom. XII, 21).

En terminant cette lettre, Nous levons les yeux vers le Seigneur, en le suppliant, par l'intercession de la Vierge Immaculée, et des saints apôtres Pierre et Paul, d'exaucer nos vœux, d'avoir en mémoire la cité sainte, où s'élève la chaire de son Vicaire, de préparer pour elle des jours meilleurs ; et Nous gardons l'espérance certaine que, grâce, au secours du Ciel, et par le zèle actif de tous les bons, les efforts de l'ennemi resteront vains, et que Rome conservera toujours le trésor de sa foi.

En attendant, comme gage des faveurs célestes, Nous vous accordons la bénédiction apostolique à vous, monsieur le cardinal, aux membres de la commission et à tous les fidèles de Rome.

Du Vatican, 25 mars 1870.

LÉON XIII, PAPE. 

Lettre aux évêques et au clergé catholique arméniens de Constantinople, avril 1879 (extrait)


Les évêques et les membres notables du clergé catholique arménien de Constantinople ayant remercié le pape Léon XIII de ce qu'il a fait pour terminer la question arménienne, ont reçu en réponse de Sa Sainteté une lettre dont voici les principaux passages : 

Nous avons accueilli avec bienveillance les sentiments de gratitude exprimés dans votre lettre du 6 avril pour les démarches qu'a faites le Saint-Siège afin d'obtenir du gouvernement ottoman ce que demandaient le droit et la raison. De nouveau, nous remercions le Dieu des miséricordes d'avoir daigné regarder avec bonté l'Eglise arménienne et de l'avoir consolée après tant de tribulations.

Nous sommes assuré que vous aussi, vénérables frères et chers fils, vous accomplirez constamment ce pieux devoir, et Nous avons la ferme confiance que cet heureux événement vous encouragera puissamment à vous tenir toujours unis au Saint-Siège apostolique avec toute l'ardeur et le zèle possible. Vous connaissez sa sollicitude à procurer votre bien et à prendre soin de vos intérêts, et vous n'ignorez pas que Dieu donne sa protection et son appui à tous ceux qui observent la fidélité et l'obéissance dues au Saint- Siège.

Les vœux que vous adressez à Dieu pour la conversion de vos frères égarés montrent votre piété, et Nous y joignons volontiers nos prières pour demander à Dieu qu'il éclaire de sa lumière ceux qui sont dans la voie de la perdition et qu'il daigne les faire retourner à l'unité catholique, dans laquelle ils trouveront la vraie paix et le port du salut.

Lettre à Mgr Mouzon, Archevêque de Grenade, 21 avril 1879 (extrait)


L'archevêque de Grenade ayant envoyé au Saint-Père une adresse affectueuse de félicitations à l'occasion de l'anniversaire de son élévation au souverain pontificat, Sa Sainteté a daigné le remercier, et répondre en ces termes aux craintes que manifestait le prélat par rapport au dédain ou à l'oubli de puissances de la terre pour la parole du Pontife :

Lorsque Nous admonestons les peuples et les gouvernants, Nous désirons en vérité, vénérable frère, qu'ils profitent de nos enseignements pour leur propre salut et celui des nations. Mais, pour des causes que vous énumérez sagement, Nous avons sujet de craindre qu'il soit réservé à nos paroles le même sort qu'ont eu jadis celles des prophètes de l'ancien Testament, et que les peuples actuels, qui, comme le peuple juif, nient ou combattent la vérité, n'aient à subir les mêmes fléaux et les mêmes châtiments que lui. Nous Nous réjouissons néanmoins de ce que les amis de la vérité au moins tirent de nos paroles des plus vifs encouragements et une nouvelle vigueur pour défendre la vérité et mettre à néant ces erreurs qui préparent la ruine de la société religieuse et de la société civile.


Le Saint-Père, en adressant l'expression de ses sentiments paternels à Mgr Mouzon et à ses diocésains, déclare qu'il prie le Seigneur d'écarter les maux terribles que l'archevêque redoute avec raison.

Lettre Ci si amo, aux archevêques et évêques des provinces de Verceil, Turin et Gênes sur les lois de laïcisation du mariage en Italie, 1er juin 1879

LETTRE
de
S. S. LE PAPE LÉON XIII
aux
ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES des provinces de VERCEIL, TURIN ET GÊNES

Vénérables Frères,

Nous Nous sommes grandement réjoui, Vénérables Frères, de votre sollicitude pastorale à prendre vaillamment la défense du mariage chrétien, à cette heure où il est menacé d'une nouvelle atteinte par la promulgation d'une loi pénale qui en interdit la célébration religieuse. Nous n'avons point oublié avec quelle énergie vous, et en général tout l'épiscopat italien, avez protesté dans le passé contre de pareilles propositions, qui tendaient à blesser la dignité et la liberté du mariage chrétien. Mais voilà que, redoublant d'efforts pour éloigner ce nouveau malheur de la catholique Italie, vous avez renouvelé vos légitimes réclamations et vos avertissements autorisés. Et, bien que jusqu'ici ces protestations n'aient eu d'autre effet et d'autre honneur qu'une simple mention, bien qu'on les ait ensuite jetées aux archives sans les lire ni les examiner, votre œuvre n'en est pas moins digne de nos éloges, car vous avez proclamé, au moment opportun, la vérité catholique, à la face de ceux-là mêmes qui, décidés à tout prix à suivre le chemin de l'erreur, dédaignent la voix amie qui les rappelle à la vérité.

Au reste, vous n'avez que trop raison, Vénérables Frères, de vous lamenter sur les suites funestes qu'aura pour la religion et la morale cette triste réforme, qui ne se contente pas d'enlever toute valeur juridique au mariage chrétien, mais qui en entrave la célébration et l'assujettit, sous des sanctions pénales, à toutes les exigences d'une procédure civile. Il faut méconnaître les principes fondamentaux du christianisme, et Nous dirions même les notions élémentaires du droit naturel, pour affirmer que le mariage est une création de l’Etat, qu'il n'est rien de plus qu’un contrat ordinaire et une union sociale ne relevant que de l'ordre civil. L'union conjugale n'est ni l'œuvre ni l'invention de l'homme. Dieu lui-même, suprême auteur de la grâce, dès l'origine des choses, a voulu que cette union servît à propager le genre humain et à constituer la famille ; et, dans la loi de grâce, il a voulu de plus l'ennoblir en lui imprimant le sceau divin du sacrement. C'est pourquoi, d'après le droit chrétien, le mariage, du moins pour ce qui concerne la substance et la sainteté du lien conjugal, est un acte essentiellement sacré et religieux, qui doit être naturellement réglé par le pouvoir religieux, lequel tient ce droit non d'une délégation de l'Etat ou du consentement des princes, mais de l'ordre établi par le divin Fondateur du christianisme et l'Auteur des sacrements. Vous savez bien d'ailleurs, Vénérables Frères, comment, pour justifier les empiétements du pouvoir civil dans la législation chrétienne du mariage, on met en avant le fruit du progrès moderne ; la séparation du contrat d'avec le sacrement : d'où il suit que, ne le considérant que comme un contrat, on veut l'assujettir à l'autorité de l'Etat, ne laissant à l'Eglise d'autre ingérence que celle d'une bénédiction liturgique. Pour donner quelque poids à cette théorie, on recourt, soit à l'enseignement de codes étrangers, soit à l'exemple d'une nation catholique chez qui le mariage est aujourd'hui soumis à une législation entièrement civile et laïque.

Mais, quoi qu'en disent des jurisconsultes qui ne sont pas catholiques ou qui sont inféodés à l'autocratie de l'Etat, il est certain que la conscience de tous ceux qui sont sincèrement catholiques ne peut accepter cette doctrine comme base d'une législation chrétienne sur le mariage. La raison en est que cette doctrine se fonde sur cette erreur dogmatique, souvent condamnée par l'Eglise, qui réduit le sacrement à une cérémonie extérieure et à la condition d'un simple rit. C'est là une doctrine qui renverse l'idée essentielle du mariage chrétien, où le lien conjugal sanctifié par la religion s'identifie avec le sacrement, où ces deux choses s'unissent inséparablement pour ne constituer qu'un seul acte, une même réalité. C'est pourquoi enlever au mariage son caractère sacré au milieu d'une société chrétienne, ce n'est pas autre chose que le dégrader, qu'insulter à la foi religieuse des sujets et tendre un piège funeste à leurs consciences, puisque la légalité de l'acte civil sans le sacrement n'a pas et ne peut pas avoir la force de rendre leurs unions légitimes et leurs familles heureuses. C'est en vain que l'on allègue l'exemple de ces nations catholiques qui, après avoir souffert profondément des luttes révolutionnaires et des perturbations sociales, se sont vues contraintes de subir une pareille réforme qui fut ou inspirée par des doctrines et des influences hétérodoxes ou établie par la force de ceux qui commandaient. Au reste, cette réforme, outre qu'elle fut pour tous ces peuples féconde en fruits amers, n'y jouit jamais d'une possession pacifique, désapprouvée qu'elle fut toujours par la conscience des honnêtes catholiques et par le légitime magistère de l'Eglise.

Et ici l'on peut remarquer avec quelle injustice on accuse l'Eglise de vouloir exercer une action envahissante en matière de législation matrimoniale, au grand détriment, comme l'on dit, des prérogatives de l'Etat ou de l'autorité politique. L'Eglise n'intervient que pour protéger ce qui est l'autorité du droit de Dieu et qui lui fut inviolablement confié, c'est-à-dire la sainteté du lien conjugal et les effets religieux qui lui sont propres. Personne après cela ne conteste à l'Etat les mesures qui peuvent être de sa compétence pour régler le mariage dans l'ordre temporel, en vue du bien commun, et en déterminer selon la justice les effets civils. Mais ce n'est pas ce qui arrive quand l'Etat, entrant dans le sanctuaire de la religion et de la conscience, se fait l'arbitre et le réformateur des propriétés intimes d'un lien auguste que Dieu a établi lui-même et que les puissances du siècle ne peuvent pas plus dissoudre ou changer qu'elles ne le peuvent former.

Maintenant, vous comprenez bien, Vénérables Frères, quel jugement on peut porter sur un Etat catholique qui, après avoir mis de côté les principes sacrés et les sages dispositions du droit chrétien sur le mariage, s'est imposé la triste tâche de créer une moralité matrimoniale qui lui appartienne en propre, de caractère purement humain, avec des formes et des garanties entièrement ci viles ; et qui ensuite, autant que cela est dans ses forces, l'impose par la force à la conscience de ses sujets et la substitue à cette moralité religieuse et sacramentelle sans laquelle le mariage entre chrétiens ne peut être ni permis, ni honoré, ni stable. Nous vous avouons, Vénérables Frères, que notre cœur est vivement attristé de voir que tel est le sort préparé à l’Italie catholique par ses gouvernants actuels, et que c'est même dans cette métropole du catholicisme que se préparent ces odieux et funestes projets.

Si l'on considère en effet ce dessein en soi et dans ses conséquences, il ne se révèle que trop injurieux et funeste soit à la religion et au sacerdoce, soit à la liberté des consciences et à la morale publique. En effet, l'Etat envahissant audacieusement le terrain religieux et disposant d'une matière qui ne lui appartient pas, ne tient compte du sacrement que pour en enchaîner l'exercice et pour le soumettre à l'autorité du code et aux exigences des formalités civiles. Bien plus, l'Etat tire du sacrement lui- même un motif de culpabilité pour frapper le ministre sacré et les conjoints de peines pécuniaires et afflictives ; il regarde comme illégitime et de nulle valeur, bien qu'elle ait été bénie de Dieu, l'union sacramentelle, si elle n'est pas précédée de la forma lité civile ; il accuse injustement l'Eglise et le clergé de ce qui n'est que l'effet naturel des institutions et des convictions religieuses du peuple italien, nous voulons dire la rareté des unions civiles et la négligence que l'on montre pour la procédure légale.

Et pour ne pas dire autre chose, on empêche le prêtre du Seigneur, alors même qu'il en a le devoir sacré, de secourir avec promptitude et opportunité, par la célébration sacramentelle du mariage, des infortunés qui sont aux dernières heures de la vie et qui réclament pour leurs consciences dans l'angoisse le pardon divin et pour leurs familles la paix et leur honneur compromis. — Et par rapport aux sujets, on lie injustement leur foi et leur liberté religieuse par la défense d'user du sacrement, si ce n'est sous la dépendance de l'Etat ; on n'impose à leurs consciences pour l'union conjugale et pour la fondation de la famille d'autre règle de morale que celle du code, qui ne les justifie ni devant Dieu ni devant la religion ; dans le même temps, on laisse libre le concubinage coupable, de manière qu'il puisse se développer impunément et dominer dans la société civile, comme le démontrent les statistiques en éludant les devoirs chrétiens et même les prescriptions du code ; enfin, ce qui est souverainement dangereux, on met une arme légale entre les mains d'hommes pervers, qui peuvent trahir la conscience de jeunes filles timorées, de parents honnêtes, en refusant après l'acte civil la célébration religieuse.

Ces considérations, Vénérables Frères, ne font-elles pas soupçonner que ces entreprises actuelles contre le mariage religieux sont dictées moins par un sentiment d'ordre et de convenance sociale que par le dessein de faire peser de nouvelles tribulations sur l'Eglise et sur le clergé et d'augmenter les éléments de perversion dans le peuple italien ? Un pareil doute se fortifie encore quand on observe que cette réforme frappe de peines plus grandes le ministre sacré que les principaux transgresseurs, auxquels il laisse un moyen d'échapper, dans un délai fixé, à l'action pénale, ce que l'on ne fait point pour le ministre sacré ; et lorsqu'on étudie les ignobles commentaires et les déclamations impies par lesquelles l'on voudrait justifier cette réforme devant le public, à la grande douleur, à l'offense légitime de tous les cœurs catholiques. En effet, l'on a osé dire sans ambages que la morale sociale n'est pas la morale religieuse et que le législateur n'a pas à faire le moraliste ; que l'Etat ne regarde pas aux sacrements, qu'il n'hésite pas à frapper même un sacrement pour soutenir ses institutions ; que la présente réforme est une œuvre de représailles contre l'Eglise, parce qu'elle condamne comme injuste la loi civile qui méconnaît le caractère religieux du sacrement ; que le sacrement du mariage est une union simulée, un vrai concubinage qui offense la loi sociale ; vous voyez bien, Vénérables Frères, après de telles manifestations, quels sont les principes, qui inspirent et à quel but tend la réforme proposée.

Aussi, Nous prions de tout notre cœur le Très-Haut qu'il Nous épargne l'angoisse de voir répandre dans la vigne évangélique cette nouvelle semence qui ne peut produire que des fruits pernicieux pour la foi et pour la morale publique et domestique, et qui sera une source de nouvelles offenses et de nouvelles violences contre les ministres sacrés. En même temps, ne cessons pas, Vénérables Frères, de prémunir les fidèles par des exhortations opportunes sur la grande vérité catholique que l'origine et la sanctification du contrat nuptial vient de Dieu, et qu'en dehors des formes établies par Dieu et par l'Eglise, il n'y a ni l'honnêteté ni la sainteté du lien conjugal, ni la grâce du sacrement. — Pour démentir ensuite les accusations spécieuses qu'on lance aujourd'hui contre l'Eglise et le clergé en les présentant comme systématiquement hostiles aux dispositions qui règlent le mariage dans ses effets civils, Nous n'avons qu'à rappeler les sages instructions par lesquelles l'Eglise, quand l'intégrité du sacrement et la dignité du sacrement sont hors d'atteinte, permet aux fidèles d'user des avantages qui découlent de telles législations. Ces instructions, vous les connaissez, Vénérables Frères, par les actes si nombreux du Siège apostolique, et particulièrement par le Bref de Benoît XIV aux évêques de Hollande, Redditæ sunt, du 17 septembre 1746 ; par le Bref de Pie VI à l'évêque de Luçon du 28 mai 1793 ; par l'Encyclique de Pie VII à l'épiscopat français du 17 février 1809, et, de nos jours, par l'instruction générale de la Sacrée-Pénitencerie aux évêques d'Italie du 15 janvier 1866.

Tout ce que Nous vous avons exposé, Vénérables Frères, pourrait certainement suffire à éclairer les intelligences et à conjurer le danger que Nous redoutons. Que si, malgré cela, la méchanceté des hommes Nous contraint à voir le sacrement de mariage compromis par ces pernicieuses réformes et d'autres de ce genre, Nous en serons avec vous profondément attristé ; mais dans l'exemple intrépide des apôtres et de nos prédécesseurs, Nous trouverons la règle pour protéger toujours, selon le précepte divin, la sainte cause du mariage chrétien et le salut spirituel des fidèles.
En attendant, comme gage de Notre bienveillance particulière, Nous vous accordons avec effusion à vous, Vénérables Frères, à tout le clergé et au peuple confié à vos soins, la bénédiction apostolique.

Rome, palais du Vatican, jour de la Pentecôte, 1er juin 1879,

LÉON XIII, PAPE.

Lettre au Messagere de Florence, 24 juin 1879 extrait

Le Messagere de Florence, ayant envoyé au Saint-Père, avec la collection du journal, une adresse de dévouement, a reçu de Léon XIII une lettre de félicitations et d'encouragement où le Pape, en recommandant au Messagere de continuer à défendre la bonne cause avec urbanité, insiste particulièrement sur la nécessité de combattre l'erreur qui consiste à croire qu'on peut, dans l'intérêt de la paix de l'Eglise, concilier des doctrines contraires « comme si la vérité pouvait se dépouiller de sa raideur et se plier tant soit peu à ceci ou à cela, sans perdre son caractère de vérité.

Vitate itaque frequentem illorum errorem, qui insidiosis ab infantia principiis imbuti, dissidentes et adversas componi posse opiniones authumant, pacemque ab Ecclesia perinde postulant et expectant, ac si veritas exui posset rigiditate sua et hinc aut illinc quantulumcumque flecti, salva veritatis indole.

Lettre à l'abbé Moigno pour son ouvrage les Splendeurs de la Foi, 3 juillet 1879

A notre très cher fils François Moigno, chanoine de Saint-Denis.

LÉON XIII, PAPE

Cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Il ne se pouvait pas, cher fils, que le très sage auteur de l'ordre physique et surnaturel ne coordonnât pas la science des choses visibles à la connaissance des vérités par lui révélées, de telle sorte que l'homme, qu'il a créé pour lui, fût amené par ce qu'il a fait à la conception intellectuelle de ses invisibilités. C'est pourquoi, de même qu'il est très honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu, celui-là se rend tout à fait recommandable qui entreprend savamment d'exposer et de faire resplendir cet ordre admirable de choses.

Mais ce qui est toujours utile est rendu absolument nécessaire par l'orgueil des temps modernes, qui, répétant le vieux cri de révolte, je ne servirai pas, et pour mettre Dieu hors des choses humaines, méprise Sa souveraineté, blasphème Sa majesté, et retourne avec impiété contre Lui tout ce qu'il a connu naturellement, et ce qu'il a reçu de lui libéralement.

Mais cela rendait très difficile et très rude votre noble entreprise ; car elle demande de celui qui l'aborde une science solide et très ample, non-seulement des choses sacrées, mais aussi des choses physiques, la lecture des innombrables ouvrages, écrits dans tant de langues diverses, où l'on a pu puiser les sophismes, tant anciens que modernes, qu'on oppose à l'ordre divin, et enfin l'initiation aux progrès quotidiens des sciences naturelles, qui par leur lumière dissipent les ténèbres.

Nous vous adressons donc toutes nos félicitations, à vous qui, après un travail long et opiniâtre consacré à apprendre et à enseigner les sciences philosophiques et théologiques, vous êtes livré avec une telle ardeur aux sciences physiques que, dans l'exposition et l'illustration de leur universalité, vous ayez mérité la gloire d'être appelé publiquement leur promoteur. Ces avantages, très rarement réunis dans un seul homme, en même temps qu'ils ne peuvent point ne pas concilier, près des amis de la vérité, une grande autorité à votre savant et laborieux ouvrage des Splendeurs de la foi, empêcheront ceux qui la haïssent de repousser vos volumes avec un dédain qui ne saurait atteindre celui qui traite avec habileté et équité d'une matière si variée, si grave et si difficile.

Cette Providence, qui embrasse tout avec force, d'une extrémité à l'autre, et qui dispose tout avec suavité, vous a fait riche d’un génie pénétrant et souple, uni à une mémoire tenace et fidèle, qui vous fait saisir sur-le-champ le sujet offert, et vous le fait retenir constamment quand vous l'avez saisi. Elle vous a doué en même temps d'un amour patient et insatiable de la science, qui a fait sauter à vos yeux, comme spontanément tout ce que vous aviez à rassembler pour rédiger une œuvre de nature si diverse et si disparate.

Enfin, en multipliant sous vos pas les occasions de faire des recherches spéciales, relativement surtout aux choses physiques, elle vous a exercé à les traiter, de telle sorte que vous les fassiez servir à la fois au progrès de la science à la défense et à la gloire de la religion. Et parce que la mise en œuvre et la rédaction de matériaux assemblées pendant toute une vie demandaient encore un travail de plusieurs années, elle a réservé à votre vieillesse une vigueur juvénile d'esprit et de corps, capable de supporter les fatigues d'un travail si long et si opiniâtre, de telle sorte, qu'on est autorisé à penser justement que vous avez reçu la mission spéciale de publier cet ouvrage.

Ce qui, en même temps qu’il Nous amène à vous exprimer de nouveau nos félicitations, Nous donne une espérance non médiocre de l’utilité réelle et solide de votre œuvre, dont, il est vrai, la masse même ne Nous a pas permis, absorbé que Nous sommes par tant de sollicitudes, d’apprécier par nos yeux même la force et l’érudition, mais qui cependant, en raison du caractère propre du livre et de l’estime publique qui l'entoure, n'en est pas moins pour Nous un hommage très agréable et très précieux.

Recevez donc ce témoignage de Notre gratitude et aussi des vœux que Nous formons pour le succès abondant et durable d'un si immense travail, succès dont vous avez pour gage la bénédiction apostolique, que Nous vous donnons très affectueusement, très cher Fils, comme preuve de Notre bienveillance paternelle.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 3 juillet 1879, la seconde année de Notre Pontificat.
LÉON, PP. XIII.

Lettre au Cardinal de Luca, Préfet de la Sacré Congrégation des Etudes, pour la création de l'Académie St Thomas d'Aquin et le lancement de l'édition léonnine des oeuvres du Docteur Angélique, 15 octobre 1879

A l'Eme et Rme Seigneur
ANTONIN
évêque de Preneste
Cardinal de Luca
Préfet de la congrégation des études

A notre vénérable frère Antonin de Luca, cardinal de la sainte Eglise romaine, évêque de Préneste, préfet de la Sacrée Congrégation des études.
LEON XIII, PAPE,

Vénérable frère, Salut et bénédiction apostolique.
La réflexion et l'expérience Nous ont fait comprendre depuis longtemps que l'odieuse guerre engagée en ce moment contre l'Eglise et contre la société humaine elle-même ne pouvait être plus promptement et plus efficacement apaisée, moyennant le secours de Dieu, que par une restauration des vrais principes de la science et de la conduite au moyen des études philosophiques ; et c'est pourquoi il importe à l'intérêt général qu'une saine et solide philosophie reflorisse partout.

Dans ce but Nous avons adressé dernièrement à tous les évêques de l'univers des lettres encycliques, dans lesquelles Nous avons montré par de nombreux arguments qu'il ne fallait demander un pareil service qu'à la philosophie chrétienne engendrée et mise au jour par les premiers pères de l'Eglise, laquelle, en même temps qu'elle convient éminemment à la foi catholique, fournit aussi d'utiles ressources pour la défense et l'illustration de cette foi. Nous avons rappelé que, dans la suite des âges, cette philosophie, si féconde en grands fruits, avait été recueillie, comme par droit d'héritage, par saint Thomas d'Aquin, le Maître des scolastiques, et qu'il avait montré tant de force et de puissance à la coordonner, l'élucider et l'accroître, qu'il paraît avoir rempli abondamment la mesure de son surnom de Docteur Angélique. Mais Nous avons principalement exhorté les évêques à joindre leurs efforts aux nôtres pour entreprendre de réveiller cette ancienne philosophie, déchue de son rang et déjà presque tombée, et de la remettre à son antique place d'honneur en la rendant aux écoles catholiques.
Notre joie a été grande de savoir que Nos lettres avaient rencontré partout, avec l'assistance de Dieu, une entière déférence et un rare assentiment dans les esprits. C'est de quoi témoignent abondamment les nombreuses lettres que Nous avons reçues des évêques d'Italie surtout, et de ceux de France, d'Espagne et d'Irlande, lettres particulières ou lettres collectives d'évêques de la même province ou du même pays, qui nous ont fait connaître les nobles sentiments de leur esprit. Le suffrage spontané et respectueux des hommes doctes ne Nous a pas manqué mon plus, car les princes de l'érudition dans les académies Nous ont témoigné la même opinion sur notre écrit que les pontifes des choses saintes. Ce qui nous plaît surtout dans ces lettres, c'est le témoignage de soumission qui y est donné à Notre autorité et à ce Siège apostolique ; le sentiment et les suffrages de leurs auteurs Nous sont également agréables. Il n'y a qu'une voix, qu'une seule opinion pour reconnaître que Nos lettres ont indiqué et signalé justement où est la racine des maux présents, et où par conséquent il faut chercher le remède. Tous sont d'avis que la raison humaine, si elle s'écarte de la divine autorité de la foi, est exposée aux flots du doute et aux dangers prochains de l'erreur ; mais qu'au contraire elle évitera facilement ces périls, si les hommes se réfugient dans la philosophie catholique.
C'est pourquoi, vénérable frère, Nous désirons instamment que la doctrine de saint Thomas, pleinement conforme à la vérité de la foi, revive au plus tôt et dans toutes les écoles catholiques, et en particulier dans cette capitale du nom catholique, laquelle, en tant que siège du Souverain Pontife, doit l'emporter sur les autres villes par la gloire des meilleures doctrines. C'est à Rome aussi, centre de l'unité catholique, que les jeunes gens de toutes les contrées de la terre ont coutume d'accourir en grand nombre, pour puiser plus largement qu'ailleurs, auprès de l'auguste chaire du bienheureux Pierre, la pure et incorruptible sagesse. Si donc la source de cette philosophie chrétienne dont Nous avons parlé coule amplement ici, elle ne sera pas renfermée dans les limites de la Ville seule, mais elle s'épanchera, comme un fleuve abondant, chez tous les peuples.
Ainsi, Nous avons eu soin d'abord qu'au séminaire Romain, au lycée Grégorien, au collège Urbanien et dans les autres encore soumis à Notre autorité, les sciences philosophiques soient simplement, clairement et largement enseignées et cultivées selon l'esprit et les principes du Docteur Angélique. Et Nous voulons surtout que les professeurs donnent tous leurs soins et tous leurs efforts à distribuer avec attrait et fruit, dans des explications et des commentaires, les richesses de doctrine qu'ils auront recueillies eux-mêmes dans les volumes de saint Thomas.
En outre, pour que ces études soient plus en vigueur et fleurissent davantage, il faut faire en sorte que les amateurs de philosophie scolastique travaillent de tout leur pouvoir en sa faveur ; surtout qu'ils se forment en sociétés, qu'ils tiennent des réunions dans lesquelles ils mettront chacun en commun les fruits de leurs études et les feront concourir à l'utilité générale.
Ces sentiments et cette pensée, Nous avons voulu vous les communiquer, vénérable frère, à vous qui, dans la Sacrée Congrégation, présidez à la direction des études, Nous fondant sur l'espoir certain que, dans cette affaire, votre habileté et votre prudence ne Nous manqueront pas. En effet, vous n'ignorez pas que les réunions d'hommes savants, ou académies, ont été comme de très nobles gymnases où les hommes qui se distinguaient par la doctrine et la vivacité de leur esprit, en même temps qu'ils s'exerçaient eux-mêmes utilement à y a écrire et à discuter entre eux sur les plus grandes choses, enseignaient les adolescents, au plus grand profit des sciences.
C'est grâce à cette excellente coutume et à cet usage d'unir les forces et de concentrer les lumières de l'intelligence, qu'on a va s'élever d'illustres collèges de docteurs, appliqués les uns à plusieurs enseignements à la fois, les autres à un seul. Aussi la renommée et la gloire sont demeurées vivantes de ceux qui, favorisés par un grand nombre de Pontifes romains, fleurirent partout, comme en notre Italie, à Bologne, à Padoue, à Salerne, et d'autres ailleurs. Or, puisque si grand fut la réputation et l'utilité de ces réunions volontaires d'hommes se ras semblant pour cultiver et perfectionner les études ; puis qu'aujourd'hui même il reste tant de témoignages de cette utilité, et de cette gloire, il est certain que Nous devons user de ce même secours, afin que Nous puissions exécuter plus pleinement notre dessein.
C'est pourquoi Nous avons décidé de fonder à Rome une réunion académique qui, sous le nom et le patronage de saint Thomas d'Aquin, appliquera ses études et son zèle à expliquer et à interpréter ses œuvres ; qui exposera ses doctrines et les comparera avec les doctrines des autres philosophes, soit anciens, soit récents ; qui démontrera la force et les motifs de ses sentences ; qui s'efforcera de propager cette salutaire doctrine, et d'appliquer à la réfutation des erreurs qui se multiplient les éclaircissements des découvertes récentes.
C'est pourquoi, vénérable frère, à vous dont Nous connaissons l'éclat du savoir, ainsi que la promptitude d'esprit et le goût de toutes les choses qui intéressent l'homme, Nous donnons la charge d'exécuter notre dessein. Cependant, considérez la chose plus à fond, et lorsque vous aurez un moyen qui répondra opportunément à nos desseins, vous le consignerez dans une lettre, qui Nous sera soumise afin que Nous l'approuvions et lui donnions le sceau de notre autorité.
Enfin, pour répandre plus au loin et disséminer la sagesse du Docteur Angélique, Nous décidons que toutes ses œuvres seront de nouveau éditées intégralement, à l'exemple de ce que fit saint Pie V, notre prédécesseur, illustre par la gloire de ses actes publics et la sainteté de sa vie, et qui obtint tant de succès en cette entreprise que les exemplaires des œuvres de saint Thomas, publiés par son ordre, sont du plus grand prix pour les hommes savants et sont recherchés avec beaucoup de soin. Mais, plus cette édition est rare, plus il est désirable d'en entreprendre une autre qui, par la noblesse et la dignité, puisse être comparée à l'édition Pienne. Car les autres, tant anciennes que modernes, ne paraissent pas avoir rencontré la perfection, soit parce qu'elles ne renferment pas tous les écrits de saint Thomas, soit parce qu'elles sont dépourvues des commentaires de ses meilleurs interprètes et commentateurs, soit parce qu'elles ont été préparées avec trop peu de soin.
Or, il y a un espoir certain qu'on ré pondrait à cette nécessité par une édition nouvelle qui renferme absolument tous les écrits du saint Docteur, et qui imprimée avec des caractères aussi beaux que possible, serait corrigée avec soin, en s'aidant des manuscrits qui ont été mis au jour et en usage de notre temps. Nous aurons soin de faire éditer en même temps les œuvres de ses plus illustres interprètes, comme Thomas de Vio, le cardinal Cajetan et Ferrari, œuvres par lesquelles, comme par autant de ruisseaux abondants, découle la doctrine d'un si grand homme.
La grandeur et la difficulté de l'entreprise se présentent, il est vrai, à notre esprit ; mais elles ne Nous détournent pas de l'entreprendre bientôt avec une grande activité. Car Nous avons confiance qu'en une affaire si grave, qui importe tant au bien commun de l'Eglise, Nous serons assisté du secours divin, du concours zélé des évêques, ainsi que de votre prudence et de votre habileté, que Nous considérons et connaissons depuis longtemps.
Cependant, vénérable frère, comme témoignage de notre grande affection, Nous vous donnons du fond du cœur la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 octobre de l'année 1879, la seconde de notre pontificat.
LÉON, PP. XIII.

SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI 
LEONIS  DIVINA PROVIDENTIA PAPAE XIII 
LITTERÆ
AD EMINENTISSIMUM AC REVERENDISSIMUM DOMINUM ANTONINUM EPISCOPUM
PRÆNESTIUM
S. R. E. CARDINALEM DE LUCA
SACRO CONSILIO STUDIIS REGUNDIS PRÆFECTO
LEO PP. XIII 


Venerabili Fratri Nostro
Antonino Episcopo Praenestino S. E. E. Cardinali De Luca
Sacro Oonsilio Studiis Regundis Praefecto
LEO PP. XIII
Venerabili Fratri Nostro
Antonino Episcopo Præ nestino S. E. E. Cardinali De Luca
Sacro Oonsilio Studiis Regundis Præ fecto
LEO PP. XIII
Venerabilibus Fratribus Salutem et Apostolicam Benedictionem Iampridem considerando experiendoque intelleximus, teterrimum quod adversus Ecclesiam ipsamque humanam societatem modo geritur bellum, citius feliciusque, opitulante Deo, componi non posse, quam rectis sciendi agendique principiis per philosophicas disciplinas ubilibet restitutis; ideoque ad summam totius causæ  pertinere sanam solidamque ubique locorum reflorescere philosophiam. Litteras idcirco Encyclicas ad universos catholici orbis Antistites nuper dedimus, quibus pluribus ostendimus, huius generis utilitatem non esse alibi quæ rendam, quam in philosophia christiana a priscis Ecclesiæ  Patribus procreata et educta, quæ  fidei catholicæ  non modo maxime convenit, sed etiam defensionis et luminis utilia adiumenta præ bet. Eam ipsam, decursu æ tatum, magnis fecundam fructibus, a s. Thoma Aquinate, summo Scholasticorum Magistro , quasi hereditario iure acceptam commemoravimus ; in eaque ordinanda illustranda et augenda mentis illius vim virtutemque sic enituisse, ut cogno minis sai mensuram Angelicus Doctor cumulate implesse videatur. Majorem autem in modum Episcopos hortati sumus ut, collatis Nobiscum viribus, excitare aggrediantur motam gradu et prope collapsam philosophiam illam veterem, scholisque catholicis redonatam, in sede honoris pristini collocare.
Nec mediocrem animi læ titiam ex eo percepimus, quod Litteræ  illæ  Nostræ , divina ope favente, pronum ubique obsequium et singularem animorum assensum nactæ  sunt. Cuius rei testimonium Nobis luculentum impertiunt plures Episcoporum ad Nos ex Italia præ sertim, ex Gallia, Hispania, Hibernia, perlatæ  epistolæ , sive singulares, sive plurium eiusdem provinciæ  vel gentis communes, egregia animi sensa præ ferentes. Nec doctorum hominum suffragium defuit, ultro et reverenter datum, cum insignes eruditòrnm Academiæ  eumdem plane, ac Sacrorum Antistites , animum Nobis scripto declaraverint. — In his autem litteris placet maxime obsequium auctoritati Nostræ  et huic Apostolicæ  Sedi præ stitum; placent mens et iudicia ab auctoribus prolata. Una est enim omnium vox, una sententia, notari et tuto designari Litteris illis Nostris, quo tandem loco sit præ sentium malorum radix, et unde petenda remedia. Omnes consentiunt humanam rationem, si a divina fidei auctoritate discesserit, dubitationum fluctibus et præ sentissimis errorum periculis esse propositam ; hæ c autem pericula facile evasuram, si ad catholicam philosophiam homines peregerint.
Quamobrem, Venerabilis Frater Noster, illud Nobis est magnopere in optatis, ut s. Thomæ  doctrina, fidei veritati apprime conformis , cum in omnibus catholicis Athenæ is quamprimum reviviscat, tum maxime in hac Urbe principe catholici nominis; quæ  ob eam causam, quod est sedes Pontificis Maximi, debet optimarum doctrinarum laude ceteris antecellere.— Huc accedit quod Romam, catholicæ  unitatis centrum, soleant adolescentes ex omni terrarum loco frequentes celebrare, nullibi, quam penes augustam B. Petri cathedram, germanam incorruptamque sapientiam satius hausturi. Itaque si philosophiæ  christianæ , quam diximus, largiter hinc copia defluxerit, non unius Urbis finibus conclusa tenebitur, sed ad omnes populos, velut abundantissimus amnis, manabit.
Sic igitur primo loco curavimus, ut in Seminario Romano, in Lyceo Gregoriano, in Urbaniano aliisque Collegiis, Nostræ  adhuc auctoritati obnoxiis, philosophicæ  disciplinæ  secundum mentem et principia Doctoris Angelici, enucleate dilucide copiose tradantur atque excolantur. Et maxime in hoc omnem vigilare curam et contentionem doctorum volumus, ut quas ipsi doctrinæ  opes ex voluminibus sancti Thomæ  diligenter collegerint, easdem explicando, dilatando, suaviter et fructuose auditoribus impertiant.
Sed præ terea quo magis hæ c studia vigeant et floreant, curandum est, ut amatores philosophiæ  Scholasticæ  in eius gratiam sedulo, quod possunt, enitantur; maxime autem in societates coeant, coetusque identidem habeant, in quibus studiorum suorum fructus singulis in medium adducant, et in communem afferant utilitatem.
Hæ c autem iudicia mentemque Nostram Tecum communicare voluimus, Venerabilis Frater Noster, qui sacro Consilio præ es studiis disciplinarum regundis, certa spe freti, nec industriam, nec prudentiam Tuam hac in re Nobis defuturam.—Te profecto non latet doctorum hominum coetus, sive Academias, nobilissimas veluti palæ stras fuisse, in quibus viri ingenio peracri et doctrina præ stantes cura se ipsi utiliter exercerent de maximis rebus scribentes ac disputantes, tum adolescentes erudirent, magno cum scientiarum incremento. Ex hoc optimo more institutoque iungendi vires et intelligentiæ  lumina conferendi, extiterunt illustria Doctorum collegia, alia pluribus simul disciplinis addicta, alia singularibus. Vivax fama et gloria eorum permansit, quæ , Romanis Pontificibus non uno nomine faventibus, ubique floruerunt, ut in hac Italia nostra, Bononiæ , Patavii, Salerni, et alibi alia.-—Cum igitur tinta fuerit laus et utilitas in voluntatis hisce hominum coetibus ad excolendas perpoliendasque disciplinas coëuntium, cumque eius utilitatis et laudis plurimum adhuc supersit, certum Nobis est eodem uti præ sidio, quo consilia Nostra plenius periiciamus.— Scilicet auctores sumus, ut coetus Academicus in Urbe Roma instituatur, qui s. Thomæ  Aquinatis nomine et patronatu insignis, eo studia industriamque convertat, ut eius opera explanet, illustret; placiti exponat et cum aliorum philosophorum sive veterum sive recentium placitis conferat; vim sententiarum earumque rationes demonstret; salutarem doctrinam propagare, et ad grassantium errorum recitationem recensque inventorum illustrationem adhibere contendat.— Idcirco Tibi, Venerabilis Frater Noster, cuius perspecta habemus ornamenta doctrinæ , celeritatem ingenii, studiumque rerum omnium quæ  ad humanitatem pertinent, id negotii damus, ut propositum Nostrum exequaris. Interim rem altius consideres; cumque rationem excogitaveris quæ  consiliis Nostris opportune respondeat, litteris expressam Nobis inspiciendam subiicies, ut probemus et auctoritate Nostra muniamus.
Demum quo latius spargatur ac disseminetur Angelici Doctoris sapientia, constituimus omnia eius opera de integro in lucem edere, exemplo s. Pii V. Decessoris Nostri, rerum gestarum gloria et vitæ  sanctitate præ clari; cui quidem in ea re tam felix contigit exitus, ut Thomæ  exemplaria, iussu illius evulgata, permagni sint apud viros doctos, summoque studio requirantur. Verum quanto plus editio illa est rara, tanto magis alia desiderari coepta, quæ  nobilitate ac præ stantia cum Piana comparari possit. Ceteræ  enim cum veteres tum recentiores, partim quod non omnia s. Thomæ  scripta exhibeant, partim quod optimorum eius interpretum atque explanatorum careant commentariis, partim quod minus diligenter adornatæ  sint, non omne t u lisse punctum videntur. Certa autem spes est, huiusmodi necessitati consultum iri per novam editionem quæ  cuncta omnino sancti Doctoris scripta complectatur, optimis quoad heri poterit, formis litterarum expressa, accuratoque emendata; iis etiam adhibitis codicum man u scripton i m subsidiis, (piæ  æ tate hac nostra in lucem et usum prolata sunt. Coniunctim vero edendas curabimus clarissimorum eius interpretum, ut Thomæ  de Vio Cardinalis Caietani et Ferrariènsis, lucubrationes, per quas, tamquam per uberes rivulos, tanti viri doctrina decurrit.— Observantur quidem animo rei gerendæ  cum magnitudo, tum difficultas; nec tamen déterrent quominus ad eam magna cum alacritate quamprimum aggrediamur. Confidimus enim in re tam gravi, «piæ  ad commune Ecclesiæ  bonum magnopere pertinet, ad fore Nobis divinam opem et concors Episcoporum studium , et prudentiam atque industriam Tuam , spectatam iam et diu cognitam.
Interim præ cipuæ  dilectionis testem, Apostolicam benedictionem Tibi. Venerabilis Frater Noster, ex intimo cordis affectu impertimus.
Datum Romæ  apud s. Petrum, die 15 octobris an. 1879,
Pontificatus Nostri Anno Secundo.
LEO. PP. XIII.

Télégramme adressé au Czar Alexandre II à l'occasion de l'attentat du 1er décembre 1879, du 5 décembre 1879


Majesté, nous avons appris avec une horreur inexprimable l'attentat inique qui a été commis contre la personne de Votre Majesté.

La divine Providence, qui veille sur les jours précieux de Votre Majesté, a déjoué ce projet odieux. Que Votre Majesté agrée les sentiments de notre condoléance pour cet acte criminel, et nos sincères félicitations d'avoir échappé au danger.

Nous remercions Dieu de sa bonté. 

LÉON XIII, Pape.

Lettre à Mgr François Roullet de la Bouillerie à l'occasion de la publication de son ouvrage Exposé de la Doctrine de saint Thomas d'Aquin sur l'hommedu 11 octobre 1879

LÉON XIII PAPE

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons reçu avec joie et avec une véritable satisfaction d'esprit les lettres que vous Nous avez récemment adressées, ainsi que le volume nouvellement publié par vous et que vous Nous avez présenté, ayant pour titre : Exposé de la Doctrine de saint Thomas d'Aquin sur l'homme. Vous savez parfaitement, vénérable frère, de quel prix a toujours été à nos yeux la belle doctrine de saint Thomas d'Aquin et combien Nous désirons que partout elle fleurisse et qu'elle soit au loin propagée. Or, dans l'expression de ce désir, Nous avons très spécialement en vue cette portion de la science philosophique qui se nomme Anthropologie ; celle-ci, en effet, l'emporte à très juste titre sur toutes les autres, d'abord parce qu'elle atteint la nature de l'homme, ses facultés, son origine, sa fin ; et qu'en second lieu, tous les vrais sages sont d'accord sur ce point que le docteur Angélique a tellement combiné son traité sur l'homme, que ce traité est d'une absolue vérité, inébranlable et vraiment digne de l'homme : et que non-seulement il évite toutes les erreurs des philosophes anciens et modernes, mais encore les réfute invinciblement.

Puis donc, vénérable frère, que vous vous êtes appliqué à exposer avec clarté et précision cette doctrine de saint Thomas sur l'homme, Nous vous adressons de tout cœur nos félicitations et Nous recommandons ardemment l'œuvre que vous avez entreprise. Également, Nous avons confiance que, au milieu du déluge d'erreurs qui se propagent sur l'homme, une telle œuvre ne sera pas d'un médiocre profit pour les esprits qui se livrent à l'étude des sciences philosophiques. Continuez donc, vénérable frère, sous la direction et à l'école de S. Thomas d'Aquin, à cultiver ainsi habilement les sciences di vines et humaines ; continuez à mériter excellemment de la foi et de la raison. Puisse devenir pour vous un accroissement de force et d'ardeur la bénédiction apostolique que Nous vous donnons avec amour dans le Seigneur, comme un gage de la faveur divine et comme un témoignage de notre bienveillance toute particulière à votre égard.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 11 octobre 1879, la deuxième année de notre pontificat.

LÉON XIII, Pape.

Lettre au Cardinal Regnier, Archevêque de Cambrai, du 5 novembre 1879

LÉON XIII PAPE

Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique,
Votre très affectueuse lettre Nous a été remise par notre vénérable frère Henri, évêque de Lydda, votre auxiliaire, dont vous Nous avez fait le plus grand éloge, et qui, parle compte exact qu'il Nous a rendu de votre illustre diocèse, Nous a donné une grande consolation.

Par lui, en effet, Nous avons su avec quel filial dévouement votre clergé et vos fidèles sont attachés à notre personne et à cette chaire, apostolique ; — combien les ecclésiastiques et les laïques religieux, ainsi que les pieuses associations, ont à cœur, en ce triste temps, de travailler au bien de l'Eglise ; — avec quel zèle les professeurs de votre illustre université s'appliquent à la diffusion de la saine doctrine.

En outre, Nous avons vu, par les offrandes que vous Nous avez envoyées, avec quelle persévérante affection vos diocésains s'efforcent, à votre exemple, de remplir envers le père commun des fidèles, dans la détresse où il se trouve, et pour maintenir l'indépendance et la dignité de ce Saint-Siège, tous les devoirs auxquels les enfants sont tenus envers leurs parents.

Nous ne pouvons manquer, notre cher  fils à rendre au Dieu très clément de particulières actions de grâces pour la bonté avec laquelle il vous garde et vous protège, et de vous exprimer, à vous et à tous les vôtre, avec nos félicitations, notre très vive reconnaissance, ainsi que la tendresse particulière à laquelle vous donnent pleinement croit votre amour pour Nous et les pieux services que vous nous rendez.

Nous avons la ferme confiance, notre, cher fils que dans cette grande lutte à laquelle vous aussi vous êtes appelé, par le malheur des temps à pendre part, vous serez soutenu et consolé par l’assistance divine, et que, avec son secours tous les enfants de l'Eglise catholique qui appartiennent à votre diocèse, regarderont comme leur principal devoir de prouver énergiquement leur fidélité, leur courage et leur constance au service de Dieu et de l’Eglise, afin de recevoir un jour leur récompense dans le ciel.

A cet effet, Nous supplions le Père des miséricordes de répandre sur vous tous les trésors de Sa bonté, et Nous désirons que vous ayez un gage des biens célestes, ainsi qu'un témoignage de notre affection particulière dans la bénédiction apostolique que Nous vous accordons, dans Ie Seigneur, à vous d'abord, notre cher fils, ensuite à tous vos coopérateurs et à tous les fidèles soumis à votre conduite.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 5 novembre 1879, la seconde année de notre Pontificat.

LÉON XIII, Pape.

Lettre au Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux, du 24 janvier 1880

LÉON XIII SOUVERAIN PONTIFE

Bien-aimé fils, salut et bénédiction apostolique.

La lettre que vous Nous avez adressée, à l'approche des fêtes de la Noël, n'a pu que Nous être très agréable. Elle respirait, en effet, à chaque ligne, la tendre affection dont Nous Nous souvenons avoir été l'objet de votre part, dans de mémorables circonstances. Vos dispositions envers Nous s'y manifestaient de la manière la plus touchante ; Nous les avons reconnues au respect dont vous entourez la dignité pontificale, dans notre humble personne, aux vœux par lesquels vous montrez combien vous touche ce que Nous avons le plus à cœur, à la piété avec la laquelle vous implorez, en notre faveur, le secours divin.

Tout cela, bien-aimé fils, en Nous faisant apprécier la noblesse et l'élévation de votre cœur, a eu un autre résultat, celui de Nous consoler grandement dans les combats que Nous soutenons pour la vérité et la justice. C'est, en effet, un soulagement pour Nous de voir votre zèle éclatant pour la cause de la religion, votre courage à la défendre, et l'ardeur avec laquelle, de concert avec votre clergé et vos fidèles, vous vous intéressez, devant Dieu, à nos besoins.

Aussi, Bien-aimé Fils, désirons-Nous que cette lettre demeure comme un témoignage de notre mutuelle affection et de la gratitude avec laquelle Nous avons accueilli l'expression, qui nous a été très douce, de vos sentiments. Nous prions aussi, du fond du cœur, le Dieu très bon, dans l'intérêt du diocèse qui vous est confié, de vous accorder, avec la santé du corps, tous les dons de l'âme, et de combler votre troupeau de ses grâces les plus abondantes.

Dans l'espérance que Dieu se montrera propice à nos vœux, Nous tirons de notre cœur, avec l'amour le plus tendre dans le Seigneur, pour la répandre sur tous, sur votre clergé et vos fidèles, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 24 janvier 1880, la deuxième année de notre pontificat. 

LÉON XIII, Pape.

Lettre à Mgr Étienne-Emile Ramadié, Archevêque d'Albi, du 7 février 1880

LÉON XIII SOUVERAIN PONTIFE

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

C'est avec un profond sentiment de joie que Nous avons reçu la très affectueuse lettre que vous Nous avez adressée au commencement de cette année pour Nous exprimer vos espérances et vos vœux. Elle a été pour Nous un délicieux témoignage de cette soumission et de cette obéissance qui vous attachent à notre personne et à cette chaire apostolique. Nous y avons vu une preuve de ce zèle tout particulier dont vous entourez notre humble personne, zèle dont Nous avons recueilli les témoignages éclatants lorsque, comme vous le rappelez, Nous vous avons reçu l'année dernière dans notre ville de Rome, à l'époque de votre visite.

Ce n'est pas avec un moindre bonheur que Nous avons vu éclater dans votre lettre cette confiance que vous avez placée en Dieu, espérant que, par notre ministère il voudra manifester sa gloire et réjouir son Eglise, en lui donnant la paix et la victoire que souhaitent avec ardeur tous les gens de bien. Cette confiance Nous a été agréable, non que Nous pensions pouvoir par nos faibles forces réaliser ce que, trop présumant de Nous, vous augurez de Notre ministère, mais parce que ces résultats, ces prières, qui ne Nous font pas défaut, les rendent certains.

Nous savons aussi quel bien Nous pouvons espérer dans votre diocèse et de votre zèle éclatant et de votre concours. Votre travail sur la philosophie chrétienne et sur la théologie de saint Thomas a été pour Nous une précieuse preuve de la fermeté avec laquelle vous adhérez à nos exhortations et à nos conseils, et Nous ne doutons pas que la lecture de cette lettre ne soit une douce consolation pour Nous lorsque les devoirs de notre charge Nous permettront de la lire entièrement.

Nous saisissons cette occasion pour vous faire savoir combien Nous avons reçu avec plaisir l'opuscule que vous Nous avez envoyé sur les derniers jours de l'évêque d'Orléans. Ce travail Nous a causé une véritable joie, en apprenant par votre lettre le parfait désir de la personne pieuse qui en est l'auteur, et qui, en racontant la mort de ce prélat, dont le génie et l'éloquence ont au loin un si juste renom, n'a d'autre but que d'offrir à ses lecteurs des enseignements utiles et une parfaite opportunité.

Pour répondre avec un égal empressement aux vœux que vous formez pour Nous, Nous demandons de tout cœur pour vous au Seigneur la plénitude des grâces célestes ; Nous désirons que vous en trouviez l'augure et en même temps le gage de notre sincère bienveillance dans la bénédiction apostolique qu'avec toute la tendresse de notre cœur Nous vous accordons, à vous d'abord, et ensuite à tout le clergé et aux fidèles dont la direction vous est confiée.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, 7 février 1880, la seconde année de notre pontificat.  

LÉON XIII, Pape.

Lettre à Mgr Paul Melchers, Archevêque de Cologne, du 23 février 1880

LÉON XIII SOUVERAIN PONTIFE

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

C'est avec un plaisir tout spécial que Nous, avons lu le commentaire écrit et publié par vous sur notre lettre encyclique dans laquelle Nous déplorons les maux causes par le socialisme. Vous avez ainsi, vénérable frère, consacré un labeur précieux et utile au développement des salutaires admonestations et exhortations paternelles que Nous avons faites, l'année dernière, en exposant la doctrine de l'Eglise catholique dans cette question. En vérité, la terrible et dangereuse peste du socialisme, qui s’étend secrètement chaque jour davantage et empoisonne le bon sens des peuples, ne doit sa puissance qu'au fait que les ténèbres de l’erreur obscurcissent dans l'âme de beaucoup d'hommes la lumière des vérités éternelles, et que les lois immuables de la morale, enseignées par l'éducation chrétienne, sont rejetées. Le pouvoir de ce fléau ne saurait jamais être vaincu ou même arrêté, si les âmes égarées ne sont ramenées aux suprêmes principes du droit et du bien.

Ce sont ces principes seuls qui pourront, avec l'aide de la grâce céleste, convertir en saines résolutions les mauvais penchants, produits de la concupiscence et de l'envie ; ce sont ces principes seuls qui pourront décider les hommes et les peuples à remplir d'eux-mêmes leur devoir et à reprendre le chemin de la vertu.

Mais, comme Jésus-Christ a chargé l'Église de cette œuvre magnifique, il lui a aussi donné la puissance et la force nécessaires et proportionnées à une tâche aussi grande. Toutes les nations de la terre, qui ont été par l'Eglise délivrées de l'erreur, et ramenées à la lumière de la vérité de l'Evangile sont là pour témoigner de la vérité de ce fait.

Il incombe notamment à Notre ministère apostolique, vénérable frère, de remplir sans relâche cette salutaire mission. Il est vrai — ce que personne ne nie — que dans notre siècle, les arts qui se rapportent à la culture de la vie, et les sciences naturelles, ont fait des progrès admirables et incroyables ; et néanmoins la perversion des mœurs augmente tous les jours.

Or, Nous savons très bien, l'histoire des siècles passés Nous l'apprend, que ce n'est pas le progrès des arts et des sciences naturelles, mais bien le zèle qui s'efforce de connaître et de suivre la loi de Jésus-Christ, qui peut servir au salut des peuples détournés de la bonne voie et les garantir de leur perte totale.

Aussi Nous désirons ardemment que l'Eglise du Christ jouisse partout de la liberté, afin qu'elle puisse prêcher la salutaire doctrine de cette vérité, enflammer les cœurs en sa faveur, la divulguer par le ministère du clergé et produire ainsi dans les âmes les fruits les plus abondants.

Nous le désirons encore davantage, vénérable frère, pour le bonheur et la prospérité de votre illustre patrie, conquise à Jésus-Christ et rendue prospère par saint Boniface, par le sang de tant de martyrs et par les splendides vertus de tant d'hommes saints, qui jouissent maintenant de la gloire du ciel. Il y a déjà deux ans que Nous vous avons prié d'unir vos prières et celles de vos ouailles aux Nôtres, afin que Dieu, riche en miséricorde, les exauce et rende de nouveau à l'Eglise dans l'empire allemand la liberté tant désirée. Il ne Nous a pas encore été donné de voir exaucer Nos vœux ; mais Nous ne perdons pas le ferme espoir que nos efforts seront, avec l'aide de la miséricorde divine, couronnés du succès tant désiré.

Peu à peu disparaîtront les soupçons sans fondement et l'injuste jalousie contre l'Eglise qui en résulte ordinairement. Les chefs des Etats, s'ils sont justes et de bonne foi dans l'appréciation des faits, seront con vaincus que Nous n'empiétons pas sur le droit d'autrui et qu'une concorde durable entre les pouvoirs spirituel et temporel est parfaitement possible, quand des deux côtés ne manque pas la volonté de maintenir la paix, ou de la faire renaître quand elle a disparu.

Pour vous, vénérable frère, vous êtes certainement convaincu, avec tous les fidèles d'Allemagne, que nous sommes animé de cet esprit de conciliation et de cette volonté de la paix. Oui, Nous possédons si fermement cette volonté que, songeant aux avantages qui en résulteraient pour le salut des âmes, pour l'ordre public, Nous n'hésitons pas à vous déclarer que, pour hâter l'entente désirée, Nous tolérerons que les noms des prêtres choisis par les évêques pour les seconder dans l'exercice de leur saint ministère soient portés à la connaissance du gouvernement prussien avant l'institution canonique. (Nos hujus concordiæ maturandæ causa passuros ut Borussico gubernio ante canonicam institutionem nomina exhibeantur sacerdotum illorum, quos Ordinarii Diœcesium ad gerendam animarum curam in partem suæ sollicitudinis creant).

Persistons pendant ce temps dans nos prières, vénérable frère, afin que par sa bonté Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui dirige les cœurs, fasse que chacun s'efforce, dans sa sphère respective, de rétablir le règne du Christ non-seulement dans l'âme de quelques hommes, mais dans la société humaine tout entière.

En attendant, vénérable frère, comme indice de la grâce céleste et comme gage de notre profonde tendresse, Nous vous donnons dans Notre-Seigneur, à vous et au troupeau que vous dirigez, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 24 février 1880, troisième année de notre Pontificat. 

LÉON XIII, Pape.

Lettre à Mgr Jean-Marie Bécel, Evêque de Vannes, du 20 mars1880

LÉON XIII SOUVERAIN PONTIFE

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique. 

Votre lettre, en date du 24 février, Nous a fait voir que la distance qui Nous sépare, n'a pu vous empêcher de Nous assister d'esprit et de cœur au jour anniversaire de Notre couronnement ; et de vous associer aux témoignages de respect et de félicitation que Nous ont exprimés les personnes présentes à Rome.

Vous Nous avez aussi causé une grande joie en déclarant que vous partagez le zèle qui Nous anime dans le but d'extirper les erreurs qui se sont introduites au sein des peuples catholiques touchant l'indissolubilité et la dignité du mariage chrétien, et en vous empressant de souscrire aux lettres que Nous avons adressées récemment sur cette matière à tous les évêques du monde catholique.

Enfin Nous avons été reconnaissant de la pieuse sollicitude que vous déployez pour obtenir des fidèles de votre diocèse, en ces temps difficiles, le secours spirituel et matériel que réclame l'honneur du Siège apostolique.

Connaissant plus parfaitement ainsi de jour en jour votre amour pour Nous, votre ardeur à garder le dépôt de la saine doc trine, votre respectueux attachement à cette suprême chaire de vérité, Nous acceptons avec un sentiment intime de bienveillance et de gratitude ces bons offices et vos hommages.

Sollicitant de Dieu, souverain dispensateur de tout bien, l'abondance des grâces célestes, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur la bénédiction apostolique à vous, vénérable frère, au clergé et aux fidèles confiés à votre vigilance pastorale.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 20 mars 1880, troisième année de Notre pontificat. 

LÉON XIII, Pape.

Lettre Cardinal Dechamp évêque de Malines, du 2 avril 1880

LÉON XIII PAPE

A notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons reçu, par les mains du chanoine Claessens, la lettre que vous Nous avez adressée avec l'offrande du Denier de Saint-Pierre de votre diocèse. Nous apprécions d'autant plus la valeur de cette offrande que Nous savons de quels sacrifices elle est le fruit.

Nous n'ignorons pas, en effet, avec quel empressementet avec quelle générosité les fidèles de Belgique ont répondu à votre sollicitude pastorale et à celle des évêques belges, pour ouvrir et fonder de nouvelles écoles catholiques, afin d'empêcher ou du moins d'atténuer tes conséquences désastreuses de la nouvelle loi scolaire, qui est complètement opposée aux principes et aux prescriptions de l'Eglise catholique. (Le disastrose consequenze délia recente leggo seolastica, affatto difforme dai principie dalle prescrizioni délia Chiesa cattolica.)

En vous exprimant notre reconnaissance, Nous avons donc à coeur de vous déclarer que de pareils exemples de dévouement et d'attachement au Saint-Siège, et de zèle pour la conservation de la foi et de la piété catholique dans votre patrie, Nous remplissent de consolation et resserrent toujours plus étroitement les liens de paternelle affection qui, depuis longtemps, Nous lient aux évêques et aux fidèles de la Belgique.

Il Nous eût été bien agréable de vous voir à Rome, cette année, comme vous vous le proposiez, soit à cause de la véritable affection que Nous vous portons, très cher Fils, soit à cause de la haute position que vous occupez en Belgique, soit à cause de Notre désir de vous entendre personnellement. Mais Nous comprenons les motifs qui vous ont empêché jusqu'ici de réaliser, votre dessein, et certainement, si le voyage de Rome devait nuire à votre santé, que Nous savons, d'ailleurs, ne pas être parfaite, nous préférons aussi que vous le remettiez à un meillenr temps, parce que Nous tenons trop à ce que vous conserviez toutes vos forces, afin de pouvoir continuer à travailler avec intelligence et avec zèle, comme vous l'avez fait jusqu'ici, au bien de la religion catholique, en votre double qualité de cardinal de la sainte Eglise et de primat de Belgique. (Affin di poter continuare a faticare con intelligenza e zelo eome avete fatto finora a vantaggio délia cattolica religione, della doppia vostra dignita di cardinale délia Santa Chiesa e di Primate del Belgio.)

Le chanoine Claessens, qui vous remettra cette lettre, y ajoutera de vive voix beaucoup d'autres choses dont Nous l'avons chargé.

C'est avec toute l'effusion de notre coeur, et comme gage de notre très particulière affection, que Nous vous donnons, très cher fils, à vous, aux évêques, au clergé et au peuple belge la bénédiction apostolique.

Du Vatican, 2 avril 1880. 

Troisième année de notre pontificat.

LÉON XIII, Pape.

Lettre à Jules Grévy, Président de la République Française, du 12 mai 1883

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,


Les événements qui se produisent depuis quelque temps en France par rapport aux choses religieuses, et ceux qui semblent se préparer pour l'avenir sont pour Nous l'objet d'appréhensions sérieuses et d'une profonde douleur. Nous inspirant uniquement du bien des âmes, dont Nous devons répondre devant Dieu et devant les hommes, Nous avons fait parvenir, à plusieurs reprises, au gouvernement de la République Nos observations, réitérées dernièrement encore par Notre cardinal secrétaire d'État à propos des récentes mesures de rigueur adoptées contre divers membres de l'épiscopat et du clergé de France. 

A cet objet se réfère la note que M. le ministre des Affaires étrangères a envoyée, le 20 du mois de mai dernier, à M. l'Ambassadeur de France près le Saint-Siège, dans laquelle Nous avons remarqué les déclarations du gouvernement destinées à calmer les justes craintes et les pénibles impressions du Saint-Siège. Nous sommes heureux de vous dire, M. le Président, combien Nous sont précieuses et agréables les manifestations de respect qui Nous arrivent de la part de votre illustre nation, laquelle par ses glorieuses traditions intimement liées avec les principes de la vie et de la civilisation chrétienne, et par la longue série des services rendus depuis les temps les plus reculés à l'Église et à son chef suprême, est devenue l'objet de Nos soins continuels et de Notre prédilection spéciale. 

C'est pourquoi dirigeant Nos regards vers cette partie si importante du troupeau de JÉSUS-CHRIST, Nous en prenons à coeur les intérêts religieux avec une sollicitude tout à fait paternelle, et Nous sommes doublement affligé quand Nous les voyons menacés de quelque manière que ce soit, non seulement parce que la paix et la tranquillité des consciences chrétiennes est troublée, mais aussi parce que Nous savons qu'aux intérêts de la religion se trouve étroitement liée la prospérité du pays, prospérité que Nous avons grandement à coeur. 

Ce sentiment d'active bienveillance pour le peuple français a toujours réglé l'attitude du Siège apostolique, et dans votre impartialité et votre haute pénétration, vous en aurez vous-même, M. le Président, trouvé des preuves indubitables dans les attentions délicates que le Saint-Siège a toujours eues pour le gouvernement de votre patrie.

Nous ne vous rappellerons pas que, chaque fois que le Saint-Siège a pu déférer aux désirs de votre gouvernement, soit pour des affaires concernant l'intérieur de la nation, soit pour celles qui avaient rapport à l'influence française à l'étranger, il n'a jamais hésité à le faire, ayant toujours en vue de concourir au salut et à la grandeur de la France. Nous omettrons aussi de vous rappeler qu'alors que, pour ne point manquer aux très graves obligations de Notre ministère apostolique, Nous avons été contraint de présenter nos griefs à votre gouvernement, Nous ne Nous sommes jamais écarté des règles les plus strictes de la modération et de la délicatesse, afin de ne pas diminuer le prestige de l'autorité civile, plus que jamais nécessaire à l'ordre public à une époque où de multiples courants subversifs semblent conjurés pour le miner et le détruire. 

Cette attitude toujours uniforme et constante du Siège Apostolique a servi de règle de conduite à l'illustre épiscopat de France, qui, bien qu'aux prises avec des difficultés sérieuses et des embarras créés par divers événements fâcheux sur le terrain religieux, a néanmoins donné des preuves de sagesse et de prudence, auxquelles le gouvernement lui-même a plusieurs fois rendu justice soit par des déclarations faites à Nos nonces à Paris, soit par la note déjà citée du ministre actuel des Affaires étrangères, note par laquelle il reconnaît que le nombre des prélats qu'il estime avoir dépassé, dans les derniers incidents, les limites de la légalité se réduit à une infime minorité. 

La même chose peut se dire du clergé inférieur tant régulier que séculier, lequel extrêmement charitable, laborieux et appliqué à l'exercice de son ministère, a imité l'exemple de ses Pasteurs respectifs et s'est toujours fait gloire de contribuer, par des actes de sacrifice et de vrai patriotisme, à rehausser le nom et la gloire de la nation tant sur le territoire de la patrie que dans les contrées lointaines. 

Une telle attitude de la part du Saint-Siège Nous donnait le droit d'espérer que le gouvernement de la République aurait suivi de son côté une ligne de conduite bienveillante et amicale à l'égard de l'Église catholique, en appliquant largement en faveur de cette dernière ces principes de vraie liberté que tout gouvernement sage et éclairé s'honore d'avoir pour base et pour objectif. Mais, Nous sommes profondément affligé de devoir le dire, les faits douloureux qui se sont produits depuis quelques années au sein de la nation française, n'ont pas été conformes à Nos légitimes espérances. 

Vous vous rappelez certainement, M. le Président, les dispositions sévères prises contre divers ordres religieux, qu'on disait n'être pas reconnus par l'autorité gouvernementale. Des citoyens français, que l'Église elle-même avait en quelque sorte nourris et élevés avec une sollicitude maternelle dans tous les genres de vertus et de culture, et auxquels la nation était redevable de progrès signalés dans les sciences sacrées et profanes et dans l'éducation religieuse et morale du peuple, ont été expulsés de leurs pacifiques asiles et contraints à se chercher un refuge loin du pays natal. Cette mesure priva la France d'une abondante source de travailleurs industrieux et zélés, qui aidaient puissamment les évêques et le clergé séculier dans la prédication et l'enseignement ; qui, dans les hôpitaux et dans tous les instituts de charité, prodiguaient leurs soins affectueux à toute espèce de misères et de malheurs ; qui, sur les champs de bataille même, portaient la parole et les secours de la religion avec un esprit de sacrifice auquel les adversaires de l'Église catholique eux-mêmes ont plusieurs fois rendu hommage. 

Les ordres religieux ayant été atteints de cette manière à l'intérieur du pays et leur action ayant cessé en grande partie, il en résulta, par une conséquence nécessaire, que les ministres de la religion à envoyer à l'extérieur devinrent plus rares, non sans préjudice de l'influence française elle-même, qu'ils contribuaient puissamment à répandre, en même temps que l'Évangile, chez les peuples éloignés et surtout en Orient. Vous n'ignorez pas que Nous avons tout fait pour empêcher un tel malheur, que Nous considérions comme également grave pour la France et pour l'Église catholique. Ayant été averti à cette occasion qu'on pouvait éviter l'application des décrets du 29 mars, si les religieux déclaraient, dans un document adhoc, qu'ils étaient étrangers à tout mouvement politique et à tout esprit de parti, Nous n'hésitâmes pas à accepter une proposition, qui d'une part n'était point contraire à la doctrine catholique, ni à la dignité des ordres religieux, mais au contraire Nous fournissait une occasion d'inculquer une fois de plus le respect dû aux autorités constituées, et qui d'autre part semblait destinée, ainsi qu'on Nous le faisait espérer, à conjurer le péril dont étaient menacées l'Église et la société. Nos efforts cependant demeurèrent sans effet, et les décrets dont Nous parlons furent exécutés, non sans laisser dans les âmes de douloureux souvenirs et même des germes de divisions nouvelles pour l'avenir. Car si le noble et généreux peuple français commet parfois ou tolère de déplorables excès, l'histoire nous montre que, tôt ou tard, il retrouve dans son bon sens la force de les condamner et de réagir contre eux. 

Notre douleur et le dommage de l'Église catholique furent encore augmentés par la loi qui exclut des écoles cet indispensable et traditionnel enseignement religieux, lequel, aussi longtemps qu'il demeura en vigueur, donna des fruits si utiles et si abondants pour la civilisation même du pays. En vain tout l'épiscopat de France fit-il entendre ses plaintes ; en vain les pères de famille demandèrent-ils, sur le terrain légal, la conservation de leurs droits ; en vain des hommes désintéressés et appartenant ouvertement au parti républicain, et parmi eux des personnages politiques et des intelligences d'élite, montrèrent-ils au gouvernement combien funeste serait, pour une nation de 32 millions de catholiques, une loi qui bannirait de ses écoles l'éducation religieuse, dans laquelle l'homme trouve les plus généreuses impulsions et les règles les plus parfaites pour supporter les difficultés de la vie, pour respecter les droits de l'autorité et de la justice, et pour se procurer les vertus indispensables à la vie domestique, politique et civile. Aucune considération ne fut assez puissante pour arrêter la détermination prise, et la loi fut promulguée et exécutée sur tout le territoire de la France. 

Mais par cette concession on ne parvint pas à satisfaire les exigences des ennemis de la religion. Au contraire, rendus plus entreprenants par le succès, et décidés à mettre à exécution leur dessein de faire disparaître de la société toute idée et toute influence religieuse, pour pouvoir ensuite plus facilement bouleverser tout régime politique et les bases elles-mêmes de n'importe quelle constitution civile, — ces mêmes hommes ont demandé qu'on proscrivît tout salutaire élément religieux des hôpitaux, des collèges, de l'armée, des asiles de charité et de toutes les institutions de l'État. Notre coeur saigne en voyant les fils de cette noble nation, qui a trouvé pendant des siècles sa force et sa gloire dans les sublimes enseignements et les bienfaisantes pratiques de la foi catholique, privés du précieux héritage reçu de leurs pères, et engagés sur le chemin de cette déraisonnable indifférence en matière de religion qui conduit les peuples aux plus lamentables excès. 

A ce même dessein se rattachent les efforts continuels que l'on fait depuis des années pour diminuer les ressources matérielles dont l'Église se trouve en possession et qui sont indispensables à sa conservation et au libre exercice de son culte. 

Nous ne pouvons omettre davantage, M. le Président, de vous signaler d'autres dangers très graves dont l'Église catholique semble être menacée en France. Nous voulons parler de deux projets de lois, l'un regardant le lien sacré du mariage et l'autre de l'obligation du service militaire auquel on voudrait assujettir le clergé. Le sens politique et la sagesse des hommes qui sont au pouvoir ne permettront certainement pas que de tels projets, mis en avant par des personnes hostiles à l'Église et au bien véritable de la société, deviennent partie intégrante de la législation d'un pays qui n'a rien eu plus à coeur, dans les siècles passés, que de conserver la stabilité et l'harmonie dans les familles, principe et fondement de la force et de la prospérité des États, et de protéger et garantir la formation de son patriotique clergé, parce qu'il savait que de la moralité, de la science et de l'activité du clergé dépendaient le bien et la dignité morale de la nation. Nous ne pouvons croire que l'on veuille s'éloigner de ces antiques et nobles traditions, et introduire en France une innovation sur la nature et le caractère du mariage, qui, outre qu'elle est contraire à la doctrine dogmatique de l'Église catholique, doctrine sur laquelle ne peut porter aucune transaction puisqu'elle a été établie ainsi par son divin Fondateur, a eu les plus tristes résultats dans les pays non-catholiques eux-mêmes, qui ont eu fréquemment à déplorer l'accroissement des divisions dans les familles, l'humiliation de la femme, le préjudice très grave des enfants, l'affaiblissement de la société domestique, l'augmentation de la corruption des moeurs. Nous ne pouvons supposer davantage que l'on veuille en arriver jusqu'à mettre l'Église catholique dans la dure position de voir soustraits à ses soins maternels les jeunes gens qu'elle prépare au ministère des âmes dans une pureté de vie égale à la sublimité de leur mission, et de ne plus pouvoir satisfaire aux besoins spirituels des fidèles par suite du manque de prêtres, dont le nombre est dès maintenant faible et insuffisant. 

Tels étaient, M. le Président, les motifs principaux de Notre douleur et de Nos préoccupations, quand, pour accroître l'une et les autres, Nous apprîmes les mesures de rigueur adoptées par le gouvernement contre le clergé et l'avis du conseil d'État, avis qui, sans tenir compte de l'esprit ni de la lettre du concordat, reconnaît au pouvoir exécutif le droit de diminuer ou de supprimer le traitement des ecclésiastiques et des évêques eux-mêmes. 

Nous ne pouvons cacher que ces faits Nous causèrent la plus pénible surprise. Il est connu de tous que lorsqu'on défère au Saint-Siège n'importe quel écrit suspect de contenir des doctrines erronées sur la morale ou le dogme catholique, le Siège Apostolique, qui a l'obligation de veiller à l'intégrité de la foi et des moeurs, a coutume de l'examiner et de prononcer sur cet écrit son jugement, sans en rendre compte à aucune autorité terrestre, car ce jugement faisant partie de la direction la plus intime des âmes et de la discipline intérieure de l'Église, ne peut être lié par aucun pacte international, puisqu'il est de la compétence exclusive du magistère de cette même Église. Ce qui était arrivé depuis les siècles les plus éloignés de l'antiquité pour d'autres livres, arriva également pour les manuels que vous connaissez ayant été reconnus contraires aux vrais principes de la religion, ils furent rangés parmi les livres dont la lecture est défendue aux fidèles. [Il s'agit des manuels scolaires de morale neutre condamnés par l'Index ; l'épiscopat et le clergé français en ayant interdit l'usage, comme l'exigeait leur devoir, le gouvernement répondit à cette mesure par des suspensions de traitement]. 

Cette censure qui, à peine publiée dans la manière prescrite par l'Église, oblige les consciences catholiques, a décidé les évêques à rappeler aux fidèles leurs devoirs à ce propos, de la même façon qu'ils le font souvent pour d'autres préceptes des lois divines et ecclésiastiques : Nous ne pouvons comprendre comment dans ce fait, qui  ne sortait certes pas du terrain purement religieux et du ministère pastoral, le gouernement a pu trouver des arrière-pensées politiques et, par suite, a procédé à des mesures de rigueur, contre lesquelles le Siège apostolique a toujours protesté et qui ne rencontrent de précédents qu'aux époques de guerre ouverte contre l'Église.

Nous nignorons pas qu'on a prétendu justifier ces mesures par l'agitation des consciences née des lettres pastorales des évêques, par le peu de modération de leur langage, et par la nécessité, pour l'autorité civile, de se munir d'une arme de défense contre les exagérations de quelques membres du clergé. Mais, alors même que de tels motifs eussent eu quelque fondement, Nous déplorons par dessus tout que le gouvernement de la République, avant de prendre une mesure si grave, — qui, par suite des pénalités qu'elle devait entraîner contre l'épiscopat et le clergé, était intimement connexe au droit de dotation ecclésiastique sanctionné par un pacte solennel et bilatéral, — Nous déplorons, que le gouvernement ait voulu agir unilatéralement et sans entente préalable avec le Siège Apostolique. 

De plus Nous ne pouvons Nous dispenser de faire observer que la perturbation des consciences ne dérive pas de la publication des décrets de la congrégation de l'Index, mais remonte à des causes plus éloignées, parmi lesquelles il faut citer, en premier lieu, le fait d'avoir écarté des écoles l'enseignement religieux à l'immense détriment la foi des générations naissantes, malgré les réclamations de l'épiscopat tout entier et des pères de famille, et d'avoir introduit dans les manuels scolaires des principes contraires à notre sainte religion. Le gouvernement lui-même, qui avait prévu ces événements, s'était empressé de promettre que, dans les écoles, on n'aurait jamais rien enseigné de contraire à la religion, rien qui pût par conséquent offenser la conscience des jeunes gens et de leurs parents. Mais,Nous avons le devoir de le dire avec cette franchise qui est le propre de Notre ministère apostolique, ces promesses n'ont pas été tenues. 

Ce fait, douloureux mais incontestable, pourrait servir d'explication à certains actes ou à certaines expressions de quelques membres du clergé, au sujet desquels le gouvernement croit devoir faire entendre ses plaintes. En présence du dommage moral que souffre la jeunesse par la suppression de l'éducation religieuse dans l'école, dommage encore augmenté par la lecture de livres que la seule autorité compétente a déclarés hostiles aux principes sacrés de la religion, chacun comprend que le coeur d'un évêque, à qui incombent la charge et la responsabilité des âmes, doit surabonder d'affliction et d'amertume. 

Et c'est contre ces Pasteurs qu'il faudrait se procurer des armes défensives, comme si l'attaque et l'offense venaient de leur part ? Cette nécessité pourrait se comprendre si les évêques, sortant de leur sphère religieuse, inculquaient des principes contraires à l'ordre public ; mais tant que, demeurant dans le domaine de la conscience, ils s'efforcent de conserver à la nation, intègres et sans tache, la foi et la morale évangéliques, auxquelles le peuple français dans sa grande majorité attache comme de raison le plus vital intérêt, il Nous semble qu'il n'y a pas de motif juste et suffisant de recourir à des précautions générales de cette gravité, qui ne peuvent qu'alarmer et froisser tous les catholiques et surtout l'épiscopat français, lequel mérite si bien de la religion et de la patrie. 

Ce résumé des principaux dommages soufferts par la religion catholique en France et de ceux qui la menacent pour l'avenir, semble justifier l'opinion admise déjà par beaucoup de personnes qui suivent attentivement et sans passion la marche des affaires publiques dans ce pays, à savoir que l'on cherche à y mettre graduellement à exécution, au nom des prétendues exigences du temps, le plan conçu par ces hommes hostiles à l'Église, qui en la dénonçant comme une ennemie, cherchent à soustraire à son action et à son influence bienfaisante toutes les institutions civiques et sociales. 

Par tout ceci vous comprendrez certainement, M. le Président, combien sont justes Nos appréhensions et Nos angoisses. Nous ne pouvons Nous empêcher d'appeler votre attention sur les tristes conséquences dont seraient menacées la religion et la société civile, si l'on ne prenait des mesures opportunes pour ramener le calme dans les consciences des fidèles, assurer à l'Église la pacifique possession de ses droits, et Nous rendre possible la continuation de Notre attitude si paternellement modérée et si utile à votre nation, même sur le terrain de son influence à l'étranger, influence que le gouvernement français désire justement, comme il Nous l'a fait savoir récemment encore, conserver et accroître de concert avec le Siège apostolique. 

Au moment où toutes les nations, effrayées de la série de maux qui proviennent de la propagation croissante de doctrines erronées, se rapprochent du Souverain Pontificat, qu'ils savent être en possession de remèdes efficaces pour consolider l'ordre public et le sentiment du devoir et de la justice, on éprouverait une bien douloureuse impression en voyant la France, cette fille aînée de l'Église, alimenter dans son sein les luttes religieuses, et par conséquent perdre cette union et cette homogénéité entre les citoyens, qui a été par le passé l'élément principal de sa vitalité et de sa grandeur. Cette perte obligerait l'histoire à proclamer que l'oeuvre inconsidérée d'un jour a détruit en France le travail grandiose des siècles. 

Nous voulons espérer que les hommes d'État qui dirigent les destinées de la France s'inspireront de cet ordre d'idées, et Nous en prenons comme gage les sentiments exprimés dans la note à laquelle Nous avons fait allusion en commençant. Nous ne doutons donc pas qu'ils ne sachent rendre ces intentions efficaces, en restituant à Dieu la place qui lui est due dans les institutions gouvernementales et sociales, en ne diminuant pas, mais en accroissant au contraire l'autorité et la force de l'épiscopat, en respectant les droits sacrés de la milice ecclésiastique en ce qui concerne le service militaire, afin que l'action du clergé ne vienne pas à décroître à l'intérieur et à l'extérieur ; en empêchant enfin qu'on n'adopte des mesures nuisibles à l'Église et préparées par des hommes ennemis de la religion et de l'autorité, ces deux fondements principaux de l'ordre social et de la félicité des nations.

Nous Nous rappelons avec plaisir, M. le Président, les sages et nobles paroles que vous adressiez à Notre nonce, lorsque celui-ci avait l'honneur de vous remettre ses lettres de créance, et en conséquence Nous nourrissons une pleine confiance que, moyennant votre puissante influence, les précieux avantages de la paix religieuse seront conservés à la France. 

Dans cette espérance et en faisant des voeux pour votre prospérité et celle de l'illustre nation française, Nous accordons de toute l'affection de Notre coeur Notre bénédiction apostolique à vous-même, à votre famille et à toute la France catholique. 

LÉON XIII, Pape.

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Lettre Summa animorum aux dirigeants du Centre Allemand à l'occasion de la mort de Ludwig Windthorst, du 29 mars 1991

A nos chers et nobles seigneurs le comte Ballestrem, le baron de Heeremann et le comte de Preysing.

Chers fils, salut et benediction apostolique.

Nous n'ignorions certes point la très étroite concorde qui unissait vos esprits à 1'excellent homme que fut Louis Windthorst ; mais elle nous a été manifestée plus ouvertement encore par la missive télégraphique que vous avez eu soin de nous faire parvenir en votre nom et au nom de tous vos collègues catholiques, par 1'intermeédiaire de notre cher fils, le cardinal secrétaire d Etat.

Nous cornprenons que vous ayez été affectés d'une juste et profonde douleur à la mort inattendue de cet homme, dont la religion, 1'intégrité, la prudence et les autres qualités de l'esprit étaient si particulièrement reconnues de vous, qui 1'avez suivi comme un chef dans l'accomplissement de son important mandat, et qui avez été associés à ses travaux et à ses desseins comme vous participez à son éloge. 

En effet, par votre assentiment et vos suffrages, il a vaillamment défendu, en des temps de très haute gravité pour les intérêts Chretiens et sociaux, les droits de l'Eglise, et une fois qu'il eut entrepris de soutenir de grand coeur la cause de la justice, il y persévéra jusqu'à ce qu'il lui semblat avoir obtenu ce qu'il s'était constamment proposé.

Aussi vous glorifiez-vous à bon droit de l'avoir eu comme chef de vos rangs, lui qui ne s'est jamais laissé ébranler par les efforts de ses adversaires ni par les flots mobiles de la popularité. L'amour de la patrie et le respect du à l'autorité furent, chez lui, inséparables de son amour pour la religion. Les arguments qu'il savait employer avec la plus haute éloquence contre ses adversaires prouvent assez que le zèle pour la vérité et non le desir des avantages ou des honneurs personnels 1'avait déterminé à la lutte.

Nous avions à coeur de recompenser un si haut mérite, et c'est pourquoi nous lui avons donné un nouveau témoignage d'horineur en lui conférant les insignes du premier rang de 1'ordre équestre de Saint-Gregoire le Grand. La mort, il est vrai, l'a ernpêché de jouir de cette dernière marque de notre affection, mais nous avons l'espoir certain qu il a déjà recu de Dieu la récompense incorruptible auprès de laquelle doivent être comptées pour rien toutes les distinctions humaines.

Vous cependant, chers fils, vous souvenant des vertus et des exemples d'un si grand chef, suivez fermement ses traces, conservez parmi vous cette étroite concorde qu'il a constamment et soigneusement gardée dans les rangs dont il avait la direction, et retenez pour certain ce qu'il a toujours eu gravé dans l'esprit, à savoir que vous travaillerez d'autant plus sagement a la prospérité et à la gloire de votre commune patrie, que vous vous montrerez plus profondément fideles à Dieu et à l'Eglise votre Mère. 

Daigne Dieu, dans sa bonté, vous favoriser et vous soutenir vous et vos collègues, et recevez le gage de sa faveur dans la bénédiction apostolique que, du fond du coeur, nous vous accordons a tous.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 29 mars 1891, et la 14e année de notre pontificat.


LÉON XIII, Pape.

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